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Titre original :  Ward Chipman Sr

Provenance : Lien

CHIPMAN, WARD, avocat, fonctionnaire, juge de paix, homme politique, juge et administrateur colonial ; né le 30 juillet 1754 à Marblehead, Massachusetts, sixième enfant de John Chipman et d’Elizabeth Brown ; le 24 octobre 1786, il épousa Elizabeth Hazen, et ils eurent un enfant, Ward* ; décédé le 9 février 1824 à Fredericton, Nouveau-Brunswick.

Ward Chipman venait d’une famille distinguée du Massachusetts. Son père appartenait à la quatrième génération de Chipman vivant aux Etats-Unis et la famille de sa mère y était établie depuis cinq générations. Son grand-père paternel et son père avaient fréquenté le Harvard Collège et lui-même y commença ses études en 1766. À l’admission, les étudiants étaient classés selon leur condition sociale et, vu le prestige dont il jouissait, Chipman fut classé au septième rang parmi un groupe de 41 élèves. Jeune homme précoce et studieux, il se montrait déférent envers les autorités de l’établissement et, en 1769, il reçut un prix pour son application à l’étude. À la remise des diplômes en 1770, il fut choisi pour prononcer un discours qu’il livra, chose inhabituelle, en anglais et, pour sa maîtrise, il rédigea un exposé sur la question suivante : « An feuda talliata, juri naturali repugnet ? » En temps normal, à titre d’aîné des fils survivants, il aurait été assuré d’une carrière prometteuse au barreau, puisque son père était lui-même avocat et qu’il avait un cabinet intéressant, sinon extrêmement lucratif. Mais en 1768, John Chipman était mort en plaidant une cause à Falmouth Neck (Portland, Maine), ce qui avait fait de son fils « le protecteur et l’espoir » de sa mère, de ses quatre sœurs et de son jeune frère. John Chipman lui ayant légué un petit domaine mais peu de capital, ses « perspectives d’avenir étaient alors vraiment sombres ». Par bonheur, John Chipman avait été populaire parmi ses confrères, de sorte que Jonathan Sewell, procureur général du Massachusetts et avocat général de la Cour de vice-amirauté à Boston, sollicita des contributions à un prêt sans intérêt pour permettre à Ward Chipman de terminer ses études à Harvard.

Chipman enseigna à Boston en 1770 et à Roxbury (Boston) en 1771, puis il entreprit des études de droit sous la tutelle de Sewell et au cabinet de Daniel Leonard. Souvent, les clercs ne bénéficiaient que d’une orientation ou d’une formation médiocres, mais Chipman se vit inculquer toutes les bases de la procédure complexe de l’époque et put dévorer les livres de la bibliothèque de Sewell, exceptionnellement bien garnie. Il habitait chez Sewell, à Cambridge, et enseignait le latin à ses enfants. En 1775, il commença à pratiquer à la Cour de vice-amirauté et obtint grâce à Sewell un poste de clerc auprès du solicitor du bureau des douanes de Boston. Nanti d’un revenu annuel de £400 et de la protection de Sewell, Chipman avait grande confiance de se hisser « jusqu’aux situations les plus lucratives et les plus honorables » qu’offrait le Massachusetts.

La Révolution américaine porta un dur coup aux espoirs de Chipman. Même si nombre de ses confrères du barreau de la colonie soutenaient la cause des patriotes ou adoptaient à tout le moins une position ambiguë, la loyauté de Chipman ne souleva jamais de doutes sérieux. Héritier impécunieux d’une famille qui se situait dans la frange de l’élite du Massachusetts, il ne possédait pas de grand domaine et n’avait pas non plus assez de capital pour se lancer en affaires ; il devait donc compter sur sa profession et attendait de la couronne un avancement rapide. En outre, son mentor, Jonathan Sewell, pour qui il éprouvait « un attachement [...] aussi fort et réel que celui qui découle des liens d’affection naturelle », était dévoué à la cause loyaliste, et Chipman suivait nécessairement son exemple. En septembre 1774, la maison de Sewell à Cambridge avait été prise d’assaut par une « bande d’émeutiers » ; Chipman avait aidé à la défendre, puis il s’était réfugié à Boston avec la famille Sewell. Tout en s’y constituant une clientèle, au début de 1775, il aida Daniel Leonard à préparer une série de tracts antirévolutionnaires que celui-ci publia sous le pseudonyme de Massachusettensis. Il demeura à Boston après que les Sewell furent partis pour l’Angleterre, la même année. Le 14 octobre 1775, il signa une adresse de loyauté à l’intention du gouverneur Thomas Gage* et quand Boston fut évacué, en mars 1776, il accompagna l’armée britannique à Halifax, puis à Londres, où la demeure des Sewell était devenue le principal lieu de réunion d’un nombre croissant de réfugiés de la Nouvelle-Angleterre. Chipman participa aux activités d’un club formé des loyalistes les plus en vue de la Nouvelle-Angleterre et fit partie des quelques privilégiés qui purent rencontrer Thomas Hutchinson, ex-gouverneur du Massachusetts. Néanmoins, l’exil ne lui plaisait pas. Avant de quitter le Massachusetts, il avait transféré à sa mère et à ses sœurs la propriété dont il avait hérité, afin d’en empêcher la confiscation ; malgré la protection de Sewell et l’amitié de John Wentworth*, ancien gouverneur du New Hampshire, il n’avait pas réussi à se trouver une place de fonctionnaire et il commençait à s’endetter lourdement. C’est pourquoi, à l’été de 1777, il accepta avec empressement un poste de second plan à New York, celui d’adjoint au chef général de rassemblement des troupes loyalistes, Edward Winslow*.

Chipman s’installa dans ses nouvelles fonctions en juillet 1777. Comme Winslow s’absentait fréquemment pendant de longues périodes, Chipman fut chargé de préparer les feuilles d’appel des régiments loyalistes cantonnés dans la ville et aux alentours. Même s’il ne touchait au début que 5s par jour, ses responsabilités continuèrent à s’étendre et son salaire passa à 10s. De plus, il fut admis au barreau de New York et obtint la permission de se lancer dans la pratique privée. Lors de sa première apparition en cour, il impressionna tellement son employeur, Samuel Jones, grand avocat de l’île Long, que ce dernier en fit son associé. À cause de la guerre, les poursuites devant la Cour de vice-amirauté se multipliaient et Chipman recevait « d’importants honoraires [...] pour un travail très peu fatigant ». En avril 1779, il fut nommé greffier de la Cour de vice-amirauté du Rhode Island ; il était aussi officier payeur d’au moins deux régiments provinciaux. Son revenu atteignait presque £500 par an et son train de vie était extravagant. Malgré des périodes d’insécurité, il avait confiance qu’« une cause aussi juste que celle du gouvernement [allait] nécessairement finir par triompher » et, entre-temps, il était « décidé à profiter autant que possible des sources de bonheur » existantes.

