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BAILLAIRGÉ, LOUIS DE GONZAGUE, avocat, homme d’affaires et philanthrope, né le 18 février 1808 à Québec, fils de Pierre-Florent Baillairgé* et de Marie-Louise Cureux, dit Saint-Germain, et petit-fils de Jean Baillairgé* ; décédé célibataire le 20 mars 1896 dans sa ville natale.

Issu d’une famille dont plusieurs membres s’illustrèrent dans les arts du bois et de la construction, Louis de Gonzague Baillairgé, qui n’était âgé que de quatre ans au moment du décès de son père, préféra se diriger vers la pratique du droit. Après ses études classiques au petit séminaire de Québec de 1822 à 1830, il fit son stage de clerc d’abord sous la direction de Philippe Panet*, d’octobre 1830 jusqu’en juin 1832, puis sous celle de René-Édouard Caron*, à compter de juillet de la même année. Il reçut sa commission d’avocat le 5 novembre 1834 et on l’admit au barreau le 12 octobre 1835. Il ouvrit son bureau à Québec, rue Haldimand. Peu de temps après, il l’installa définitivement dans une maison qu’il avait acquise du côté nord de la rue Saint-Louis, à proximité de la rue du Parloir, et tint office à cet endroit pendant près de 60 ans.

En 1844, Baillairgé s’associa à son ancien maître Caron, et leur prospère société ne fut dissoute qu’en 1853, lorsque ce dernier devint juge. Entre-temps, en 1850, les deux associés avaient conjointement été nommés avocats de la ville de Québec. Le 22 février 1861, Baillairgé devint le seul avocat de la corporation, et ce jusqu’en 1885, au moment où on lui adjoignit l’avocat Charles-Alphonse-Pantaléon Pelletier* qui, depuis plus de 20 ans, avait œuvré sous sa direction et comme associé dans son bureau de la rue Saint-Louis. Avocat influent et jurisconsulte réputé, Baillairgé devint conseiller de la reine en août 1863 et bâtonnier du barreau de Québec en mai 1873.

Fin administrateur, Baillairgé amassa l’une des plus importantes fortunes de Québec au cours de la seconde moitié du xixe siècle. Au moment de son décès, ses biens immobiliers et ses placements atteindraient la valeur de 190 000 $. Ses honoraires d’avocat, ses revenus d’immeubles et ses intérêts de prêts et placements contribuèrent à la constitution de sa fortune. En se joignant à l’avocat Caron, il s’était attiré l’une des plus fortes clientèles du barreau à cette époque. En plus d’être l’avocat de la ville de Québec, il était le conseiller et l’avocat de plusieurs établissements, dont le séminaire de Québec et l’hôpital du Sacré-Cœur de Jésus, qui deviendrait en 1894 l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus. Il possédait plusieurs maisons à louer dans la haute et la basse ville, et il lui arrivait d’en acquérir du shérif pour une somme dérisoire. Il accordait couramment des prêts à des particuliers, à des organismes et à des établissements, et comptait parmi ses emprunteurs les descendants de son ancien associé Caron, la Corporation archiépiscopale de Québec, les Sœurs de la charité de Québec et l’asile du Bon-Pasteur. Il plaçait ses revenus dans des établissements francophones de Québec : la Banque nationale et la Caisse d’économie de Notre-Dame de Québec [V. François Vézina*]. Il fut d’ailleurs, en 1862 et 1863, vice-président honoraire de ce dernier établissement, dont il était l’un des principaux déposants.

Baillairgé prit part à la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste de la cité de Québec et en devint, le 31 août 1842, le premier commissaire ordonnateur. Il occupa ce poste jusqu’en 1852 et fut, de 1855 à 1859, président général de cette association. Entre-temps, il avait participé en 1848 à la fondation de l’Institut canadien de Québec, dont il devint président honoraire en 1873. En 1857, il avait également collaboré à la, création du journal le Courrier du Canada [V. Joseph-Charles Taché].

