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CHULA (Little Chief, Stamixo’tokan, Bull Head), guerrier et chef sarci, né vers 1833, probablement dans ce qui est maintenant le centre de l’Alberta ; il eut deux femmes (dont une Pied-Noir) et deux enfants, tous deux morts jeunes ; décédé le 14 mars 1911 dans la réserve de Sarcee, Alberta.

Pendant l’épidémie de 1837–1838, Bull Head, encore enfant, contracta la variole. Il perdit son oeil droit, mais survécut et se tailla une réputation de guerrier sans égale dans la tribu des Sarcis. Il participa à 30 batailles, tua 5 ennemis, prit 3 scalps et captura un grand nombre de chevaux et de trophées de guerre. Une robe à pictogrammes exposée au Musée royal de l’Ontario à Toronto et une autre au Glenbow Museum de Calgary illustrent ses exploits de guerrier.

Son frère aîné Chula (Little Chief) ayant été tué par des Cris en 1865, Bull Head lui succéda à la direction de la tribu dès le début des années 1870 et prit son nom. En général, les fonctionnaires le connaissaient sous le nom de Bull Head, mais son peuple l’appelait Chula ou Little Chief. Le missionnaire méthodiste John McDougall le rencontra en 1872 au nord de l’emplacement actuel de Calgary. Certains Sarcis semblaient hostiles, mais McDougall confia à Bull Head son troupeau de chevaux et passa une nuit paisible à son campement.

En 1877, les Indiens du sud de l’Alberta se réunirent pour négocier un traité avec le gouvernement du Canada. Bull Head accepta à contrecœur les conditions du traité no 7 et le signa au nom de son groupe, qui comptait 255 personnes. À l’époque, il ne voyait pas la nécessité d’avoir une réserve ; sur la suggestion de Pied de Corbeau [Isapo-muxika*], un des chefs principaux des Pieds-Noirs, il accepta donc que les Sarcis, les Pieds-Noirs et les Gens-du-Sang en partagent une près de Blackfoot Crossing. Cependant, lorsque les Sarcis virent en 1879, après la destruction des troupeaux de bison du Canada, qu’ils seraient vraiment confinés dans une réserve, Bull Head refusa de rester auprès des Pieds-Noirs et réclama une réserve près du fort Calgary (Calgary). Finalement, en 1881, après que Bull Head eut fait d’habiles manœuvres diplomatiques, le gouvernement accepta de donner à la tribu trois cantons situés à l’ouest du fort.

Dès lors, durant plusieurs années, Bull Head fut considéré comme un chef querelleur, mais le plus souvent, sa prétendue obstination était de l’ardeur à défendre son peuple. En 1882, des membres de sa tribu volèrent une baignoire qu’ils transformèrent en tambour. La Police à cheval du Nord-Ouest la réclama, mais Bull Head rétorqua que son peuple avait plus besoin d’un tambour que les gens du fort Calgary d’une baignoire. Au lieu de provoquer un affrontement, la police abandonna l’affaire. Un an plus tard, pendant une période où bien des Sarcis souffraient de la faim, un homme nommé Crow Collar entra par effraction dans le magasin et endommagea les balances qui servaient à peser les rations. Lorsque la police voulut l’appréhender, Bull Head refusa de le livrer. Le surintendant John Henry McIllree* tenta ensuite d’arrêter le chef. Un groupe de jeunes guerriers vint alors au secours de Bull Head et, comme celui-ci pointait son fusil vers l’officier, les policiers, bien qu’ils aient été armés jusqu’aux dents, durent se retirer. Crow Collar fut livré le lendemain et Bull Head se rendit le surlendemain, accompagné par presque toute la tribu. Crow Collar fut condamné à dix jours d’emprisonnement, mais Bull Head fut relâché au bout de deux jours. « Je recommanderais fortement que ce chef soit destitué, déclara McIllree. C’est un homme très mauvais qui exerce une influence extrêmement pernicieuse sur son peuple. » Cependant, aucune autre mesure ne fut prise.

Pendant la rébellion du Nord-Ouest en 1885, les autorités, craignant que les Sarcis ne se joignent aux forces de Louis Riel*, les dissuadèrent d’abord de venir à Calgary, même si Bull Head portait la médaille reçue à la signature du traité de 1877 et proclamait son désir de maintenir la paix. Mais, une fois que Bull Head eut rencontré les autorités militaires, les Sarcis se rendirent régulièrement à la ville pour donner des spectacles de danse en échange d’aliments.

Le fait que sa tribu se trouvait à proximité de Calgary était l’un des problèmes les plus graves et les plus constants du chef Bull Head. Les contrebandiers et la canaille encourageaient constamment la prostitution et vendaient illicitement de l’alcool. Bull Head lui-même fut arrêté et emprisonné plusieurs fois pour avoir fait usage d’alcool. D’une façon générale cependant, il s’efforçait d’enrayer les fléaux qui affligeaient sa réserve, mais la faim et la maladie (la tuberculose surtout), posèrent des problèmes durant toute sa vie. En 1895, Samuel Brigham Lucas*, agent des Affaires indiennes, fit observer que certains Sarcis avaient sombré dans le désespoir à cause des difficultés énormes qu’ils rencontraient. « Jusqu’à récemment, disait-il, ils se croyaient condamnés à disparaître dans un proche avenir et ne semblaient pas souhaiter s’efforcer d’éviter ce qu’ils considéraient comme une fatalité. »

Durant la trentaine d’années qui suivirent l’installation des Sarcis dans leur réserve, le principal grief de Bull Head fut le manque de nourriture. Les possibilités d’emploi étaient limitées et l’agriculture donnait peu de résultats ; la tribu devait donc compter sur les rations gouvernementales. En 1885, Bull Head déclara aux autorités que le meilleur moyen de maintenir la paix parmi les membres de sa tribu était de veiller à ce qu’ils soient bien nourris. Les rations furent doublées pendant la rébellion mais réduites de nouveau après. Lorsque lord et lady Aberdeen [Hamilton-Gordon* ; Marjoribanks*] rendirent visite aux Sarcis en 1895, Bull Head se plaignit que les membres de sa tribu ne recevaient pas un juste prix pour leur foin et qu’on les maintenait dans la pauvreté alors que les tribus voisines s’enrichissaient. En 1901, au cours d’une réception donnée à Calgary en l’honneur du duc et de la duchesse de Cornwall, il parla à nouveau de l’insuffisance des rations.