Comme bien des loyalistes, Chipman voyait d’un oeil de plus en plus critique la manière dont les Britanniques faisaient la guerre, et il fut accablé par les conditions du traité de paix ratifié à la fin de 1782. Pendant un temps, il envisagea de « demeurer tranquillement dans la ville pour y exercer [sa] profession », mais il apprit bientôt que les loyalistes n’auraient pas accès au barreau de l’état de New York. En 1783, son poste d’adjoint au chef général de rassemblement fut aboli, mais il se vit octroyer une pension militaire de £91 par an et, en mai, sir Guy Carleton* le nomma au nombre des commissaires chargés d’enregistrer les réclamations concernant l’approvisionnement de l’armée britannique. Même si ce poste n’était pas rémunéré, Chipman espérait en l’occupant « jeter les bases de quelque demande future au gouvernement » ; en même temps, il décidait de se ménager un « asile » en Nouvelle-Écosse en devenant « un aussi grand propriétaire [qu’il aurait] le droit de l’être ». En juillet, il signa avec 54 autres loyalistes une pétition dans laquelle ils demandaient chacun une concession de 5 000 acres en Nouvelle-Écosse. La pétition des 55 ayant soulevé une tempête de protestations dans le reste de la communauté loyaliste, Chipman retira son nom, mais il demanda à Edward Winslow de lui trouver un lot intéressant à l’embouchure de la rivière Saint-Jean. À l’automne de 1783, Chipman fit une visite d’adieux à ses parents du Massachusetts, qu’il n’avait pas vus depuis neuf ans ; après avoir retardé son départ « jusqu’à la dernière embarcation », il partit en décembre pour Halifax, puis pour Londres.

Chipman arriva en Angleterre avec des lettres d’introduction de sir Guy Carleton. Il avait compté plusieurs relations importantes dans le gouvernement de coalition de Charles James Fox et de lord North, mais ce cabinet s’était effondré en décembre et Chipman avait peu d’influence auprès du nouveau, dirigé par William Pitt. En mars 1784, il soumit aux commissaires chargés des réclamations des loyalistes un mémoire dans lequel il demandait d’être indemnisé pour les £400 qu’il avait perdues pendant chacune des années où il n’avait pu « exercer sa profession ». Sa demande fut finalement rejetée parce qu’il ne « bénéfici[ait] pas déjà » de ce revenu « au commencement des troubles ». De plus, il travailla assidûment, mais en vain, pour la démotion de John Parr*, gouverneur de la Nouvelle-Écosse, qui voyait avec un mépris mal déguisé le fait que les loyalistes exigeaient un traitement préférentiel dans la répartition des postes et des terres. Même si les économies de Chipman s’épuisaient rapidement et qu’il envisageait de rentrer à Halifax pour pratiquer le droit, il persévéra dans sa quête d’un emploi de fonctionnaire en Nouvelle-Écosse et se joignit aux agitateurs qui réclamaient la division de la province.

Dans une certaine mesure, le mouvement de division était la résultante inévitable et naturelle de l’établissement de plus de 15 000 loyalistes au nord de la baie de Fundy, et surtout le long de la rivière Saint-Jean, ainsi que de leur mécontentement croissant à l’égard du gouvernement de la Nouvelle-Écosse. Mais trois hommes, en contribuant particulièrement à l’organisation d’un lobby, aidèrent ce mouvement. Edward Winslow en était le fer de lance en Nouvelle-Écosse, le général de brigade Henry Edward Fox, frère de Charles James Fox, se plaça à la tête du lobby en Grande-Bretagne, tandis que Ward Chipman conseillait Fox et coordonnait les activités des loyalistes à Londres et en Nouvelle-Écosse. En mars 1784, le comité de commerce du Conseil privé approuva la division de la province ; en juin, le gouvernement Pitt, qui cherchait un moyen économique de trouver de l’emploi au plus grand nombre possible de demandeurs loyalistes, accepta la création du Nouveau-Brunswick. D’un trait de plume, une myriade de nouveaux postes furent créés. Ironiquement, malgré la part active qu’il avait prise à l’agitation, Chipman fut déçu de la répartition des récompenses. Il avait aspiré à devenir procureur général du nouveau gouvernement, mais sir William Pepperrell, leader des émigrants de la Nouvelle-Angleterre venus s’établir à Londres, obtint ce poste pour Sampson Salter Blowers* et, celui-ci l’ayant refusé, pour Jonathan Bliss. En grande partie grâce à l’influence de sir Guy Carleton, Chipman se vit confier le poste moins intéressant, et impayé, de solliciteur général. En août 1784, il reçut son mandat et, le mois suivant, « profondément dégoûté » de l’Angleterre, il s’embarqua avec Thomas Carleton*, qui venait d’être nommé gouverneur du Nouveau-Brunswick, pour la « Terre promise, la nouvelle Canaan ».

Même si le poste de Chipman au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick était relativement modeste, le gouverneur Carleton lui demanda souvent des avis juridiques. Ce fut particulièrement le cas de novembre 1784 à mai 1785, puisqu’il exerça les fonctions de procureur général intérimaire jusqu’à l’arrivée de Jonathan Bliss. Chipman dut entre autres rédiger une charte pour la ville située à l’embouchure de la rivière Saint-Jean qui, sur son conseil, fut baptisée « St John » plutôt que St John’s. Il prit comme modèle la charte de New York, qui permettait l’élection d’échevins mais donnait à la couronne le pouvoir de nommer les fonctionnaires municipaux ; en 1785, il fut nommé dans la charte premier recorder de la ville, poste qu’il conserva jusqu’en 1809. À ce titre, il était automatiquement juge de paix du comté de Saint-Jean et présidait avec le maire la Cour des sessions générales de la paix et la Cour inférieure des plaids communs ou Cour du maire. En 1786, Chipman aida Edward Winslow à rédiger le code des lois de la province et à établir les règles de procédure des jurys d’accusation et des tribunaux inférieurs. Quand la Cour suprême commença à siéger en 1785, Chipman devint greffier de la couronne attaché aux tribunaux itinérants ; en outre, pendant un quart de siècle, il devait agir à titre de procureur de la couronne lors de la plupart des poursuites criminelles importantes. Comme les personnes accusées de crime capital n’avaient pas droit à un avocat, il gagna presque tous ses procès. Lorsque la Cour de vice-amirauté fut créée en 1785, Chipman devint aussi avocat général ; c’est lui qui y entamait presque toutes les poursuites, malgré les objections du procureur général, qui contesta en vain son pouvoir de le faire. Même si, au début, aucun des nombreux postes de Chipman ne lui donnait droit à un salaire, ils lui rapportaient des honoraires et accroissaient son importance et son prestige en cour.

