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CARTER, sir JAMES, avocat et juge, né à Portsmouth en Angleterre le 25 janvier 1805, fils du capitaine James Carter de l’armée anglaise, qui fut maire de Portsmouth, décédé à Mortimer Lodge dans le Berkshire, Angl., le 10 mars 1878.

James Carter fréquenta d’abord l’école de Walthamstow, où parmi ses compagnons se trouvait Benjamin Disraeli, et poursuivit ses études à Manchester College, York, et à Trinity College, Cambridge. Il fit ensuite son droit à Inner Temple sous la direction de son cousin, John Bonham Carter. Reçu au barreau en 1832, il travailla dans la division ouest de la Cour de circuit jusqu’en 1834. Grâce à l’influence politique de son cousin, il fut nommé en 1834 à la magistrature du Nouveau-Brunswick par le ministre des Colonies, Thomas Spring-Rice.

La nomination de Carter, à une époque où la province connaissait une vive agitation politique au sujet des terres de la couronne et des redevances, souleva un courant de désapprobation, plus particulièrement dans les milieux juridiques où les hommes de loi avaient été habitués à croire que les honneurs de leur profession devaient leur être décernés suivant un ordre strict d’ancienneté. Il y eut plusieurs articles retentissants dans les journaux pour dénoncer la présence à la magistrature du Nouveau-Brunswick d’un jeune étranger de 29 ans, venu d’Angleterre, et les membres du barreau, réunis en assemblée, adoptèrent une résolution dans laquelle ils protestèrent contre cette nomination. L’historien James Hannay* interprète bien leur réaction quand il qualifie cette nomination « d’insulte grossière » aux habitants de la province. Le nouveau ministre des Colonies présenta des excuses et promit qu’à l’avenir les charges de judicature seraient décernées à des personnes nées au Nouveau-Brunswick.

La personnalité de Carter et sa prestance au tribunal impressionnèrent à tel point que les griefs contre lui furent vite oubliés. En date du 25 février 1835, Lemuel Allen Wilmot écrivit un article élogieux à l’endroit de Carter et il terminait par cette citation de Shakespeare : « O juge sage et équitable ! Combien tu es plus vieux que tu ne le parais ! » L’opinion publique se fit de plus en plus favorable à Carter car on appréciait la présence d’un juge n’appartenant à aucun de ces réseaux, familial ou autre, qui constituaient alors le fondement de la politique au Nouveau-Brunswick. La cause la plus célèbre qu’il eut à juger fut sans doute celle d’une action en diffamation contre James Doak et Thomas Hill* deux journalistes qui, en 1844, furent jetés en prison pour outrage à la chambre d’Assemblée. Le juge Carter accorda l’habeas corpus, rompant ainsi avec une vieille coutume de l’Assemblée qui consistait à emprisonner ceux qui ne respectaient pas ses « privilèges ».

En une autre occasion, soit en 1851, quand il fut nommé juge en chef, Carter fut à nouveau, et bien malgré lui, l’objet d’une querelle se rapportant à la constitution. Bien qu’il fût reconnu pour son habileté à se tenir à l’écart de la politique, son nom s’y trouva quand même mêlé et il en résulta chaque fois d’heureux effets pour lui. Le lieutenant-gouverneur, sir Edmund Head*, face à un gouvernement divisé qui refusait de s’entendre sur le choix d’un successeur au juge en chef Ward Chipman*, prit sur lui de recommander Carter à ce poste. Head alléguait l’excellente formation juridique de Carter, son désintéressement à l’égard de la politique et sa fortune personnelle. Charles Fisher souleva une forte opposition à cette nomination, au sein de l’Assemblée et dans les journaux. L’on s’indignait de ce que le lieutenant-gouverneur eût violé le principe de la responsabilité ministérielle et de ce que le Nouveau-Brunswick fût retombé sous le joug de Downing Street. L’on qualifia sir Edmund Head de tyran, mais Carter échappa à toute attaque.

Pour sa participation comme médiateur dans l’affaire Ryland, cas litigieux dans les relations anglo-canadiennes, Carter fut créé chevalier en 1859. Désireux de raffermir les relations entre la mère patrie et les colonies, le gouvernement anglais avait jadis proposé de décerner des titres à des citoyens éminents de la province. Le lieutenant-gouverneur, John Henry Thomas Manners-Sutton, avait répliqué que cette proposition ne produirait pas sur le plan politique le résultat désiré et que l’opinion publique s’y opposerait. D’ailleurs, il ne connaissait qu’un seul homme digne d’être créé chevalier et c’était Carter. Rien ne fut fait tant que l’opinion publique demeura hostile, mais elle changea subitement à l’annonce que cet honneur avait été conféré à Brenton Halliburton*, juge en chef de la Nouvelle-Écosse. Carter devint alors le premier habitant du Nouveau-Brunswick à recevoir la dignité de chevalier.

Carter démissionna en 1865 pour raison de santé. À la suite d’une entente avec le lieutenant-gouverneur d’alors, Arthur Hamilton Gordon*, son départ fut fixé de façon qu’une place de juge puisse être offerte au chef du gouvernement opposé à la Confédération, Albert James Smith*, ce qui facilitait l’adhésion du Nouveau-Brunswick à la Confédération. Smith, toutefois, refusa.

En 1866, Carter retourna en Angleterre où il mourut 13 ans plus tard à la résidence de son fils. Il s’était marié trois fois : il avait épousé en 1831, Emma Wellbeloved, puis en 1844, Mary Ann Elizabeth Miller qui lui donna deux fils, et, en 1852, Margaret Spencer Coster dont il eut une fille. Carter occupait une place de choix dans les milieux intellectuels de Fredericton, mais il aimait aussi la vie sauvage des bois et il gardait même un ours et un castor en captivité dans sa propriété de Frogmore. Tous les écrits parlent de lui comme d’un homme très cultivé, qui possédait une belle voix et qui toucha l’orgue pendant de nombreuses années à l’église St Anne de Fredericton. D’un naturel très doux, il menait une vie retirée et il n’a jamais ambitionné le rôle prépondérant qu’il a joué dans les polémiques publiques au Nouveau-Brunswick. Ses contemporains se rendirent cependant compte qu’il avait bien servi la province.

W. S. MacNutt

Il n’existe au Nouveau-Brunswick aucune collection des papiers personnels de sir James Carter. On trouve des résumés des causes qu’il eut à juger aux PANB. Dans les archives du PRO, CO 188/105–188/132, le nom de Carter est plusieurs fois mentionné. Les lettres de Robb, déposées à l’University of New Brunswick Library, Archives and Special Collections Dept., contiennent plusieurs remarques élogieuses à l’endroit de Carter. Une biographie apparaît dans Lawrence, Judges of New Brunswick (Stockton), 339–370. Voir aussi : Hannay, History of New Brunswick, II : 88, 94, et MacNutt, New Brunswick, 242, 342, 378s., 437.  [w. s. m.]

Bibliographie générale

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W. S. MacNutt, « CARTER, sir JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/carter_james_10F.html.

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Auteur de l'article:   W. S. MacNutt
Titre de l'article:   CARTER, sir JAMES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   30 octobre 2014