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CHINIQUY, CHARLES (baptisé Charles-Paschal-Télesphore), prêtre catholique, ministre presbytérien et auteur, né le 30 juillet 1809 à Kamouraska, Bas-Canada, fils de Charles Cheniquy, étudiant en droit, et de Marie-Reine Perrault ; le 26 janvier 1864, il épousa Euphémie Allard, et ils eurent trois enfants ; décédé le 16 janvier 1899 à Montréal.

En 1818, Charles Chiniquy, dont les parents habitent La Malbaie, va terminer ses études primaires dans la paroisse Saint-Thomas (à Montmagny). Il a 12 ans quand son père qui, selon la tradition, buvait à l’excès meurt subitement. Son oncle, Amable Dionne*, le recueille à Kamouraska et, en 1822, l’envoie étudier au séminaire de Nicolet. Il se révèle un « excellent sujet » doué pour l’art oratoire et loué pour sa piété. Il prend la soutane en 1829 et, quatre ans plus tard, Mgr Joseph Signay* l’ordonne prêtre dans la cathédrale Notre-Dame de Québec.

Peu après, Chiniquy est nommé vicaire à Saint-Charles, près de Québec. En mai 1834, on le retrouve à Charlesbourg et, en septembre, dans la paroisse Saint-Roch, à Québec. Il exerce aussi les fonctions d’aumônier à l’hôpital de la Marine et des Émigrés, où il rencontre le docteur James Douglas* qui le renseigne sur les ravages de l’alcool, et oriente sa carrière vers la lutte en faveur de la tempérance. Son goût pour les gestes d’éclat, sa soif de plaire, sa tendance à faire étalage de ses vertus et à flatter l’autorité irritent ses confrères et inquiètent ses supérieurs. Certains voient en lui un intrigant.

Cette situation n’empêche pas l’archevêque de Québec, Mgr Signay, le 21 septembre 1838, de nommer Chiniquy curé de La Nativité-de-Notre-Dame, à Beauport, l’une des paroisses les plus importantes et prospères de la région de Québec. L’alcoolisme y est fort répandu et accapare toutes les énergies de Chiniquy qui a trouvé sa vocation : lutter contre les ravages de l’alcool. Au Bas-Canada, il n’est ni le premier ni le seul à le faire, mais il est certes l’élément le plus dynamique de l’équipe de la première heure formée, entre autres, de Patrick Phelan*, d’Édouard Quertier* et d’Alexis Mailloux*. Le 29 mars 1840, Chiniquy fonde une société de tempérance à laquelle adhèrent 1 300 paroissiens qui s’engagent à éviter l’intempérance, à ne pas boire de boissons fortes et à ne pas fréquenter les cabarets. En 1841, il va plus loin et propose la tempérance totale ; 812 paroissiens signent leur carte d’adhésion et portent sur eux une médaille de tempérance.

Chiniquy parcourt les paroisses environnantes, prêche dans l’église Notre-Dame à Montréal, le 24 octobre 1841, et dans la cathédrale Notre-Dame à Québec, le 24 juin 1842. Sa renommée s’étend. La construction d’une colonne de tempérance à Beauport, que vient bénir Charles-Auguste-Marie-Joseph de Forbin-Janson* en septembre 1841 devant environ 10 000 personnes, est une véritable apothéose. Comme ce prédicateur, Chiniquy utilise des procédés spectaculaires et puise dans un abondant répertoire d’exemples tragiques dans le but d’impressionner et de faire peur. Dans ses sermons, il décrit avec force détails, qui frôlent parfois la vulgarité, les ravages de l’alcool sur l’organisme et ses conséquences pour l’individu et sa famille ; au milieu des sanglots et des cris d’allégresse, il invite les paroissiens à s’avancer vers l’autel, à se repentir et à signer leur engagement de tempérance. Cette prédication produit un véritable retournement religieux dans Beauport.