Chipman fit partie des neufs avocats qui fondèrent le barreau du Nouveau-Brunswick en février 1785 et, en mai, il ouvrit un cabinet à Saint-Jean. Comme les avocats participaient rarement aux procès intentés au criminel, sauf à titre de procureurs de la couronne, ils tiraient la plus grande partie de leurs revenus des différends suscités par des titres fonciers ou des sommes d’argent, de la rédaction d’actes et de testaments ainsi que des cas concernant des atteintes réelles ou supposées à la réputation. Grâce à ses nombreuses relations parmi les membres les mieux nantis de la société coloniale, qui seuls pouvaient se permettre de payer les lourds frais juridiques de ces démarches, Chipman ne manqua pas de s’attirer une large part de la clientèle de Saint-Jean, surtout parmi la communauté des marchands. Étant donné la hâte avec laquelle la province avait été colonisée, les différends fonciers étaient remarquablement fréquents en ces premières années de son existence ; Chipman fut donc mandataire de plusieurs loyalistes, surtout après avoir défendu avec succès le juge Isaac Allan dans une action en revendication de biens entamée par la famille de Bryan Finucane, ancien juge en chef de la Nouvelle-Écosse, au sujet de la propriété de l’île Sugar, dans la rivière Saint-Jean, à huit milles en amont de Fredericton. Un des plus célèbres clients de Chipman fut Benedict Arnold*, qu’il défendit, avec Jonathan Bliss, lors du premier procès en diffamation verbale tenu au Nouveau-Brunswick. Chipman fit aussi office d’agent foncier et joua le rôle d’agent de recouvrement pour des marchands comme Gideon White, de la Nouvelle-Écosse ; il recrutait des clients aussi loin qu’à Boston et dans le New Jersey.

À cause de la réputation professionnelle de Chipman, son cabinet devint une Mecque pour les étudiants. En tout, il en prépara 13 à entrer au barreau. Le premier, Jonathan Sewell* fils, devint juge en chef du Bas-Canada et le dernier, Ward Chipman fils, juge en chef du Nouveau-Brunswick. Au nombre des autres, plusieurs, dont Stephen Sewell, William Botsford*, Charles Jeffery Peters*, Thomas Wetmore et William Franklin Odell*, firent dans le droit des carrières remarquées. D’après les normes de l’époque, les clercs de Chipman recevaient une formation rigoureuse. Sa bibliothèque était l’une des plus complètes du Nouveau-Brunswick ; il la légua d’ailleurs à son fils, qui continua la tradition familiale en préparant neuf étudiants pour le barreau. Pendant près d’un demi-siècle, les étudiants formés par les Chipman dominèrent le groupe des juges et des avocats du Nouveau-Brunswick, et c’est en partie grâce à l’influence de ces deux hommes que la colonie eut l’un des barreaux les mieux qualifiés de l’Amérique du Nord britannique.

Mais l’influence de Chipman n’était pas que bénéfique. Il envisageait le droit d’une manière extrêmement conformiste et ses étudiants, son fils surtout, héritèrent de cette vision. Ils furent peu influencés par les mouvements de réforme du droit qui existaient à l’époque. Au Massachusetts, le système compliqué et désuet de défense fondé sur la common law fut balayé après la révolution, mais ces changements ne suscitèrent aucune réaction au Nouveau-Brunswick, pourtant si proche. Même le mouvement britannique en faveur d’une réforme du Code criminel y trouva peu d’échos. À titre de procureur de la couronne, puis de juge, Chipman défendit avec vigueur le code existant, qui prescrivait la peine de mort pour une gamme incroyable de crimes. La seule réforme que Chipman soutint fut une révision de la loi sur les débiteurs. Étant donné la pénurie de capital qui affligeait la colonie, il estimait contre-productif d’emprisonner les débiteurs – ceux qui étaient respectables du moins – et, en 1807, il parraina un projet qui modifia la loi. Il ne recommanda cependant jamais l’abolition de celle-ci car, comme la plupart de ses contemporains, il était déterminé à protéger les droits de la classe possédante. Dans l’ensemble, Chipman était attaché, presque enchaîné même, aux précédents et modèles anglais et il rejetait comme « assez fantaisiste » l’idée qu’il pourrait y avoir « dans les colonies une common law [...] incompatible avec la common law d’Angleterre ». Pourtant, il n’était pas toujours cohérent lorsqu’il s’agissait d’appliquer les lois anglaises dans la colonie. Ainsi il appuya fortement la décision d’adopter 1660 comme date de « réception » du droit écrit anglais au Nouveau-Brunswick parce que le choix de cette date, en empêchant d’appliquer dans la colonie des lois subséquentes qui auraient limité le pouvoir de la monarchie, donnait à la couronne plus de pouvoir au Nouveau-Brunswick qu’elle n’en avait en Grande-Bretagne. De plus, lorsqu’il défendit en 1805 le droit d’accès exclusif des propriétaires terriens de Saint-Jean aux territoires de pêche adjacents à leurs domaines, Chipman déclara qu’il était « absurde d’appliquer les articles désuets de la Grande Charte et les principes de la common law au pays, puisque le peuplement s’y fai[sait] selon des normes et des pratiques qui leur [étaient] diamétralement opposés ». Comme l’un des plus grands propriétaires terriens était William Hazen*, son beau-père, son incohérence était compréhensible dans ce cas.

Le système judiciaire, aussi traditionaliste que dur, n’était pas populaire dans la colonie, et Chipman contribua à son impopularité en insistant sur l’utilisation d’une échelle d’honoraires excessivement élevée. En 1787, le juge en chef George Duncan Ludlow* coupa de près de la moitié les honoraires que Chipman recevait à titre de greffier. En 1802, Chipman tenta de faire désavouer une loi de l’Assemblée qui interdisait aux attorneys d’accepter des honoraires pour les procès où la somme en litige était inférieure à £5. Dans les deux cas, Chipman défendit les honoraires existants en disant qu’ils étaient essentiels au maintien d’un barreau « respectable ». En réalité, comme le reconnaissait Ludlow, le taux élevé des honoraires rendait le système judiciaire accessible seulement à un faible pourcentage de la population et limitait le nombre de clients potentiels. Ainsi les gens de robe devaient se livrer une concurrence farouche, que Chipman trouvait « particulièrement déplaisante » et qui expliquait en partie les nombreux duels opposant certains membres du barreau [V. George Ludlow Wetmore]. En mettant l’accent sur la respectabilité, on s’assurait aussi que la profession juridique était une communauté fermée, accessible seulement aux enfants de personnes riches et bien placées. Tous les étudiants de Chipman étaient fils d’éminents loyalistes et, comme aucun de ceux qui furent formés dans son cabinet ne manqua d’être admis à la Cour suprême comme attorney, on peut présumer que, pour devenir avocat, il importait plus d’être bien né que d’être talentueux. Chipman n’était pas le seul à défendre un système judiciaire assez peu sensible à l’opinion publique et une profession très peu représentative de l’ensemble de la société, mais il était l’un des critiques les plus virulents et les plus influents de toute réforme.

