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BIDWELL, BARNABAS, auteur, instituteur et homme politique, né le 23 août 1763 à Tyringham, Massachusetts, fils d’Adonijah Bidwell et de Jemima Devotion ; le 21 février 1793, il épousa Mary Gray (décédée en 1808), et ils eurent un fils et une fille ; décédé le 27 juillet 1833 à Kingston, Haut-Canada.

Descendant d’ecclésiastiques puritains par sa mère et par son père, Barnabas Bidwell fit ses études au Yale College, à New Haven, dans le Connecticut, et obtint son diplôme en 1785. Étudiant, il avait écrit certains essais qui lui valurent des prix et avait composé deux pièces, The modern mistake et The mercenary match ; a tragedy. Cette dernière se distinguait, selon un biographe, « par le style coulant des vers non rimés et par quelques phrases bien trouvées, qualités rares dans les pièces américaines du dix-huitième siècle ». En fait, d’après ce biographe, The mercenary match serait le plus grand titre de gloire de Bidwell. Quoi qu’il en soit, cette parodie tragi-comique intéressera quiconque se penche sur sa carrière ultérieure d’homme de parti. Les longs discours dont elle est remplie révèlent déjà le goût de Bidwell pour la polémique, et la pièce elle-même manifeste envers l’idée de parti une hostilité qu’il n’éprouverait plus quelques années après.

Ses études terminées, Bidwell enseigna dans une école de jeunes filles à New Haven puis, en 1787, fut nommé assistant à Yale. En 1790, contre toute attente, il quitta ce poste pour aller étudier le droit auprès du juge Theodore Sedgwick à Stockbridge, dans le Massachusetts. Sedgwick, membre important de la Chambre des représentants et plus tard sénateur, était un des principaux porte-parole du parti fédéraliste. Selon l’historien Paul Goodman, Bidwell, déçu de n’être pas parvenu à obtenir une place de maître de poste, adhéra au nouveau parti démocrate-républicain et devint un féroce adversaire de Sedgwick.

Admis au barreau en 1791, Bidwell ouvrit un cabinet à Stockbridge. La même année, il fut nommé trésorier du comté de Berkshire, que les républicains venaient d’arracher aux fédéralistes. De 1801 à 1805, il siégea au sénat du Massachusetts et, de 1805 à 1807, représenta cet État au Congrès. Réélu en 1807, il démissionna avant même d’occuper son siège pour devenir procureur général du Massachusetts. Le Williams College et le Yale College lui décernèrent à titre honorifique une maîtrise ès arts et, en 1805, la Brown University le fit docteur en droit. En 1810, le président James Madison envisagea même de le nommer à la Cour suprême, mais on découvrit des irrégularités dans les comptes de la trésorerie de Berkshire et, tombé en disgrâce, Bidwell dut fuir dans le Haut-Canada.

À la Chambre des représentants, Bidwell avait éclipsé John Randolph of Roanoke comme leader du parti au pouvoir et était devenu le principal porte-parole du président Thomas Jefferson. À ce titre, il avait défendu avec succès la politique présidentielle qui consistait à imposer des sanctions économiques à la Grande-Bretagne pour avoir violé la neutralité des mers. De plus, il avait dirigé la campagne en faveur de l’achat de la Floride et s’était engagé à fond dans le mouvement abolitionniste. Son expérience à la Chambre des représentants allait cependant lui être moins utile dans sa carrière que celle qu’il avait acquise comme organisateur de parti et manipulateur des masses.

À cet égard, l’attention que Bidwell portait à la presse partisane vaut d’être relevée. « Le peuple doit juger d’après des impressions transmises principalement par les journaux », écrivait-il à Aaron Burr. « Les explications réelles des mesures controversées devraient être communiquées et diffusées. Elles devraient être uniformes dans tous les États-Unis [...] À cette fin, il faudrait une publication digne de foi où les rédacteurs en chef républicains puissent emprunter leurs textes. » Les opinions de Bidwell sur la nécessité de la guerre d’Indépendance américaine, sur l’excellence de la constitution écrite des États-Unis et sur l’histoire en général méritent aussi d’être mentionnées. Dans les pamphlets où il exposait ces opinions, il reliait son parti à une tradition patriote et républicaine, née en terre américaine et non en Europe, tandis que le parti adverse, selon lui, perpétuait une tradition étrangère, décadente et monarchiste, celle de la Grande-Bretagne. Il attaquait énergiquement la constitution britannique, non écrite, et la pensée politique d’Edmund Burke, toutes deux admirées dans certains cercles fédéralistes. L’emploi que Bidwell faisait alors du terme family compact est également intéressant. Plus tard, au Canada, cette expression acquerrait une force particulière et façonnerait la pensée politique et historique pendant des décennies. Les idées de Bidwell, toutefois, sont remarquables, car elles sont des manifestations authentiques de l’une des premières formes du nationalisme américain, qui n’allait guère correspondre au sentiment encore dominant dans les dernières colonies nord-américaines de George III.

