Le loyaliste Gabriel George Ludlow (1736–1808) fut l’une des figures de proue du gouvernement colonial du Nouveau-Brunswick à ses débuts, et devint le premier maire de Saint-Jean (1785–1795). Né à Long Island au sein d’une famille prospère de New York, il fut colonel dans la brigade de De Lancey au cours de la Révolution américaine, puis se fit confisquer ses biens après avoir été accusé de trahison en 1779. À la suite d’un court séjour en Angleterre, Ludlow partit s’installer en 1784 dans la colonie du Nouveau-Brunswick, nouvellement fondée. Il y servit à titre de maire et de juge à la Cour de vice-amirauté. Il siégea au conseil de la colonie avec son frère, George Duncan Ludlow, et assura les fonctions d’administrateur, de commandant en chef et de président en l’absence du gouverneur Thomas Carleton.
Titre original :  Gabriel George Ludlow. ca. 1770. Artist: John Singleton Copley (1738-1815). Museum of the City of New York. 72.31.

Provenance : Lien

LUDLOW, GABRIEL GEORGE, homme politique, fonctionnaire, juge et administrateur colonial, né le 16 avril 1736 dans le comté de Queens, Long Island, New York, fils de Gabriel Ludlow et de Frances Duncan ; le 3 septembre 1760, il épousa Ann Ver Planck ; décédé le 12 février 1808 à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick.

Gabriel George Ludlow faisait partie d’une vieille et riche famille de New York. Son père, Gabriel Ludlow, était un marchand prospère, armateur et propriétaire foncier qui, en outre, siégea à l’Assemblée générale de New York de 1739 à 1745. Sa fortune était aussi liée à l'esclavage : en 1760, il annonça l’arrivée d’une goélette en provenance d’Afrique et la vente de « garçons et filles noirs, âgés de 9 à 12 ans ». Alors que son fils aîné George Duncan entreprit l’étude du droit, Gabriel George, tout comme son père et son grand-père, se tourna vers les affaires et l’immobilier. En 1763, au terme de la guerre de Sept Ans, les deux frères se taillaient une place de plus en plus importante dans l’aristocratie new-yorkaise. Gabriel George possédait près de Hempstead, Long Island, un domaine de plus de 100 acres qu’il agrandit et améliora subséquemment ; dans les années 1780, il en estimerait la valeur à £2 000 (cours d’Angleterre). Bien qu’il n’obtint pas de poste officiel aussi prestigieux que son frère, son importance fut néanmoins mise en évidence par sa nomination comme juge de paix.

À mesure que l’agitation grandissait pendant la période précédant la Révolution américaine, les Ludlow affichaient et maintenaient fermement leur attitude proroyaliste. Gabriel George passa les années de guerre à combattre aux côtés des Loyalistes. En 1775, il était commandant de la milice du comté de Queens et, l’année suivante, il fut nommé colonel du 3e bataillon de la brigade de De Lancey. Sa demeure de Long Island devint le lieu de retraite favori « des officiers britanniques et des gentlemen loyalistes ». Le 22 octobre 1779, du fait de leur appui à la couronne, les frères Ludlow se virent cités dans un décret de l’État de New York, qui les déclara « ipso facto coupables de crime », ordonna la confiscation de leurs biens et les condamna à la peine capitale si on les retrouvait sur le territoire.

À la fin de la révolution, Gabriel George suivit son frère en Angleterre où ils s’unirent à d’autres Loyalistes dans le but de chercher à obtenir de l’avancement et des compensations pour leurs pertes ; Gabriel Ludlow déclara avoir perdu des biens d’une valeur de £6 500. Tout au long des années 1783 et 1784, le groupe exerça de fortes pressions, dont le principal résultat fut la création d’une nouvelle colonie sur la rive nord de la baie de Fundy, le Nouveau-Brunswick, destinée à accueillir les réfugiés loyalistes et leurs familles. Déjà à Parrtown, le futur Saint-Jean, Edward Winslow s’était approprié « trois lots urbains sur la rive ouest, dans les plus merveilleux sites qu’[il eût] jamais vus, pour [lui-même], le major [John Coffin*] et le colonel Ludlow ». Winslow déclara que si le colonel devait souffrir, « il n’y [aurait] pas de Providence ». En fait, Ludlow n’obtint pas seulement un lot mais trois, dans ce qui avait été le jardin de l’ancien fort français, à l’embouchure de la rivière Saint-Jean. D’autres avantages échurent à l’élite des Loyalistes. Comme son frère qui devint juge en chef, Gabriel George fut nommé, en 1784, au premier conseil de la nouvelle colonie. En qualité de militaire, il fut nommé le premier par ordre d’ancienneté et s’éleva ainsi au premier rang après le gouverneur.