Il ne faut pas conclure pour autant que Chipman était incapable d’altruisme. Très tôt et pendant longtemps, il s’opposa à l’esclavage. En 1800, il défendit gratuitement une Noire, Nancy (Ami), lors d’un procès type qui devait déterminer la légalité de l’esclavage au Nouveau-Brunswick. Presque tout l’establishment des avocats et juges loyalistes était favorable à l’esclavage, et Chipman croisa le fer en cour avec Jonathan Bliss, Thomas Wetmore, John Murray Bliss, Charles Jeffery Peters et William Botsford ; son unique appui lui venait de Samuel Denny Street, qui était en quelque sorte un marginal. Après avoir examiné à fond la législation de la Nouvelle-Écosse, Chipman se rendit compte que sa position était faible, mais il « évita soigneusement de mentionner » la loi qui la minait et rédigea un exposé de 80 pages qui convainquit deux des quatre juges de la Cour suprême que l’esclavage était illégal au Nouveau-Brunswick. Comme le tribunal était divisé, aucun jugement ne fut prononcé et Nancy fut rendue à son maître, Caleb Jones*. Néanmoins, Chipman avait soulevé autour de la légalité de l’esclavage une incertitude persistante qui contribua à faire baisser la valeur des esclaves et à les faire graduellement disparaître. Quand plusieurs centaines de réfugiés noirs venus du sud des États-Unis furent admis au Nouveau-Brunswick après la guerre de 1812, Chipman se fit leur défenseur. En 1816, il obtint que des permis d’occupation soient délivrés aux réfugiés de la région de Loch Lomond, à une douzaine de milles de Saint-Jean, et insista en vain pour que le gouvernement absorbe les frais d’arpentage des terres où les Noirs allaient s’installer. Cependant, cet incident révèle autant les limites que la sincérité de l’humanitarisme de Chipman. Il recommanda en effet que les Noirs obtiennent des lots de 50 acres et non des lots de 200 acres, comme en recevaient d’ordinaire les colons blancs. En organisant leur installation selon ces modalités, il créa finalement une sous-culture de pauvreté et un réservoir de main-d’ œuvre à rabais pour l’élite de Saint-Jean.

On retrouve le même mélange d’intentions charitables et d’ethnocentrisme dans l’attitude de Chipman envers les autochtones du Nouveau-Brunswick. En 1786, il fut procureur de la couronne lors d’un célèbre procès au terme duquel deux anciens soldats furent trouvés coupables du meurtre d’un Indien, ce qui montrait que les crimes commis contre des autochtones ne demeureraient pas impunis [ V. Pierre Benoît*]. En 1795, après que la New England Company, société philanthropique établie à Londres et vouée à « civiliser » les Indiens, eut étendu ses activités au Nouveau-Brunswick, Chipman fut nommé au bureau des commissaires et participa activement à ses délibérations. En 1802, il se trouva parmi les quelques commissaires dissidents qui exprimèrent leur mécontentement devant la lenteur du programme d’assimilation de la société, même s’il ne se joignit pas aux autres lorsqu’ils remirent leur démission, en 1803. Après la reconstitution du bureau en 1806, Chipman occupa les fonctions de secrétaire-trésorier, pour lesquelles il recevait un salaire annuel de £50, et il appuya la nouvelle orientation adoptée par la société en 1807, qui consistait à tenter de séparer les enfants indiens de leurs parents. On ne peut guère taxer Chipman d’insensibilité pour avoir souscrit à cette orientation, car elle reflétait les attitudes de l’époque ; cependant, on est en droit de lui reprocher d’avoir fermé les yeux sur l’incompétence et la rapacité d’Oliver Arnold, ministre anglican responsable de l’école de la New England Company à Sussex Vale (Sussex Corner), et sur les manquements de John Coffin*, surintendant du programme d’apprentissage, qui n’exerçait à peu près aucune surveillance sur les Blancs chez qui les, jeunes Indiens étaient placés comme apprentis. À long terme, les principaux bénéficiaires des activités de la société furent Chipman et ses collègues qui, comme l’a fait remarquer une historienne moderne, considéraient « les fonds de la compagnie comme une autre source d’indemnités pour les pertes » qu’ils avaient subies en tant que loyalistes. Chipman désirait vivement accélérer le rythme de l’assimilation, mais il ne semble jamais avoir pris au sérieux le fait que la société souhaitait donner aux Indiens des rudiments d’éducation européenne et de les faire bénéficier des lumières de la religion protestante.

Il n’est guère étonnant que Chipman n’ait pas souscrit davantage aux objectifs religieux de la New England Company, qui cessa d’ailleurs ses activités en 1826. Membre de l’Église d’Angleterre, il n’était pourtant pas dévôt. Il est vrai que, à titre de solliciteur général, il prépara le projet de loi qui constitua l’église Trinity de Saint-Jean en 1789 et qu’il fut pendant nombre d’années membre du conseil paroissial ; en outre, vers la fin de sa vie, il accepta, en échange de bancs pour lui et sa famille, de donner à la paroisse le terrain sur lequel serait construite une nouvelle église. Il appuya aussi la loi de 1786 qui établissait l’Église d’Angleterre au Nouveau-Brunswick et il s’opposa aux projets de loi présentés presque à chaque session en vue d’autoriser les ministres non conformistes à célébrer des mariages. En 1822, il déclara que « les intérêts de l’Église [étaient] chaque jour mieux protégés ». En réalité toutefois, comme la plupart de ses contemporains selon un historien d’aujourd’hui, il acceptait « l’efficacité limitée de l’Église anglicane avec une curieuse indifférence ». Il était disposé à ce que toutes les sectes protestantes reçoivent les faveurs du gouvernement et à ce que les ministres non conformistes les plus respectables soient nommés juges de paix, donc qu’ils aient le droit de célébrer des mariages civils. De même, sur les questions éducatives, il se montrait modéré. Il fut l’un des administrateurs de la grammar school de Saint-Jean et, après 1820, il siégea au conseil d’administration des écoles de Madras qui, dirigées par l’Église d’Angleterre, étaient néanmoins ouvertes aux enfants des non-conformistes. Mais il n’était pas aussi ambivalent lorsqu’il s’agissait des établissements d’enseignement supérieur. En 1785, il signa la première pétition en vue d’obtenir la reconnaissance juridique d’un collège dans la province et, en 1786, il aida le procureur général Bliss à en rédiger la charte, qui s’inspirait de celle du Columbia College de New York et restreignait effectivement l’admission aux membres de l’Église anglicane. Après 1800, il siégea au conseil d’administration du College of New Brunswick et aida l’établissement à mener des campagnes de sollicitation en Grande-Bretagne. De toute évidence, Chipman n’était pas prêt à faire des compromis lorsque les intérêts de la classe privilégiée, à laquelle il appartenait, semblaient en jeu.

