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CAREY, ELIZABETH (Murray), maîtresse de maison et agente de changements sociaux, née le 10 novembre 1835 à Baie-Verte, Nouveau-Brunswick, quatrième des neuf enfants de John Carey et de Caroline Chappell ; le 24 août 1867, elle épousa à Halifax Robert Murray*, et ils eurent sept enfants, parmi lesquels une fille et quatre fils atteignirent l’âge adulte ; décédée le 9 août 1920 à Dartmouth, Nouvelle-Écosse.

Le père d’Elizabeth Carey quitta Halifax pour Baie-Verte, où il se maria et « exploita avec succès un gros commerce durant de nombreuses années ». Elizabeth fit probablement ses études primaires à l’école locale, mais on sait peu de chose sur son enfance. En 1854–1855 et en 1857–1858, elle étudia à la « section féminine » de la Wesleyan Academy de Sackville, au Nouveau-Brunswick, sous la direction de Mary Electa Adams*. Sa sœur aînée Margaret Jane avait épousé Edward Chappell Goodwin en 1850 ; selon la tradition familiale des Murray, les Goodwin vécurent quelques années à Halifax. Il est possible que ce soit en allant rendre visite à sa sœur et à son beau-frère dans cette ville qu’Elizabeth ait fait la connaissance d’Antoinette Nordbeck, fille de l’orfèvre Peter Nordbeck*. Quoi qu’il en soit, au début des années 1860, elle devint demoiselle de compagnie d’Antoinette Nordbeck et de sa sœur invalide, Caroline.

Robert Murray, qu’Elizabeth Carey épousa en 1867, fut invité à s’installer lui aussi chez les Nordbeck. Comme le couple eut bientôt plusieurs enfants, il fallut une maison plus grande. Antoinette Nordbeck en acheta une sur le chemin Victoria, dans le faubourg de Smith’s Fields, à l’extrémité sud de Halifax. En 1879, les Murray et les Nordbeck déménagèrent à nouveau, cette fois pour s’installer à l’extrémité ouest de la ville, dans le vaste domaine Studley. Alexander Croke*, juge à la Cour de vice-amirauté, avait été le premier occupant de ce domaine.

Au début de 1875, par suite des pressions de la Halifax City Mission et d’influents ministres du culte, Elizabeth Murray et d’autres femmes avaient fondé le Halifax Infants’ Home. Deux autres foyers avaient ouvert leurs portes la même année, l’un pour les prostituées, l’autre pour les alcooliques. Constitué juridiquement en 1876, l’Infants’ Home avait pour mission « d’accueillir de jeunes enfants sans ressources et d’en prendre soin tendrement », puis d’organiser leur adoption. Par la suite, semble-t-il, les mères célibataires allaitantes y furent hébergées aussi longtemps que nécessaire avec leur bébé. Thomas Ritchie Almon et Maria Louisa Angwin* figurèrent parmi les médecins traitants, qui avaient « l’autorité exclusive sur les soins médicaux donnés au foyer ». Le foyer était financé au moyen de souscriptions annuelles, de dons et de quêtes faites dans les églises de toutes les Maritimes le jour de l’Action de grâces. Un comité d’au moins 12 femmes l’administraient avec l’aide d’un comité consultatif de 3 hommes ou plus. Elizabeth Murray appartint au comité dès le début ; en outre, c’était une vaillante collectrice de fonds, et elle fut un certain temps secrétaire d’administration.

Le Halifax Infants’ Home répondait à un besoin criant, mais ses locaux n’étaient pas grands et il ne put jamais accueillir beaucoup d’enfants et de femmes. En outre, la mortalité par maladie y était élevée parmi les bébés. En 1882, le foyer fut sérieusement endommagé par un incendie qui ne fit cependant aucune victime. On le reconstruisit, mais dès la fin des années 1890, les pensionnaires s’y trouvaient encore à l’étroit. En 1899, il y eut donc un grand bal au manège militaire de Halifax afin de recueillir les fonds nécessaires à la construction d’un foyer plus vaste. Conçu par James Charles Philip Dumaresq* et son fils, le magnifique édifice de brique ouvrit ses portes en mai 1900.

