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BARSALOU, JOSEPH, homme d’affaires et homme politique, né le 5 décembre 1822 à Montréal, fils de Joseph Barsalou, maçon, et de Marie Beaupré ; le 22 janvier 1845, il épousa au même endroit Julie-Adèle Gravel, et ils eurent cinq fils et deux cilles ; décédé dans sa ville natale le 17 mai 1897.

Joseph Barsalou commence son apprentissage du métier de commerçant dès l’âge de 15 ans. Il travaille ensuite durant cinq ans pour l’encanteur montréalais Austin Cuvillier*. En 1847, il est au service de la Young and Benning, firme de marchands à commission et d’encanteurs, où on lui a confié la tenue des livres et, à l’occasion, le poste de crieur dans les ventes à l’encan. En 1853, il devient l’associé de James Benning, et l’entreprise prend alors le nom de Benning and Barsalou. En 1857, l’actif de la firme se situe entre 60 000 $ et 70 000 $. Deux ans plus tard, on l’évalue entre 70 000 $ et 80 000 $ et, en 1860, entre 120 000 $ et 140 000 $. Quoique la Benning and Barsalou investisse dans l’immobilier, son principal secteur d’activité demeure la vente à l’encan. On la considère alors comme la plus importante firme montréalaise dans ce domaine.

En 1863, avec Peter Sarsfield Murphy et Alfred M. Farley, Barsalou acquiert une fabrique d’articles en caoutchouc, la Compagnie de manufacture britannique américaine [V. Ashley Hibbard*], qui devient la Compagnie canadienne de caoutchouc. Trois ans plus tard, les associés réorganisent l’entreprise. James Benning, Jean-Baptiste Prat*, William Moodie, Amable Prévost, Adolphe V. Roy, Francis Scholes, William Learmont et William D. B. Janes y investissent. Barsalou est le premier président de la Compagnie canadienne de caoutchouc de Montréal, qui prend son véritable essor en 1867 lorsqu’un groupe de financiers, avec à sa tête Andrew* et Hugh* Allan, y investissent des sommes importantes. En 1871, elle est bien implantée : son capital fixe s’élève à 400 000 $, ses capitaux circulants à 150 000 $ et elle compte 370 employés. De 1870 à 1900, elle s’approprie une part croissante du marché intérieur, rachète ses concurrentes et établit des filiales dans les grandes villes canadiennes, telles Toronto, Winnipeg et Vancouver. Le capital souscrit passe de 700 000 $ en 1878 à un million en 1885 et à 1,5 million en 1895. Vers 1870 Barsalou cède son poste de président à un administrateur du groupe Allan. Actionnaire minoritaire, il conserve néanmoins des liens commerciaux avec la Compagnie canadienne de caoutchouc de Montréal. En effet, en 1894, la Benning and Barsalou continue d’offrir à l’encan des articles endommagés produits par cette manufacture.

Au début des années 1860, Barsalou s’associe à la famille Dessaulles de Saint-Hyacinthe pour administrer un moulin à farine et une fabrique de lainage dans cette ville. En 1864, le gouvernement l’autorise à percevoir des droits de péage sur le pont qu’il construit sur la rivière Yamaska. D’une longueur de 680 pieds sur 15 de largeur et autant de hauteur, ce pont permet aux associés de s’approvisionner plus facilement en matières premières. L’entreprise connaît une certaine expansion jusqu’en 1872, mais une campagne de boycottage menée par des marchands grossistes qui reprochent à Barsalou et aux Dessaulles de vendre au détail, met un terme à leurs activités. On réorganise l’entreprise l’année suivante avec un capital de 90 000 $ et sous une nouvelle raison sociale, la Compagnie manufacturière de Saint-Hyacinthe. Toutefois, Barsalou ne se retrouve pas parmi les nouveaux actionnaires. En 1874, il réintègre les rangs et on l’identifie de plus en plus au groupe Dessaulles avec qui il participe de plain-pied à l’essor industriel et financier de Saint-Hyacinthe. En 1874, il fait partie du premier conseil d’administration de la Banque de Saint-Hyacinthe, fondée l’année précédente et dans laquelle il a acquis 30 actions au coût de 3 000 $, ce qui lui confère un certain pouvoir sur la croissance et le développement de cette banque.