Néanmoins, Chipman était plus tolérant envers les non-conformistes que les membres de la gentry loyaliste de Fredericton. Cette sympathie provenait en partie de ce qu’il avait épousé, le 24 octobre 1786, Elizabeth Hazen, fille d’une grande famille non anglicane. À aucun moment il ne regretta sa décision. En 1793, il écrivait à un ami : « Je n’avais jamais su ce qu’était le vrai bonheur jusqu’à ce que je sois marié. » En outre, son union avec Elizabeth Hazen lui apportait plusieurs avantages tangibles. Le père de celle-ci, qui était un des fondateurs de la Simonds, Hazen and White (société qui s’était établie à l’embouchure de la rivière Saint-Jean avant la révolution), siégeait au Conseil du Nouveau-Brunswick, était un marchand prospère et influent et possédait de grandes et riches terres dans Saint-Jean et aux alentours. Chipman devint le conseiller juridique de Hazen et acquit peu à peu une part substantielle de ses terres, qu’il légua en temps utile à Ward Chipman fils, né le 10 juillet 1787.

En se mariant, Chipman consolida sa position au sein de l’élite. Contrairement à ce qui se passa à Fredericton, la distinction entre loyalistes et non-loyalistes s’estompa rapidement à Saint-Jean en raison des mariages mixtes et, grâce à son alliance avec les Hazen, Chipman se trouva lié à un réseau de familles très influentes dans la colonie, dont les Murray et les Botsford. Ses antécédents loyalistes étant bien sûr impeccables, il demeura en bons termes avec des figures clés de l’élite de Fredericton, Edward Winslow surtout. Mais il était en même temps prêt à se dissocier d’eux lorsqu’il s’agissait de savoir par exemple où la Cour suprême devait siéger et si l’esclavage devait être maintenu au Nouveau-Brunswick. En fait, sur cette dernière question, il se trouva à collaborer avec Samuel Denny Street, la bête noire de l’establishment de Fredericton. Pourtant, lorsque Chipman fut nommé au Conseil du Nouveau-Brunswick, le secrétaire de la province, Jonathan Odell*, déclara que cette « nomination ne [pouvait] manquer d’être considérée par tous les membres du conseil comme une acquisition très précieuse pour cet organisme et pour la population ».

L’aptitude de Chipman à entretenir de bonnes relations avec les différentes factions de l’élite du Nouveau-Brunswick s’expliquait en partie par son charme immense. Il pouvait travailler avec ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui politiquement et il ne laissait pas les déceptions professionnelles détruire ses amitiés personnelles. Lorsque Winslow, plutôt que lui, fut nommé juge, Chipman accepta la décision avec philosophie et, après la mort de celui-ci, il contribua généreusement à un fonds destiné à ses trois filles célibataires, restées pour ainsi dire sans ressources. Contrairement à Jonathan Bliss, qui avait été un de ses amis intimes mais fut si déçu de la vie dans les régions éloignées du Nouveau-Brunswick qu’il s’enferma dans une semi-réclusion, Chipman était reconnu pour son hospitalité. Après son mariage, il se fit construire une des maisons les plus impressionnantes de Saint-Jean. Décorée de papier peint anglais et meublée avec luxe, elle devint, selon les mots d’un historien, « le centre mondain de la ville pendant un siècle ». Le prince Edward* Augustus habita chez les Chipman quand il vint à Saint-Jean en 1794. Au fil du temps, Chipman agrandit son domaine et aménagea un jardin élaboré et une ferme florissante. Il prenait au sérieux son rôle de gentleman-farmer : il importait des graines, faisait des expériences sur les récoltes et était connu pour ses « délicieuses pommes de terre », qu’il vendait en Nouvelle-Angleterre. Le 7 octobre 1818, il fut fait membre honoraire de la Massachusetts Society for Promoting Agriculture.

Désireux de mener au Nouveau-Brunswick l’existence d’un gentleman de la campagne anglaise, Chipman n’était pourtant pas du tout opposé au commerce. Il ne pouvait pas se permettre de l’être. Non seulement était-il lié à la plus importante famille marchande de Saint-Jean, mais il tirait sa subsistance du revenu généré par son cabinet d’avocat, et les marchands de Saint-Jean formaient dans la ville le seul groupe assez riche pour faire appel à ses services. En fait, comme l’argent investi dans le secteur foncier rapportait peu et qu’il devait diversifier ses avoirs, Chipman se lança lui-même dans le commerce. Au cours des années 1780, il fit de gros investissements dans un moulin à farine qui prospéra pendant un temps. De 1808 à 1820, à titre de membre du comité de correspondance, établi en vue de maintenir des liens avec les représentants du Nouveau-Brunswick à Londres, il participa à une campagne qui résulta en des modifications, très avantageuses pour la communauté marchande de Saint-Jean, des lois sur la navigation. Pendant les années 1820, il aida à organiser la Bank of New Brunswick et fut l’un des premiers et des plus ardents promoteurs du creusage d’un canal entre la baie de Fundy et la baie Verte.

En dépit de sa position sociale et de l’enthousiasme avec lequel il défendait les intérêts commerciaux de Saint-Jean, Chipman n’était pas populaire auprès des citoyens ordinaires. Aux élections législatives de 1785, il s’inscrivit sur une liste de six candidats progouvernementaux qui se présentaient dans Saint-Jean. La liste comprenait exclusivement des loyalistes en vue qui avaient obtenu des concessions foncières de choix dans le quartier d’Upper Cove. Quant à la liste concurrente, elle regroupait des candidats issus du quartier de Lower Cove qui dénonçaient le favoritisme pratiqué à l’endroit de l’élite, rappelaient le souvenir amer de la pétition des 55 et pressaient l’électorat de rejeter des fonctionnaires comme Chipman et Jonathan Bliss. Les candidats de Lower Cove étaient à peu près assurés de la victoire jusqu’à ce qu’une bataille éclate entre des partisans des deux factions. Le shérif, William Sanford Oliver, mit fin au scrutin pendant un certain temps, arrêta plusieurs partisans des candidats de Lower Cove, et même l’un de ces candidats, puis fit appel aux militaires. Lors d’une vérification postélectorale, il rejeta nombre de voix qui étaient allées aux candidats de Lower Cove et déclara Chipman et ses collègues élus, décision qui fut appuyée par le gouverneur et l’Assemblée, alors dominée par les loyalistes.

Menée par Chipman et ses amis, la première Assemblée du Nouveau-Brunswick se montra extrêmement docile aux vœux de l’exécutif. Chipman rédigea en partie l’adresse en réponse au discours du trône en 1786 et aida à établir la procédure parlementaire. D’après Edward Winslow, il « se distingu[ait] autant dans les réjouissances nocturnes que dans les débats diurnes ». Le seul différend sérieux qui survint à l’Assemblée portait sur le versement d’un salaire aux députés, mesure à laquelle Chipman s’opposait. En 1788, il demanda à 23 reprises que cette question soit mise aux voix, indisposant ainsi la majorité de ses collègues députés, favorables à cette mesure, et s’attirant l’hostilité future de l’historien libéral James Hannay*. Chipman se mit aussi ses électeurs à dos en ne protestant pas, en 1786, contre la décision de Carleton, alors lieutenant-gouverneur, de faire de Fredericton, et non plus de Saint-Jean, la capitale de la province. En privé, Chipman s’interrogeait sur l’à propos de la décision de Carleton, mais il n’était pas prêt à défier l’autorité du lieutenant-gouverneur. Par contre, il critiquait la Cour suprême et lui reprochait de tenir toutes ses audiences à Fredericton, en partie parce qu’il estimait cette pratique nuisible à son cabinet. En 1791, il présenta donc un projet de loi pour obliger la Cour suprême à tenir deux de ses sessions à Saint-Jean, mais celui-ci fut rejeté par le conseil.