En septembre 1784, les Ludlow s’embarquèrent pour le Nouveau-Brunswick en compagnie du gouverneur Thomas Carleton. Ann Ver Planck, la femme de Gabriel George, était restée dans sa demeure de Long Island, bien qu’étant « obligée de payer loyer au comité des biens confisqués ». À l’automne de cette année-là, elle s’embarqua pour Saint-Jean avec sa famille et ses biens, mais ils perdirent presque tout, sauf la vie, au cours d’un désastreux naufrage dans la baie de Fundy. Néanmoins, ses perspectives d’avenir étaient de beaucoup supérieures à celles de la majorité des Loyalistes luttant pour survivre dans des régions reculées. En 1785, son mari fut nommé maire de Saint-Jean et, deux ans plus tard, il devint juge de la Cour de vice-amirauté, poste qu’il devait conserver jusqu’en 1803 ; il reçut également sa demi-solde et fonda une entreprise commerciale. Comme de nombreux membres de l’élite loyaliste, y compris son frère, il détenait des esclaves. Somme toute, il possédait suffisamment de moyens pour construire Ludlow House et en faire l’une des réalisations les plus remarquables de Carleton, nom que portait alors la partie ouest de Saint-Jean. En 1794, la famille put y recevoir le prince Edward Augustus, commandant des forces armées en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick.

Capitale du Nouveau-Brunswick pendant quelque temps, jusqu’à ce que le gouverneur Carleton transférât l’administration à Fredericton, Saint-Jean fut la première ville en Amérique du Nord britannique à être érigée civilement. Ses institutions municipales, modelées d’après celles du New York d’avant la révolution, étaient sujettes à plusieurs restrictions non démocratiques, dont la nomination par le gouverneur et son conseil, du maire, du shérif, du greffier et du recorder. En tant que maire, Ludlow était le plus haut fonctionnaire municipal et il remplissait consciencieusement ses fonctions. Pendant les dix ans qu’il occupa ce poste, il ne fut absent que quelques rares fois des réunions du conseil municipal. Les premières années furent particulièrement chargées, puisque Saint-Jean avait virtuellement été fondé du jour au lendemain et qu’une foule de règlements s’imposaient pour maintenir l’ordre et organiser sa vie économique et sociale. Ludlow était également le plus important officier de justice de la ville. De par la charte d’érection civile, le maire, le recorder et les échevins devenaient juges de paix pour la ville et le comté de Saint-Jean ; Ludlow présidait également la Cour inférieure des plaids communs ou Cour du maire.

Lorsque le poste de greffier du conseil municipal devint vacant en 1790, Ludlow fit pression pour y faire nommer son fils Gabriel Ver Planck Ludlow. Carleton favorisa délibérément l’avocat anglais Elias Hardy*, partisan des whigs qui avait eu une brève carrière à New York. Bien que Hardy fût talentueux et méritant, les Ludlow étaient furieux. De tels incidents n’étaient pas de nature à améliorer leurs relations déjà tendues avec le gouverneur, qui les détestait tous deux. C’est apparemment à cause de Hardy que Ludlow abandonna sa charge de maire. En 1794, Hardy accusa Ludlow d’avoir été négligent lorsqu’il représenta la ville dans sa poursuite contre William Hazen au sujet d’une querelle concernant les pêcheries ; il s’ensuivit que Ludlow cessa au milieu de l’année d’assister aux réunions du conseil municipal. Bien qu’une enquête subséquente, menée par un comité du conseil pour étudier la valeur de Hardy comme greffier, révélât, entre autres choses, que ses accusations contre Ludlow étaient sans fondement et qu’il était lui-même responsable de l’échec du procès intenté par la ville, un nouveau maire, William Campbell*, fut nommé en 1795.

