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CATHCART, CHARLES MURRAY, 2e comte CATHCART, officier et administrateur colonial, né le 21 décembre 1783 à Walton-on-thé-Naze, Angleterre, fils de William Schaw Cathcart, 10e baron Cathcart, et d’Elizabeth Elliot ; le 30 septembre 1818, il épousa Henrietta Mather, et ils eurent six enfants ; décédé le 16 juillet 1859 à St Leonards (comté d’East Sussex, Angleterre).

Charles Murray Cathcart perpétua une tradition familiale de service militaire qui remontait au moins au xvie siècle. En 1799, après des études à l’Eton Collège, il entra comme cornette et sous-lieutenant dans le 2nd Life Guards, dont son père était colonel. Il servit, surtout dans l’état-major, en Hollande cette année-là, dans le royaume de Naples (Italie) et en Sicile en 1805–1806, sous le commandement de son père au siège de Copenhague en 1807 et à Walcheren (Pays-Bas) en 1809. Après un bref accès de « fièvre de Walcheren », il rejoignit en 1810 l’armée de lord Wellington dans la péninsule Ibérique comme lieutenant-colonel et adjoint au quartier-maître général, et participa aux batailles de Barrosa, Salamanque et Vitoria. Il détint un poste semblable dans l’armée d’occupation en Hollande, sa participation à la lutte contre Napoléon Ier culminant en 1815 à la bataille de Waterloo, où trois de ses montures furent tuées sous lui. Il reçut plusieurs médailles et fut nommé compagnon de l’ordre du Bain en 1815.

Cathcart, à qui on donnait le titre de courtoisie de lord Greenock depuis que son père avait été élevé au rang de comte en 1814, continua après 1815 d’exercer des fonctions élevées en tant que quartier-maître général, tant dans son pays qu’à l’étranger. En 1823, il prit le commandement du Royal Staff Corps à Hythe (comté de Kent, Angleterre) : c’est là que certains aspects de son travail éveillèrent en lui une passion pour les sciences, la géologie et la minéralogie surtout, qui ne le quitta jamais. Le 22 juillet 1830, il fut promu major, général et s’installa dans une demi-retraite à Édimbourg, où il continua de s’intéresser aux sciences. Il assista à des conférences à l’université, présenta et publia des communications, devint un membre apprécié de la Highland Society of Scotland et fut créé fellow de la Royal Society of Edinburgh. Nommé ensuite gouverneur du château d’Édimbourg et commandant des forces armées en Écosse, il occupa ce poste de 1837 à 1842, ce qui lui permit de demeurer à Édimbourg. En 1840, près de Port Glasgow, il découvrit un nouveau minerai, un sulfure de cadmium, auquel on donna le nom de greenockite.

À la mi-juin 1845, Cathcart, qui avait été promu lieutenant général en 1841 et avait succédé à son père comme 2e comte Cathcart et baron Greenock en 1843, prit le commandement des forces armées de l’Amérique du Nord britannique. Son prédécesseur au poste de commandant en chef, sir Richard Downes Jackson*, mourut lors de son arrivée. Le danger d’une guerre contre les États-Unis au sujet des frontières de l’Oregon, danger que le gouvernement britannique jugeait sérieux, explique presque certainement la nomination de Cathcart. Il pouvait se libérer à brève échéance, n’occupant pas dans l’armée un poste à temps plein, et son dossier militaire était impeccable. Il fut accueilli le 17 juin 1845 à son quartier général de Montréal par une salve de 15 coups de canon et une garde d’honneur.

Un cancer douloureux ayant obligé le gouverneur en chef sir Charles Theophilus Metcalfe* à démissionner, Cathcart devint administrateur de la province du Canada le 26 novembre. Pendant cette phase critique des relations anglo-américaines, le gouvernement impérial jugeait avantageux de confier à une seule personne les plus grands pouvoirs exécutifs, qu’ils soient civils ou militaires. Les instructions destinées à Cathcart furent expédiées le 3 février 1846, et il devint officiellement gouverneur en chef le 24 avril. Il semblait avoir peu de chances de réussir. Réservé et peu porté à la conversation, il n’avait aucune expérience politique et ignorait les usages constitutionnels. Ses instructions, qui faisaient valoir la nécessité d’un climat harmonieux entre le pouvoir exécutif et l’Assemblée, et citaient en même temps Metcalfe comme un modèle remarquable, contenaient peu de conseils. Dans le discours du trône qu’il prononça le 20 mars 1846, au moment où il était encore administrateur, Cathcart louangea son prédécesseur avec chaleur et peut-être avec naïveté, ce qui consterna Robert Baldwin et quelques-uns de ses collègues plus extrémistes de l’Assemblée. James Johnston*, député conservateur de Carleton, exprima son mécontentement à la chambre devant ce retour à l’époque des gouverneurs militaires. Peu après, Londres dut réprimander Cathcart pour avoir commis l’erreur de correspondre indûment avec le président de la chambre d’Assemblée de l’Île-du-Prince-Édouard, Joseph Pope*, au sujet de pétitions à envoyer à Londres.

