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BIBAUD, MICHEL, professeur, journaliste, auteur, fonctionnaire et juge de paix, né le 19 janvier 1782 à Côte-des-Neiges (Montréal), fils de Michel-Ange Bibaud, cultivateur, et de Cécile-Clémence Fresne ; le 11 mai 1812, il épousa à Montréal Élizabeth Delisle, fille de Joseph Delisle, maître tonnelier, et ils eurent neuf enfants ; décédé le 3 août 1857 à Montréal.

Issu d’une famille de neuf enfants, Michel Bibaud passa son, enfance et son adolescence à Côte-des-Neiges. À l’âge de 18 ans, il entra au collège Saint-Raphaël à Montréal où il étudia jusqu’en 1806, puis il se consacra à l’enseignement en donnant des leçons particulières. En 1813, il entreprit à Montréal une carrière de journaliste au Spectateur, dirigé par Charles-Bernard Pasteur. Il concilia son nouveau métier avec celui d’éducateur et, en 1816, il publia l’Arithmétique en quatre parties [...]. L’année suivante, il s’associa à Joseph-Victor Delorme pour fonder l’Aurore, hebdomadaire politique, scientifique et littéraire qui fusionna en 1819 avec le Spectateur canadien où, en juillet de cette année-là, Bibaud devint rédacteur. En octobre, il accepta de remplir la même fonction au Courrier du Bas-Canada, hebdomadaire réformiste nouvellement fondé par Delorme ; le journal vivota jusqu’en décembre de la même année. Bibaud continua de rédiger des textes pour le Spectateur canadien jusqu’à la disparition du journal en 1822. Ensuite, il se consacra essentiellement à l’enseignement.

En 1825, Bibaud se lança dans une nouvelle aventure journalistique en fondant la Bibliothèque canadienne, dont il assuma lui-même la rédaction. Cette revue mensuelle regroupait des articles sur des sujets variés en histoire, en sciences et en littérature. Bibaud faisait une large place à ses articles sur l’histoire du Canada et aux travaux de ses contemporains, notamment à ceux de Jacques Viger, de Jacques Labrie* et de Jean-Baptiste Meilleur*. En 1830, Bibaud remplaça la Bibliothèque canadienne par un hebdomadaire réformiste un peu plus politisé. Toutefois, l’Observateur, à la fois gazette et journal littéraire, ne réussit pas à s’imposer et disparut en juillet 1831.

L’année précédente, Bibaud avait publié Épîtres, satires, chansons, épigrammes et autres pièces de vers, le premier recueil de poésie d’un Canadien français à être édité au Canada. Cependant, la critique n’a pas crié au génie, loin de là. Bibaud tentait d’éclairer le peuple sur ses misères, d’ironiser en dévoilant ses tares et ses méfaits, et de sublimer en présentant des héros nationaux et étrangers, mais sa poésie, moralisatrice, sévère, aigre et pessimiste, manquait d’originalité, de spontanéité et de chaleur. Disciple d’Horace et de Boileau qu’il pastichait, il fut considéré comme un classique de troisième zone qui, selon Séraphin Marion, composait ses poèmes « comme un bûcheron qui construit sa chaumière ».

Dès janvier 1832, Bibaud lança un nouveau mensuel réformiste, le Magasin du Bas-Canada, dont le contenu s’apparentait à celui de la Bibliothèque canadienne avec ses articles littéraires et scientifiques. Toutefois, la revue ne passa pas le cap difficile de la première année et disparut en décembre. Au cours de la même année, Bibaud publia l’Arithmétique à l’usage des écoles élémentaires du Bas-Canada, de même que Quelques réflexions sur la dernière élection du Quartier-Ouest de la cité de Montréal, rédigé sous les auspices de l’Association constitutionnelle et avec la collaboration de son frère Pierre.

En 1833, Bibaud accepta les postes de surintendant du marché et d’inspecteur des poids et mesures, que lui confia le gouvernement. Quatre ans plus tard, il fut normé juge de paix et, la même année, il publia Histoire du Canada sous la domination française. Le journalisme l’attirait toujours. Aussi mit-il sur pied en 1842 l’Encyclopédie canadienne, mensuel par lequel il espérait propager les arts, les lettres et les sciences. L’expérience, encore une fois, s’avéra décevante, et l’Encyclopédie canadienne cessa de paraître en février 1843. La même année, Bibaud devint traducteur au Canadian Agricultural Journal, puis, en 1844, à la Commission géologique du Canada, dirigée par William Edmond Logan*. Cette année-là, il offrit au public Histoire du Canada et des Canadiens, sous la domination anglaise.

