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AILLEBOUST DE CERRY (Cery, Cerry d’Argenteuil), PHILIPPE-MARIE D’, marin et marchand, né à Montréal le 21 octobre 1702, fils de Pierre d’Ailleboust* d’Argenteuil et de Marie-Louise Denys de La Ronde ; il épousa à Charlesbourg (Québec), le 27 juin 1735, Marie-Madeleine Chéron, et quatre de leurs 14 enfants atteignirent l’âge adulte ; décédé le 14 avril 1787, à Loches, en France.

Bien qu’il possédât des lettres de noblesse et que son père ait été un officier supérieur des troupes de la Marine, Philippe-Marie d’Ailleboust de Cerry devint capitaine de navire et marchand. Ses frères aînés, Louis, sieur d’Argenteuil, et Hector-Pierre, sieur de Saint-Vilmé, avaient été initiés à la mer par leur redoutable oncle, Simon-Pierre Denys* de Bonaventure, et c’est eux qui, au début des années 1720, initièrent à leur tour Philippe-Marie. En 1728, il commandait son propre navire, l’Aimable, de 60 tonneaux, qui voyageait de Québec à l’île Royale (île du Cap-Breton), et il commença bientôt à naviguer entre Louisbourg, île Royale, et la Martinique. Pendant les années 1730, il navigua constamment entre Québec et la France, ou entre Québec, l’île Royale et les Antilles. Mais on peut se demander s’il était un bon homme d’affaires. Un de ses associés de la Martinique se plaignit du fait que Cerry et Argenteuil n’étaient pas familiers avec les pratiques du commerce et qu’ils ne tenaient pas leurs livres en ordre. Néanmoins, ses entreprises représentent des tentatives pour libérer quelque peu le commerce canadien de la domination exercée par la métropole. En 1739, par exemple, Cerry commandait un navire, propriété de son beau-frère, Pierre Trottier* Desauniers, au cours d’un voyage à Bordeaux ; il revint à Québec via la Martinique avec une cargaison embarquée dans un port de Provence. En ce temps-là, il était devenu l’un des patrons et pilotes du Saint-Laurent les plus expérimentés et, en 1741, on le recommanda pour le poste de capitaine de port à Québec. Il n’obtint pas cette nomination et il poursuivit sa carrière de capitaine, commandant souvent des navires appartenant à Trottier Desauniers.

Pendant la guerre de la Succession d’Autriche, Cerry servit courageusement. En 1744, il organisa et construisit un réseau de postes de vigie sur le Saint-Laurent, entre l’île Saint-Barnabé, en face de Rimouski, et Pointe-Lévy (Lauzon et Lévis), destinés à signaler toute attaque britannique. Au début de l’année suivante, il porta des dépêches en France et revint à Québec assez tôt pour repartir en décembre avec des nouvelles de la colonie, dont la situation se dégradait. En juin 1746, il participa au transport, en Acadie, de l’expédition canadienne sous les ordres de Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay. Plus tard le même été, alors qu’il faisait un second voyage de ravitaillement, il fut bloqué à la hauteur du cap des Rosiers, près de Gaspé, par des corsaires américains ; il échoua son navire au rivage et le brûla pour empêcher qu’il ne tombât aux mains des ennemis. Il se rendit en France à la fin de la même année, et il y était encore quand, au début de 1748, on le nomma capitaine de port à Québec, en reconnaissance de ses récents services à la couronne. En route vers Québec pour y assumer ses fonctions, il fut pris par les Britanniques et n’atteignit le Canada qu’à l’été de 1749.