Tout l’appui que ce projet de loi avait pu valoir à Chipman dans Saint-Jean se dissipa au cours de la longue querelle où il soutint le droit de son beau-père à un monopole sur les territoires de pêche attenants à ses vastes domaines de Saint-Jean. En février 1791, un projet de loi accordant aux propriétaires un droit exclusif d’accès aux territoires de pêche adjacents à leurs terres fut adopté à l’Assemblée par une voix de majorité. Tous les députés de Saint-Jean, sauf Chipman, votèrent contre le projet et tous les magistrats de la ville, sauf Chipman, signèrent ensuite une pétition contre la décision de l’Assemblée. Une fois la loi adoptée, le conseil municipal fit obstruction aux tentatives entreprises par Hazen en vue d’empêcher l’accès aux territoires de pêche et en appela devant les tribunaux, où Chipman représenta Hazen. Après avoir traîné pendant de nombreuses années, l’affaire fut finalement réglée en 1830 : le Conseil privé se prononça contre la famille Hazen.

Lors des élections générales de 1793, Chipman subit une cuisante défaite dans Saint-Jean. Même s’il fut élu dans la circonscription de Northumberland, il ne parvint pas à « obtenir le fauteuil du président » et traita la majorité des députés de « bande de fous ou de canailles complètement obnubilés par la politique municipale ». Ayant attribué sa défaite dans Saint-Jean aux « résidents de Lower Cove, menés par Hardy [Elias Hardy*] », il s’employa, en vain en 1794 mais avec succès en 1795, à faire démettre Hardy de ses fonctions de greffier municipal. Aux élections générales de 1795, Chipman fut encore battu dans Saint-Jean ; cette fois, il n’obtint pas d’autre siège à la chambre. Vers la fin des années 1790, l’Assemblée et l’exécutif se livrèrent à une dispute amère au sujet des finances publiques, et Chipman dut la suivre en coulisses. En 1793, il avait demandé et obtenu un salaire annuel de £50 pour son travail de solliciteur général, mais ce salaire demeurait impayé parce que l’Assemblée refusait d’accepter le projet de loi de finances du gouvernement. Chipman était donc vivement irrité des manœuvres de l’Assemblée, et ce d’autant plus que sa situation financière était mauvaise. La prospérité ne régnait pas au Nouveau-Brunswick à la fin des années 1780 et pendant la décennie qui suivit, de sorte que le cabinet de Chipman était peu fréquenté. Or, il avait consacré des sommes considérables à sa nouvelle maison et, en 1786, il avait perdu « le peu qu’[il] avait en ce monde », à la suite d’un investissement peu judicieux. En 1790, Chipman fut très déçu de voir qu’un poste vacant de juge n’était pas accordé au procureur général car, si Jonathan Bliss avait été nommé, il aurait été le prochain candidat à sa succession et aurait pu ensuite accéder à la magistrature. L’année suivante, il tenta en vain d’obtenir un poste de juge dans le Haut-Canada. Dès 1792, il commença à « désespérer » de l’avenir. Privé de carrière politique depuis 1795, lié à un cabinet qui lui demandait peu d’heures de travail et lui rapportait un revenu inférieur à ses besoins, il sombra dans le découragement.

Chipman fut « régénéré », selon le mot de Winslow, par un heureux coup du sort. Les traités de Versailles ayant établi en 1783 un tracé insatisfaisant de la frontière entre la Nouvelle-Écosse et le Massachusetts, les gouvernements américain et britannique convinrent en 1794 de confier à une commission le mandat de régler le différend territorial qui en avait résulté. En 1796, Chipman fut choisi comme représentant du gouvernement britannique et, pendant deux ans et neuf mois, il consacra ses talents vraiment considérables à la préparation et à la défense de la position britannique. La commission, où Thomas Henry Barclay siégeait à titre de porte-parole de la Grande-Bretagne, devait avant tout établir l’identité de ce qui était désigné comme la rivière Sainte-Croix dans les traités de 1783. Le représentant du gouvernement américain, James Sullivan, prétendit qu’il s’agissait de la Magaguadavic en s’appuyant sur la carte dessinée en 1755 par John Mitchell et sur le témoignage de certains Indiens de la région, mais Chipman parvint à semer le doute sur l’exactitude de la carte de Mitchell et à renverser à son avantage la preuve fournie par les Indiens. Dans son exposé à la commission, fondé sur d’abondantes recherches dans des documents français et anglais, Chipman prouva de manière irréfutable que l’appellation de Sainte-Croix désignait la rivière Scoodic. Même s’il ne réussit pas à convaincre les commissaires que la branche sud de la Scoodic devait être adoptée pour retracer la rivière jusqu’à sa source, il atteignit son principal objectif et mérita de grands éloges pour sa diligence et son ingéniosité. Au cours des séances de la commission, Chipman put faire une « visite depuis longtemps promise » à de vieux amis du Massachusetts et renouer avec sa famille. Deux de ses sœurs avaient épousé d’importants marchands de Salem et Chipman eut la sagesse d’investir dans les navires de ses beaux-frères, William Gray et Thomas Ward, une bonne partie du salaire annuel de £960 qu’il avait reçu à titre de représentant. Dès 1798, il était en voie de redevenir solvable et avait obtenu de ses supérieurs de Londres l’assurance que ses services ne demeureraient pas « sans récompense ».

