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CHISHOLME, DAVID, rédacteur en chef, fonctionnaire et auteur, né en 1796 dans le Ross-shire, Écosse ; le 16 mai 1822, il épousa à Montréal Rachel Cuthbert Robertson ; décédé dans cette ville le 24 septembre 1842.

David Chisholme vint au Bas-Canada en 1822, probablement sous les auspices de lord Dalhousie [Ramsay] qui, précisa-t-il plus tard, avait « la bonté de ne pas [le] juger tout à fait indigne de son amitié dans la vie privée et de sa protection en tant que gouverneur en chef ». Chisholme avait étudié le droit et détenu des charges juridiques en Écosse mais, après sa soudaine installation au Canada, il décida de mettre ses « talents » au service de la littérature et de la politique. En 1823, il prit la direction de la Montreal Gazette et devint en même temps le premier rédacteur en chef d’un périodique lancé en juillet, le Canadian Magazine and Literary Repository. Il quitta la Montreal Gazette après le 1er mars 1824 et le Canadian Magazine un peu plus tard, à cause d’un différend financier et probablement politique avec le nouveau propriétaire de ces deux publications, Thomas Andrew Turner. C’est Alexander James Christie qui lui succéda. En mai, Chisholme prit la barre du Montreal Herald ; peu après, il fonda la Canadian Review and Literary and Historical Journal, sans aucun doute avec l’appui de Dalhousie, qui avait créé la Société littéraire et historique de Québec plus tôt dans l’année. Il abandonna la rédaction du Montreal Herald en mai 1826 ; la Canadian Review, rebaptisée Canadian Review and Magazine, cessa de paraître en septembre.

Le 11 novembre 1826, Dalhousie nomma Chisholme greffier de la paix du district de Trois-Rivières. De 1829 à novembre 1835, il délivra des permis de magasin et de taverne au nom du secrétaire de la province. À cette fonction s’était ajoutée, le 2 avril 1834, celle de coroner de Trois-Rivières. En novembre 1835, un comité spécial de l’Assemblée, qui étudiait les émoluments et honoraires des fonctionnaires gouvernementaux, l’assigna à comparaître. L’Assemblée exigeait son congédiement pour « fraude, abus d’autorité, malversations » dans ses fonctions de greffier de la paix. Accusé entre autres choses d’avoir rédigé des actes d’accusation qui aggravaient les délits commis (ce qui lui permettait de réclamer des honoraires plus élevés), Chisholme se défendit dans une longue adresse à lord Gosford [Acheson]. Le gouverneur ne prit aucune mesure mais soumit le cas au secrétaire d’État aux Colonies, lord Glenelg, en août 1836. Le mois suivant, le secrétaire de la province, Dominick Daly*, eut vent de plaintes selon lesquelles on aurait payé Chisholme, pendant la période où il lui avait servi d’agent, pour des permis qu’il avait négligé de délivrer et qu’en outre il n’aurait pas déclaré ce revenu. Au terme d’une autre enquête, Gosford expliqua à Glenelg que, après examen de la preuve, il avait ordonné qu’on destitue Chisholme de ses fonctions de coroner et de greffier de la paix. L’intéressé apprit la nouvelle le 28 octobre. Cependant, le gouvernement avait résolu de ne pas porter d’accusations car la destitution lui semblait un châtiment suffisant. En 1839, dans une longue déclaration à sir John Colborne*, gouverneur en chef, Chisholme dénonça l’injustice et l’illégalité prétendues des mesures prises contre lui, mais on ne le réintégra jamais dans ses fonctions.

Chisholme redevint rédacteur en chef de la Montreal Gazette [V. Robert Armour*] en 1837 et le demeura jusqu’à sa mort. Il y maintint l’attitude qui lui avait valu l’antipathie de l’Assemblée et qui avait peut-être incité celle-ci à l’assigner à comparaître en 1835. Son extrémisme tory, qui le portait à défendre le Conseil législatif et le gouverneur et à refuser qu’on cède le moindre pouvoir réel à l’Assemblée, lui inspirait en matières linguistique, culturelle et politique un parti pris constant à l’égard des Canadiens de langue française. Comme lord Durham [Lambton], il préconisait l’union du Haut et du Bas-Canada, car selon lui elle assurerait la prépondérance des intérêts britanniques et « l’entière destruction de l’ignorance et des préjugés canadiens-français ».

Chisholme se considérait comme un « auteur littéraire et politique » et il laissa effectivement plusieurs ouvrages sur le Canada. D’après le Vindicator and Canadian Advertiser, c’est lui qui rédigea sous un pseudonyme Letter from Delta to Senex [...] (1827), violente réplique à un manifeste écrit par Louis-Joseph Papineau* et d’autres députés. Cependant, l’œuvre qui le fit le plus remarquer des réformistes est The Lower-Canada watchman, série de 13 essais politiques publiés d’abord dans le Kingston Chronicle en 1828 et 1829. Pour reprendre l’euphémisme employé le 25 avril 1830 par l’homme politique réformiste William Lyon Mackenzie* dans une lettre à John Neilson, Chisholme « n’[était] pas un auteur prudent » ; ses essais étaient tellement bourrés d’invectives et d’injures qu’ils firent plus de tort que de bien à ses protecteurs tories. Aucun partisan de la réforme ne trouvait grâce à ses yeux, mais il se montrait particulièrement hargneux envers Papineau et la mentalité canadienne-française en général. Par contre, il défendait tous les gestes de Dalhousie qui, croyait-on, l’avait payé pour rédiger ces essais. En 1832 parut un traité d’économie politique, Observations on the rights of the British colonies to representation in the imperial parliament, où Chisholme montrait des connaissances encyclopédiques : il recourait à des sources classiques et modernes pour considérer les droits naturels et constitutionnels des colonies ainsi que les conséquences de la représentation. Pour lui évidemment, le but principal de cette représentation était de subordonner les intérêts canadiens-français aux intérêts britanniques.