Pendant près de 30 ans, Bibaud travailla d’arrache-pied pour rehausser le niveau de culture de ses compatriotes qu’il exhortait à l’effort intellectuel. Malgré son acharnement, ses doléances répétées et ses réprimandes parfois sévères, il ne parvint pas à capter l’intérêt du public. Son style âpre, rude et sec, le ton souvent moralisateur de ses écrits, de même que la présentation monotone et négligée des informations contenues dans ses graves périodiques, ont sans doute rebuté les lecteurs et expliquent le peu de succès remporté par ses journaux.

De son côté, l’ouvrage Histoire du Canada, même s’il fit œuvre de pionnier, fut dénigré et boudé lors de sa parution. Le récit, chronologique et factuel, rédigé dans un style monotone et fastidieux, repose en bonne partie sur les écrits de Pierre-François-Xavier de Charlevoix* et de William Smith*. Bibaud décrit difficilement l’évolution de la vie politique canadienne. Historien partial, il écrit l’histoire au profit des Britanniques. Il se qualifie de vrai réformiste : il se prononce en faveur de la monarchie constitutionnelle tout en préconisant l’obtention du gouvernement responsable. Il sympathise complaisamment avec le gouvernement colonial et se montre d’une extrême sévérité vis-à-vis des Canadiens français, en particulier envers le parti patriote qu’il juge incapable, imbu de doctrines échevelées et engagé dans une lutte chimérique.

La partisanerie de Bibaud le rendit impopulaire auprès de ses contemporains. Il avait préparé un troisième volume de son histoire, lequel portait sur les événements survenus entre 1830 et 1837 ; toutefois, compte tenu de ses prises de position et des représailles possibles de la part du parti patriote, il s’abstint de le publier. Son fils Jean-Gaspard le fit paraître en 1878 et l’ouvrage fut durement accueilli par les critiques. Mal connue, sinon inconnue, l’œuvre historique de Bibaud sombra dans les ténèbres. « Histoire partiale, histoire caduque », disait l’historien québécois Guy Frégault* qui estimait Bibaud chanceux que l’oubli l’ait sauvé du ridicule.

Bibaud apparaît comme un homme sérieux, sévère moralisateur et bourru. Frégault, qui le mésestimait, trouvait sa poésie amorphe, insipide et prétentieuse, et son histoire sans profondeur, sans originalité et sans vérité. Il décrivait l’homme en des termes peu flatteurs : « sa tête n’était pas précisément une hure à la Mirabeau. Une perruque chenue – et symbolique – posée de guingois sur un crâne aplati, des yeux petits mais brillants, un nez monumental, des joues épaisses, une bouche taillée à coups de serpe, un menton proéminent. » Séraphin Marion le comparait à « un bourgeois pansu ou un vétilleux bureaucrate », tandis que Camille Roy* lui trouvait un air méprisant et dédaigneux.

D’un caractère semble-t-il fort désagréable, Bibaud vécut replié sur lui-même. Assidu et persévérant, il se satisfaisait de ce que lui rapportait son travail laborieux. Il sortait peu, se contentant de côtoyer quelques amis intimes avec lesquels, parfois, il allait jouer au whist. Mais, règle générale, il s’enfermait pour écrire. Son fils François – Maximilien* disait qu’il était un père bon et affectueux, mais il soulignait que son aspect imposant et sérieux empêchait toute familiarité.

Après la parution du deuxième volume de Histoire du Canada, Michel Bibaud continua de travailler comme traducteur jusqu’à ce qu’il soit frappé de paralysie, en 1856. Il se réfugia chez son fils Jean-Gaspard, où il mourut le 3 août 1857. Il fut inhumé deux jours plus tard dans le cimetière de Côte-des-Neiges.

