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BEEMER, SARA GALBRAITH (Calder), philanthrope, née le 19 août 1846 à Hamilton, Haut-Canada, fille de Levi Beemer, horloger bijoutier, et d’Ann Eliza Gage ; le 22 décembre 1869, elle épousa à Buffalo, New York, John Calder (décédé en 1901), et ils eurent sept garçons et deux filles ; décédée le 16 mars 1914 à Hamilton.

Éduquée à Hamilton, Sara Galbraith Beemer épousa un marchand de vêtements de confection, John Calder, dont la notoriété l’aida à se lancer dans les œuvres philanthropiques et mouvements rattachés à la culture anglo-canadienne. Elle était une des petites-filles de James Gage*, combattant de la guerre de 1812 et propriétaire de la ferme de Stoney Creek que les Américains avaient occupée au cours de la bataille décisive du 6 juin 1813. Aussi avait-elle grandi dans le culte des héros loyalistes. Cofondatrice de la Wentworth Historical Society en 1889, elle s’opposa à la recommandation d’un comité exclusivement masculin qui proposait de commémorer la bataille en érigeant un monument sur la butte Smith, où les Britanniques avaient pris d’assault l’artillerie américaine. Cette butte, située en face de la ferme de Gage, de l’autre côté du chemin, n’était pas aussi majestueuse que la colline qui s’élevait à l’arrière de la ferme. Le projet de Mme Calder consistait à élever sur cette colline un monument imposant qui éveillerait la conscience historique des Canadiens et exprimerait l’idéal impérial.

En tant que première présidente du comité féminin de la Wentworth Historical Society, qui fut formé en mai 1895, Sara Galbraith Calder démontra ses compétences d’administratrice en organisant en novembre une exposition d’une semaine qui permit de recueillir plus de 1 000 $ pour la fondation d’un musée d’histoire à Hamilton. Cette somme allait servir d’atout au comité dans la querelle sur l’emplacement du monument. Convaincues que leurs collègues masculins manquaient de clairvoyance dans le choix de l’emplacement du monument et du musée, Mme Calder et certaines de ses associées mirent la main sur l’argent. Ce geste engendra de telles frictions que, sur l’instigation de Mme Calder, le comité féminin se dissocia de la société historique et se constitua juridiquement en mai 1899 sous le nom de Women’s Wentworth Historical Society. Avant cette date, Sara Galbraith Calder avait acheté quatre acres de la ferme de Gage en payant 900 $ comptant et en prenant une hypothèque de 1 000 $. Ensuite, au nom de la société historique féminine, elle offrit au gouvernement du Canada un terrain pour un monument. Grâce à l’influence de son ami et allié aux Communes Andrew Trew Wood*, dont la première femme était aussi une petite-fille de James Gage, le ministre de la Milice et de la Défense, Frederick William Borden, accepta cette offre. Mme Calder plaça ensuite le terrain en fiducie au nom de la société féminine en attendant que le gouvernement en ait besoin.

La Wentworth Historical Society protesta que le gouvernement commettrait une « grave erreur historique » en érigeant un monument sur un site qui n’était pas relié à l’épisode déterminant de la bataille. Le sous-ministre Louis-Félix Pinault ordonna donc la tenue d’une enquête pour localiser « le centre du champ de bataille ». En apprenant cette inquiétante nouvelle, Mme Calder opta pour une autre solution, à savoir convertir la propriété en parc et restaurer la ferme, et elle y rallia ses partisans. Le 21 octobre 1899, lady Aberdeen [Marjoribanks*] inaugura le Stoney Creek Battlefield. La Women’s Wentworth Historical Society fut la première société historique du Canada à acheter un terrain faisant partie du patrimoine national et à en faire don à la population. Borden visita le parc l’année suivante et, par la suite, il assura Mme Calder que son département s’en tiendrait à sa décision initiale.

Dès lors, pendant quelques années, sous le leadership dynamique de Sara Galbraith Calder, la société historique féminine, qui n’avait d’autres revenus que les cotisations de ses membres et une petite subvention du gouvernement de l’Ontario, mena avec succès une série de campagnes de souscription en vue de dégrever la propriété. En octobre 1907, l’hypothèque était acquittée en totalité. En juillet 1908, Borden annonça que la Women’s Wentworth Historical Society recevrait une subvention de 5 000 $.

Cette nouvelle ayant ravivé l’antagonisme entre les sociétés historiques masculine et féminine, Borden décida de ne pas libérer les crédits tant que les deux parties ne seraient pas parvenues à s’entendre. Les hommes, qui projetaient toujours de construire un monument sur la butte Smith, étaient prêts à collaborer, mais Mme Calder leur opposa une fin de non-recevoir jusqu’à ce que le sous-ministre Eugène Fiset* l’oblige à s’asseoir à la table de négociation. Les deux parties se rencontrèrent le 6 janvier 1909. En définitive, Mme Calder obtint ce qu’elle voulait. Cependant, il fut convenu que le monument des hommes serait construit en premier et que les femmes les aideraient à le financer en recueillant 1 500 $.

