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CAPELLO, LUIGI GIOVANNI VITALE (il signa aussi des œuvres Luigi G. Cappello ou Louis J. Capello), peintre et décorateur, né le 2 janvier 1843 à Turin (Italie), fils de Giovanni Cappello et de Caterina Vivalda ; le 22 juin 1881, il épousa à Montréal Marie-Louise Lebrun ; décédé le 16 février 1902 à Paris.

La survivance du nom de Luigi Giovanni Vitale Capello dans l’historiographie canadienne tient au fait qu’il est reconnu comme l’un des maîtres et des employeurs du peintre Ozias Leduc*. Son imposante production en peinture religieuse et dans l’ornementation des murs des églises au Québec pendant 22 ans lui permit de se tailler une réputation indépendante de celle de Leduc.

Capello venait d’un milieu familial religieux ; trois de ses oncles maternels étaient prêtres et sa sœur unique se fit religieuse. Il développa ses premiers penchants artistiques auprès d’un de ses oncles, prêtre et peintre amateur en Suisse, et compléta sa formation à l’Académie royale des beaux-arts de Turin, auprès des professeurs Enrico Gamba et Andrea Gastaldi. Pendant ses études à cet endroit, il remporta de nombreux prix et distinctions. Ensuite, il visita Florence et étudia à l’Académie à Rome, avant de se rendre à Paris en 1875. Cette année-là, Capello arriva à Montréal, où l’annuaire de John Lovell* l’identifie comme « artiste italien ». (Par la suite, son nom fut francisé (Louis J. Capello) et, l’annuaire de 1887–1888 le présente à titre d’« artiste décorateur et portraitiste ».) La tradition veut qu’il soit venu à la demande des jésuites pour enseigner le dessin et la peinture au collège Sainte-Marie, mais les archives confirment ce fait seulement pour l’année 1881–1882. Par contre, les quatre grands tableaux qui ornent le chœur de l’église de Saint-Paul-l’Ermite, exécutés par Capello en vertu d’un contrat passé avec le curé Louis-Joseph Huot, portent les dates de 1874 et 1875 ; ce contrat a pu être déterminant dans la venue du peintre au Canada.

Pendant dix ans, Capello reçut régulièrement des commandes d’ornementations murales ou de tableaux destinés à bon nombre d’églises au Québec. Ils les peignit sur toile ou directement sur le mur, selon une technique adaptée de la fresque. Les églises de Saint-Hugues (1875), Saint-Alexandre de Kamouraska (1876), Saint-Rémi de Napierville (1877), Sainte-Anne de Yamachiche (1879), Saint-Isidore de Laprairie (La Prairie) (1885), Saint-Joachim à Pointe-Claire (1885), Notre-Dame (1879) et Saint-Joseph (1884–1885) à Montréal, ainsi que les chapelles de l’école de réforme (1877) et Notre-Dame-de-Bonsecours (1879) à Montréal, et celle du Sacré-Cœur (1883) à l’hospice Notre-Dame-de-l’Assomption, à L’Assomption, possédèrent ou même conservent encore ses œuvres.

La présence de Capello au Québec s’inscrit dans un mouvement de renouveau de la peinture murale dans les églises catholiques (l’église de Saint-Romuald, le Gesù et la chapelle de l’Hôtel-Dieu de Montréal), mouvement amorcé au cours des années 1860 par des artistes d’origine allemande et auquel Capello contribua activement. Il bénéficia de la vogue des décors peints en trompe-l’œil comme les pratiquèrent Napoléon Bourassa* et François-Édouard Meloche* à partir de la fin des années 1870.

Malgré cette occupation principale, Capello tentait de diversifier ses sources de revenus. Il exécuta des rideaux de scène et des décors de théâtre (collège de L’Assomption, 1886), des portraits (Pie IX, 1875, Damase Masson, 1879, Mgr Louis-François Laflèche*, 1882) et même, en 1886, un panorama qui représentait l’intérieur de la basilique Saint-Pierre de Rome, pour l’église Marie-Reine-du-Monde. De 1880 à 1887, avec les membres de l’Académie royale des arts du Canada et de l’Association des beaux-arts de Montréal, il exposa des tableaux inspirés de l’histoire grecque (Une maison grecque au temps de Sappho) ou religieuse (Saint Jérôme) et des paysages. Une des toiles exposées, Scene of the prairies, laisse supposer qu’il aurait pu faire un voyage dans l’Ouest canadien.