Néanmoins, le centre d’intérêt de Barsalou demeure Montréal. La Benning and Barsalou continue de réaliser des transactions rentables. En 1873, la société déclare même un surplus de 300 000 $. Elle se spécialise de plus en plus dans le financement d’hypothèques ou le prêt commercial et industriel. Son expansion est toutefois limitée par sa marge de crédit. Sa principale pourvoyeuse, la Banque du peuple, freine sa croissance en lui octroyant une marge de crédit de 75 000 $ au lieu des 200 000 $ normalement requis pour une entreprise de cette taille. Cette politique prudente est peut-être due, en fait, aux pertes financières qu’a connues la société en 1874–1875. La crise frappe alors la Benning and Barsalou de plein fouet et ses pertes s’élèvent à 250 000 $ dont près de la moitié est constituée d’avances faites sur des marchandises qui n’ont jamais été livrées ; elle n’a pu recouvrer qu’un dixième du déficit enregistré sur ses contrats d’affrètement maritime. La nomination de Barsalou à titre de commissaire-priseur en 1876 l’aide à retrouver une certaine aisance financière.

En 1876 des rumeurs de dissolution de la Benning and Barsalou circulent dans le milieu d’affaires montréalais. On ignore toutefois si elles se sont alors concrétisées. Les activités de la Benning and Barsalou revêtent de plus en plus un caractère familial. Les fils de Barsalou se joignent à l’entreprise au milieu des années 1870. La société conserve la même raison sociale et continue de prospérer jusqu’en 1886, au moment où Joseph Barsalou se retire. Ce retrait n’affecte pas le volume commercial mais la marge de crédit accordée et les ressources financières de la Benning and Barsalou. Ces dernières, évaluées entre 200 000 $ et 250 000 $ de 1878 à 1883, et entre 250 000 $ et 300 000 $ en 1885, ne sont estimées qu’entre 10 000 $ et 20 000 $ en 1889, lorsque Arthur Barsalou, fils de Joseph, se retrouve à la tête de l’entreprise. Malgré la crise des années 1870 et des déboires momentanés, la Benning and Barsalou demeure en excellente santé commerciale. Durant les années 1890, elle domine toujours son secteur, en tenant des ventes à l’encan hebdomadaires et de grandes ventes printanières et automnales, où elle écoule d’importantes quantités de marchandises sèches, de chaussures et d’articles en caoutchouc. Elle continue également d’imposer sa présence sur le marché du prêt en plus d’acquérir plusieurs propriétés de valeur, situées, entre autres, le long de la rue Sainte-Catherine, dans les quartiers Sainte-Marie et Saint-Louis, et dans les banlieues autour de Montréal.

Le nom de Barsalou est aussi rattaché à la fabrique de savon que Joseph et ses fils ont fondée vers 1875. Ils ont investi 30 000 $ dans la construction de cette manufacture de quatre étages située à l’angle des rues Sainte-Catherine et Durham. Les Barsalou utilisent une technologie nouvelle qu’ils ont acquise au coût de 10 000 $. Le nouveau procédé élimine les odeurs nauséabondes et permet de raccourcir substantiellement les étapes de la fabrication, principalement celles où l’on mélange et broie les matières premières pour constituer un liquide uniforme, refroidi par la suite et tranché en pièces d’une livre par des presses hydrauliques. De cette façon, l’entreprise fabrique 6 000 livres de savon en une heure et demie au lieu d’une semaine avec la méthode artisanale. La mécanisation réduit considérablement le coût de production. En fait, seul l’estampillage s’effectue encore manuellement en 1876, mais sera mécanisé dès l’année suivante. La manufacture fabrique un million de livres de savon au cours de la première année d’exploitation. À l’époque, les Barsalou mettent sur le marché du savon en barres pour l’usage courant et du savon en flocons pour la lessive sous les marques de commerce Steam Refined, Domestic et White Olive. Cependant, ils modifient les noms au fil du temps pour mieux s’adapter à la réalité canadienne. Les savons sont alors vendus sous les étiquettes Marseille, Universel, Cambridge, Oxford et Imperial. La dernière serait la plus populaire. Une tête de cheval devient l’emblème de la savonnerie, sans doute parce que Barsalou aime cet animal. (Avec Andrew Allan, il avait créé en 1873 une compagnie afin de promouvoir et de faire l’élevage de chevaux importés d’Europe.) Barsalou fait également reproduire une tête de cheval en savon grandeur nature à l’occasion d’une exposition commerciale en 1880. Le savon Imperial est même estampillé de cet emblème. Cette politique originale de mise en marché se développe au cours des années suivantes. En 1886, à la Colonial and Indian Exhibition de Londres, les Barsalou présentent des savons marbrés de rouge et de bleu. En 1891, plus consciente de l’identité nationale de son produit, la maison fait exécuter deux grands bustes représentant sir John Alexander Macdonald et sir Antoine-Aimé Dorion.