Après 1798, Chipman eut la déception de retourner à une existence assez inactive. Son cabinet de Saint-Jean continuait à lui réclamer peu de temps et il fut « obligé de condescendre à accomplir les besognes les plus fastidieuses dans les domaines les plus insignifiants ». En octobre 1802, il fut de nouveau défait comme candidat dans Saint-Jean et, en 1804, il déclara qu’il ne se serait jamais installé au Nouveau-Brunswick s’il avait su que la vie y serait aussi « peu gratifiante ». Ces doléances doivent cependant être prises avec un grain de sel. En effet, il avait pu acheter en 1801 un autre grand terrain à Saint-Jean ; de plus, ses investissements au Massachusetts continuaient à lui rapporter un profit intéressant et sa cave à vins était la mieux pourvue de la ville. Le problème de Chipman était qu’il désirait mener un train de vie nettement supérieur à celui de ses voisins et bien au-dessus de ses propres moyens. En 1807, sa situation financière était si désespérée qu’il dut accepter une petite allocation de sa sœur, Elizabeth Gray. Les Gray, qui avaient logé Ward Chipman fils pendant qu’il préparait son entrée à Harvard, encourageaient Chipman père à retourner aux États-Unis, mais celui-ci n’était pas prêt à devenir citoyen américain. Pourtant en 1805, ayant rendu visite à sa famille l’année précédente, il avait tenté en vain d’être nommé consul de Grande-Bretagne à Boston. En 1807, Edward Winslow obtint le poste de juge laissé vacant par la mort d’Isaac Allan, même si Thomas Carleton avait souligné que ce serait « un acte d’injustice de laisser de côté » Chipman, à cause de ses « talents supérieurs ». Comme un juge puîné ne gagnait que £300 par an, Chipman s’était montré apparemment peu intéressé par ce poste, mais il fut de toute évidence déçu par la promotion de Winslow, d’autant plus que celui-ci n’avait pas de formation classique en droit et qu’il n’était pas membre du barreau. Le 6 février 1806, Chipman avait été nommé au Conseil du Nouveau-Brunswick ; il assuma ses fonctions à compter du 2 février 1807. Cette nomination lui redonna le sentiment d’être utile, et c’est activement qu’il participa aux délibérations du conseil. Il n’exerça toutefois qu’une influence limitée sur les divers administrateurs et lieutenants-gouverneurs de la colonie, sauf pendant les trois mois où Edward Winslow occupa la présidence, en 1808. Cette année-là, deux postes au sein de la magistrature furent libérés par le décès de George Duncan Ludlow et de Joshua Upham*. Chipman fut incapable d’obtenir la charge de juge en chef, qui alla à Jonathan Bliss, mais il fit jouer toute son influence dans les milieux britanniques pour s’assurer que lui-même, et non Samuel Denny Street, « cette petite fripouille », aurait l’autre poste vacant. Même si le salaire des juges puînés avait été porté à £500, Chipman fit valoir qu’il perdrait de l’argent en acceptant la nomination, puisqu’il devrait quitter ses nombreux autres postes et abandonner la pratique privée. Néanmoins, pressé d’être libéré « des besognes serviles et de la boucherie » de la pratique privée, et satisfait de pouvoir compter sur un revenu modeste mais sûr « pendant le reste de [son] pèlerinage dans cette retraite isolée au fond de la baie de Fundy », il accepta le poste et entra en fonction en 1809. Sa nomination lui permettait en outre d’assurer l’avenir de son fils Ward, qui lui succéda comme avocat général et greffier de la couronne attaché aux tribunaux itinérants, et qui hérita de son cabinet. Chipman exerça ses fonctions de magistrat avec conscience et compétence, mais il ne contribua pas de façon significative à l’évolution du droit dans la province. Il insistait avant tout sur l’application du Code criminel existant et était reconnu pour sa sévérité et sa rigidité.

Chipman se tailla cependant une place durable dans l’histoire du Nouveau-Brunswick grâce au rôle qu’il joua dans le règlement du différend frontalier avec les États-Unis. La commission de 1796–1798 avait démontré que la rivière Sainte-Croix était la Scoodic, mais elle n’avait ni déterminé à qui appartenaient plusieurs îles de la baie de Passamaquoddy, ni établi le tracé de la frontière le long des hautes terres situées au nord de la Sainte-Croix. Les articles 4 et 5 du traité de Gand, ratifié en 1814, prévoyaient la création de commissions qui devraient résoudre ces problèmes. Le 12 juillet 1815, Chipman fut donc de nouveau nommé représentant de la Grande-Bretagne, et Barclay commissaire britannique. En préparant son exposé devant la commission chargée d’identifier la rivière Sainte-Croix, Chipman avait soigneusement rassemblé les éléments nécessaires pour soutenir que les principales îles de la baie de Passamaquoddy appartenaient à la Grande-Bretagne et, même si le gouvernement britannique accepta plus tard de concéder plusieurs des petites îles aux États-Unis, la commission des îles de la baie de Passamaquoddy, qui commença à siéger à St Andrews en septembre 1816, trancha en faveur des Britanniques au sujet de Grand Manan, la plus importante des îles en litige. La commission chargée de délimiter la frontière nord entre le Nouveau-Brunswick et les États-Unis inaugura aussi ses audiences en septembre 1816. Dès 1796, Chipman avait reconnu que, « advenant la plus favorable des décisions » que le Nouveau-Brunswick pourrait obtenir, sa « communication avec le Canada par la rivière Saint-Jean sera[it] coupée ». En conséquence, il avait recommandé que la Grande-Bretagne bloque les négociations jusqu’à ce que les Américains soient disposés à accepter un règlement qui « ne couper[ait] pas cette communication ». En 1816, Chipman mit cette stratégie à exécution. Il camoufla bien la faiblesse de la position britannique afin que la commission ne puisse pas parvenir à une entente et qu’elle soit forcée de soumettre le différend à un arbitre neutre, dont la Grande-Bretagne pourrait attendre « une décision favorable ». Chipman prépara ses arguments avec beaucoup d’adresse, et c’est en grande partie à cause de ses efforts que la commission mit fin à ses travaux en octobre 1821 sans être parvenue à une entente. En 1830, le différend fut porté devant le roi des Pays-Bas qui, conformément aux prédictions de Chipman, recommanda en 1831 un compromis favorable à la Grande-Bretagne. Le Sénat américain rejeta cette recommandation, mais le différend fut finalement réglé par la commission Webster-Ashburton en 1842, à peu près selon les modalités prévues par Chipman. Ward Chipman fils, qui assista son père comme coreprésentant après 1816, avait largement contribué à la préparation de l’exposé britannique destiné au roi des Pays-Bas et aux négociations ultérieures.

De plus en plus affligé par la goutte, dont il souffrait par intermittence depuis 1779, Chipman délégua la plus lourde part de ses fonctions de représentant de la Grande-Bretagne à son fils après 1817. Même s’il était contrarié par la conduite du lieutenant-gouverneur George Stracey Smyth, qui refusait de distribuer des faveurs uniquement aux vieilles familles loyalistes, et même s’il signa une pétition contre la décision prise en 1822 par Smyth de démettre Henry Bliss* de ses fonctions de greffier de la Cour suprême, Chipman ne joua pas un rôle particulièrement actif dans la politique au cours de ces années et il commença à préparer sa retraite. Au début de 1823, il offrit de démissionner de son siège de juge à condition de recevoir une pension. En mars 1823, toutefois, Smyth mourut. George Leonard, le plus ancien membre du conseil, ayant décliné l’offre de prendre l’administration de la province en main et Christopher Billopp, le suivant en lice, ayant refusé de se rendre à Fredericton pour prêter le serment d’office, Chipman fut assermenté comme président le 1er avril 1823. Encouragé par une minorité de conseillers résidant à Saint-Jean, Billopp contesta la légalité de la nomination de Chipman et émit une proclamation à titre d’administrateur de la province. D’assez mauvaise grâce, le gouvernement britannique autorisa Chipman à conserver son poste. Il entreprit alors « de corriger certains des abus qui [avaient] commencé depuis peu à se manifester et de placer les affaires publiques sur une voie qui faciliterait] le travail de [ses] successeurs ». Une des premières décisions de Chipman consista à suspendre l’arpenteur général Anthony Lockwood*, en raison de sa « conduite et de [son] comportement excentriques, scandaleux et apparemment fous ». Pendant plus d’un an, Chipman tint les rênes du pouvoir et nomma une foule de ses relations à des postes mineurs, s’attirant ainsi la colère de ceux qui avaient appuyé Smyth et espéraient des récompenses. Comme le nouveau lieutenant-gouverneur, sir Howard Douglas*, dut retarder son arrivée, ce fut Chipman qui convoqua l’Assemblée en janvier 1824. Ward Chipman fils en fut élu président, de sorte que les relations de Chipman avec l’Assemblée furent cordiales, même s’il refusait aux députés l’accès à certains documents gouvernementaux qu’ils voulaient consulter. L’administration du gouvernement se révéla cependant trop lourde pour sa santé. Il tomba malade et mourut le 9 février 1824. John Murray Bliss lui succéda comme président de la province.