En même temps, Bull Head encourageait sa tribu à viser l’autosuffisance. En 1884, l’agent des Affaires indiennes rapporta qu’il faisait travailler les membres de sa tribu dans leur jardin et leur faisait ensemencer de petits carrés de céréales. Il les pressait aussi de construire des maisons pour remplacer leurs vieilles cabanes. Pour donner l’exemple, il se fit construire la première maison de rondins de la réserve. En 1888, l’agent nota : « [le chef] encourage toujours les autres Indiens à s’occuper de leurs champs, etc., a la réputation d’avoir été turbulent autrefois mais, dernièrement, a été vraiment très paisible ».

Bien que Bull Head soit resté fidèle à la foi de ses ancêtres, il permettait aux missionnaires de venir dans la réserve et encourageait les enfants à fréquenter l’école. Harry William Gibbon Stocken, ministre anglican qui œuvra dans la réserve de 1888 à 1895, le trouvait exigeant mais amical. Au moment de leur première rencontre, Bull Head avait refusé de manger à la table de Stocken, car il ne connaissait pas ses intentions. Pour lui, il n’était pas question d’accepter sa nourriture s’il n’était pas d’accord avec ses projets. Par la suite, il compta sur le missionnaire pour obtenir du thé, dont le camp avait grandement besoin, et, lorsque Stocken fut muté à une autre réserve, il le supplia de rester.

En 1904, le gouvernement fédéral pressa les Sarcis de rendre une partie de leur réserve afin que les fonds servent à acheter du bétail et des instruments aratoires. Certains jeunes Indiens voulurent accepter, mais Bull Head s’opposa fermement à cette idée. « Nous sommes tous d’accord pour ne pas vendre ni céder la moindre partie de la réserve, dit-il. Nous ne voulons pas nous quereller à ce sujet. La réserve est juste assez grande pour nous ; les hommes blancs nous harcèlent pour que nous cédions nos terres. Le traité a été conclu. Nous ne voulons pas vendre. » Lorsque Bull Head mourut en 1911, les Sarcis avaient toujours la réserve en entier ; ils avaient même élevé un grand cairn pour se rappeler qu’ils devaient conserver leurs terres.

Bull Head, dit-on, était « extrêmement grand » ; il mesurait « bien plus de six pieds deux pouces dans sa vieillesse et [avait] de très larges épaules » et « une voix retentissante ». Il avait une personnalité impressionnante ; selon les aînés, les membres de la tribu faisaient ce qu’il leur disait de faire. Son plus grand mérite fut peut-être de garder les Sarcis unis et la réserve intacte malgré des problèmes sociaux et sanitaires dévastateurs et malgré les pressions des habitants de Calgary qui convoitaient leurs terres.

Hugh A. Dempsey

À la demande d’Edmund Montague Morris, Bull Head a exécuté lui-même des dessins illustrant les points saillants de sa vie de guerrier sur une peau de bison qui se trouve maintenant au Musée royal de l’Ontario, à Toronto (Ethnology Dept., Edmund Morris coll., HK 459), et il a permis à Morris de faire le portrait que le musée possède aussi (Edmund Morris coll., HK 2410). On peut voir une photographie saisissante du chef aux PAA, à Edmonton.

AN, RG 10, 1627 : 501 ; 1628 : 57 ; RG 18, 1007, dossier 397.— Calgary Herald, 3 oct. 1901, 29 avril 1933.— Manitoba Free Press, 14 août 1895.— Ami Brownstone, War paint : Blackfoot and Sarcee painted buffalo robes in the Royal Ontario Museum (Toronto, 1993).— Canada, dép. des Affaires indiennes, Annual report (Ottawa), 1895 : 78.— Diamond Jenness, The Sarcee Indians of Alberta (Ottawa, 1938).— J. [C.] McDougall, In the days of the Red River rebellion : life and adventure in the far west of Canada (1868–1872) (Toronto, 1903 ; réimpr., 1911 ; réimpr., introd. de Susan Jackel, Edmonton, 1983).— J. W. G. MacEwan, Portraits from the plains (Toronto, 1971).— E. M. Morris, The diaries of Edmund Montague Morris ; western journeys, 1907–1910, transcrit par Mary Fitz-Gibbon (Toronto, 1985) ; le portrait du sujet est reproduit à la p. 29.— E[dward] Sapir, « Personal names among the Sarcee Indians », American Anthropologist (Menasha, Wis.), nouv. sér., 26 (1924) : 108–119.— C. Æ. Shaw, Tales of a pioneer surveyor, Raymond Hull, édit. (Don Mills [North York], Ontario, 1970).— H. W. G. Stocken, Among the Blackfoot and Sarcee (Calgary, 1976).— E. F. Wilson, « The Sarcee Indians », Our Forest Children ([Sault Ste Marie, Ontario]), 3 (1889–1890) : 97–102.

Bibliographie générale

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Hugh A. Dempsey, « CHULA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/chula_14F.html.

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Auteur de l'article:   Hugh A. Dempsey
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   24 octobre 2014