Cependant, le court mandat de Cathcart à titre de gouverneur en chef ne fut nullement marqué par la rancœur et la controverse qui avaient assombri la décennie précédente. Malgré des invitations de William Henry Draper* et de ses amis, Cathcart fut assez fin pour ne pas se mêler d’affaires politiques de routine. C’était un travailleur acharné et consciencieux qui ne reculait pas devant ses responsabilités constitutionnelles. « Il n’est certainement ni beau ni d’allure agréable », écrivait le registraire Richard Alexander Tucker*, mais il acquit rapidement une réputation d’« homme d’affaires attentif et intelligent, et d’homme politique honnête ».

Cathcart se préoccupa avant tout de la défense de la colonie. Il préconisa une nouvelle rédaction et une refonte des lois concernant la milice et signa la loi sûr la milice de 1846, première de ce genre à être adoptée dans la province du Canada [V. sir Étienne-Paschal Taché*]. Il parcourut plus de 2 000 milles pour inspecter les frontières et les ouvrages de défense de son territoire, et étudia des rapports comme celui que le capitaine Edward Boxer avait rédigé sur l’effectif naval des Grands Lacs. Nullement d’accord avec l’idée que toutes les terres situées au sud du Saint-Laurent devraient être abandonnées advenant une guerre avec les États-Unis, il était cruellement déçu que le gouvernement britannique n’ait pas semblé avoir conscience de l’urgence d’affecter plus de fonds, surtout à la construction de nouveaux ouvrages.

Aussitôt que le traité sur les frontières de l’Oregon fut signé, le 15, juin 1846, Cathcart devint moins indispensable. À la fin de juillet, le nouveau gouvernement de lord John Russell prit des mesures pour lui retirer le commandement de deux régiments et le remplacer par lord Elgin [Bruce*] au poste de gouverneur en chef. Cathcart n’était « qu’un soldat », dit plus tard lord Grey, secrétaire d’État aux Colonies ; il était « extrêmement dangereux » de le garder comme gouverneur en chef. Fait caractéristique, Cathcart eut moins de mal à accepter de perdre son poste que de voir son armée réduite. On lui demanda de demeurer commandant en chef, mais il refusa. Dès le début, il avait compris à quel point un soldat-gouverneur en chef était vulnérable et à quel point son mandat serait « très précaire ». Après avoir exercé les plus hautes fonctions, il refusait de revenir en arrière. Encore une fois, cette décision reflétait sa personnalité : il ne la prit pas dans son propre intérêt, mais dans celui du poste lui-même. Cathcart demeura gouverneur en chef jusqu’à l’arrivée de lord Elgin, le 30 janvier 1847, et commandant en chef jusqu’en mai. Elgin ne fit aucune louange de son prédécesseur dans son premier discours du trône.

De retour en Angleterre, Charles Murray Cathcart fut nommé commandant du district de Northern and Midland. Le 20 juin 1854, ayant reçu le grade de général, il quitta le service actif. Il tomba malade en 1858 et ne se remit pas. Il mourut dans son manoir du Sussex l’année suivante, peu après avoir reçu la grand-croix de l’ordre du Bain. La Royal Society of Edinburgh, à laquelle il était si attaché, publia un généreux hommage à l’endroit de cet homme qui avait mené une « vie longue et utile », marquée par la bienveillance, le dévouement et les réalisations.

O. A. Cooke et Norman Hillmer

AO, MS 78.— A PC, MG 24, A28 ; RG 7, G1, 109–115 ; G12, 64–65 ; G14, 17–18 ; RG 8, I (C sér.), 31 ; 35 ; 1194B.— Arch. privées, Alan Cathcart, 6e comte Cathcart (Londres), Cathcart papers.— Debates of the Legislative Assembly of United Canada (Abbott Gibbs et al.), 5–6.— Gentleman’s Magazine, juill.–déc. 1859 : 306–307.— A list of the officers of the army and Royal Marines on full, retired, and half-pay [...] (Londres, 1829).— J. C. Dent, The Canadian portrait gallery (4 vol., Toronto, 1880–1881), 4 : 166–167.— DNB.— Hart’s army list, 1841–1855.— Morgan, Sketches of celebrated Canadians, 448–457.— The Scots peerage, founded on Wood’s edition of Sir Robert Douglas’s peerage of Scotland […], J. B. Paul, édit. (9 vol., Édimbourg, 1904–1914).— [Charles] Neaves, « [Opening address] », Royal Soc. of Edinburgh, Proc. (Édimbourg), 4 (1857–1862) : 222–224.

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O. A. Cooke et Norman Hillmer, « CATHCART, CHARLES MURRAY, 2e comte CATHCART », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/cathcart_charles_murray_8F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   25 octobre 2014