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CAMPBELL, JOHN, ministre presbytérien, éducateur et auteur, né en 1840 à Édimbourg, deuxième des six enfants survivants de James Campbell ; le 23 septembre 1875, il épousa à Yorkville (Toronto) Mary Helen Playfair, et ils eurent trois fils ; décédé le 30 juillet 1904 dans l’île Yoho, Ontario.

Au début des années 1840, James Campbell devint représentant à Londres de la maison d’édition Thomas Nelson and Sons et s’installa dans cette ville avec sa famille. John fréquenta d’abord une école londonienne, la Roxburgh House Proprietary School, puis, en 1854, il alla étudier le français et l’allemand avec un pasteur à Jägerthal (Allemagne), petite ville située près de la frontière française. Pendant son séjour sur le continent, il visita plusieurs villes du nord-ouest de l’Europe. Il entra ensuite à l’agence paternelle, puis partit pour New York avec son père, qui participa à l’établissement d’une succursale de la Thomas Nelson and Sons. Peu après, la famille s’installa à Toronto, où James Campbell mit sur pied sa propre maison d’édition. John, qui l’aidait probablement, adhéra à plusieurs sociétés littéraires et autres organismes.

En 1860, John Campbell décida de devenir ministre de l’Église libre presbytérienne et l’année suivante, il s’inscrivit à la University of Toronto. Étudiant brillant et appliqué, il remporta des bourses et des prix, dont trois distinctions en poésie. En 1865, il obtint une licence avec mention, la médaille du prince de Galles et deux médailles d’or. Tout en préparant une maîtrise ès arts, qu’il termina en 1866, il entreprit des études de théologie au Knox College. Là encore, il décrocha la médaille du prince de Galles.

Campbell devint sergent dans le 2nd Battalion, Queen’s Own Rifles, et participa en 1866, avec un de ses frères, à la bataille de Ridgeway [V. Alfred Booker*]. Cofondateur de la section torontoise de la Young Men’s Christian Association, il passa son premier été de missionnaire étudiant parmi les bûcherons. L’été suivant, il mit sur pied des assemblées de fidèles à Orangeville, Mono Mills, Cedar Grove et Stouffville. Il fit sa troisième année de théologie au New College de l’Église libre, à Édimbourg, après quoi il parcourut le nord-ouest de l’Europe avec une de ses sœurs. À son retour à Toronto, en 1868, il fut autorisé à exercer son ministère et invité à desservir l’église presbytérienne Charles Street.

Au cours des cinq années qu’il passa dans cette congrégation, Campbell accéda au conseil universitaire de la University of Toronto, où il fut aussi examinateur d’histoire, d’anglais et de métaphysique. Quand William Hincks* tomba malade, il prit en charge ses classes d’histoire naturelle au University College. En 1871, le Knox College retint ses services pour l’année scolaire à titre de maître d’histoire religieuse. En 1872–1873, il enseigna trois mois dans cet établissement et trois mois au collège presbytérien de Montréal. À la fin de l’année scolaire, ce collège lui confia la chaire d’histoire religieuse et d’apologétique. Pendant la plus grande partie des 31 années suivantes, Campbell allait non seulement enseigner au collège presbytérien de Montréal, mais aussi y être registraire et secrétaire du conseil. Lui-même et sa femme appartiendraient à une congrégation presbytérienne de langue française à Montréal.

Au début des années 1870, Campbell fut rédacteur en chef du Home and Foreign Record de l’Église presbytérienne du Canada, à Toronto, mais ce fut surtout en tant qu’auteur qu’il se distingua. Impressionnante en effet est la liste des articles savants ou polémiques qu’il fit paraître, notamment dans le Canadian Naturalist, de Montréal, la Princeton Review, de New York, ainsi que la British and Foreign Evangelical Review et le Canadian Journal, de Toronto, et la publication qui lui succéda, les Transactions du Canadian Institute ; il publia aussi des articles dans le Journal du collège presbytérien de Montréal, le Presbyterian, de Montréal, et les Transactions de la Société littéraire et historique de Québec. Outre un grand nombre de recensions, il publia aussi en 1884, sous le titre de Sundays in Yoho, des sermons sous forme d’histoires, destinés aux enfants et qu’il avait présentés à des offices non confessionnels pendant ses vacances d’été dans la région de Muskoka. En 1892, sous le pseudonyme de J. Cawdor Bell, il lança Two knapsacks [...], roman, qui décrit la condition sociale des habitants de cette même région et reproduit divers dialectes parlés en Ontario à l’époque. Son principal ouvrage fut une étude en deux volumes, parue en 1890, The Hittites [...] dans laquelle il affirmait que les Hittites étaient les ancêtres des peuples japonais, albanais, basques, iroquois, mexicains et péruviens. Dix ans plus tard, il allait récidiver, mais cette fois au sujet d’une diaspora cananéenne. Un commentateur anonyme qualifia The Hittites d’œuvre naïve qui, néanmoins, « gagnerait rapidement une place de choix en anthropologie ». L’Empire de Toronto loua en Campbell « un ethnologue de renom, un érudit d’une distinction et d’une persévérance rares », mais depuis, on a signalé son dilettantisme, avec raison.