L’ouvrage de Chisholme intitulé Annals of Canada for 1837 and 1838 parut d’abord par tranches dans la Montreal Gazette, de janvier 1838 à février 1840. Il reflète son opposition à la rébellion et à la destruction de la vie et de la propriété, mais il constitue avant tout un ouvrage d’histoire militaire qui regorge de détails sur les acteurs, les circonstances et les objectifs de diverses campagnes. Bien que tendancieux, ce récit donne une bonne idée de l’ampleur et de la difficulté des engagements militaires. De tous les livres de Chisholme, Annals est celui qui se lit le mieux, à cause de son caractère narratif et de la relative absence d’invectives politiques. Vers la fin de sa vie, Chisholme travaillait à une histoire du Bas-Canada, mais il ne la termina jamais.

L’héritage littéraire de David Chisholme est plus précieux que son legs politique. Dans les années 1820, à titre de rédacteur en chef, de critique et d’essayiste, il contribua beaucoup à l’essor de la littérature d’expression anglaise à Montréal. Dans les périodiques qu’il dirigea, il se distingua surtout par la quantité de collaborations originales qu’il suscita, particulièrement à la Canadian Review, dont plus des trois quarts des articles portaient sur l’Amérique du Nord britannique. Dans les critiques et essais qu’il écrivait pour les magazines, il se montrait optimiste quant à l’éclosion d’une littérature indigène. Il préconisait le recours à des thèmes canadiens et affirmait : « notre climat, notre sol, nos productions, notre paysage et nos gens sont si différents de ceux des vieux pays que tout ce qui s’écrit sur ces sujets à partir d’une étude et d’une observation sur place porte nécessairement la marque de son origine ». Constamment, il pressait les écrivains de dépeindre les particularités du pays et de mettre en valeur l’utile et l’instructif plutôt que l’agréable. Ennemi du sentimental et du sensationnel, il appréciait peu la poésie et le roman en général ; néanmoins, The rising village [...] (Londres, 1825), d’Oliver Goldsmith*, et The charivari [...] (Montréal, 1824), de George Longmore, eurent une recension favorable de sa part à cause de leur caractère documentaire. Même si Chisholme présenta toujours l’éducation et la littérature comme des sources de lumière et de moralité, des armes contre l’obscurantisme et l’ignorance, il ne parvint jamais à surmonter son propre entêtement ni à cesser de montrer, même dans les périodiques qu’il dirigeait, ses préjugés contre les Canadiens français.

Carl P. A. Ballstadt

David Chisholme est l’auteur de : The Lower-Canada watchman (Kingston, Ontario, 1829) ; Observations on the rights of the British colonies to representation in the imperial parliament (Trois-Rivières, Québec, 1832) ; Annals of Canada for 1837 and 1838 (Montréal, [1849]) ; et Memorial and case of David Chisholme (s.l., 1839). De plus, il est probablement l’auteur de Letter from Delta to Senex [...] (Montréal, 1827). De 1823 au 1er mars 1824 et entre 1837 et sept. 1842, il fut rédacteur en chef de la Montreal Gazette. Il occupa la même position au Montreal Herald de mai 1824 à mai 1826, au Canadian Magazine and Literary Repository (Montréal), 1 (juill.–déc. 1823)–2 (janv.–juin 1824) et à la Canadian Rev. and Literary and Hist. Journal (Montréal), no 1 (juill. 1824)–n° 3 (mars 1825) qui devient la Canadian Rev. and Magazine (Montréal), no 4 (févr. 1826)–n° 5 (sept. 1826).

ANQ-M, CE1-126, 16 mai 1822 ; CE1-130, 26 sept. 1842.— APC, MG 11, [CO 42] Q, 263–264 ; MG 23, GI, 3 ; MG 24, I9 ; Reference file 1974 ; RG 68, General index, 1651–1841.— [Launcelot Longstaff] [George Longmore], The charivari, or Canadian poetics, introd. de M. L. MacDonald (Ottawa, 1977).— Montreal Gazette, 26 sept. 1842.— Vindicator and Canadian Advertiser, 13, 21 déc. 1830, 13 déc. 1836.— H. J. Morgan, Bibliotheca Canadensis, 74.— C. P. A. Ballstadt, « The quest for Canadian identity in pre-confederation English-Canadian literary criticism » (thèse de m.a., Univ. of Western Ontario, London, 1959).— M. L. MacDonald, « Some notes on the Montreal literary scene in the mid–1820’s », Canadian Poetry (London, Ontario), no 5 (automne–hiver 1979) : 29–40.

Bibliographie générale

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Carl P. A. Ballstadt, « CHISHOLME, DAVID », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/chisholme_david_7F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   17 avril 2014