Tout en se dévouant pour son église, en travaillant pour le Halifax Infants’ Home et en suivant de près les activités de son mari à la Nova Scotia Society for the Prevention of Cruelty [V. John Naylor*], Elizabeth Murray avait, semble-t-il, une vie mondaine très bien remplie. Une fois, elle se vanta de n’avoir jamais préparé un repas. Le domaine Studley était réputé pour son hospitalité ; les parents que les Murray avaient au Nouveau-Brunswick s’y rendaient souvent. Elizabeth Murray avait de la culture et du talent pour la conversation. Ses enfants s’amusaient de voir que, si elle connaissait assez bien le lieu de naissance, les centres d’intérêt ou la profession des invités attendus à la maison, elle puisait dans la riche bibliothèque de son mari pour rafraîchir ses connaissances afin de converser intelligemment avec eux.

Antoinette Nordbeck mourut en 1898 et sa sœur Caroline, en 1902. Après la mort de Robert Murray en décembre 1910, Elizabeth et son fils aîné, Robert Harper, vendirent le domaine Studley à la Dalhousie University, conformément aux volontés du défunt. Ensuite, ils allèrent s’installer dans un domaine tout aussi vaste à Dartmouth. Cependant, Mme Murray ne s’y plaisait pas : ses amis lui manquaient, tout comme ses activités à son église et à l’Infants’ Home. Et puis, elle trouvait la société de Dartmouth moins bien que celle de Halifax. Elle refusait de se rendre chez sa nouvelle bru le jour où celle-ci recevait. Elle se rendait plutôt chez sa seule amie à Dartmouth, se postait à une fenêtre pour surveiller les visiteurs et faisait ensuite à sa bru des commentaires désobligeants sur leur allure.

En 1917, Elizabeth Carey Murray se brisa la hanche. Au moment de l’explosion de Halifax, le 6 décembre, elle avait besoin d’une canne pour marcher, mais tout de suite après, sa famille eut la surprise de la voir se déplacer sans soutien. Elle mourut le 9 août 1920 à l’âge de 84 ans.

Joan Murray Payzant

Une grande partie de l’information dans la biographie qui précède provient de notre histoire non publiée des Murray intitulée « Rob and Francie » (texte dactylographié, Dartmouth, N.-É., en cours de préparation).  [j. m. p.]

Arch. privées, R. G. Murray (Dartmouth), bible de la famille Murray.— Arch. privées, J. M. Payzant (Darmouth), Frances Creighton Murray, journal personnel, 1914 ; W. M. Goodwin, « Notes on the Carey family from E. P. Goodwin’s book of records », texte manuscrit inséré dans un exemplaire de « The « Inchure » Murrays of Nova Scotia », W. M. Goodwin, compil. (photocopie, Manotick, Ontario, 1968).— PANS, MG 100, 53, no 87.— Daily Echo (Halifax), 11 mai 1900.— Halifax Evening Reporter, 11 mars 1875.— Morning Chronicle (Halifax), 27 mai, 19 juin 1889.— Morning Herald (Halifax), 8 mars 1884.— Judith Fingard, The dark side of life in Victorian Halifax (Porter’s Lake, N.-É., 1989), 122.— Halifax Infants’ Home, Annual report, 1876 ; 1879 ; 1884 ; 1898.— Elizabeth Murray Stevenson, « The Witness » (texte dactylographié, Peterborough, Ontario, [1984 ?]) exemplaire en notre possession  [j. m. p.].— Howard Trueman, The Chignecto Isthmus and its first settlers (Toronto, 1902 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1975).— M. E. Wright, « Unnatural mothers : infanticide in Halifax, 1850–1875 », Nova Scotia Hist. Rev. (Halifax), 7 (1987), no 2 : 12–29.

Bibliographie générale

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Joan Murray Payzant, « CAREY, ELIZABETH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/carey_elizabeth_14F.html.

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Auteur de l'article:   Joan Murray Payzant
Titre de l'article:   CAREY, ELIZABETH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   22 août 2014