Dans le Haut-Canada, où Bidwell trouva refuge en 1810, la Révolution américaine continua longtemps à être combattue, du moins sur le plan rhétorique. D’abord colonisée par des réfugiés tories américains qui croyaient en la pérennité d’un Empire britannique uni, la province avait accueilli ensuite d’autres colons des États-Unis. Quand des différends surgissaient entre ces deux groupes ou quand l’opposition au gouvernement se déclarait dans l’un d’eux, le discours de la révolution et du républicanisme faisait lui aussi surface. En l’utilisant, certains restaient peut-être fidèles à un engagement idéologique antérieur ; d’autre part, l’opposition aux institutions en place faisait certainement de nouveaux républicains. Mais la rhétorique républicaine était avant tout le seul discours d’opposition que la plupart de ces gens connaissaient quelque peu. Il n’en demeure pas moins que, au cœur des fortes tensions qui régnaient alors entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, et devant la menace d’une invasion des armées américaines, les partisans du gouvernement en place s’inquiétaient vivement de ce langage. Lorsque Bidwell, qui s’installa près de Kingston, s’engagea dans la controverse, il devint donc non seulement un objet de soupçons, mais une source de craintes sérieuses en raison de ses talents politiques et de ses capacités intellectuelles.

La publication de A discourse on the character of King George the Third [...] donna à Bidwell une première occasion de se manifester. Écrit en 1810 par John Strachan*, qui n’était encore qu’un petit instituteur de Cornwall, ce pamphlet visait essentiellement à réfuter les républicains qui diffamaient le roi et à défendre les institutions britanniques. De plus, Strachan y attaquait les présupposés philosophiques sous-jacents à la Déclaration d’indépendance et prétendait que dans les faits, aux États-Unis, le mode de gouvernement était bien loin de l’idéal républicain. Bidwell, sous le pseudonyme de A Friend of Peace, lui répliqua dans la Kingston Gazette du 9 octobre 1810. Tout en évitant la question des institutions britanniques, il se disait d’accord avec «l’éloge » que Strachan avait fait des «vertus conjugales et domestiques [...] si justement attribuées à Sa Majesté ». Mais il s’en prenait à certaines réflexions « malencontreuses et sournoises » sur le peuple et le gouvernement américains, en particulier à une remarque selon laquelle la Grande-Bretagne, même si elle avait perdu la guerre révolutionnaire, pourrait être en mesure de se venger contre les États-Unis à la fin du conflit qui faisait alors rage en Europe. « De pareil combat, inutile, ruineux et voué à la défaite, disait Bidwell, que Dieu nous en préserve ! Telle devrait être la prière de nos instituteurs et de nos gouvernants, à quoi le peuple devrait répondre en chœur amen. » La maladroite tentative de Strachan en vue d’inviter la population à la loyauté devenait donc une invitation à la guerre.

Contrairement à bon nombre des interventions polémiques de Bidwell, cette lettre, quoique condescendante, adoptait un ton modéré. Malgré cela, Bidwell ne tarda pas à devenir l’objet d’une féroce controverse dans les pages de la Kingston Gazette quand on découvrit qu’il en était l’auteur. Puis, le 11 mars 1811, un comité annonça l’ouverture d’une « Academical School » à Ernestown (Bath), qui dispenserait un enseignement plus pratique, moins tourné vers les humanités que la grammar school de Kingston, parrainée par le gouvernement. Les cercles conservateurs de Kingston apprirent avec horreur que l’ « instituteur expérimenté » de la nouvelle école serait Barnabas Bidwell. Nul ne doutait qu’il était plus que qualifié pour enseigner, mais il était poursuivi pour détournement et contrefaçon par les tribunaux du Massachusetts. En outre, comme le notait un de ses contemporains, il était « un distingué partisan de la démocratie, au sens le plus catégorique du terme » ; on ne l’estimait donc guère apte à former l’esprit des petits Canadiens. Peut-être, d’ailleurs, était-ce ce qui le rendait particulièrement intéressant aux yeux des grands leaders radicaux d’Ernestown, les Perry par exemple [V. Peter Perry*], depuis longtemps brouillés avec la bonne société de Kingston. Il est clair que l’Ernestown Academy avait plus d’importance comme symbole politique que comme maison d’enseignement.