À la mort de Chipman, la New-Brunswick Royal Gazette nota qu’il était « le dernier survivant » des fonctionnaires loyalistes qui avaient fondé le Nouveau-Brunswick et loua « la compétence et le zèle avec lesquels il a[vait] toujours cherché à promouvoir les intérêts de la colonie ». En fait, on pourrait soutenir que Chipman fut le plus influent des pères fondateurs du Nouveau-Brunswick. Même si les pressions en faveur de la division de la Nouvelle-Écosse furent entamées par d’autres, Chipman contribua activement à convaincre le gouvernement impérial que ce partage était souhaitable. À titre de conseiller juridique de Carleton et de député de la première Assemblée, il joua un rôle appréciable, quoique secondaire, dans l’établissement des institutions de la nouvelle colonie et surtout dans la création des organismes municipaux de Saint-Jean. Profondément attaché aux intérêts de la profession d’avocat, il exerça une influence critique sur son évolution et sur le système judiciaire de la colonie. Dans de multiples domaines, il aida à façonner les institutions sociales du Nouveau-Brunswick et joua un rôle capital, auprès des commissions frontalières, dans la définition des limites territoriales de la province.

Il ne fait aucun doute que Chipman s’était attaché au Nouveau-Brunswick par nécessité. La « nouvelle Canaan » était un refuge pour ces loyalistes qui, à l’instar de Chipman, avaient lié leur carrière dans les Treize Colonies à la filière impériale et qui se retrouvèrent devant un éventail restreint de choix une fois que les États-Unis eurent conquis leur indépendance. L’attitude de Chipman envers la nouvelle nation américaine était ambivalente. Même s’il se joignit à l’exode des loyalistes, il n’élimina pas dès l’abord la possibilité de demeurer dans son pays natal ; il maintint des liens étroits avec sa famille et se rendit en Nouvelle-Angleterre chaque fois qu’il en eut l’occasion. Il investit également une part substantielle de son capital dans des navires américains et, enfin, il envoya son fils à Harvard. Son attitude envers la Grande-Bretagne était tout aussi ambivalente. Partisan de la cause britannique, il n’aima pas son exil dans la mère patrie en 1776–1777 et 1784, et il fut déçu par la négligence avec laquelle le gouvernement impérial traita ses colonies nord-américaines après le début des guerres napoléoniennes. De plus, la « Terre promise » ne se révéla pas à la hauteur de ses attentes et de ses espoirs. Même s’il obtint un plus grand succès financier que la plupart de ses contemporains et qu’il légua à son fils une succession importante et une position sociale élevée, il passa sa vie à lutter contre l’insolvabilité. En outre, l’évolution politique du Nouveau-Brunswick le décourageait. Pendant la crise constitutionnelle des années 1790, il commença à douter de la possibilité de préserver un sain équilibre entre l’exécutif et l’Assemblée. À l’occasion d’un conflit subséquent, il se plaignit en ces termes : « Si leurs électeurs avaient le moindre soupçon d’intelligence ou de discernement, aucun d’eux [ceux qui défendaient les réclamations de l’Assemblée] ne serait plus jamais choisi ; mais le monstre aux multiples têtes est si capricieux et l’esprit du temps présent si révolutionnaire que, selon toute probabilité, un groupe aussi ignorant, aussi dépravé et aussi inique sera réélu. »

Malgré des accès de découragement, Ward Chipman continuait pourtant à croire que, s’il était bien gouverné, le Nouveau-Brunswick deviendrait « l’une des parties les plus précieuses et les plus importantes des possessions nord-américaines de Sa Majesté ». En 1824, il invita les membres du Parlement à se rappeler qu’ils étaient « les survivants et les descendants » des colons qui avaient créé le Nouveau-Brunswick pour offrir « un asile aux fidèles et loyaux sujets » de Sa Majesté. Comme la loyauté de Chipman s’appuyait largement sur ses intérêts personnels et qu’il continuait à considérer l’« intérêt supérieur » comme la clef de l’avancement dans sa profession, on peut voir ces protestations avec cynisme. Mais, avec le temps, l’antiaméricanisme larvé et le traditionalisme modéré de Chipman se figèrent en une idéologie loyaliste qui influença profondément la culture du Nouveau-Brunswick. En un sens très concret, sa plus grande réalisation fut de transmettre cette idéologie à la deuxième génération de la gentry loyaliste, qui continua à défendre « les principes de [ses] pères ».

Phillip Buckner

Un journal écrit par Ward Chipman a été publié sous le titre de « Ward Chipman diary : a loyalist’s return to New England in 1783 », J. B. Berry, édit., Essex Institute, Hist. Coll. (Salem, Mass.), 87 (1951) : 211–241.

APC, MG 23, D1, sér. 1, 2 : 572–573 ; 6 : 499–502 ; 7 : 183–198 ; GII, 10, vol. 2 : 325–332, 357–364, 373–384, 393–398, 411–414, 452–457, 586–589 ; vol. 3 : 644–657, 762–769, 776–779, 790–793, 805–812, 831–834, 867–872, 943–946, 960–963, 1031–1042, 1168–1171 ; vol. 4 : 1373–1376, 1708–1711, 1865–1868, 1878–1881, 1889–1892, 1903–1906 ; vol. 6 : 2805–2806, 2824–2827.— APNB, RG 2, RS6, A3, 27 mars, 1er avril 1823.— Maine Hist. Soc. (Portland), Thomas Barclay papers, Chipman à Smythe, 3 déc. 1817.— Mass. Hist. Soc. 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Bibliographie générale

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Phillip Buckner, « CHIPMAN, WARD (1754-1824) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/chipman_ward_1754_1824_6F.html.

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Auteur de l'article:   Phillip Buckner
Titre de l'article:   CHIPMAN, WARD (1754-1824)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   18 décembre 2014