Pour les Québécois de la seconde moitié du xixe siècle, le nom de Louis de Gonzague Baillairgé était intimement associé au drapeau de Carillon. Baillairgé s’interrogeait sur le sort réservé au drapeau rapporté de la bataille de Carillon (près de Ticonderoga, New York) [V. Louis-Joseph de Montcalm*], en 1758, par le père Félix Berey Des Essarts. Il le trouva en janvier 1848 dans le grenier du dernier frère récollet à Québec, Louis Martinet*, dit Bonami, qui l’avait récupéré de l’incendie de l’église des récollets le 6 septembre 1796. Ce dernier le céda à Baillairgé qui s’en fit le lier gardien jusqu’à la fin de sa vie. Chaque année à partir de 1848, à l’occasion du défilé de la Saint-Jean-Baptiste, Baillairgé apparaissait dignement à sa porte et confiait le drapeau de Carillon à un détachement de membres de la société nationale, puis plus tard de l’association des zouaves. Ce drapeau serait en fait une bannière religieuse et sa présence à la bataille de Carillon demeure hypothétique.

Baillairgé fut l’un des principaux instigateurs et artisans de la réalisation du monument aux Braves sur l’emplacement de la bataille de Sainte-Foy, près de Québec, où s’étaient affrontées en 1760 les troupes des généraux François de Lévis* et James Murray*. Il fit partie du comité chargé de la translation des restes des soldats, ainsi que du comité qui supervisa la construction du monument à leur mémoire [V. Pierre-Martial Bardy*], et il en fut l’un des principaux souscripteurs. Sous son oeil vigilant, la pose de la pierre angulaire eut lieu le 18 juillet 1855 et le monument fut finalement inauguré le 19 octobre 1863.

À compter des années 1870, Baillairgé, dont on connaissait la fortune et la générosité, se vit de plus en plus sollicité par les organismes de bienfaisance et les communautés religieuses. Véritable philanthrope, il portait secours à de nombreux individus et venait en aide à plusieurs groupes. Toutefois, il n’était point toujours un bienfaiteur tout à fait désintéressé. Ainsi, en 1890, lorsque les Augustines de la miséricorde de Jésus, responsables de l’hôpital du Sacré-Cœur de Jésus, se conformant à une recommandation du cardinal Elzéar-Alexandre Taschereau, confièrent une cause à l’avocat Joseph-Édouard Bédard, elles indisposèrent Baillairgé qui avait été leur avocat depuis 1873 ; irrité, il leur rappela le don de 1 700 $ qu’il venait pourtant tout juste de leur faire. Il fit de nouveau mention de cet incident au cardinal, en 1891, lorsque celui-ci lui lança un appel pour secourir financièrement leur hôpital. Reconfirmé avocat de l’établissement, un Baillairgé reconnaissant irait jusqu’à effacer, le 1er février 1893, la dette de 17 000 $ que lui devaient les religieuses depuis 1879. Les prêtres du séminaire connurent, eux aussi, les caprices du philanthrope. Au moment de la reconstruction de leur chapelle, au lendemain de l’incendie de 1888, Baillairgé s’obstinait à vouloir assumer le coût du maître-autel et rien d’autre, et ce même si le séminaire en avait déjà reçu un en don des membres du clergé. Les suppliques de l’abbé Louis-Honoré Pâquet et de Mgr Louis-Nazaire Bégin* n’y firent rien. Après de longues tractations, le supérieur du séminaire, Mgr Joseph-Clovis-Kemner Laflamme*, obtempéra au désir de Baillairgé et eut recours à lui, mais il était trop tard car l’entêté bienfaiteur devait mourir dix jours plus tard.