Pendant la guerre de 1812, les autorités coloniales forcèrent Bidwell à prêter le serment d’allégeance parce qu’elles le soupçonnaient d’être un agent américain. Le bien-fondé de ces soupçons est aujourd’hui presque impossible à déterminer, mais le fait qu’ils aient été partagés par certains Américains opposés à la guerre est peut-être significatif. Peu après la malheureuse campagne lancée en 1812 par le général de brigade américain William Hull, une satire intitulée The wars of the gulls [...] parut à New York. Dans ce pamphlet, « the Gulls », James Madison et ses amis, ayant décidé que le Haut-Canada pouvait être pris par simple proclamation, y dépêchent « Hull-gull » et lui enjoignent, en cas d’échec, de « faire appel aux conseils de leur fidèle Barnabas Bidwell, ci-devant membre de leur cabinet, et autres loyaux amis du grand Mo-gull [Madison] résidant dans cette contrée ». Bidwell, prétend-on, avait « généreusement sacrifié sa réputation chez lui » pour être mieux vu dans un pays ennemi et y « préparer peu à peu la réception de la proclamation victorieuse en enseignant aux autochtones illettrés à la lire quand elle arriverait ». Même s’il est absurde de croire que Bidwell nourrissait pareil dessein en s’établissant dans la colonie, il est fort possible qu’il ait renseigné le gouvernement américain sur l’accueil que la population du Haut-Canada pourrait réserver à l’armée de Hull et à la proclamation. Les auteurs savaient que Bidwell enseignait à Ernestown ; peut-être savaient-ils autre chose encore.

On ne connaît guère, cependant, les activités de Bidwell pendant et immédiatement après la guerre. Il fut, à un moment donné, clerc au cabinet de Daniel Washburn, radical élu en 1818 à l’Upper Canadian Convention of Friends to Enquiry, de Robert Gourlay*. Apparemment, Bidwell participa peu à l’agitation provoquée par Gourlay ou ne s’en mêla pas du tout, même s’il lui remit un manuscrit, « Sketches of Upper Canada », qui parut plus tard dans le compte rendu que fit Gourlay sur la province. En 1820, Washburn fut rayé du barreau pour vol et Bidwell prit l’administration de ses affaires en main.

La même année, Bidwell se porta candidat dans la circonscription de Lennox and Addington où il semble que Washburn, avant d’être déshonoré, avait eu l’intention de se présenter comme partisan de Gourlay. Bidwell ne remporta pas beaucoup de succès. Daniel Hagerman, qui avait mené l’opposition contre Gourlay, termina en tête avec 521 voix. Deux autres conservateurs le suivaient, Samuel Casey et Isaac Fraser, avec 309 et 192 voix. Au bas de la liste se trouvaient Bidwell, qui avait recueilli 162 voix, et un dénommé Detlor, qui en avait récolté 43. Puis Hagerman mourut à l’été de 1821. À l’élection partielle de novembre, le vote conservateur se divisa entre deux candidats et Bidwell l’emporta par une majorité de 49 voix.

À ce moment, le procureur général John Beverley Robinson* laissa entendre aux adversaires de Bidwell que s’ils obtenaient des États-Unis un certificat attestant que celui-ci, en tant que personnage officiel américain, avait renoncé pour toujours à son allégeance au roi, il pourrait être forcé de quitter son siège. Mais, peut-être en raison du serment d’allégeance que Bidwell avait été contraint de prêter pendant la guerre, ses adversaires obtinrent aussi des certificats relatifs aux accusations de malversation dont il avait fait l’objet au Massachusetts. Ainsi, deux semaines après le scrutin, son élection était contestée pour des raisons aussi bien morales que légales.

Le stratagème se retourna contre ses instigateurs. Bidwell avait remboursé les sommes qu’il devait au comté de Berkshire et demandait que son élection soit confirmée, toutes les accusations criminelles ayant été portées à la connaissance des électeurs et leur ayant été expliquées. Sa pétition déclencha un débat à l’Assemblée : qui devait juger de la moralité des députés, la chambre ou les électeurs ? Les prérogatives de l’électorat n’étaient pas seules en jeu ; en créant un précédent, on ouvrirait la voie à une foule de pétitions contre les présumés manquements d’autres députés à l’éthique. Toutes ces pétitions devraient être examinées, ce qui gênerait les députés en cause. Toutefois, ces questions se trouvèrent écartées lorsque l’Assemblée décida qu’il ne lui appartenait pas de prendre en délibération les crimes prétendument commis aux Etats-Unis.