Le 28 septembre 1842, Chiniquy devient adjoint du curé Jacques Varin de la paroisse Saint-Louis, à Kamouraska. Mgr Signay veut-il le rappeler à l’humilité ou fournir de l’aide à Varin qui est malade ? A-t-il eu vent de la mésaventure qui serait survenue entre Chiniquy et la ménagère du presbytère de Beauport ? Furieux, Chiniquy conteste cette décision auprès du secrétaire de Signay, orchestre les protestations d’un groupe de dames de Beauport, mais il doit se résigner.

Lorsque Varin meurt le 11 avril 1843, Chiniquy le remplace et devient curé en titre. Il travaille avec enthousiasme, s’occupe des écoles et prêche la tempérance dans sa paroisse et les environs. La publication à Québec en avril 1844 de son ouvrage intitulé Manuel ou Règlement de la société de tempérance dédié à la jeunesse canadienne, tiré à 4 000 exemplaires, en fait le théoricien officiel de la tempérance totale et le projette au premier plan. Admiré et adulé, Chiniquy est infatigable ; il prêche sans relâche.

En octobre 1846, Chiniquy annonce qu’il entre chez les oblats de Marie-Immaculée, en disant à ses paroissiens qu’il se sent appelé par Dieu dans cette voie. Plus tard, il va justifier son geste en soulignant qu’il ne pouvait prêcher la tempérance dans tout le pays en restant curé à Kamouraska ; les oblats, communauté vouée à la prédication, pouvaient lui fournir une armée de prédicateurs. Il arrive au noviciat à Longueuil après avoir prêché la tempérance tout le long de sa route ; partout, il a été acclamé. Toutefois, la vérité s’avère moins reluisante : Chiniquy est admis chez les oblats à la demande de l’archevêque de Québec afin d’y expier une faute. Pendant qu’il prêchait une retraite à Saint-Pascal, il avait poursuivi instamment une ménagère et on l’avait pris en flagrant délit.

Chiniquy s’accommode mal de la règle de la communauté. L’obéissance, la soumission totale et la solitude lui pèsent. Très vite, son activisme reprend le dessus : il critique, veut tout réformer. En particulier, il transmet un mémoire au supérieur général des oblats, Mgr Charles-Joseph-Eugène de Mazenod, dans lequel il déplore la nomination du père Joseph-Bruno Guigues* au siège épiscopal de Bytown (Ottawa). C’en est trop ; on lui montre la porte. En octobre 1847, il se retire chez son ami Louis-Moïse Brassard*, curé à Longueuil, où il va demeurer jusqu’en octobre 1851.

En janvier 1848, Chiniquy, croyant sans doute que la punition a assez duré, demande à Mgr Signay de réintégrer l’archidiocèse de Québec. Il se fait rabrouer de belle façon. Toutefois, l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget*, lui confie la prédication de la tempérance dans son diocèse. Sa croisade débute en 1848 pour se terminer à l’automne de 1851. Le 10 août 1849, les Mélanges religieux affirment qu’en 18 mois Chiniquy a donné plus de 500 sermons et suscité 200 000 conversions à la tempérance. En maintes occasions, il reçoit de magnifiques témoignages de reconnaissance : Mgr Bourget lui remet un crucifix en or qu’il a rapporté de Rome ; en 1848, les paroissiens de Longueuil lui présentent en grande pompe un portrait de sa personne réalisé par Théophile Hamel* ; en 1849, toujours à Longueuil, il reçoit une médaille d’or devant une foule de 9 000 personnes. On l’appelle « l’apôtre de la tempérance ».

Au faîte de la popularité, Chiniquy a la sensation de tourner en rond. Il se cherche de nouveaux défis. Il s’attaque alors au journal radical l’Avenir et, dans de rudes échanges, défend l’Église, la papauté et le droit du clergé d’intervenir dans les affaires publiques, condamne l’annexion aux États-Unis et s’interroge sur l’émigration vers ce pays ; à Pointe-aux-Trembles (Montréal), il croise le fer avec les protestants français, qu’on appelait les Suisses.

