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BAFFIN, WILLIAM, explorateur de l’Arctique, né en 1584 ( ?) et décédé en 1622.

Comme c’est le cas de beaucoup des premiers explorateurs et navigateurs, on sait peu de choses sur la vie de William Baffin avant les expéditions qui fondèrent sa renommée. Dans la onzième édition de The Encyclopaedia Britannica, on le fait naître en 1584 sans indiquer la source de cette date importante. Né probablement à Londres ou dans les alentours, il était un autodidacte d’humble extraction, mais très doué, car Purchas parle de lui en ces termes : « ce marin et mathématicien qui s’est instruit tout seul et qui, malhabile à s’exprimer avec art, se consacra à la navigation et aux mathématiques avec une assiduité dont vous pouvez ici voir les fruits indéniables. »

Baffin était pilote en chef du vaisseau Patience du capitaine James Hall lors de l’expédition de 1612, au cours de laquelle le malheureux Hall fut victime d’une vengeance des Esquimaux de la côte du Groenland. En compagnie du Heart’s Ease, le Patience avait fait voile du Humber le 22 avril et était revenu à Hull le 11 septembre, sous le commandement d’Andrew Barker. Baffin tint un journal, dont Purchas a donné des extraits et qui va du 8 juillet jusqu’à la fin de l’expédition. Cette relation contient les premières de ses nombreuses et importantes observations astronomiques. Il y décrit aussi les Esquimaux du Groenland et leur habitat, et y raconte la mort tragique de Hall.

De retour de son voyage d’exploration, Baffin s’engagea au service de la Muscovy Company, qui faisait le commerce avec la Russie et qui envoyait des baleiniers dans la région du Spitzberg. En 1613, une flotte de la compagnie composée de sept bateaux se rendit dans les eaux où l’on pêchait la baleine ; de nouveau, William Baffin était pilote en chef, cette fois sur le Tiger, commandé par le capitaine Benjamin Joseph. En 1614, il partit avec le capitaine Joseph pour le Spitzberg sur le Thomasine avec une flotte de 11 bateaux et de 2 pinasses. Malgré les glaces qui étaient descendues assez loin vers le Sud et qui rendaient la saison peu propice à la navigation dans l’Arctique, Baffin explora une partie considérable de la côte du Spitzberg avant de revenir à Londres le 4 octobre 1614.

Le quatrième voyage de Baffin fut fait pour le compte de la Northwest Company dans le but de chercher le passage du Nord-Ouest. Ce voyage était une continuation des explorations précédentes entreprises par Henry Hudson (1610–1611), qui fut abandonné par son équipage après avoir hiverné dans la baie d’Hudson, par Thomas Button, qui avait hiverné près de Churchill (1612–1613), et par William Gibbons, qui passa l’hiver sur la côte du Labrador (1614). Le solide vaisseau Discovery, qui avait participé aux trois expéditions précédentes, fut armé sous le commandement de Robert Bylot ; Baffin embarqua de nouveau comme pilote le 15 mars 1614/1615. Le 26 avril, observant l’occultation d’une étoile par la lune, Baffin en déduisit la première longitude calculée en pleine mer. Il se livra à une étude assez poussée du détroit d’Hudson et de l’extrémité ouest de l’île de Southampton, tout en accordant aux marées une attention spéciale. W. E. Parry*, le grand explorateur du xixe siècle, après avoir vérifié les conclusions de Baffin formulées plus de 200 ans auparavant, les trouva exactes à quelques détails près. Il existe un journal détaillé, de la main de Baffin, concernant cette expédition et où l’on trouve la seule carte qui nous reste de lui. L’expédition mit fin à sa recherche du passage du Nord-Ouest à cause des glaces, à un endroit où on pouvait apercevoir la terre au nord-est. Parry donna à cette terre le nom d’île de Baffin « pour honorer la mémoire de ce navigateur compétent et plein de hardiesse ». L’expédition revint à l’automne de 1615. À la fin de ce voyage, Baffin conclut avec justesse qu’il n’existait pas de passage navigable conduisant à l’Ouest par la baie d’Hudson.

Baffin entreprit le cinquième et le plus important de ses voyages d’exploration sur le même Discovery avec le capitaine Bylot. Ils partirent de Gravesend le 26 mars 1616 et dépassèrent, à Hope Sanderson, sur la côte du Groenland, le point le plus au nord atteint par John Davis, pour pousser ensuite 300 milles plus loin jusqu’à la latitude de 77° 45´, qui ne fut dépassée que 236 ans plus tard. Ils firent ensuite le tour de tout le littoral de la baie de Baffin, y compris les entrées des détroits « Sir Thomas Smith », « Alderman Jones » et « Sir James Lancaster », et en dressèrent une carte. Ils ne reconnurent pas cependant le détroit de Lancaster comme l’entrée du passage du Nord-Ouest qu’ils cherchaient. C’est une ironie de l’histoire que la plus célèbre découverte de Baffin, reconnue comme telle au début, attira graduellement les soupçons au point d’être amoindrie et finalement rayée des cartes, jusqu’à ce que Sir John Ross* la confirmât lors de sa première expédition en 1818. Les écrits et la carte de Baffin concernant la baie qui porte son nom passèrent entre les mains de Purchas, qui, avec une désinvolture exaspérante, n’en tint aucun compte.