On avança aussi des arguments légaux qui, en définitive, se révélèrent plus embêtants que les arguments moraux. Les adversaires de Bidwell tentèrent de prouver qu’en 1812 il avait prêté serment contre son gré ; qu’il avait d’abord proposé des formules de sa propre composition, puis avait bien prêté le serment officiel mais l’avait ensuite déclaré nul parce que prononcé sous la contrainte. Pour leur part, les amis de Bidwell s’employèrent à établir que le magistrat qui avait recueilli ce serment et signé l’attestation servant de base à la contestation contre Bidwell était un menteur notoire. La preuve présentée par les deux parties était plus déroutante que pertinente. Il semble que Bidwell avait la loi de son côté ; après tout, il avait prêté serment, et les motifs de son geste n’avaient guère à être pris en considération.

Mais toute la loi n’était pas du côté de Bidwell. L’Acte constitutionnel de 1791 stipulait en effet que « nul ne [pouvait] voter à toute élection d’un député qui siégera[it] dans telle assemblée [...] ou ne [pouvait] être élu à toute telle élection [...] s’il n’[était] pas sujet naturel de Sa Majesté [...] ou sujet de Sa Majesté devenu tel par le fait de la conquête et de la cession de la province du Canada ». Cet article n’avait jamais été modifié, et Bidwell n’appartenait à aucune des catégories indiquées. Mais d’autres députés se trouvaient dans le même cas, tout comme un grand nombre d’électeurs haut-canadiens qui, venus des États-Unis après les vagues d’immigration loyaliste, avaient donc été considérés comme sujets par erreur. La loi ne manquait pas de clarté, mais l’appliquer aurait risqué de créer le pire bouleversement politique que la province ait connu. Par conséquent, lorsque, le 30 novembre 1821, Jonas Jones* et Mahlon Burwell* présentèrent une proposition établissant que Bidwell, « faute d’avoir été naturalisé par une quelconque loi du Parlement britannique, [était] un étranger et n’ [était] donc pas habilité à siéger au Parlement de la province », seuls les puristes du droit et les tories inconscients les appuyèrent, et la proposition fut rejetée par 20 voix contre 12. Néanmoins, le 4 janvier 1822, après avoir refusé d’enquêter sur les antécédents de Bidwell ou encore de le déclarer ressortissant américain, l’Assemblée trouva le moyen d’établir, par une voix de majorité, qu’« une part suffisante des allégations » présentées par les pétitionnaires avait été prouvée de telle façon que son élection était nulle. La nature de ces allégations, la manière exacte dont elles avaient été prouvées, étant donné les résolutions de la chambre, tout cela demeurait bien mystérieux. Et même si l’Assemblée adopta plus tard une loi fermant la députation à quiconque avait abjuré sa fidélité au gouvernement de Sa Majesté, avait occupé un poste officiel aux États-Unis ou avait commis un crime, on resta sur l’impression que l’expulsion de Bidwell avait davantage été une manifestation d’opportunisme que le résultat d’un examen objectif de la loi et de la preuve.

À elle seule, cette impression aurait eu peu d’effets hors de la région entourant la circonscription de Lennox and Addington. Mais Bidwell s’empressa de propager une autre idée, dénuée de tout fondement, selon laquelle il avait été expulsé à titre de ressortissant américain par d’impitoyables adversaires tories qui cherchaient à priver de leurs droits civils tous ceux qui n’étaient pas naturalisés. La question des non-naturalisés, qui allait être débattue pendant des années, contribua grandement à mobiliser la population en faveur d’un nouveau parti réformiste provincial [V. sir Peregrine Maitland*].

Bidwell lui-même ne tenta plus jamais de retourner sur la scène publique. Il amena son fils, Marshall Spring*, à se porter candidat à sa place, fut pour lui un proche conseiller politique et s’employa à orchestrer des campagnes de presse. Marshall Spring Bidwell allait devenir un député très compétent et un leader du parti réformiste. Mais ses adversaires tories demeurèrent longtemps convaincus que derrière lui et les réformistes qui le suivaient, c’était Barnabas Bidwell qui dressait les plans d’attaque.

