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COUAGNE, RENÉ de, négociant, colonel de milice, juge, fils de Charles de Couagne* et de Marie Gaudé, baptisé à Montréal le 30 août 1690, décédé le 23 décembre 1767 dans sa ville natale.

Fils d’un gros marchand de Montréal, René de Couagne épousait le 14 octobre 1716 Louise Pothier, aussi fille de marchand, en présence de plusieurs autres commerçants. Par son contrat de mariage, l’époux recevait trois terrains, situés rue Saint-Paul, cédés par les frères de son épouse et évalués à 1 500#. Le 16 octobre 1721, de Couagne obtenait une commission d’arpenteur, mais il ne semble pas avoir exercé ce métier qui exigeait peut-être une formation plus solide que celle qu’il avait reçue. La seule pièce d’arpentage qui ait été retrouvée portant sa signature nous le montre incapable de fixer les bornes d’un emplacement de façon précise, même « après avoir mesurez Le dt. terrain trois ou quatre fois ».

L’activité commerciale de René de Couagne reste difficile à évaluer. C’est lui qui s’occupa en 1730 de percevoir l’imposition pour la construction des fortifications de Montréal, moyennant une commission de 5 p. cent. L’intendant Gilles Hocquart* fut satisfait du travail et demanda au ministre Maurepas d’augmenter la gratification accordée à de Couagne, car, écrivit-il, « c’a esté avec peine qu’il s’est chargé de cet employ qu’il regardoit comme capable de Luy attirer l’aversion publique et auquel cependant je l’ay engagé par principe d’honneur ». Cette demande ne semble pas toutefois avoir reçu un accueil favorable du ministre. En 1731, il occupait le poste d’adjoint à Montréal du grand voyer, Jean-Eustache Lanoullier de Boisclerc. René de Couagne s’occupa également de la traite des fourrures, mais comme fournisseur plutôt que voyageur. En août 1724, on lui accordait, ainsi qu’ à un certain Réaume, la permission d’envoyer un canot de quatre hommes au poste de Baie-des-Puants (Green Bay, Wisc.). Il ne fit des engagements pour l’ouest en son propre nom qu’en 1747, 1748, 1752 et 1756, mais l’on peut supposer qu’il équipa en outre quelques expéditions avec son cousin Dominique Gaudé qui en préparait régulièrement.

En 1749, René de Couagne fut l’hôte du célèbre naturaliste suédois Pehr Kalm* lors du séjour de ce dernier à Montréal. Le voyageur en apprit beaucoup sur le commerce et les mœurs des Canadiens, et n’eut que des louanges pour l’accueil qu’il reçut de la famille des de Couagne, laquelle, dit-il, le traita comme un des leurs. À vrai dire cela fut aisé, car l’intendant Bigot* avait décidé de payer les frais de Kalm durant son séjour en Nouvelle-France, et de Couagne fit les avances requises, qui s’élevaient à 1404# 12s 6d, et qui lui furent promptement remboursées. René de Couagne fit en outre des fournitures au gouvernement en 1750 et 1751, mais pour des sommes assez faibles.

La guerre de Sept Ans et la Conquête imposèrent à René de Couagne les mêmes difficultés qu’aux autres commerçants de la colonie. Les marchandises commandées chez les fournisseurs rochelais en 1757 restèrent en entrepôt l’année suivante et même plus longtemps ; en 1766 le négociant Denis Goguet, de La Rochelle, n’avait pas encore réussi à écouler certaines de ces marchandises. Comme les autres marchands montréalais, de Couagne signa diverses pétitions en 1763 et en 1764 pour demander les bonnes grâces des autorités britanniques lors de la liquidation du papier-monnaie français, bien que son nom n’apparaisse pas comme détenteur de ces valeurs à l’enregistrement de 1763.