Campbell appartenait à une multitude de sociétés savantes. Il fut représentant officiel de la Société d’ethnographie de Paris, secrétaire local honoraire du Victoria Institute de Londres ainsi que membre correspondant de la Société américaine de France et de la State Historical Society du Wisconsin. Il fut aussi membre du Canadian Institute, de la Natural History Society of Toronto, de la Celtic Society of Montréal, de la Société philhellénique de Turin (Italie), de la Société du Pañjâb de Lahore (Pakistan), de la Society of Biblical Archæology de Londres et de la Société royale du Canada. Il reçut la médaille d’or de la Société d’ethnographie de Paris en 1881 et, par la suite, les médailles d’argent et de bronze. En 1889, la University of Toronto reconnut ses recherches anthropologiques et son apport à la philologie et à la linguistique en le faisant docteur en droit. En outre, il reçut de Charles Ier de Roumanie le ruban et la médaille de l’ordre du Mérite, première classe.

Estimé par ses collègues ecclésiastiques et par de nombreux universitaires, Campbell était vénéré par ses étudiants comme « un professeur d’une rare érudition, aux connaissances vastes et précises ». Ses recherches en histoire, en philologie, en paléologie et surtout en ethnologie, science pour laquelle il avait « une passion singulière », lui valurent d’être qualifié d’ « infatigable étudiant ». Grâce à ses compétences en linguistique et à l’étendue de son savoir, ses cours s’agrémentaient de passionnantes digressions. Son charme, son enthousiasme contagieux, son chevaleresque sens de l’honneur attiraient. Il avait le respect, la confiance et l’amitié du directeur de son collège, Donald Harvey MacVicar, même si, d’après le biographe de celui-ci, « on aurait rarement pu trouver deux hommes dont les tempéraments, les habitudes, les goûts et les convictions différaient autant ». Le désir de convertir les Canadiens français les unissait, et ils défendirent le controversé Charles Chiniquy* jusque sous la vindicte populaire. Toutefois, certains contemporains accusaient Campbell de « morgue intellectuelle » et d’emportement, et trouvaient que parfois, son zèle religieux lui faisait oublier toute prudence.

Campbell entra dans l’histoire du Canada non à cause de ses écrits, mais parce qu’il fut accusé d’hérésie. Le 26 février 1893, dans une allocution intitulée « The perfect book or the perfect father », il fit, devant les étudiants du Queen’s College, à Kingston, en Ontario, des déclarations qui, selon beaucoup, allaient à l’encontre de la vérité et contredisaient les enseignements des Saintes Écritures. Le consistoire de Maitland, tenta en vain de porter l’affaire devant l’assemblée générale de l’Église en juin, mais plus tard ce même mois, le consistoire de Montréal contesta l’accusation voulant que Campbell ait nié la parfaite inerrance de l’Ancien Testament. Campbell refusait de se rétracter même s’il risquait un procès ; il admettait seulement y être allé « un peu fort » dans son exposé.

En août, le consistoire décida de le faire passer en jugement. Il fut donc suspendu de ses fonctions d’enseignant. MacVicar et le professeur John Scrimger prirent la direction de la poursuite en insistant sur le fait que le « devoir envers Dieu » primait sur la loyauté envers un collègue. Le 12 septembre, Campbell se défendit devant le consistoire. Il nia avoir jamais contesté l’inspiration et l’infaillibilité des Écritures, mais répéta que la révélation de l’Ancien Testament était demeurée incomplète jusqu’à l’avènement du Christ. Le consistoire l’inculpa d’hérésie pour avoir soutenu et enseigné une doctrine qui « attaqu[ait] et discrédit[ait] les Saintes Écritures en tant que source suprême et infaillible de la vérité religieuse » et pour avoir propagé l’idée selon laquelle Dieu n’avait « rien à voir dans le jugement ou le châtiment des méchants ».