Après 1887, le nom de Capello ne figure plus dans l’annuaire de Lovell. Sa correspondance indique qu’il travailla aux États-Unis, notamment cette année-là, et à New York, vers 1896. En 1896–1897, il réalisa sa dernière commande connue, le décor de la chapelle des ursulines de Trois-Rivières, qui reprenait en grande partie les mêmes sujets qu’à Yamachiche. Le dôme, les pendentifs et l’arc qui surmontent le maître-autel sont ornés d’un riche programme iconographique : Saint Michel terrassant Lucifer, le Sacré-Cœur apparaissant à sainte Marguerite-Marie Alacoque, le Couronnement de Marie, Sainte Angèle Merici et sainte Ursule, Allégorie de la foi, de d’espérance et de la charité, et la Dernière Cène. En 1898, Capello se rendit à Turin ; en août 1900, d’après sa correspondance avec les ursulines de Trois-Rivières, il se trouvait à l’orphelinat des frères salésiens à Paris, où il mourut en 1902.

Desservi par un physique ingrat, petit et bossu, Luigi Giovanni Vitale Capello eut une vie faite d’errance et de difficultés, et sa production, à cheval sur deux pays, est à peine reconnue au Canada. Sa venue au Québec confirme que les membres du clergé qui avaient voyagé en Europe souhaitaient, pour leurs nouvelles églises, des ensembles iconographiques cohérents, agrémentés de motifs décoratifs. Capello, au contraire de ses émules néo-canadiens ou québécois qui ont instauré une tradition de peinture en grisaille, a travaillé avec une palette riche et colorée. Il a créé des personnages imaginaires au profil classique, et son sens des draperies fouillées démontre qu’il avait une excellente formation. Son œuvre a enrichi le répertoire iconographique local en traitant de sujets appropriés aux nouvelles dévotions propres aux paroisses qui furent fondées en si grand nombre dans la deuxième moitié du xixe siècle.

Laurier Lacroix et Alexandra Shtychno

Arch. du monastère des ursulines (Trois-Rivères, Québec), Chroniques du monastère, 6 avril, 14 mai 1897 ; Lettres de Capello à mère Marie-de-Jésus ; Notes laissées par une annaliste, 1886–1896, 29 déc. 1896.— Québec, Ministère des Affaires culturelles, Centre de documentation, Fonds Morisset, 2, dossier Luigi G. Capello.— La Minerve, 10 oct. 1874, 13, 26 sept., 26 nov. 1877, 30 janv. 1879, 10 oct. 1884, 3 janv. 1885.— L’Opinion publique, 9 nov. 1876.— Napoléon Caron, Histoire de la paroisse d’Yamachiche (précis historique) (Trois-Rivières, 1892), 85, 89–94.— Collège de L’Assomption [...] (Montréal, [1920 ?]).— Collège Sainte-Marie [...] ([Montréal ?, 1882]).— Dessins inédits d’Ozias Leduc, Laurier Lacroix et al., compil. (Montréal, 1978), 29.— Anastase Forget, Histoire du collège de L’Assomption ; 1833 – un siècle – 1933 (Montréal, [1933]), 71.— Francine Lacaille-Laberge et Marcel Chainey, St-Rémi : 150 ans d’histoire (Saint-Rémi, Québec, 1980), 27.— Laurier Lacroix, « Italian art and artists in nineteenth-century Quebec : a few preliminary observations », David Hamel, trad., Arrangiarsi : the Italian immigration experience in Canada, Roberto Perin et Franc Sturino, édit. (Montréal, 1989), 163–178.— Alfred Laliberté, les Artistes de mon temps, Odette Legendre, édit. (Montréal, 1986), 77s.— [J.-L.-]O. Maurault, la Paroisse : histoire de l’église Notre-Dame de Montréal (Montréal et New York, 1929), 142.— La Nacelle de Sainte-Ursule [...] (Trois-Rivières, [1897]), 13–15.— J.-R. Ostiguy, Ozias Leduc : peinture symboliste et religieuse (Ottawa, 1974), 97, 194.— Jules Romme, Saint-Isidore ; deux siècles d’histoire ([Saint-Georges, Québec], 1983), 118.— Christian Roy, Histoire de L’Assomption (L’Assomption, Québec, 1967), 240.— J. C. Stirling, Ozias Leduc et la décoration intérieure de l’église de Saint-Hilaire (Québec, 1985), 131.

Bibliographie générale

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Laurier Lacroix et Alexandra Shtychno, « CAPELLO, LUIGI GIOVANNI VITALE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/capello_luigi_giovanni_vitale_13F.html.

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Auteur de l'article:   Laurier Lacroix et Alexandra Shtychno
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   24 juillet 2014