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COX, CHARLOTTE SELINA (Bompas), missionnaire de l’Église d’Angleterre, née le 24 février 1830 probablement en Angleterre, fille de Charlotte Skey et de Joseph Cox, médecin ; le 7 mai 1874, elle épousa à Londres William Carpenter Bompas*, et ils n’eurent pas d’enfants ; décédée le 21 janvier 1917 à Montréal.

Issue de la classe moyenne, Charlotte Selina Cox, surnommée Nina, connut en Angleterre une enfance douillette avec son frère et ses deux sœurs. Quand elle était jeune femme, sa famille s’installa en Italie à cause de la santé de son père ; par la suite, elle évoquerait cette expérience avec beaucoup d’attendrissement.

Nina se montra d’abord assez indifférente à la religion. Son frère, Joseph Mason Cox, était vicar, mais elle rappellerait plus tard que, selon elle, ses réunions missionnaires étaient « des affaires tout à fait ennuyeuses » et que les orateurs étaient « les pires raseurs que la fatalité pût vous imposer d’écouter ». En 1871 cependant, la nouvelle du meurtre d’un grand évêque missionnaire en Mélanésie provoqua chez elle un réveil spirituel. Désormais, elle se sentait appelée à œuvrer dans les missions. L’occasion de satisfaire cette aspiration se présenta en 1874 quand son cousin William Carpenter Bompas, missionnaire de la Church Missionary Society dans le Nord-Ouest canadien et récemment sacré évêque d’Athabasca, la demanda en mariage. Cinq jours après la cérémonie, le couple entreprit un long voyage jusqu’au fort Simpson (Fort Simpson, Territoires du Nord-Ouest), sur le Mackenzie. Le siège de Bompas se trouvait dans ce poste de la Hudson’s Bay Company.

Les nouvelles conditions dans lesquelles Mme Bompas se trouva ne ressemblaient pas du tout à ses idées romanesques sur les missions de la Chine ou du Japon. Pour cette femme au milieu de la quarantaine, ce dut être tout un choc. Sa maison n’était guère qu’une cabane en rondins ; à certains moments, la famine menaçait le fort Simpson. Son mari s’absentait souvent pour visiter des campements autochtones dans l’espoir de faire des conversions. « Je me sens parfois si seule et délaissée », confiait-elle au journal qu’elle tenait pour ses sœurs en Angleterre.

Pourtant, celle que sa nièce décrirait comme une femme « volontaire, impulsive », mais aussi « pleine d’attentions pour autrui » était trop énergique pour se lamenter sur son sort. Mme Bompas apprit la langue des Esclaves et s’intéressa en particulier aux femmes autochtones. Pour embellir les offices, qui étaient d’une rigueur spartiate, elle se mit à jouer de l’harmonium, au grand plaisir des fidèles autochtones, fervents de la musique. Pendant l’été de 1876, en l’absence de son mari, elle se rendit au fort Chipewyan (Fort Chipewyan, Alberta) pour préparer l’établissement d’une nouvelle mission.

Œuvrer auprès des enfants était peut-être ce qui comptait le plus pour Mme Bompas. Elle leur enseignait la religion et la lecture. Elle forma plusieurs chorales de jeunes. Elle se fit connaître par la gentillesse avec laquelle elle s’occupait des enfants dont les parents étaient malades ou absents. Elle adopta officieusement deux filles dans l’intention de les élever comme si elles étaient les siennes. La première, Jenny (Jeannie), mourut bébé ; apparemment, la seconde, Owindia (baptisée Lucy May), mourut en Angleterre vers l’âge de ses premiers pas. En outre, Nina Bompas prodiguait des soins dans le diocèse. Fervente adepte de l’homéopathie, elle transportait toujours des médicaments.

Dans ces conditions difficiles, Mme Bompas ne tarda pas à avoir des ennuis de santé. Elle souffrait régulièrement de migraines et, au cours de l’hiver de 1876, elle fut atteinte d’une maladie plus grave. Au printemps, elle descendit se reposer à Winnipeg. Deux ans plus tard, elle reprit son travail missionnaire au fort Simpson, mais en 1883, on l’appela en Angleterre.