Barsalou laisse officiellement la direction de la savonnerie à ses fils Hector et Érasme en 1888. Cet héritage industriel n’est pas le seul que les fils de Barsalou reçoivent. En effet, tout au cours des années 1870 et de la décennie suivante, Joseph Barsalou s’est engagé dans d’autres secteurs. Associé à un groupe d’hommes d’affaires dirigé par Andrew Allan, il a participé à la fondation de la Compagnie des prélarts du dominion en 1872 et en est devenu actionnaire. Cette entreprise a démarré très lentement pour ensuite s’approprier une partie importante du marché intérieur. C’est ainsi qu’elle a doublé son capital souscrit de 100 000 $ entre 1878 et 1894, et augmenté sa capacité de production en concentrant six manufactures à l’angle des rues Sainte-Catherine et Parthenais.

Les autres entreprises de Barsalou n’ont pas connu le même succès. La Dominion Glass Company, fondée après 1885, a enregistré un taux de croissance plutôt modeste. Joseph en cède tôt la gérance à son fils Maurice et conserve seulement un certain droit de regard sur les décisions. C’est lui, toutefois, qui sert d’intermédiaire principal entre cette manufacture et la Banque des marchands du Canada, qui procure à l’entreprise la marge de crédit nécessaire pour la production et la mise en marché. En 1897, il doit 41 000 $ à cette banque et hypothèque alors diverses propriétés, mais cela semble insuffisant car la Dominion Glass Company est absorbée par une de ses rivales au début du xxe siècle.

L’aventure de Barsalou dans le secteur des abattoirs n’est guère plus heureuse. La Compagnie d’abattoirs de Montréal, constituée juridiquement en 1880 avec un capital autorisé de 200 000 $, ne prend jamais véritablement son essor. Bien que Barsalou en soit le premier président, elle présente de très faibles rendements, notamment si l’on se fie à l’évaluation de l’agence de crédit Bradstreet. Par contre, la Compagnie d’assurance royale canadienne, constituée juridiquement en 1873, représente un meilleur placement pour Barsalou. Fondateur et actionnaire, il se retrouve en 1876 au conseil d’administration de cette entreprise, qui serait disparue ou aurait été absorbée vers la fin des années 1880. Enfin, la Montreal Terra Cotta Lumber Company, manufacture de tuiles fondée en 1887 par le gendre de Barsalou, Alphonse Desjardins*, échappe d’une certaine façon à son emprise bien qu’il en soit l’un des principaux actionnaires.

Barsalou s’est aussi intéressé à la politique municipale. En 1873, il se présente au poste d’échevin dans le quartier Saint-Louis à Montréal contre Ferdinand David*. Il mène une campagne serrée et reproche à son adversaire différentes spéculations ainsi que d’avoir fait preuve de favoritisme lorsqu’il occupait la présidence du comité des chemins. De son côté, Barsalou n’est pas exempt de tout reproche. On met en doute l’évaluation foncière qu’il a faite d’un terrain exproprié par la ville dans le but de créer le parc du Mont-Royal. Il perd ses élections par 62 voix seulement. Au début des années 1880, il s’oppose au projet d’annexion d’Hochelaga à Montréal. Lorsque ce projet se réalise trois ans plus tard, il obtient du gouvernement la création de la municipalité de Maisonneuve, qui englobe la partie est d’Hochelaga. Barsalou devient alors promoteur urbain. Maire de Maisonneuve de 1884 à 1889 et de 1890 à 1892, il pose les assises sur lesquelles la ville va se développer.

Joseph Barsalou apparaît comme un homme d’affaires sagace qui n’a pas eu peur de prendre des risques tout en sachant bien s’entourer. Ses associations avec les Allan et les Dessaulles le démontrent bien. L’esprit d’entreprise et l’appartenance à un réseau d’affaires lui ont permis de s’affirmer comme homme d’affaires canadien-français. Mais, en fait, les affaires ne répondent qu’à un principe universel, celui de la réussite et, dans ce sens, Barsalou a obtenu plus qu’une note de passage. À maintes reprises, il s’est classé parmi les premiers en matière d’innovation industrielle et financière.

Jean Benoit

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Bibliographie générale

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Jean Benoit, « BARSALOU, JOSEPH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/barsalou_joseph_12F.html.

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Auteur de l'article:   Jean Benoit
Titre de l'article:   BARSALOU, JOSEPH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   24 avril 2014