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BOUCHERVILLE, GEORGES DE (baptisé Pierre-Georges-Prévost Boucher de Boucherville), auteur, avocat et fonctionnaire, né le 21 octobre 1814 à Québec, fils aîné de Pierre de Boucherville et de Marguerite-Émilie Bleury, et frère de sir Charles-Eugène Boucher* de Boucherville ; le 15 février 1847, il épousa à Montréal, selon les rites catholique et anglican, Louise Gregory, et ils eurent deux enfants ; décédé le 6 septembre 1894 à Saint-Laurent, île d’Orléans, et inhumé quatre jours plus tard dans le caveau familial à Boucherville, Québec.

De 1822 à 1832, Georges de Boucherville étudie au petit séminaire de Montréal, où s’affirme son goût pour les mathématiques, l’histoire et l’anglais. En 1833, il commence un stage de clerc en droit auprès de Benjamin Beaubien, qu’il poursuit chez Alexander Buchanan*. Parallèlement, il se consacre à la littérature et, le 2 mai 1835, paraît sa première nouvelle, la Tour de Trafalgar, dans l’Ami du peuple, de l’ordre et des lois. En septembre, il publie dans le même journal Louise Chawinikisique, conte mélodramatique inspiré de Chateaubriand, qui lui vaut le premier prix d’un concours littéraire organisé par le journal.

Boucherville est admis au barreau le 26 janvier 1837. Il s’intéresse à la politique mais, comme il est partisan de Louis-Joseph Papineau*, son père l’empêche de pratiquer le droit à Montréal. Aussi va-t-il s’installer dans le canton d’Aylmer. Il revient bientôt à Montréal, où il joint les rangs des Fils de la liberté et signe leur manifeste en octobre 1837 à titre de secrétaire correspondant [V. André Ouimet*]. Arrêté le 16 novembre suivant, il est accusé de haute trahison, mais son père réussit à le faire libérer et lui conseille de se réfugier aux États-Unis. Boucherville séjourne en Nouvelle-Angleterre, où l’on sait seulement qu’il fraternise avec l’Association des frères-chasseurs de Robert Nelson*. En juillet 1838, il a un bureau d’avocats à Montréal avec André Ouimet, et s’occupe de défendre les prisonniers accusés de meurtre. Il se rend en Louisiane au début de 1839 mais l’on sait peu de chose des années qu’il y passa.

Boucherville rentre au Bas-Canada en 1846 et va pratiquer le droit dans le canton d’Aylmer. De novembre 1848 à janvier 1849, il publie dans la Minerve, sous le pseudonyme de José, des essais sur des questions économiques intitulés « les Sophismes de M. Bastiat ». De janvier 1849 à juin 1851, il écrit un feuilleton d’aventures louisianaises, Une de perdue, deux de trouvées, qui paraît dans l’Album littéraire et musical de la Minerve et qui obtient un très grand succès.

Boucherville participe en 1856 aux commissions chargées de la refonte des lois générales du Bas-Canada et des lois de la province du Canada. Après la mort de son père, en 1857, il s’installe à Saint-Hyacinthe où il publie Projet d’étude pour la formation d’une banque agricole nationale pour le Bas-Canada, en 1862, et le Crédit foncier l’année suivante. En 1864–1865, la Revue canadienne reprend la publication d’Une de perdue, deux de trouvées que Boucherville remanie en y ajoutant une suite qui s’intègre d’ailleurs assez mal à la première partie. L’action se déroule désormais au Bas-Canada pendant les événements de 1837 ; l’auteur défend la cause des patriotes que les bureaucrates ont, selon lui, poussés à la lutte armée. D’après le critique littéraire Maurice Lemire, « ce feuilleton a le mérite presque unique, dans notre roman du xixe siècle, de captiver l’intérêt du lecteur ».

À la Confédération, Boucherville est nommé secrétaire du lieutenant-gouverneur Narcisse-Fortunat Belleau. Il démissionne peu après et devient greffier du Conseil législatif à Québec, poste qu’il va occuper jusqu’à sa retraite en 1889. Malgré ses fonctions, Boucherville a le loisir de faire quelques voyages aux États-Unis et en Amérique latine. Il publie Code du whist en 1877. Il entreprend même un second roman, Nicolas Perrot ou les Coureurs de bois sous la domination française, qui va paraître dans la Revue de Québec sous forme de feuilleton en 1889. Si le sens du rebondissement était l’une des grandes qualités de son premier roman, cette fois le héros vainc trop facilement ses ennemis, grâce à ses inventions et à une sorte de deus ex machina.