Campbell en appela sans délai de ce jugement devant le tribunal immédiatement supérieur, le synode de Montréal et Ottawa. La controverse se poursuivit sur la place publique pendant l’hiver et le printemps, de sorte que ses défenseurs se plaignirent qu’on lui faisait subir un « procès dans la presse ». Il exposa son cas à l’audience du synode, le 8 mai 1894, et Robert Campbell présenta celui du consistoire. Agité et amer, il répondit à l’interrogatoire du synode en s’excusant du ton de son allocution de Kingston. Il l’avait rédigée à la hâte et prononcée en y mettant des « contrastes excessifs » alors que son seul but était d’enseigner la révélation progressive. Le consistoire de Montréal le convainquit alors d’acquiescer à des énoncés selon lesquels ce que l’Ancien Testament disait de Dieu était vrai « mais en de rares cas ne constituait pas toute la vérité » et que, en matière de jugement et de châtiment, Dieu « agi[ssait] suivant des lois générales ou par des causes secondaires ». Sur ce, le synode annonça, bel euphémisme, que l’affaire avait connu une « issue heureuse ».

John Campbell put recommencer à enseigner dès la fin du procès, donc un an après sa suspension, mais les dissensions n’étaient pas apaisées pour autant au sein de la faculté. Après la mort subite de MacVicar, en décembre 1902, il fut nommé directeur intérimaire, mais le conseil de l’établissement confia la gestion des affaires internes à Scrimger et au professeur James Ross. L’année suivante, à l’assemblée générale de l’Église presbytérienne du Canada, il fit valoir son droit à la fonction de directeur. Par la suite, il refusa de retirer sa candidature, comme le demandait le conseil du collège. Lorsque le conseil recommanda la nomination de Scrimger (qui fut approuvée par l’assemblée générale en juin 1904), Campbell démissionna immédiatement. Huit semaines plus tard, il mourut pendant son sommeil à sa maison d’été de la région de Muskoka.

John S. Moir

On trouve dans SRC Mémoires, 1re sér., 12 (1894), proc. : 20s., une liste de plus de 40 titres publiés par John Campbell jusqu’en 1894, dont des articles de périodiques. Ces travaux ainsi que d’autres sont listés dans le Répertoire de l’ICMH, disponible sur microfiche. La collection de l’ICMH comprend les principaux écrits de Campbell, The Hittites : their inscriptions and their history (2 vol., Toronto, 1890) et Two knapsacks : a novel of Canadian summer life (Toronto, 1892), ainsi que Sundays in Yoho : twelve stories for children and their friends, édité par sa femme Mary Helen [Playfair] Campbell, à Montréal en 1884.

AO, RG 80-5, no 1875–212411.— Arch. de l’Église presbytérienne au Canada (Toronto), [Robert Campbell], « Defense of presbytery’s action before synod, against J. Campbell » (consultation limitée par ordre du Synod of Quebec and Eastern Ontario) ; Presbyterian Church in Canada, minutes of the Presbytery of Montreal, 1893.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— EPC, Acts and proc., 1905 ; [Presbytery of Montreal], Synopsis of minutes of presbytery and documents relating to the case of Professor John Campbell, LL.D. (for the use of members of court ([Montréal, 1893 ?] ; exemplaire aux UCC-C).— J. A. Johnston, « The Presbyterian College, Montreal, 1865–1915 » (thèse de m.a., McGill Univ., Montréal, 1951).— J. H. MacVicar, Life and work of Donald Harvey MacVicar, D.D., LL.D. (Toronto, 1904).— H. K. Markell, History of the Presbyterian College, Montreal, 1865–1986 (Montréal, 1987).— J. S. Moir, A history of biblical studies in Canada : a sense of proportion (Chicago, 1982) ; Enduring witness : a history of the Presbyterian Church in Canada (2e éd., [Toronto, 1987]).— Presbyterian College of Montreal, Journal, 1 (1881–1882)–29 (1909–1910).— Presbyterian Record, 19 (1894) : 143.— Presbyterian Rev. (Toronto), 10 (1893–1894) : 68, 72s., 108, 164, 167–172, 239, 801, 842s., 851–855.

Bibliographie générale

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John S. Moir, « CAMPBELL, JOHN (1840-1904) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/campbell_john_1840_1904_13F.html.

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Auteur de l'article:   John S. Moir
Titre de l'article:   CAMPBELL, JOHN (1840-1904)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   19 avril 2014