Jusqu’en 1828, ils eurent passablement raison de le croire ; par la suite, beaucoup moins. En 1828, la question des non-naturalisés trouva une solution politique, et Marshall Spring Bidwell entama une collaboration étroite avec William Warren Baldwin*. Réformiste important mais non républicain, Baldwin proposait de modifier le gouvernement en le rendant plus semblable à celui de Westminster. Barnabas Bidwell envisageait sûrement cela avec colère et effroi, et il est presque certainement l’auteur d’une lettre signée X, qui exprime avec force de tels sentiments et qui fut publiée le 14 octobre 1829 dans l’Upper Canada Herald, de Hugh Christopher Thomson.

Cette lettre commente d’un ton hautement sarcastique un autre document, probablement écrit en 1806 ou 1807 par un certain Canadiensis, qui était sans doute le juge Robert Thorpe*. La lettre de X est une charge contre Baldwin qui, en 1828, avait sorti des oubliettes la responsabilité ministérielle, solution proposée par Thorpe pour résoudre les difficultés politiques du Haut-Canada et maintenir le lien avec la mère patrie. Rappelant les premiers pamphlets dans lesquels Bidwell attaquait les idées d’Edmund Burke, cette lettre était sans aucun doute l’œuvre d’un séparatiste républicain favorable aux États-Unis. Bidwell l’a probablement écrite lorsqu’il découvrit que son propre fils se laissait attirer par un système que lui-même haïssait.

À la mort de Bidwell en 1833, un de ses amis américains, le juge William P. Walker, disait de lui : « dans ses rapports avec ses voisins, [... il] était particulièrement doux et conciliant, et nul n’avait moins d’ennemis personnels, sinon pour des raisons politiques ». L’italique est de Walker, et l’exception qu’il fait est importante, car Bidwell fut toujours réfractaire à la politique de conciliation. Et c’est en partie pour cette raison que jamais aucun réformiste du Haut-Canada n’inspira autant de haine que lui. Même ses amis émettaient parfois des réserves sur ses méthodes politiques. Ainsi, dans le curieux sermon prononcé à ses funérailles, le révérend J. Smith se sentit obligé de faire observer que, « malgré ce qu’on a[vait] pu dire de sa manière de réaliser ses idées, personne ne [pouvait] prétendre que celles-ci n’étaient pas des plus libérales et qu’elles ne visaient pas le bien de tous ». Comme Bidwell avait quitté ce monde de conflits partisans, ajoutait Smith, « peut-être voyait-il bien des actions sous un jour différent et pesait-il sa conduite et ses motifs, tout comme la conduite et les motifs d’autrui, à l’aide d’une balance différente de celle qu’il avait déjà employée ».

Évaluant les méthodes de Bidwell, Richard Hildreth, historien américain du xixe siècle, écrivait à son sujet qu’il avait été « bien timoré, mais habile, souple et rusé ». Dans le Haut-Canada, les plus clairvoyants de ses adversaires tories auraient refusé de le croire timoré et auraient relevé en lui une rigidité d’esprit qu’ils attribuaient autant à ses origines puritaines qu’à son républicanisme intransigeant. L’opinion de la plupart des tories, cependant, était influencée par la conviction d’avoir affaire à un voleur et à un traître.

Sur ces deux points, ils se trompaient. En 1810, on avait procédé sur les biens de Barnabas Bidwell à une saisie de 10 000 $, représentant le montant de sa dette. Or, le jugement final du tribunal du comté de Berkshire ne le condamna qu’à 330,64 $ de dommages et à 63,18 $ de frais, qu’il paya en 1817. Comme il semble qu’il était en mesure de rembourser ces deux sommes, il n’a pas dû s’enfuir pour cette raison. De plus, il n’y a pas lieu de mettre en doute son assertion, à savoir que, ses fonctions officielles exigeant sa présence ailleurs aux États-Unis, il employait dans le comté de Berkshire des commis dont un, décédé au moment de l’enquête financière, avait procédé au détournement de fonds. Il s’était enfui, affirmait-il, par crainte de ses ennemis politiques, qui exagéraient sa responsabilité et sa dette personnelles. Quant à l’accusation de trahison qui pesait sur lui, il est clair qu’il demeura un patriote américain jusqu’à sa mort.