Mgr Bourget voue une profonde reconnaissance à Chiniquy. Avec beaucoup d’affection, il lui conseille de faire preuve de modération dans sa prédication, d’éviter la flatterie envers les puissants, toutes trivialités, vulgarités, personnalités et de se défier de l’amour-propre. Il lui suggère aussi de restreindre ses activités. C’est donc avec beaucoup de tristesse qu’à l’automne de 1851, pour des raisons semblables à celles qui ont expliqué ses départs de Beauport et de Kamouraska, Mgr Bourget l’invite à quitter son diocèse.

Les circonstances permettront à Chiniquy de partir la tête haute. En octobre 1851, l’évêque de Chicago, James Oliver Van de Velde, est de passage à Montréal, et Chiniquy lui propose ses services. Mgr Bourget lui facilite les choses en obtenant son exeat de l’archevêque de Québec, Mgr Pierre-Flavien Turgeon*. Bourget règle ainsi un cas difficile tout en offrant à Chiniquy l’occasion de prendre un nouveau départ. Ce dernier connaît les problèmes des Canadiens émigrés aux États-Unis. Sa croisade pour la tempérance l’avait conduit auprès d’eux. Exalté et passionné, il se voit déjà responsable d’une grande mission : diriger tous ces catholiques francophones. Toutefois, au Bas-Canada, les élites craignent que la popularité de Chiniquy et son enthousiasme à vanter l’Illinois stimulent l’exode, aggravent le dépeuplement des campagnes et détournent les colons des cantons.

Chiniquy s’installe à St Anne, dans l’Illinois. Son dynamisme et son charisme tout comme la construction de l’Illinois Central Railroad à Kankakee font en sorte que St Anne surclasse rapidement les communautés environnantes. Les paroissiens de Chiniquy, trop heureux de recréer sous sa gouverne un coin de la patrie perdue, donnent généreusement et bientôt s’élèvent une église, un presbytère et une école pour garçons. En mars 1856, après avoir rappelé qu’il est entouré de 10 000 Canadiens établis à l’ombre des croix qu’il a plantées, Chiniquy demande qu’on lui envoie d’autres prêtres canadiens puisqu’il est impossible de compter sur les évêques irlandais pour assurer le salut des émigrés. Ses confrères des paroisses environnantes, peu connus, moins dynamiques, l’envient, le critiquent et lui font mauvaise réputation auprès des évêques du Bas-Canada et de Chicago. Chiniquy riposte violemment, intrigue, médit.

Mgr Anthony O’Regan, qui s’était donné comme tâche de restaurer la discipline ecclésiastique dans le diocèse de Chicago, s’impatiente et rend Chiniquy responsable de la discorde. Il est aussi troublé par certaines rumeurs sur la conduite de celui-ci et ses démêlés avec un spéculateur foncier. En outre, il n’apprécie pas la volonté des Canadiens de faire bande à part et craint que cette situation n’éveille l’hostilité des xénophobes. Il semonce alors Chiniquy et décide de le muter, mais ce dernier riposte. Il ne veut pas bouger et entretient la rumeur selon laquelle l’évêque veut s’emparer de l’église et y nommer un prêtre irlandais, comme il a fait de l’église canadienne de Chicago. Le 19 août 1856, Mgr O’Regan, furieux de l’esprit d’insubordination de Chiniquy et de la publicité qui entoure tous ces événements, le suspend. Ce dernier supplie l’évêque de revenir sur sa décision, en appelle à ses compatriotes qui tous se rangent derrière lui et, en dépit de sa suspension, continue à dire la messe et à administrer les sacrements. Le 3 septembre, il est excommunié.

