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BEACH, THOMAS BILLIS (alias Henri Le Caron et docteur Howard), agent secret et auteur, né le 26 septembre 1841 à Colchester, Angleterre, fils de John Joseph Billis Beach et de Maria Passmore ; décédé le 1er avril 1894 à South Kensington (Londres).

Thomas Billis Beach était le fils cadet d’une famille de 13 enfants ; son père était tonnelier. On ne sait pas quelle formation il reçut dans son enfance mais, à l’âge de 12 ans, après avoir tenté par deux fois de s’enfuir à Londres, il fut mis en apprentissage chez un marchand drapier. À 16 ans, il trouva une place de commis dans une draperie londonienne. Deux ans plus tard, en 1859, il se rendit à Paris, où une banque anglaise, l’Arthur and Company, qui s’occupait d’affaires américaines, l’embaucha.

Excité à l’annonce du déclenchement de la guerre de Sécession, Beach se rendit à New York où il s’enrôla, le 7 août 1861, dans le 8th Pennsylvanian Réserves de l’armée de l’Union. Apparemment par goût du secret, il prit le nom d’Henri Le Caron et déclara être de nationalité française. Il servit en Virginie puis, en 1862, on l’envoya dans l’Ouest. Il s’y montra si utile comme éclaireur et patrouilleur qu’il obtint une promotion. Passé au grade de lieutenant en second en juillet 1864, il s’éleva rapidement à celui de major avant sa démobilisation en 1866.

Le Caron avait épousé en 1865 Nannie Melville, fille d’un planteur irlandais de Virginie, avec qui il allait avoir six enfants. Après la guerre, il s’établit à Nashville, au Tennessee, et étudia la médecine. Il renoua avec un homme qu’il avait connu durant les hostilités, John O’Neill*, qui le présenta à des membres importants de la Fenian Brotherhood, dont le général Thomas William Sweeny. Celui-ci était secrétaire à la guerre dans l’aile de l’organisation dirigée par William Randall Roberts qui préparait une deuxième invasion du Canada. Le Caron envoya à son père, en Angleterre, des rapports sur les projets des féniens. Ce dernier les montra au député libéral de Colchester John Gurdon Rebow qui, impressionné, les remit au ministère de l’Intérieur.

Au cours d’une visite en Angleterre en 1867, Le Caron fut présenté à Rebow, qui lui fit rencontrer en secret Robert Anderson, fonctionnaire attaché au cabinet du secrétaire de l’Irlande. Anderson acheta ses services à titre d’agent et fut, dès lors, le principal trait d’union entre Le Caron et le gouvernement britannique.

Quand, à la fin de 1867, on chargea O’Neill d’autres opérations féniennes contre le Canada, Le Caron put pénétrer dans l’état-major de l’organisation. Il abandonna ses études de médecine et un poste qu’il occupait dans l’Illinois pour prêter le serment des féniens. Il devint alors chef d’une section locale (poste de direction) et organisateur des opérations militaires ; par la suite, il accéda au grade de colonel. Cette position lui permettait de transmettre à Anderson des rapports détaillés sur les plans des féniens. Au printemps de 1868, il rencontra le commissaire de police canadien Gilbert McMicken et s’engagea à lui communiquer régulièrement des renseignements. Il vit de nouveau McMicken près de la frontière en 1870 et le prévint de l’imminence d’un raid contre le Canada. Le gouvernement canadien était donc prêt lorsque, le 25 mai, O’Neill attaqua Eccles Hill, près de Frelighsburg, dans la province de Québec. Le Caron, affecté aux munitions pendant le raid, fit son possible pour semer le désordre dans les rangs des féniens.

Après le raid, Le Caron se rendit à Montréal pour consulter le magistrat de police Charles-Joseph Coursol*, puis à Ottawa, en passant par Cornwall, en Ontario. C’est là qu’on l’appréhenda comme fénien et qu’on l’envoya sous escorte à McMicken, à Ottawa. Il y fut accueilli en héros par les rares personnes qui connaissaient le rôle qu’il avait joué, et on le relâcha en secret pour qu’il rentre aux États-Unis. Le rapport de Le Caron sur le raid fénien de 1870 marqua le sommet de sa carrière d’agent secret. L’année suivante, il informa le gouvernement du Canada que William Bernard O’Donoghue* projetait de convaincre les féniens d’envahir le Manitoba. Une fois ses études de médecine terminées, il pratiqua à Braidwood, dans l’Illinois, et finit par être propriétaire de plusieurs pharmacies. Agent secret du gouvernement britannique jusqu’en 1889, il se joignit au Clan-na-Gael, qui naquit du mouvement fénien en 1867. Pendant une courte période, en 1881, il fut agent de liaison entre le clan et le leader politique irlandais Charles Stewart Parnell. Quand l’organisation projeta une série d’attentats à la dynamite en Angleterre, Le Caron put fournir des renseignements qui aboutirent à l’arrestation de 25 terroristes. Cependant, il n’arriva pas à découvrir tous les plans de l’opération de dynamitage, si bien qu’il y eut plusieurs explosions à Londres. Malgré les arrestations, Le Caron garda la confiance du clan jusqu’à ce qu’il témoigne contre Parnell en Angleterre, en 1889. Son témoignage, qui fit sensation, lui apporta la célébrité qu’il avait évitée toute sa vie même s’il l’avait secrètement désirée.

Le Caron pouvait facilement accomplir des tâches mineures et avait le don de gagner la confiance de personnes influentes, d’où la facilité avec laquelle il se trouvait de l’emploi et la rapidité de son ascension dans l’armée de l’Union. Son travail d’agent secret lui donnait un sentiment d’importance qui le combla pendant la plus grande partie de sa carrière. Cependant, il finit par avoir besoin de reconnaissance publique, qu’il trouva en témoignant contre Parnell.

Par la suite, comme les féniens le menaçaient de mort, Thomas Billis Beach prit une deuxième fausse identité, celle du docteur Howard, et demeura sous la protection de la police à Londres. Il y rédigea ses mémoires, qui parurent en 1892. Deux ans plus tard, il mourut d’une appendicite. Sa veuve et leurs quatre filles retournèrent aux États-Unis.

Hereward Senior

Thomas Billis Beach est l’auteur de : Twenty five years in the secret service : the recollections of a spy (Londres, 1892) qu’il publia sous le nom d’Henri Le Caron.

AN, MG 26, A, 244.— PRO, CO 42/686.— Times (Londres), 2, 29 avril 1894.— DNB.— Robert Anderson, Sidelights on the Home Rule movement (Londres, 1906).— J. A. Cole, Prince of spies, Henri Le Caron (Londres et Boston, 1984).— Léon O’Broin, The prime informer : a suppressed scandal (Londres, [1971]).— Hereward Senior, The Fenians and Canada (Toronto, 1978).— K. R. M. Short, The dynamite war ; Irish American bombers in Victorian Britain (Atlantic Highlands, N.J., et Dublin, 1979).— John Sweeney, At Scotland Yard ; being the experiences during twenty seven years’ service of John Sweeney [...], Francis Richards, édit. (Londres, 1904).— Charles Curran, « The spy behind the speakers chair », Hist. Today (Londres), 28 (1968) : 745–754.

Bibliographie générale

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Hereward Senior, « BEACH, THOMAS BILLIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/beach_thomas_billis_12F.html.

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Auteur de l'article:   Hereward Senior
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   17 décembre 2014