Le besoin de rationalité de Boucherville s’affirme pleinement dans son ouvrage Dictionnaire du langage des nombres [...] publié à Québec en 1889. À cette époque, fleurissent dans le monde des dizaines de langues universelles, dont l’espéranto. Mais la langue de Boucherville est d’un caractère tout particulier : « La base fondamentale du langage numérique étant les nombres mêmes, écrit-il, toutes les opérations que l’on peut faire avec les nombres peuvent également se faire avec les mots du langage. » La grande simplicité des règles facilite l’apprentissage de la grammaire, l’abandon des racines permet d’éliminer toute référence ethnique et, de plus, le système assure des économies dans les transmissions télégraphiques grâce à des opérations arithmétiques de réduction de textes.

On a reproché à Georges de Boucherville le caractère ambigu de son engagement politique, l’apparent reniement de ses convictions de jeunesse et l’opportunisme avec lequel il aurait distribué les beaux rôles, dans Une de perdue, deux de trouvées, aux membres de l’élite conservatrice au pouvoir dans les années 1860, pour se ménager une situation confortable. Cependant, il semble avoir été préoccupé de l’établissement d’une entente durable entre les Canadiens. Il est en tout cas assez troublant de voir cet homme, marqué par la tourmente politique des années 1830 et en ayant tiré l’une des œuvres littéraires les plus remarquables du Canada français du xixe siècle, publier une méthode purement rationnelle pour réaliser la concorde entre les peuples : une langue entièrement débarrassée de connotation nationale.

André Lemelin

Le roman de Georges de Boucherville Une de perdue, deux de trouvées parut en deux volumes à Montréal en 1874. Il connut plusieurs éditions par la suite dont celle présentée par Réginald Hamel (Montréal, 1973). Ses contes la Tour de Trafalgar et Louise Chawinikisique parurent dans l’Ami du peuple, de l’ordre et des lois (Montréal) du 2 mai et du 23 et 26 sept. 1835. Ses essais d’économie politique, « les Sophismes de M. Bastiat », furent publiés dans la Minerve du 9 nov. 1848 au 11 janv. 1849. Boucherville est aussi l’auteur de : Projet d’étude pour la formation d’une banque agricole nationale pour le Bas-Canada (Saint-Hyacinthe, Québec, 1862) ; le Crédit foncier (Québec, 1863) ; le Code du whist (Montréal, 1877) ; Nicolas Perrot ou les Coureurs de bois sous la domination française, feuilleton qui parut dans la Rev. de Québec en 1889 et Dictionnaire du langage des nombres [...] (Québec, 1889).

AN, MG 24, B93 ; MG 30, D1, 5 : 362–370.— ANQ-M, CE1-22, 3 oct. 1812, 10 sept. 1894.— ANQ-Q, CE1-1, 24 oct. 1814.— L’Opinion publique, 22 févr. 1872.— DOLQ, 1.— Ægidius Fauteux, Patriotes de 1837–1838 (Montréal, 1950).— Réginald Hamel et al., Dictionnaire pratique des auteurs québécois (Montréal, 1976).— Le Jeune, Dictionnaire, 1.— P.-G. Roy, les Avocats de la région de Québec.— Turcotte, le Conseil législatif.— J.-S. Lesage, Notes biographiques ; propos littéraires (Montréal, 1931).— M.-A. Riopel, « Bibliographie de Georges Boucher de Boucherville, avocat » (thèse de bibliothéconomie, univ. de Montréal, 1945).— J.-J. Lefebvre, « Brevets de cléricature des avocats de Montréal au deuxième quart de xixe siècle », la Rev. du Barreau (Montréal), 14 (1954) : 310.— É.-Z. Massicotte, « Deux fois mariés le même jour », BRH, 27 (1921) : 191–192.

Bibliographie générale

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André Lemelin, « BOUCHERVILLE, GEORGES DE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/boucherville_georges_de_12F.html.

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Auteur de l'article:   André Lemelin
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
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