Au Bas-Canada, la presse ouvre alors toutes grandes ses pages à Chiniquy et à ses adversaires. Les évêques appréhendent les divisions et craignent que le schisme ne mette en péril la foi des émigrés. Ils insistent donc auprès de Chiniquy pour qu’il en appelle au supérieur de l’évêque et même au pape s’il se sent lésé, et ils invitent les paroissiens à ne pas le fréquenter. En novembre 1856, à la demande de l’évêque de Chicago, Mgr Bourget envoie à St Anne les abbés Isaac-Stanislas Lesieur-Désaulniers* et Louis-Moïse Brassard, amis de Chiniquy, pour l’inciter à se soumettre à l’autorité légitime et à réparer le scandale causé. Déjà le 9 août 1856, Chiniquy implorait Bourget de le laisser rentrer au pays afin de prêcher contre l’émigration. Il ajoutait qu’il pourrait être encore utile à la cause de la tempérance. Dans ses instructions du 17 novembre à Lesieur-Désaulniers et à Brassard, Bourget écrit que, si Chiniquy veut faire pénitence, il trouvera une place dans le diocèse de Montréal qui n’oublie pas tout le bien qu’il y a fait.

Les délégués de Bourget arrivent à St Anne à la fin de novembre et rencontrent Chiniquy. Celui-ci accepte d’écrire une lettre à Mgr O’Regan dans laquelle il reconnaît se soumettre à sa sentence, regrette que ses actions et écrits aient pu causer scandale et demande la levée des censures portées contre lui et ceux qui ont communiqué avec lui in sacris. Il cessera d’exercer son ministère et quittera St Anne dans trois semaines. Lesieur-Désaulniers crie au succès, mais il doit déchanter : Mgr O’Regan exige davantage et refuse l’acte de soumission. Il insiste pour que Chiniquy confesse publiquement avoir désobéi à l’autorité légitime et rétracte explicitement les diverses affirmations fausses et non fondées qu’il a faites et publiées dans les journaux. Il veut en outre que Chiniquy reconnaisse que son évêque a toujours agi envers lui avec la plus grande justice. Convaincu que Mgr O’Regan veut l’humilier, que ses amis du Bas-Canada l’ont piégé et trahi, Chiniquy entre dans une rage folle. Il maudit ces prêtres, nie avoir été suspendu et excommunié et en appelle à la population de St Anne. Une majorité l’appuie sans réserve.

Pendant qu’au Bas-Canada on fait connaître les véritables raisons qui ont amené le départ de Chiniquy et qu’on interdit la lecture de ses écrits mensongers, l’évêque O’Regan nomme Lesieur-Désaulniers curé de Bourbonnais et demande au moins deux autres prêtres canadiens. Il veut ainsi encercler Chiniquy et éloigner de lui la population. Cette stratégie connaît un certain succès mais ne règle nullement le problème. Mgr John Duggan, successeur de Mgr O’Regan, se rend à St Anne le 3 août 1858 et reconfirme officiellement l’excommunication de Chiniquy. Plutôt que de se soumettre, ce dernier quitte l’Église catholique et entraîne avec lui ses fidèles de St Anne et de diverses missions de l’Illinois.

À ce moment, raconte Chiniquy dans ses mémoires, il vit clairement que l’Église de Rome ne pouvait être l’Église de Jésus-Christ. Cette pensée le remplit d’effroi. Il comprit alors qu’il avait quitté pour toujours parents, amis, patrie, qu’il n’était plus pour eux qu’un apostat, un traître à combattre par tous les moyens. Où aller pour être sauvé ? Il ne comptait pas d’amis parmi les protestants qu’il avait toujours combattus. La vie lui apparut soudainement comme un fardeau et il aurait même songé à se suicider. Il eut alors une révélation : le salut est un don parfait et gratuit, un cadeau de Dieu qui ne demande en retour qu’amour et repentir. Il comprit que Dieu seul avait un droit absolu sur lui, qu’il ne devait obéissance ni au pape, ni aux évêques, ni à l’Église. « Je n’avais plus qu’un seul désir : c’était qu’il me fut permis de montrer ce don à mon peuple et de lui faire accepter. » C’est ainsi qu’il raconte sa conversion, récit qu’il enrichit, modifie au gré des circonstances et des auditoires. Il se convertit, c’est-à-dire qu’il s’accommode à ce qu’il avait toujours refusé mais qui lui semble maintenant inévitable.