Ayant reçu l’assurance que la subvention fédérale serait votée à nouveau, Sara Galbraith Calder invita lady Grey, la femme du gouverneur général lord Grey, à venir en mai 1909 donner le premier coup de bêche sur l’emplacement choisi par sa société. En février 1910, elle acheta 13 autres acres du terrain original de Gage et les ajouta au parc. En novembre 1911, les travaux de construction du monument qui devait s’élever à cet endroit cessèrent, car les 5 000 $ avaient été dépensés. Mme Calder demanda une autre subvention. Le département de la Milice, qui avait déjà élevé des monuments sur les champs de bataille de Châteauguay, de Crysler’s Farm et de Lundy’s Lane, décida que le gouvernement terminerait les travaux. Cependant, le monument demeura la propriété de la Women’s Wentworth Historical Society. Le 6 juin 1913, date du centenaire de la bataille de Stoney Creek, une foule estimée à 8 000 personnes assista au dévoilement d’une magnifique tour de pierre arborant une inscription de nature à renforcer la valeur symbolique du monument ; on pouvait y lire que la bataille de Stoney Creek avait été « l’engagement décisif » de la guerre de 1812 et le point tournant du combat pour la défense de « la liberté britannique, dont le Canada est l’héritier ».

Sara Galbraith Calder manifesta aussi d’autres manières son attachement à la tradition historique du Canada. Par exemple, elle œuvra à la section hamiltonienne de la commission des champs de bataille de Québec, formée en 1908. En outre, une statue à la mémoire de la reine Victoria fut érigée à Hamilton par les soins d’un comité créé par Mme Calder après la mort de la souveraine en 1901. En 1910, Sara Galbraith Calder lança un mouvement en faveur de la construction d’une statue à la mémoire d’Édouard VII, récemment décédé, mais la population, préférant manifester son admiration de façon plus utile, appuya plutôt la construction d’un hôpital pour enfants.

Par ailleurs, Mme Calder fut vice-présidente du Boys’ Home de Hamilton et appartint durant 32 ans au comité de gestion de ce foyer. Elle fut également vice-présidente du Local Council of Women, auxiliaire féminine à la section hamiltonienne du Victorian Order of Nurses, et membre du comité d’auxiliaires de la Hamilton Health Association. À l’église presbytérienne Central, elle donna des leçons à l’école du dimanche et fut vice-présidente de la Home Mission Society. En 1894, elle mit sur pied la section locale de la Women’s Art Association of Canada. Elle mourut en 1914, laissant dans le deuil une fille et un fils.

Sara Galbraith Beemer Calder était une femme très résolue, tant dans l’action que dans l’opposition. Grâce à sa force de caractère, elle eut beaucoup d’alliés masculins, dont sir John Morison Gibson* et John Strathearn Hendrie*, tous deux mariés à des vice-présidentes de la Women’s Wentworth Historical Society. Bien qu’elle ait rejeté la tradition selon laquelle les femmes devaient s’en remettre aux hommes, elle ne milita pas en faveur des droits des femmes. La résistance qu’elle opposa à la Wentworth Historical Society à prédominance masculine montre on ne peut mieux que, en cette époque où le Canada s’urbanisait, les bornes qui circonscrivaient la vie des femmes s’effritaient.

Peter Hanlon

AN, RG 2, C.P. 1055, 21 mai 1910 ; PC. 2557, 12 sept. 1912 ; RG 22, 904, dossier 357–2, 2e partie ; RG 24, 6559, dossier HQ 899–11, 1re–2e parties.— AO, RG 22-205, no 8816.— HPL, Scrapbooks, H. F. Gardiner, vol. 113 et 206 ; Times, vol. 1, 2e partie ; Victorian Hamilton, vol. 14 ; Women’s Wentworth Hist. Soc.— Wentworth Land Registry Office (Hamilton, Ontario), Abstract index to deeds, Saltfleet Township, concession 4, lot 26.— Hamilton Herald, 16, 19 mars 1914.— Hamilton Spectator 25 déc. 1869, 1899–1913, 16 mars 1914.— Buffalo city directory (Buffalo, N.Y.), 1868–1870.— Canada, Chambre des communes, Débats, 1907–1908 : 13177 ; Parl., Doc. de la session, 1910, no 5a ; 1912, no 4.— Genealogical and historical records of the Mills and Gage families, 1776–1926, 150 years, Stanley Mills, compil. (Hamilton, 1926). « History of Women’s Art Association », Art-i-fact (Hamilton), 2 (1974), no 1 : 4 (exemplaire conservé à la HPL).— Gerald Killan, Preserving Ontario’s heritage : a history of the Ontario Historical Society (Ottawa, 1976).— [Elizabeth Lyle], Hamilton Local Council of Women, 1893–1919, a record of twenty-six years of activity (Hamilton, 1920 ; exemplaire conservé à la HPL).— « Military fête » et « Monument sites, with correspondence and papers relating thereto », J. A. Griffin, édit., dans Wentworth Hist. Soc., Journal and Trans. (Hamilton), 2 (1899) : 155–159 et 3 (1902) : 91–101, respectivement.— Ontario, Statutes, 1899, c.108, sect. 10.— Ontario Hist. Soc., Annual report (Toronto), 1899: 54s.— SRC, Mémoires, 2e sér., 6 (1900), proc., app. C : xlviii–l ; 7 (1901), proc., app. B : xliii-xliv. C. J. Taylor, Negotiating the past : the making of Canada’s national historic parks and sites (Montréal et Kingston, Ontario, 1990).— Wentworth Hist. Soc., Ladies’ committee, Souvenir book and programme for military encampment, November, 1895, M. J. Nisbet, édit., assisté de F. L. Davis (Hamilton, [1895]).— Women’s Wentworth Hist. Soc., Ye pioneers of one hundred years ago [...], M. J. Nisbet, édit. ([Hamilton, 1900]).

Bibliographie générale

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Peter Hanlon, « BEEMER, SARA GALBRAITH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/beemer_sara_galbraith_14F.html.

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Auteur de l'article:   Peter Hanlon
Titre de l'article:   BEEMER, SARA GALBRAITH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   22 juillet 2014