Ses nouvelles fonctions présentaient de nombreux défis. Rien n’avait été fait pour l’amélioration de la navigation sur le Saint-Laurent depuis le décès du capitaine de port Richard Testu* de La Richardière, huit ans plus tôt. Le premier des prédécesseurs immédiats de Cerry à ce poste était mort en mer peu après sa nomination, et le deuxième, Charles Latouche* MacCarthy, n’était jamais entré en fonction. Mais Cerry, bien qu’il conservât ce poste jusqu’à la fin du Régime français, le considéra comme une sinécure. La tentative qu’il fit en 1749 d’accroître ses revenus en imposant des droits d’ancrage fut rejetée, et cet échec peut l’avoir dissuadé d’assumer vraiment ses responsabilités. En 1751, on nomma un deuxième fonctionnaire portuaire, Gabriel Pellegrin, et Cerry se tourna vers ses affaires personnelles. Il eut manifestement l’appui continu du gouverneur et de l’intendant, qui protestèrent en son nom quand on éleva son adjoint au grade de capitaine de brûlot, que Cerry n’avait point. S’il fut membre du conseil de guerre qui recommanda la capitulation de Québec en 1759 [V. Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay], Cerry paraît n’avoir joué aucun rôle dans la guerre de Sept Ans.

On a peu d’indications précises sur les diverses activités commerciales de Cerry. On sait qu’en 1738 il s’associa avec l’abbé Louis Lepage* de Sainte-Claire dans une vaine tentative d’établir des forges. Il est possible aussi qu’il se fût essayé au commerce du bois de construction. En 1739, il acquit un arrière-fief dans la seigneurie de l’Île-Jésus, qui dut, trois ans plus tard, être réuni au domaine des seigneurs, faute pour Cerry d’y avoir favorisé l’établissement de colons. Sa femme, fille cadette d’un membre du Conseil supérieur, était aussi la demi-sœur de Charles Chéron, capitaine de navire de Québec, qui voyagea souvent à l’île Royale et au Labrador ; en 1753, Cerry obtint, pour neuf ans, une vaste concession à Saint-Augustin, sur la côte du Labrador, avec les droits de traite, de pêche et de chasse des phoques, qui avaient auparavant appartenu à Chéron.

Il semble que la Conquête ait mis fin à la prospérité de Cerry. Sa femme était morte en 1758 et, en 1761, il quitta le Canada avec ses deux fils. Il se joignit à la colonie des expatriés canadiens en Touraine et, l’année suivante, il obtint une pension de 600# qui devint son seul soutien pendant le quart de siècle suivant. Il retourna au Canada en 1763 pour y prendre ses deux filles et une nièce, pensionnaires chez les ursulines ; il les plaça dans un couvent près de Paris. Pour ses fils, il obtint des commissions dans la légion de Saint-Domingue ; ils moururent dans cette île (maintenant île d’Haïti) quelques années plus tard. Vers la fin de sa vie, comme le nombre des expatriés diminuait, Cerry déménagea à Loches, où vivait le plus gros groupe de ces exilés. C’est là qu’il finit ses jours en tant que membre le plus important de cette petite communauté.

James S. Pritchard

AN, Col., C11A, 36, f.165 ; 46, f.300 ; 63, f.218 ; 75, f.92 ; 81, f.300 ; 91 ; 121, f.102 ; C11E, 11 ; E, 2 (dossier Ailleboust de Cerry) ; 67 (dossier Cerry) ; F2B, 11 ; Section Outre-mer, G1, 466, no 3. APC, MG 24, L3, pp.1 270, 1 314.— Inv. de pièces du Labrador (P.-G. Roy), I.— NYCD (O’Callaghan et Fernow), X : 55ss.— Godbout, Nos ancêtres, ANQ Rapport, 1951–1953, 470. P.-G. Roy, Inv. concessions, I ; Inv. jug. et délib., 1717–1760, IV. Ægidius Fauteux, La famille d’Aillebout : étude généalogique et historique (Montréal, 1917).

Bibliographie générale

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James S. Pritchard, « AILLEBOUST DE CERRY, PHILIPPE-MARIE D’ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ailleboust_de_cerry_philippe_marie_d_4F.html.

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Auteur de l'article:   James S. Pritchard
Titre de l'article:   AILLEBOUST DE CERRY, PHILIPPE-MARIE D’
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   21 octobre 2014