Après avoir observé les différentes dénominations religieuses et s’être convaincu que l’union avec l’une des grandes familles protestantes valait mieux que l’isolement, Chiniquy décide de se rattacher à l’Église presbytérienne aux États-Unis qui compte plus de 2 000 fidèles. Reçu ministre presbytérien le 1er février 1860, il est invité, la même année, à prendre part en Europe aux fêtes du troisième centenaire de la Réforme, il se rend en Grande-Bretagne, en France, en Suisse et en Italie. Il en revient auréolé de prestige.

En juin 1862, pour des raisons mal connues mais qui tiennent apparemment à son manque d’ordre, à sa soif de briller et à sa manie de contester l’autorité, le consistoire de Chicago suspend Chiniquy puis le destitue de toutes ses fonctions de ministre. Le 11 juin 1863, après une enquête présidée par le ministre presbytérien Alexander Ferrie Kemp*, le synode de l’Église presbytérienne du Canada l’accepte comme ministre et sa congrégation de St Anne est admise au sein du synode. Ces événements ralentissent à peine les activités de Chiniquy. Toutefois, il cherche manifestement une mission à sa mesure. Sa dispersion en témoigne. En plus de s’occuper de St Anne, où il doit reconstruire la chapelle et l’école détruites par un incendie, il prêche ici et là, se rend à l’Île-du-Prince-Édouard, passe plusieurs mois à Montréal et publie de nombreux articles dans des journaux protestants. Dans le Home and Foreign Record (Toronto) de l’Église presbytérienne du Canada en particulier, il laisse entendre que la conversion des Canadiens français au protestantisme prend constamment de l’ampleur, qu’il espère consacrer les dernières années de sa vie à l’évangélisation du Canada, de l’Acadie et des États-Unis. Sa mission se précise.

La prédication de Chiniquy plaît à ses coreligionnaires. Il s’agit d’une charge à fond de train contre l’Église catholique, ses dogmes, ses sacrements, sa morale et ses pratiques de dévotion. Il formule des énormités contre le pape, les évêques et les prêtres. Puissant prédicateur, capable d’entraîner les foules, il paraît être l’homme tout désigné pour détourner de Rome la masse des Canadiens français. En 1873, le synode de l’Église presbytérienne du Canada décide de lui confier cette mission.

Durant les cinq années suivantes, Chiniquy mène une campagne sans relâche, prêche inlassablement les mêmes thèmes. On le retrouve dans les Maritimes, dans l’Ouest, en Nouvelle-Angleterre et surtout dans la province de Québec où il revient s’installer avec sa famille en janvier 1875. Il fait usage de procédés spectaculaires, cherche les gros effets, frôle la vulgarité. Même des protestants s’en indignent. Le 30 janvier 1876, à Montréal, il consacre des hosties, les brise en miettes et les foule aux pieds pour montrer que ce ne sont que des galettes inoffensives. En 1875, toujours à Montréal, il a fait paraître le Prêtre, la Femme et le Confessionnal où il traite de la confession auriculaire, son thème favori. Selon lui, le confessionnal n’est qu’« une école de perdition ». Les questions immorales et honteuses que pose le confesseur « initient les enfants à des mystères d’iniquité », suggèrent au prêtre de même qu’à ses pénitentes des pensées, des images et des tentations inexprimables. Le confessionnal permet au prêtre de connaître lesquelles de ses pénitentes sont fortes, lesquelles sont faibles.

Cette nouvelle croisade de Chiniquy aurait amené quelques milliers de personnes au Québec à « abandonner leurs erreurs » ; ailleurs, les résultats sont plus minces : à peine compte-t-on quelques dizaines de disciples de Chiniquy en Nouvelle-Angleterre. C’est peu mais plus que suffisant pour susciter l’inquiétude et la colère des catholiques canadiens-français. Partout où il passe, Chiniquy sème la fureur et provoque la violence. Le 19 mars 1875, Mgr Bourget publie une lettre pastorale contre lui.

