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AUGÉ, ÉTIENNE, négociant, né à Saint-Louis-de-Lotbinière (Lotbinière, Québec), fils de Louis Augé et d’Antoinette Barabé, décédé le 18 janvier 1780 à Montréal.

On ne sait à quel moment Étienne Augé arriva à Montréal. Il y était déjà établi comme négociant en 1751 lorsqu’il épousa Louise-Françoise Dalgueuil, dit Labrèche. D’après le contrat de mariage passé le 11 septembre devant le notaire Jean-Baptiste Adhémar*, Augé possédait rue Saint-Paul, la rue des affaires de Montréal, un terrain sur lequel s’élevait une maison de pierres. Une tante de son épouse, Jeanne Dalgueuil, leur donnait une maison « de pièces sur pièces », une boulangerie et les biens qui s’y rattachaient à condition d’être hébergée par eux. Louise-Françoise Dalgueuil avait alors 41 ans, Augé sans doute le même âge. Ce mariage tardif explique sans doute l’absence de progéniture, ce qui n’était pas inusité parmi les marchands de Montréal. Augé et son épouse fréquentaient les familles marchandes les plus importantes de la ville, les Charly Saint-Ange, Giasson, Hervieux, Quesnel et de Couagne, ainsi que la famille Guy avec laquelle Augé se lie plus particulièrement au cours de sa carrière : en 1777, il nomme « son amy » Pierre Guy* exécuteur testamentaire.

Augé faisait surtout du commerce d’importation et d’exportation. Il ne s’engagea pas vraiment dans la traite des fourrures, se contentant d’équiper quelques expéditions entre 1751 et 1755. Il s’occupa par contre de faire passer sur le marché métropolitain les pelleteries qu’il obtenait des « marchands-équipeurs » en paiement de marchandises de traite. Augé tenait aussi un commerce de détail où il vendait au comptant ou à crédit aux gens de la région des produits de toutes sortes, tels des tissus, des articles de mercerie et même des denrées comme le sucre, les épices, le café et le rhum. Son chiffre d’affaires annuel, si l’on se fie au volume de ses achats entre 1755 et 1758, s’élevait à environ 30 000#. Ce commerce était plus profitable et comportait moins de risques que la traite des fourrures avec les Indiens.

Après la Conquête, Augé conserva pendant un certain temps des contacts avec ses fournisseurs de La Rochelle, Denis Goguet et les négociants Paillet et Meynardie. Mais le commerce avec la France était devenu impossible et il dut entrer en relation avec des négociants londoniens, Daniel et Antoine Vialars ainsi qu’ Isidore Lynch, qui lui avaient été recommandés par ses correspondants rochelais. En plus d’écouler les pelleteries qu’il leur faisait parvenir, ces fournisseurs s’occupèrent de la liquidation des 200 000# en lettres de change détenues par Augé. Même s’il eut à se plaindre fréquemment de l’avidité de ses nouveaux fournisseurs et même si la liquidation de ses papiers allait traîner en longueur, Augé réussit à développer son commerce de façon sensible de 1770 à 1775. Sa correspondance d’affaires porte essentiellement sur les prix et la qualité des marchandises reçues, les remises en lettres de change ou en pelleteries, le taux du fret et des assurances, la fréquence des envois et la conjoncture en métropole. Ses méthodes comptables, assez rudimentaires comme celles des autres marchands de la ville, suffisaient aux besoins du commerce montréalais. Il n’en est de meilleure preuve que la fortune qu’il accumula. À sa mort, il laissait 80 000 » à ses parents et amis, dont Pierre Guy, à diverses œuvres charitables, ainsi qu’à son esclave Marguerite. Cette imposante succession comprenait, entre autres, 10 000# de biens meubles, près de 24 000# de dettes actives, deux terres dans les faubourgs de Montréal, et 28 000# de marchandises en magasin.

Au cours de sa carrière, Étienne Augé eut, comme les autres marchands de Montréal, des activités politiques. De 1764 à 1766, il signa trois pétitions adressées aux autorités britanniques pour la réglementation du commerce des fourrures. Il signa aussi le « protêt » des marchands de Montréal contre les prétentions des seigneurs, en 1766, ainsi que la pétition des marchands canadiens de décembre 1773 qui demandait au roi le rétablissement des lois françaises et qui s’opposait à la création d’une chambre d’Assemblée.

Les activités d’Augé commencèrent à diminuer vers 1775. Il était peut-être déjà atteint de la maladie qui allait l’emporter en 1780. C’est sans doute son neveu, Michel Augé, qu’il semblait traiter comme un fils et qui le secondait dans ses affaires, qui prit sa suite. Augé fut l’un des marchands de Montréal qui surent traverser cette époque de changements politiques et économiques que fut la Conquête sans être trop durement touchés. Alors qu’il fut probablement le plus considérable négociant canadien de Montréal vers la fin du Régime français, Augé semble avoir mené de meilleures affaires encore après 1760. L’examen de diverses pièces de comptabilité, de sa correspondance d’affaires et d’un grand nombre de contrats montre bien l’ampleur de son commerce.

José E. Igartua

AN, Col., C11A, 108, ff.l–90.— ANQ-M, Greffe de J.-B. Adhémar, 11 sept. 1751, 14 sept. 1754 ; Greffe de Simon Sanguinet, 7 janv., 4, 16 mars 1780 ; Greffe de François Simonnet, 13 juin 1758, 8 juin 1766.— APC, MG 23, GIII, 25, A (Étienne Augé) ; B (Étienne Augé) ; GIII, 29 ; MG 24, L3, pp.1 469–1 475, 1 522–1 530, 1 532s., 2 097–2 099, 2 203–2 206, 2 274–2 276, 2 395s., 2 494s., 2 659s., 2 672s., 3 407–3 410.— BL, Add. mss 35 915, ff.228–233 (copies aux APC).— PRO, CO 42/1, pp.181–183 ; 42/2, pp.277–280 ; 42/5, pp.298s. (copies aux APC).— Doc. relatifs à l’hist. constitutionnelle, 17591791 (Shortt et Doughty ; 1921), I : 490–494.— État général des billets d’ordonnances [...], ANQ Rapport, 1924–1925, 231–342.— Protêt des marchands de Montréal contre une assemblée des seigneurs, tenue en cette ville le 21 février, 1766, É.-Z. Massicotte, édit., Canadian Antiquarian and Numismatic Journal (Montréal), 3e sér., XI (1914) : 1–20.— La Gazette de Québec, 20 oct. 1766.— Massicotte, Répertoire des engagements pour l’Ouest, ANQ Rapport, 1930–1931, 414, 433, 436, 438, 446 ; 1931–1932, 304s., 312.— Tanguay, Dictionnaire. J. E. Igartua, The merchants and négociants of Montreal, 1750–1775 : a study in socio-economic history (thèse de ph.d., Michigan State University, East Lansing, 1974).— É.-Z. Massicotte, La bourse de Montréal sous le Régime français, Canadian Antiquarian and Numismatic Journal, 3e sér., XII (1915) : 26–32.

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José E. Igartua, « AUGÉ, ÉTIENNE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/auge_etienne_4F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   21 décembre 2014