Pendant son séjour dans ce pays, Nina Bompas prononça plusieurs conférences sur la mission de la Church Missionary Society dans le Nord-Ouest de l’Amérique et organisa la publication d’un petit livre, Owindia. C’était à la fois un hommage sentimental à Lucy May et un ouvrage pour faire connaître le travail missionnaire. Elle fit un court séjour dans la mission du Mackenzie en 1886–1887, mais sa santé et des problèmes familiaux l’amenèrent à se rendre de nouveau en Angleterre, puis à Montréal. Dans cette ville, où elle séjourna jusqu’en 1892, elle collabora avec divers groupes de dames auxiliaires afin de susciter de l’intérêt pour les missions du Nord. Les collectes de fonds étaient essentielles : son mari se souciait peu des questions d’argent et les subventions de la Church Missionary Society diminuaient progressivement. Pendant qu’elle se trouvait à Montréal, l’évêque Bompas fut placé à la tête du nouveau diocèse de Selkirk (aujourd’hui diocèse du Yukon) et s’installa à la mission Buxton, à Forty Mile, sur le fleuve Yukon. Mme Bompas l’y rejoignit en 1892.

En 1896, Mme Bompas retourna en Angleterre, au chevet de sa sœur aînée. Lorsqu’elle regagna le Yukon, la ruée vers l’or du Klondike battait son plein. Elle accueillit les mineurs à la mission avec autant de chaleur qu’elle l’avait fait pour les autochtones : elle ouvrit un centre où ils pouvaient trouver de quoi agrémenter leur existence – des magazines, des journaux, de la musique, un peu de religion. En 1901, l’évêque Bompas transféra son siège permanent à Caribou Crossing (Carcross, Yukon) ; trois ans plus tard, Nina Bompas entreprit une tournée de conférences auprès de groupes de dames auxiliaires de Toronto, d’Ottawa, de Montréal et de Québec. Elle recueillit 800 $ à Toronto pour la construction d’une église à Carcross.

À la suite de la mort de son mari, survenue le 9 juin 1906, Nina Bompas décida de s’installer chez deux de ses nièces à Westmount, dans l’île de Montréal. Malgré sa fragile constitution, elle continua de parler des missions du Nord jusqu’à son décès en 1917. Sa vie exemplaire et son enthousiasme pour l’apostolat inspiraient ses amis et ses auditeurs.

Bien que Charlotte Selina Cox Bompas n’ait souvent droit qu’au titre d’épouse d’un missionnaire bien connu, il est évident qu’elle-même se considérait comme missionnaire. D’ailleurs, son apport à la mission de la Church Missionary Society – enseignement, collectes de fonds – pourrait bien avoir eu un effet plus durable sur la société nordique que l’évangélisation pratiquée par son mari.

Kerry M. Abel

Charlotte Selina Cox Bompas est l’auteure de Owindia : a true tale of the Mackenzie River Indians, North-West America (Londres, [1886 ?]). Ses mémoires ont été publiés sous le titre A heroine of the north ; memoirs of Charlotte Selina Bompas (1830–1917), wife of the first bishop of Selkirk (Yukon), with extracts from her journals and letters, S. A. Archer, compil. (Londres, [1929]).

AN, MG 17, B2, G, C.1/O (mfm).— PAA, ACC [EEC], Diocese of Athabaska records, A.281/21–27.— PAM, HBCA, Z.13/1.— K. M. Abel, « Bishop Bompas and the Canadian church », dans The Anglican Church and the world of western Canada, 1820–1970, Barry Ferguson, édit. (Regina, 1991), 113–125 ; « The drum and the cross : an ethnohistorical study of mission work among the Dene, 1858–1902 » (thèse de ph.d., Queen’s Univ., Kingston, Ontario, 1985).— T. C. B. Boon, The Anglican Church from the Bay to the Rockies : a history of the ecclesiastical province of Rupert’s Land and its dioceses from 1820 to 1950 (Toronto, 1952).— H. A. Cody, An apostle of the north : memoirs of the Right Reverend William Carpenter Bompas [...] (Toronto et Londres, 1908).— Myra Rutherdale, « Revisiting colonization through gender : Anglican missionary women in the Pacific northwest and the Arctic, 1860–1945 », BC Studies, no 104 (hiver 1994) : 3–23.— Keith Wilson, William Carpenter Bompas (Winnipeg, 1988).

Bibliographie générale

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Kerry M. Abel, « COX, CHARLOTTE SELINA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/cox_charlotte_selina_14F.html.

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Auteur de l'article:   Kerry M. Abel
Titre de l'article:   COX, CHARLOTTE SELINA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   22 octobre 2014