En 1878, les médecins conseillent à Chiniquy un voyage de repos pour soigner ses poumons. Il passe deux ans à visiter l’Australie, la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande et à prêcher contre Rome. En 1880, on le retrouve à St Anne. Deux ans plus tard, il repart pour une tournée de conférences en Angleterre, mais son temps est essentiellement consacré à l’écriture et notamment à la rédaction de ses mémoires. Ils paraissent en deux volumes : Cinquante ans dans l’Église de Rome en 1885 à Montréal et Forty years in the Church of Christ à Toronto en 1900, après sa mort.

Les mémoires de Chiniquy, centrés sur le récit de sa conversion, s’adressent à deux auditoires différents. Aux protestants, il raconte comment, au milieu de la corruption et des erreurs de l’Église catholique, la lecture de la Bible, une vie irréprochable et la recherche de la vérité l’ont conduit vers eux et préparé l’itinéraire exemplaire du nouveau converti. La partie adressée aux catholiques est d’une rare violence. Manifestement, il veut en découdre avec ses amis d’hier. Le récit de chaque étape de sa vie lui fournit l’occasion d’attaquer l’Église de Rome, de montrer la vie dissolue que sont censés mener ses prêtres, de blasphémer contre, entre autres, les dogmes et les sacrements. Ses écrits connaissent un succès prodigieux. En 1892, des versions en neuf langues du premier volume circulent. En 1898, celui-ci en est rendu à 70 éditions. De partout dans le monde des évêques demandent des renseignements à leurs confrères de la province de Québec de façon à contrer l’influence des mémoires de Chiniquy.

Les remous que créent les écrits de Charles Chiniquy n’arrivent pas à troubler la sérénité de ses années de vieillesse qu’il passe au milieu des siens à Montréal, dans une enviable aisance. En bonne santé, il voyage, prêche ici et là, au Québec et à l’étranger. Sa mort toutefois ravive les passions. Le 16 janvier 1899, après une brève maladie, il meurt calmement. Quelques jours auparavant, il avait poliment refusé de rencontrer l’archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési*, prêt à tenter une ultime démarche pour le ramener dans le giron de l’Église catholique. Le 23 janvier, la Gazette de Montréal publie le testament religieux de Chiniquy rédigé peu de temps avant sa mort. Il s’agit d’un virulent réquisitoire contre l’Église de Rome où il reprend tous les thèmes qu’il avait prêchés comme ministre protestant, un dernier cri de rage montrant qu’il n’avait ni oublié ni pardonné la blessure de 1858.

Yves Roby

On trouve dans l’ouvrage de Marcel Trudel, Chiniquy (2e éd., [Trois-Rivières, Québec], 1955), une remarquable bibliographie où l’auteur présente de façon détaillée et critique les œuvres manuscrites et imprimées de Charles Chiniquy, les principaux fonds d’archives, les sources imprimées et les études consacrées au personnage et à son époque. Toutefois, l’auteur ne fait pas mention du fonds I.-S. Lesieur-Desaulniers conservé aux Arch. du séminaire de Saint-Hyacinthe (Saint-Hyacinthe, Québec), sous la cote A, Fg–9.  [y. r.]

ANQ-M, CE1-127, 16 janv. 1899.— ANQ-Q, CE3-3, 30 juill. 1809.— DOLQ, 1.— Gaston Carrière, Histoire documentaire de la Congrégation des missionnaires oblats de Marie-Immaculée dans l’Est du Canada (12 vol., Ottawa, 1957–1975), 10.— Claude Lessard, Le Séminaire de Nicolet, 1803–1969 (Trois-Rivières, 1980).— J. S. Moir, Enduring witness : a history of the Presbyterian Church in Canada ([Hamilton, Ontario, 1974]).— Gaston Carrière, « Une mission tragique aux Illinois ; Chiniquy et les oblats », RHAF, 8 (1954–1955) : 518–555.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Yves Roby, « CHINIQUY, CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/chiniquy_charles_12F.html.

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Auteur de l'article:   Yves Roby
Titre de l'article:   CHINIQUY, CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   2 septembre 2014