Aux derniers jours de l’administration française, René de Couagne avait rempli la fonction de colonel de milice à Montréal. Le 6 novembre 1760, deux mois après la capitulation de la ville, le nouveau gouverneur, Thomas Gage*, désireux de « maintenir le bon ordre et la police » dans son district, renouvela la commission de Couagne. Puisque la fonction de colonel de milice était directement reliée à l’administration de la justice dans le gouvernement de Gage, de Couagne agit donc, de 1760 à 1763, comme juge de première instance de la chambre des milices à Montréal.

René de Couagne décéda à Montréal en décembre 1767 à l’âge de 77 ans. Ainsi se terminait une carrière qu’il ne faut pas confondre avec celle de Charles-René, son neveu, non plus qu’avec celles de René et Jean-Baptiste*, ses deux fils qui lui survécurent.

José Igartua

AN, Col., C11A, 53, ff.52–60 ; 83, ff.65–69v. ; 89, ff.147–148 ; 93, ff.288v.–292 ; 94, ff.59–63 ; 97, ff.165–170 ; 116, ff.294v., 299v., 305 ; 119, ff.267, 296, 334, 345–346.— ANQ, NF, Registres du Cons. sup., 1728–1729, ff.29v.–30 ; 1734–1735, ff.44, 60 ; 1741, ff.164v.–166.— ANQ-M, Greffe de Michel Lepailleur, 12 oct. 1716 ; Arpentage, 2 mai 1723 ; Registre d’état civil, Notre-Dame de Montréal, 30 août 1690, 14 oct. 1716, 24 déc. 1767.— APC, MG 8, A2, 36, ff.167–168 ; MG 8, E6, 1, 4, S ; MG 18, H28, 3 ; MG 18, 06 ; MG 24, L3, 3, 1 610–1 613, 1 619–1 620, 1 692–1 694, 1 706–1 710 ; 4, 2 336–2 338 ; 38, 25 285–25 286 ; 47, 30 459 ; 51, 33 231–33 232.— ASQ, Livres de comptes, C 8.— Calendar of the Sir William Johnson manuscripts in the New York State Library, R. E. Day, comp. (Albany, 1909), 104, 136, 146, 150, 171s., 183, 186, 190s., 198, 203, 223s., 232, 234, 238, 297, 307.— Johnson papers (Sullivan et al.).— Pehr Kalm, The america of 1750 ; Peter Kalms Travels in North America : the English version of 1770, A. B. Benson, édit. (2 vol., New York, 1966), II : 536, 553, 601.— Robert Le Blant, Histoire de la Nouvelle-France : les sources narratives du début du XVIIIe siècle et le Recueil de Gédéon de Catalogue (1 vol. paru, Dax, France, [1948]), 135.— Les ordonnances et lettres de change du gouvernement de Montréal en 1759, RAPQ, 1924–1925, 229–359.— RAC, 1918, App. B, 34 s.— Bonnault, Le Canada militaire, RAPQ, 1949–1951, 426 s.— Le Jeune, Dictionnaire.— É.-Z. Massicotte, Les arpenteurs de Montréal sous le régime français, BRH, XXIV (1918) : 306 ; Répertoire des engagements pour l’Ouest, RAPQ, 1930–1931, 367–426 ; 1931–1932, 316–328.— P.-G. Roy, Inv. jug. et délib., 1717–1760, I : 274, 280 ; II : 15 ; III : 20, 46, 51 ; IV : 40, 122, 150, 171, 177, 191, 282 ; V : 90, 92.— Tanguay, Dictionnaire.— Claude de Bonnault, Les Coigne du Berry en Canada, BRH, XLVI (1940) : 276–284.— Philéas Gagnon, Nos anciennes cours d’appel, BRH, XXVI (1920) : 345–349.

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José Igartua, « COUAGNE, RENÉ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/couagne_rene_3F.html.

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Auteur de l'article:   José Igartua
Titre de l'article:   COUAGNE, RENÉ
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   21 octobre 2014