D’autres solliciteurs eurent plus de chance dans leurs négociations avec Baillairgé. En 1887, il agréa les vœux des Sœurs de la charité en leur donnant la colossale statue du Sacré-Cœur, œuvre du sculpteur Louis Jobin*, que l’on installa au faîte du clocher de leur chapelle, rue Saint-Olivier. Elle disparut dans l’incendie du 20 février 1914. Acquiesçant aux souhaits du curé François-Xavier Faguy, il fit don, pour la basilique dont la construction s’effectua de 1887 à 1891, de la riche ornementation de la chapelle du Sacré-Cœur. Il accepta aussi de payer la moitié du coût de la maison que le père Joseph-Édouard Désy avait achetée en 1891 pour en faire une maison de retraite, la villa Manrèse, et contribua à la construction de la chapelle Notre-Dame-du-Chemin. Durant les années 1880, Baillairgé concrétisa un projet fort ambitieux et qui ne manqua pas de provoquer l’étonnement : la construction d’une chapelle ou église dans chacune des cinq parties du monde. Un geste inattendu de la part d’un homme sédentaire qui ne mit jamais, ou presque, les pieds hors de sa ville natale. D’où lui vint ce souci de la propagation de la foi catholique à travers le monde ? Les pères Voisin et Roger furent possiblement à l’origine de cette initiative. Ils devinrent, de toute façon, les premiers à bénéficier de l’appui de Baillairgé qui leur remit, le 18 août 1882, la somme nécessaire à la construction de l’église Saint-Pierre de Bukumbi, dans l’actuelle Tanzanie. De 1883 à 1886, il fit ériger l’église de la Vierge Marie à Rapid Creek en Australie. En 1884 et 1885, fut construite à Haimen, en Chine, l’église Saint-François-Xavier. En 1886, la chapelle Saint-Louis-de-Gonzague fut bâtie à la Pointe-aux-Esquimaux (Havre-Saint-Pierre, Québec). Une dernière église fut érigée, en 1887, à Sawakin, au Soudan. La munificence de Baillairgé lui valut l’attribution de titres honorifiques. En 1885, le pape Léon XIII le louangeait au sujet d’une chaire d’éloquence sacrée et profane à la faculté des arts de l’université Laval, connue sous le nom de chaire Baillairgé, qu’il avait permis de créer et dotée d’une somme de 10 000 $. Deux ans plus tard, le 18 mars 1887, il le faisait chevalier-commandeur de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand. Puis, le 6 mars 1893, Baillairgé se voyait conférer le titre de comte romain.

Baillairgé vivait modestement dans l’étroit logis familial de la rue Saint-François (rue Ferland) qu’il avait hérité et n’avait pas quitté depuis son enfance, entouré de quelques meubles de style Louis XV, de livres et de portraits anciens. Malgré les instances de ses confrères et du père Désy, il ne consentit jamais à se laisser photographier. Plusieurs de ses contemporains le voyaient comme un être très original.

Le père Désy fut le dernier confident de Louis de Gonzague Baillairgé qui mourut, à l’âge de 88 ans, dans la matinée du 20 mars 1896. Ses funérailles eurent lieu trois jours plus tard à la basilique de Québec et on l’inhuma dans la crypte de la chapelle du séminaire, près de la tombe de son frère, l’abbé François-Xavier Baillairgé, comme il avait été convenu au moment de la création de la chaire d’éloquence sacrée et profane. Il laissa une fortune considérable qui fut partagée entre ses trois nièces et ses deux neveux, l’ingénieur et architecte Charles Baillairgé* et le biographe de la famille Georges-Frédéric Baillairgé*. Les héritiers firent don du drapeau de Carillon à l’université Laval. Les Archives du séminaire de Québec ont aujourd’hui la garde de ce drapeau qui fut à l’origine du drapeau Carillon-Sacré-Cœur puis, en 1948, du drapeau officiel et actuel du Québec.