Il est hors de doute qu’à son époque, Baffin fut, de tous les explorateurs de l’Arctique, le navigateur le plus habile et l’observateur le plus attentif. À son retour du voyage qui lui avait fait découvrir la baie de Baffin sans trouver le passage du Nord-Ouest, il résolut de chercher le mystérieux passage en partant de ce qui était censé être son extrémité occidentale. Mais pour cela il lui fallait trouver un emploi qui le conduisit dans le Pacifique. L’occasion attendue se présenta en 1617, et il embarqua le 4 février comme second de l’Anne Royal avec la flotte du capitaine Martin Pring pour le compte de la East India Company. La flotte mouilla dans la baie de Saldanha le 21 juin et à Surat en septembre. I’Anne Royal en fut alors détachée et envoyée à Mocha. Elle fit escale dans divers ports de la mer Rouge et du golfe Persique, où Baffin poursuivit sans relâche ses travaux, faisant des relevés et dressant des cartes. L’Anne Royal était revenue dans la Tamise en septembre 1619. Baffin n’avait absolument rien vu des côtes nord-ouest de l’Amérique du Nord, mais ses cartes de la Perse et de la mer Rouge lui valurent des éloges.

L’année suivante, Baffin partit de nouveau pour les Indes orientales sur le London, vaisseau amiral de la flotte commandé par le capitaine Andrew Shilling, ancien capitaine de l’Anne Royal. La flotte fit voile de la rade au large de Downs le 25 mars et parvint à Swally Roads le 9 novembre ; ayant eu vent qu’une flotte de vaisseaux portugais et hollandais les attendait, elle partit à la recherche de cet ennemi. Le capitaine Shilling fut blessé au cours de la bataille navale qui eut lieu le 28 décembre dans le golfe d’Oman ; il mourut de ses blessures le 6 janvier 1620/1621. L’année suivante, le 20 janvier 1621/1622, la flotte anglaise mouillait au large d’Ormuz pour assiéger les Portugais. Le 23 janvier, on envoyait William Baffin à terre faire des observations sur la hauteur et la distance des murs du château pour calculer la portée du tir – « mais alors qu’il était ainsi occupé, une balle en provenance du château le frappa au ventre ; il fit alors trois bonds et mourut immédiatement ». Purchas rapporte le fait en ces termes : « Dans les Indes il est mort, dans la récente affaire d’Ormuz, tué au combat, pendant qu’il vérifiait ses théories et expériences mathématiques. »

Mme Baffin, une « femme incommode, impatiente », réclama à la compagnie la solde de son mari et une indemnité considérable. Après des négociations qui durèrent trois ans, le total de ses réclamations fut finalement fixé à £500.

Ainsi, la seule partie de la vie de Baffin dont nous ayons une connaissance certaine en est la dernière, qui va de 1612 à 1622. Nous avons perdu la presque totalité de ses observations, de ses papiers, de ses relevés et de ses cartes, mais ce qui nous est resté suffit pour nous prouver qu’à cette époque il était devenu le meilleur observateur des astres de tous les navigateurs de son temps.

Ernest S. Dodge

Purchas, Pilgrimes, (1905–07), XIV : 365–411.— The voyages of William Baffin, 1612–1622, ed. C. R. Markham (Hakluyt Soc., 1st ser., LXIII, 1881).— DNB.— Dodge, Northwest by sea.— The Encyclopaedia Britannica (11th ed., 29 vol., Cambridge, 1910–11).— Oleson, Early voyages, 167s.— W. E. Parry, Journal of a second voyage for the discovery of a north-west passage from the Atlantic to the Pacific ; performed in the years 1821–22–23 in His Majesty’s ships Fury and Hecla (London, 1824).— J. Ross, A voyage of discovery made under the orders of the Admiralty, in His Majesty’s ships Isabella and Alexander for the purpose of exploring Baffin’s Bay, and inquiring into the probability of a north-west passage (London, 1819).

Bibliographie générale

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Ernest S. Dodge, « BAFFIN, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/baffin_william_1F.html.

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Auteur de l'article:   Ernest S. Dodge
Titre de l'article:   BAFFIN, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   25 octobre 2014