Graeme H. Patterson

C’est dans la section t des Bidwell family papers, conservés à la Yale Univ. Library, mss and Arch. Dept. (New Haven, Conn.), MG 79, que l’on trouve la principale collection des papiers de Barnabas Bidwell. Ces documents s’avèrent plus utiles pour étudier la carrière de Bidwell aux États-Unis. Cependant, ils sont d’un grand intérêt pour sa carrière au Haut-Canada puisqu’ils révèlent des détails de son agréable personnalité et de ses valeurs puritaines. La ms Division de la Library of Congress (Washington) possède une plus petite collection de documents relatifs à Bidwell. La plupart, si ce n’est pas tous, se trouvent également à la Yale Univ. Library. Les Marshall Spring Bidwell papers, également à Yale (MG 79, sect. ii), contiennent quelques lettres de Barnabas, et on y trouve aussi une collection de documents le concernant avec lesquels Marshall se proposait d’écrire une biographie de son père. Les AO (MS 761) possèdent sur microfilm une copie de toute la collection des papiers Bidwell déposés à la Yale Univ. Library.

Des lettres que Bidwell a écrites et d’autres qui parlent de lui sont éparpillées dans plusieurs dépôts canadiens, et les papiers Macaulay déposés aux AO (MS 78) constituent la collection la plus importante. La thèse de Patterson, « Studies in elections in U.C. », donne la liste des autres collections.

Parmi les ouvrages que Bidwell a publié aux États-Unis on trouve : The mercenary match ; a tragedy (New Haven, [ 1784] ; réimpr., Chicago, 1925) ; An oration on the death of Roger Newton, Jun’r [...] (New Haven, [1789]) ; An oration, delivered at the celebration of American independence, in Stockbridge, July, 1795 (Stockbridge, Mass., 1795) ; The Susquehannah title stated and examined, in a series of numbers, first published in the Western Star, and now re-published, in this form, for the benefit of the public in general, and all persons concerned in particular, parut anonymement à Catskill, N.Y., en 1796 (cet ouvrage a été publié de nouveau sous le titre de « The Susquehannah title stated and examined », J. P. Boyd, édit., dans Wyo. Hist. and Geological Soc., Proc. and Coll. (Wilkes-Barre, Pa.), 20 (1925–1926) : 103–243) ; An address to the people of Massachusetts (s.l., 1804) ; An address to the people of Massachusetts ; February 1805 (s.l., 1805) ; A summary historical and politieal review of the revolution, the constitution and government of the United States : an oration, delivered at Sheffield, July 4th, 1805 (Pittsfield, Mass., 1805) ; et The attorney general’s report respecting claimsfor confiscated debts (Boston, 1808).

Aucun écrit portant sur le Canada n’a paru sous son nom. On lui attribue cependant « Sketches of Upper Canada written by an inhabitant », Statistical account of Upper Canada, compiled with a view to a grand system of emigration, R. [F.] Gourlay, compil. (2 vol., Londres, 1822 ; réimpr., East Ardsley, Angl., et New York, 1966), 1 : 1268. On croit aussi qu’il a écrit des lettres pour la Kingston Gazette sur l’agriculture appliquée et l’économie politique qui furent réunies en brochure et publiées sous le titre de The prompter (Kingston, Ontario, 1821).  [g. h. p.]

John Smith, « Immortality », a sermon occasioned by the death of Barnabas Ridwell, esq. (Kingston, 1833). John Strachan, A discourse on the character of King George the Third, addressed to the inhabitants of British America (Montréal, 1810).— The wars of the gulls ; an historical romance, in three chapters (New York, 1812).— Upper Canada Herald, 18201830. J. P. Boyd, « Reprint of The Susquehannah title stated and examined. : foreword », Wyo. Hist. and Geological Soc., Proc. and Coll., 20 : 4952 ; « Barnabas Bidwell, 17631833 » : 53102. G. [H.] Patterson, « An enduring Canadian myth ; the family compact and responsible government », Journal of Canadian Studies (Peterborough, Ontario), 12 (1977), no 2 : 316 ; « Whiggery, nationality, and the Upper Canadian reform tradition », CHR, 56 (1975) : 2544. J. E. Rea, « Barnabas Bidwell : a note on the American years », OH, 60 (1968) : 3137. W. R. Riddell, « The Bidwell elections : a political episode in Upper Canada a century ago », OH, 21 (1924) : 236–244.

Bibliographie générale

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Graeme H. Patterson, « BIDWELL, BARNABAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bidwell_barnabas_6F.html.

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Auteur de l'article:   Graeme H. Patterson
Titre de l'article:   BIDWELL, BARNABAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   2 septembre 2014