Jean-Marie Lebel

AAQ, 210 A, XXXVI : 581 ; XXXVII : 143–144, 197 ; 81 CD, III : 52–52a, 58–58a ; 516 CD, II : 28 ; 10 CM, VII : 176, 189 ; VIII : 223 ; Titres et contrats, VI : 89, 119–120.— AC, Québec, État civil, Catholiques, Notre-Dame de Québec, 23 mars 1896.— ANQ-Q, CE1-1, 19 févr. 1808 ; CN1-188, 9 oct. 1830, 11 juill. 1832, 27 nov. 1833, 7 avril 1834, 2 mars 1835, 5 mars 1836 ; CN1-255, 20 avril, 26 juin 1868, 16 mai 1871, 29 févr., 20 sept. 1872 ; CN1-261, 18 août, 11 sept. 1855, 29 janv., 14 févr. 1856, 18 nov. 1857 ; P-232.— ASQ, Fichier des anciens ; Grand livre, II : 41–42 ; Journal du séminaire, IV : 270–271, 472–473, 621, 632 ; Lettres, V, 86–88 ; X, 119 ; Polygraphie, LX : 2L ; S, carton 6 : n79 ; Séminaire, 12, nos 49, 49b ; 74, n19a ; SME, 16, 23 févr. 1885 ; Univ., 40, n11 ; 44, nos 4–8, 22 ; 159a, n138 ; 232, n6.— AVQ, P38/1, 19, 23–24 ; P38/5–6.— Le Courrier du Canada, 20, 23 mars 1896.— Le Journal de Québec, 27 juin 1848, 13 mars 1860, 3 mars, 18 août 1863.— Quebec Gazette, 27 sept. 1839, 4 août, 1er sept. 1842, 10 nov. 1845, 10 mars 1847, 28 juin 1848.— P.-G. Roy, les Avocats de la région de Québec, 16.— Amicus [Blanche Gagnon], les Deux « Villa Manrèse », 1891–1921 : souvenances (Québec, 1944).— Jacques Archambault et Eugénie Lévesque, le Drapeau québécois (Québec, 1974).— G.-F. Baillairgé, Louis de Gonzague Baillairgé, avocat, c.r., chevalier commandeur de l’ordre de S. Grégoire le grand (Joliette, Québec, 1891).— Mario Béland, Louis Jobin, maître sculpteur ([Québec et Montréal], 1986).— Émilia Boivin Allaire, Quand les murs parlent... : 1873–1973 : cent ans de générosité [à l’] Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus de Québec ([Québec, 1973]).— Chouinard et al., la Ville de Québec, 3 : 18.— H.-J.-J.-B. Chouinard, Fête nationale des Canadiens français célébrée à Québec en 1880 : histoire, discours, rapport [...] (4 vol., Québec, 1881–1903), 1 : 39, 51, 53, 55, 58–59, 73, 596, 598, 611 ; 2 : 56–58 ; 3 : li, 70–73 ; 4 : 336, 338, 559–562, 575.— Le Docteur Pierre Martial Bardy : sa vie, ses œuvres et sa mémoire, F.-X. Burque, compil. (Québec, 1907).— Historique de la Banque d’économie de Québec (the Quebec Savings Bank), 1848–1948 (Québec, 1948), 148.— Manrésien [Blanche Gagnon], Autour de Manrèse ; histoire et monographie ; impressions et souvenirs (Québec, 1948).— Notes biographiques et historiques sur la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, 1842–1967, Mme Paul Duchesneau [Fernande Lecour], compil. (Québec, 1967).— Notre-Dame-du-Chemin, Québec, 1909–1984 (Québec, 1984).— Honorius Provost, « Historique de la faculté des Arts de l’université Laval, 1852–1902 » (thèse de m.a., univ. Laval, 1952).— P.-G. Roy, Toutes Petites Choses du Régime anglais (2 sér., Québec, 1946), 2 : 210–211.— Souvenir des fêtes du second centenaire de la fondation de l’Hôpital-Général de Québec célébrées au monastère le 16, le 17 et le 18 mai 1893 (Québec, 1893).— « Louis de Gonzague Baillairgé », BRH, 18 (1912) : 115–119.— Ernest Gagnon, « le Drapeau de Carillon », Rev. canadienne, 28 (1892) : 129–139.— Pierre Sailly [Ernest Gagnon], « le Prétendu Drapeau de Carillon », Rev. canadienne, 69 (juill.–déc. 1915) : 304–309.

Bibliographie générale

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Jean-Marie Lebel, « BAILLAIRGÉ, LOUIS DE GONZAGUE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/baillairge_louis_de_gonzague_12F.html.

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Auteur de l'article:   Jean-Marie Lebel
Titre de l'article:   BAILLAIRGÉ, LOUIS DE GONZAGUE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   25 octobre 2014