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BLACKMAN, CHARLES, ministre de l’Église d’Angleterre et administrateur scolaire, né vers 1798 en Angleterre ; il épousa Julia Williams, de Terre-Neuve, et ils eurent quatre enfants, dont le révérend Thomas John Mark Willoughby ; décédé le 16 mars 1853 à St John’s.

Charles Blackman arriva à Terre-Neuve en 1819 comme précepteur du fils du gouverneur sir Charles Hamilton*. Lorsqu’il décida de devenir ministre, il se heurta à certaines difficultés. Terre-Neuve n’avait pas encore d’évêque de l’Église d’Angleterre et relevait alors de l’évêque de la Nouvelle-Écosse, Robert Stanser*, lequel était en Angleterre pour raison de santé. Quant à l’évêque de Québec, Jacob Mountain*, il refusa en 1821 d’ordonner Blackman, car celui-ci n’avait pas de lettre dimissoriale. Toutefois, Blackman présida les offices dans les petits villages de pêcheurs autour de St John’s pendant l’hiver de 1821–1822. Au début de l’année 1822, Blackman retourna en Angleterre et fut admis dans les ordres le 1er juin. Il revint ensuite à Terre-Neuve comme missionnaire de la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts. Bien qu’on lui ait alors assigné le district de Ferryland, il passa l’hiver à Torbay, au nord de St John’s. En août 1827, Blackman demanda à être transféré ; même s’il avait sollicité un poste à Harbour Grace, il accepta d’aller à Port de Grave.

Homme plein de talent et très éloquent, Blackman espérait bien obtenir de l’avancement. Il posa donc sa candidature à toutes sortes de postes, dont celui de missionnaire à Harbour Grace en 1827, celui d’enseignant à St John’s en 1834 et celui d’archidiacre en 1840. Pour mieux s’assurer ces emplois, il tenta d’utiliser l’influence de parents faisant partie de l’aristocratie anglaise, dont le mari de sa nièce, lord Rayleigh, mais ce fut en vain. En 1839, on le laissa même de côté lorsqu’il fallut choisir le successeur de Frederick Hamilton Carrington* comme titulaire de St John’s. Le choix se porta sur Thomas Finch Hobday Bridge, de qui il devait plus tard déclarer : « on l’aidera, et il s’empressera de reléguer au second plan les services des autres ».

Cependant, en 1841, l’évêque Aubrey George Spencer* confia à Blackman la direction du nouveau Theological Institute de St John’s, qui était destiné à fournir la formation professionnelle nécessaire aux aspirants missionnaires recrutés en Angleterre et à Terre-Neuve. Le 7 juillet de l’année suivante, il fut aussi nommé vicaire titulaire de l’église succursale St Thomas, fonction qu’il remplissait déjà depuis 1838, et aumônier de la garnison. En 1843, à l’occasion de la translation de Spencer à l’évêché de la Jamaïque pour raison de santé, Blackman mena une nouvelle campagne en vue d’obtenir de l’avancement et de prendre la succession de l’évêque. Une fois de plus, il échoua. Edward Feild*, le nouvel évêque, considéra très tôt Blackman comme un incompétent et up menteur, et déclara à Ernest Hawkins*, secrétaire dé la Society for the Propagation of the Gospel, que Blackman « ne joui[ssait] en aucune façon de [sa] confiance ». Il se plaignait de la façon dont l’église de Blackman était administrée. De plus, il jugeait peu appropriée la formation des étudiants en théologie qu’il trouvait indisciplinés. Feild estimait que Bridge était plus compétent et plus en communauté d’idées avec lui.

Blackman, qui était de tendance évangélique, s’opposait aux principes tractariens de Feild et entra bientôt en conflit ouvert avec l’évêque. Il essaya d’abord de parvenir à une complète indépendance financière par rapport à l’évêché en obtenant du gouvernement la concession d’un terrain en récompense des services rendus à titre d’aumônier de la garnison. Puis, lorsque Feild le démit de ses fonctions de directeur du Theological Institute en 1847, malgré le fait qu’il venait d’obtenir une maîtrise ès lettres de Lambeth, Blackman se mit à épouser ouvertement les causes que l’évêque désapprouvait. Il donna ainsi son appui à la British and Foreign Bible Society, condamnée par Feild sous prétexte qu’elle n’était pas exclusive à l’Église d’Angleterre. De plus, lorsque Feild entra en conflit avec la Newfoundland School Society, organisme qui relevait de l’Église d’Angleterre mais qui permettait aux wesleyens d’enseigner dans ses écoles, Blackman en devint membre. Il s’éleva également contre le plan de Feild destiné à accroître les fonds de la Newfoundland Church Society dans le but de la rendre financièrement indépendante, en grande partie parce qu’il craignait que de cette façon l’Église devienne moins dépendante des marchands, dont un très grand nombre étaient de tendance évangélique, et plus dépendante de Feild et de la Newfoundland Church Society. À la fin des années 1840 et au début des années 1850 se manifesta ce qui constitue peut-être la plus ouverte des révoltes de Blackman. Feild menait une campagne visant à obtenir pour les écoles de l’Église d’Angleterre des fonds du gouvernement indépendants de la subvention généralement accordée aux protestants. Blackman et d’autres exercèrent des pressions sur les membres de la chambre d’Assemblée contre le plan de Feild.

Charles Blackman mourut en 1853 à la suite d’une longue maladie, au cours de laquelle le révérend Johnstone Vicars le remplaça. Blackman s’était toujours considéré comme un évangélique persécuté par des tractariens comme Feild. Il se peut que l’attitude qu’il adopta à plusieurs reprises ait résulté en partie de son appui aux causes panprotestantes et de sa méfiance à l’égard du pouvoir épiscopal. Ses ambitions déçues motivèrent manifestement sa façon d’agir et le portèrent aux extrêmes. Grâce à ses relations en Angleterre et à Terre-Neuve (le marchand Robert John Pinsent* était le beau-frère de sa femme), il eut la chance d’être un chef au sein de la communauté anglicane. Sa congrégation, qu’il desservait consciencieusement, devint bientôt un refuge pour les opposants de l’évêque Feild. En aidant les marchands traditionalistes à se détacher d’un évêque également traditionaliste, Blackman facilita les efforts de ceux qui, avec l’appui du clergé catholique, cherchaient à obtenir le gouvernement responsable à Terre-Neuve.

Frederick Jones

PRO, CO 194/117–140.— USPG, C/CAN/Nfl., 4–7 ; D9A ; D9B.— [Edward Feild], An address to the congregation of St Thomas’s Church by the Bishop of Newfoundland (St John’s, s.d. ; copie à l’USPG, D9A).— Times and General Commercial Gazette (St John’s), 13 juill. 1850, 26 févr., 4 mars 1851.— Frederick Jones, « The early opposition to Bishop Feild of Newfoundland », CCHS, Journal (Glen Williams, Ontario), 16 (1974) : 30–41 ; « Religion, education and politics in Newfoundland, 1836–1875 », CCHS, Journal (Sudbury, Ontario), 12 (1970) : 64–76.

Bibliographie générale

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Frederick Jones, « BLACKMAN, CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/blackman_charles_8F.html.

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Auteur de l'article:   Frederick Jones
Titre de l'article:   BLACKMAN, CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   22 juillet 2014