Ludlow conserva son siège au Conseil du Nouveau-Brunswick jusqu’à sa mort, mais il s’ancra de plus en plus dans son refus de quitter Saint-Jean. Il semblait considérer les avantages inhérents à son poste comme un droit résultant de ses services au cours de la Révolution américaine, plutôt qu’une récompense pour toute contribution qu’il pourrait apporter au Nouveau-Brunswick. Néanmoins, lorsque Carleton quitta la colonie en 1803, Ludlow, en sa qualité de doyen des conseillers, devint administrateur, commandant en chef et président du conseil. Son mandat de cinq années fut loué par certains pour son calme, mais condamné par d’autres pour la stagnation qui en résulta. La colonie demeura loyale à l’Empire britannique et les habitants furent décrits par Winslow comme « des gens autonomes et paisibles ». Il se peut que l’absence de controverse fût le signe d’une maturité croissante autant qu’une réaction à une administration quiète. Il semble que Ludlow ne demandait pas mieux que de laisser mener les affaires par son frère, qui avait toujours participé plus activement au gouvernement colonial. « L’harmonie règne dans notre gouvernement », écrivait le solliciteur général Ward Chipman* en 1805 ; « le président [est] plus retiré que jamais à Carleton et les affaires [sont] menées par un comité du conseil ayant à sa tête le juge en chef ».

La menace d’une guerre avec les États-Unis en 1807 donna l’idée à lord Castlereagh, secrétaire d’État à la Guerre et aux Colonies, de se pencher sur la défense du Nouveau-Brunswick. En janvier 1808, Gabriel George Ludlow, en tant que commandant en chef, fit appel à la milice coloniale. Jugeant l’action militaire improbable, il projeta de licencier les hommes en mars pour réduire les dépenses du trésor provincial. Il n’eut pas le loisir de le faire : il mourut subitement à sa résidence de Saint-Jean le vendredi matin 12 février 1808. Edward Winslow lui succéda comme administrateur. Ludlow laissait dans le deuil sa femme, deux fils et deux filles ; son frère ne lui survécut que neuf mois.

Carl Murray Wallace

APNB, « New Brunswick political biography », J. C. et H. B. Graves, compil. (11 vol., copie dactylographiée).— Musée du N.-B., Hazen family papers.— PRO, AO 12/25 : 274 ; 12/90 ; 12/100 : 134 ; 12/109 ; AO 13, bundles 19, 65.— UNBL, MG H2.— Canada’s first city : Saint John ; the charter of 1785 and Common Council proceedings under Mayor G. G. Ludlow, 1785–1795 (Saint-Jean, N.-B., 1962).— « United Empire Loyaliste : enquiry into losses and services », AO Report, 1904 : 267–270.— Winslow papers (Raymond).— DAB.— Sabine, Biog. sketches of loyalists.— Hannay, Hist. of N.B., 1.— J. W. Lawrence, Foot-prints ; or, incidents in early history of New Brunswick, 1783–1883 (Saint-Jean, 1883).— J. S. MacKinnon, « The development of local government in the city of Saint John, 1788–1795 » (thèse de m.a., Univ. of N.B., Fredericton, 1968).— MacNutt, New Brunswick.— W. O. Raymond, The London lawyer ; a biographical sketch of Elias Hardy, counsellor-at-law at Saint John, N.B., A.D. 1784–1798, with some account of the incidents in which he figured (s.l., 1894) ; « New Brunswick : general history, 1758–1867 », Canada and its prov. (Shortt et Doughty), 13 : 125–210 ; River St. John (1910).— Wright, Loyaliste of N.B.— W. O. Raymond, « Elias Hardy, councillor-at-law », N.B. Hist. Soc., Coll., 4 (1919–1928), no 10 : 57–66.

Bibliographie de la version modifiée :
New York Mercury, 16 juin, 15, 22 déc. 1760.— Civil list and forms of government of the colony and state of New York [...] (Albany, N.Y., 1879).— A. C. Flick, Loyalism in New York during the American revolution (New York, 1901).— W. S. Gordon, « Gabriel Ludlow and his descendents », New York Geneal. and Biog. Record (New York), 50 (1919) : 34–55.— Laws of the State of New York, comprising the constitution, and the acts of the legislature, since the revolution, from the first to the fifteenth session, inclusive (2 vol., New York, 1792), 1 : 26–34.— Henry Onderdonk, Queens County in olden times : being a supplement to the several histories thereof (Jamaica, N.Y., 1865).— T. W. Smith, The slave in Canada (Halifax, 1899).— H. A. Whitfield, North to bondage : loyalist slavery in the Maritimes (Vancouver et Toronto, 2016).

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Carl Murray Wallace, « LUDLOW, GABRIEL GEORGE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 7 oct. 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/ludlow_gabriel_george_5F.html.

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Auteur de l'article:    Carl Murray Wallace
Titre de l'article:    LUDLOW, GABRIEL GEORGE
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    1983
Année de la révision:    2026
Date de consultation:    7 oct. 2026