Céline Cyr

Michel Bibaud est l’auteur de plusieurs ouvrages publiés à Montréal : l’Arithmétique en quatre parties, savoir l’arithmétique vulgaire, l’arithmétique marchande, l’arithmétique scientifique, l’arithmétique curieuse ; suivie d’un précis sur la tenue des livres de comptes (1816) ; Épîtres, satires, chansons, épigrammes et autres pièces de vers (1830), dont un compte rendu fut publié dans le Magasin du Bas-Canada, 1 (1832) : 21–31 ; l’Arithmétique à l’usage des écoles élémentaires du Bas-Canada (1832) ; Quelques réflexions sur la dernière élection du Quartier-Ouest de la cité de Montréal (1832) ; Histoire du Canada sous la domination française (1837 ; réimpr., New York, 1968 ; 2e éd., Montréal, 1843) ; Histoire du Canada et des Canadiens, sous la domination anglaise [1760–1830] (1844 ; réimpr., East Ardsley, Angl., et New York, 1968) ; et Histoire du Canada et des Canadiens, sous la domination anglaise [1830–1837], J.-G. Bibaud, édit. (1878). Il est également éditeur de l’ouvrage de Gabriel Franchère*, Relation d’un voyage à la côte du nord-ouest de l’Amérique septentrionale dans les années 1810, 11, 12, 13 et 14 (Montréal, 1820).

ANQ-M, CE1-51, 20 janv. 1782, 11 mai 1812, 5 août 1857.— AUM, P 58, A2/63.— Le Journal de Québec, 6 août 1857.— Le Pays, 4 août 1857.— Beaulieu et Hamelin, la Presse québécoise, 1 : 29–30, 34–35, 39, 42, 49–53, 67–69, 72–74, 81, 120, 127, 146, 188.— DOLQ, 1 : 216–218, 345–347.— Réginald Hamel et al., Dictionnaire pratique des auteurs québécois (Montréal, 1976), 65–66.— Pauline Perrault, « Bio-bibliographie de Michel Bibaud, journaliste, poète, historien » (thèse de bibliothéconomie, univ. de Montréal, 1951).— J. [E.] Hare, Anthologie de la poésie québécoise du XIXe siècle (1790–1890) (Montréal, 1979).— Lareau, Hist. de la littérature canadienne.— Gérard Malchelosse, Michel Bibaud (Montréal, 1945).— Frère Marcilien-Louis, « la Pensée didactique de Michel Bibaud, versificateur (influences prépondérantes du {{xviii}}e siècle) » (thèse de {{m.a}}., univ. d’Ottawa, 1949).— Séraphin Marion, les Lettres canadiennes d’autrefois (9 vol., Hull, Québec, et Ottawa, 1939–1958), 3 : 167–202.— Camille Roy, Nos origines littéraires (Québec, 1909).— Fernande Roy-Chalifoux, « 1837 dans l’historiographie québécoise des années 1840–1850 » (thèse de {{m.a}}., univ. du Québec, Montréal, 1975).— L.-W. Sicotte, Michel Bibaud (Montréal, 1908).— [F.-]M. Bibaud, « Michel Bibaud », l’Opinion publique, 6, 13, 20, 27 déc. 1877, 3 janv. 1878.— Bernardine Bujila, « Michel Bibaud’s Encyclopédie canadienne », Culture (Québec), 21 (1960) : 117–132.— Albert Dandurand, « Littérature canadienne », l’Enseignement secondaire au Canada (Québec), 11 (1931–1932) : 541–547.— Guy Frégault, « Michel Bibaud, historien loyaliste », l’Action universitaire (Montréal), 11 (1944–1945), nº 2 : 1–7.— Jeanne d’Arc Lortie, « les Origines de la poésie au Canada français », Arch. des lettres canadiennes (Montréal), 4 (1969) : 38–40.— É.-Z. Massicotte, « la Famille de Michel Bibaud », BRH, 45 (1939) : 100–102.— « Ouvrages publiés par Michel Bibaud », BRH, 19 (1913) 350–351.— « Les Revues de Michel Bibaud », BRH, 13 (1907) : 156–159.— V. L. Schonberger, « le Journalisme littéraire de Michel Bibaud », Rev. de l’univ. d’Ottawa, 47 (1977) : 488–505.— Claude Tousignant, « Michel Bibaud : sa vie, son œuvre et son combat politique », Recherches sociographiques (Québec), 15 (1974) : 21–30.

Bibliographie générale

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Céline Cyr, « BIBAUD, MICHEL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bibaud_michel_8F.html.

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Auteur de l'article:   Céline Cyr
Titre de l'article:   BIBAUD, MICHEL
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   21 octobre 2014