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CROOKSHANK, GEORGE, homme d’affaires, fonctionnaire et homme politique, né le 23 juillet 1773 à New York, fils de George Crookshank et de Catherine Norris ; le 19 juillet 1821, il épousa à New York Sarah Susanna (Susan) Lambert, et ils eurent une fille et deux fils, dont l’un mourut en bas âge ; décédé le 21 juillet 1859 à Toronto.

Les Crookshank venaient de l’île Hoy dans les Orcades, au nord de l’Écosse. La famille se lança dans le commerce, et George Crookshank père fut propriétaire et capitaine d’un navire marchand qui avait son port d’attache à New York pendant la guerre d’Indépendance américaine. Son fils George fit ses études à Shrewsbury, au New Jersey, puis, après la guerre, il immigra avec sa famille à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Il commença sa carrière comme subrécargue à bord des navires de son oncle, John Colville, lesquels se rendaient régulièrement à la Jamaïque où il passa un hiver pour raison de santé.,

Après la nomination en 1796 de John McGill*, le mari de sa sœur Catherine, au poste de commissaire général du Haut-Canada, Crookshank et une autre de ses sœurs, Rachel, qui devait épouser le docteur James Macaulay*, partirent eux aussi pour cette colonie. En décembre de la même année, on lui donna un poste au commissariat. Le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe* et sa femme Elizabeth Posthuma Gwillim* ainsi que le successeur de Simcoe, l’Écossais Peter Hunter*, tenaient Crookshank en haute estime. Son travail au commissariat consistait à organiser les ravitaillements pour le fort York et d’autres garnisons situées dans la province ; il utilisait des importations d’Angleterre ou des produits de la région. Crookshank travailla à York (Toronto) où il se construisit une maison vers 1800 ; il exerça aussi les fonctions de commissaire pour des postes tels que le fort Erie (Fort Erie). Durant la guerre de 1812, on le chargea de construire une route reliant la baie Géorgienne avec le lac Simcoe, à partir de Penetanguishene. À la chute d’York en avril 1813, il accompagna à Kingston les troupes britanniques qui se repliaient ; sa maison qui avait été pillée devint le quartier général du général américain Henry Dearborn et servit d’hôpital.

En décembre 1814, Crookshank fut promu adjoint au commissaire général. L’année suivante, il refusa d’être muté dans une autre colonie, peut-être la Sierra Leone. En octobre 1816, il prit sa retraite avec une demi-solde de 7 shillings 6 pence par jour. Malgré son refus de quitter le Haut-Canada, on le nomma à d’autres postes. En décembre 1815, sa nomination comme l’un des quatre commissaires chargés de recevoir les réclamations en dommages de guerre fut publiée. En 1820–1821, il fit partie du comité local formé pour la construction d’un hôpital à York, qui deviendrait plus tard le Toronto General Hospital. Il reçut toutefois sa nomination la plus importante en 1819 : il succédait à McGill comme receveur général de la province. Le ministère des Colonies ne confirma pas cette nomination, et John Henry Dunn occupa le poste en octobre 1820. Crookshank fut déçu mais aussi quelque peu soulagé, car ce poste comportait de lourdes responsabilités. Pour compenser peut-être, il devint membre du Conseil législatif au mois de janvier 1821 ; cette fonction lui conféra le titre d’« honorable ». Il conserva son siège jusqu’à l’union du Haut et du Bas-Canada en 1841.

Crookshank consacrait déjà beaucoup de son temps à la finance et à l’investissement, et après sa nomination au Conseil législatif il concentra son attention sur ses affaires. En 1822, il fut parmi les premiers à être élu membre du conseil d’administration de la Bank of Upper Canada et aurait pu être choisi président à la place de William Allan s’il ne s’était pas trouvé à l’extérieur de la colonie. Crookshank resta au conseil d’administration jusqu’en 1827 ; il y occupa le poste de président en 1825–1826 et y siégea comme membre nommé par le gouvernement en 1826. Cependant, il ne trouvait pas que la Bank of Upper Canada lui était profitable ; comme il l’écrivit en 1825, cela représentait « beaucoup d’ennuis, peu de remerciements et un salaire encore plus maigre ».

Comme la majorité des membres de l’élite de la province, Crookshank se lança dans la spéculation foncière dès son arrivée au Haut-Canada. En 1797, il avait reçu de la couronne une concession de 1 200 acres, dont une partie devint le domaine Crookshank. Cette propriété d’une superficie de 330 acres environ était située à l’ouest de l’allée Crookshank (rue Bathurst). Il possédait une autre ferme d’une superficie à peu près semblable à Thornhill, à environ 10 milles au nord d’ York, et une troisième encore plus au nord, à Newmarket. À York même, il acheta un nombre considérable de propriétés qu’il mit en location.

Crookshank fit aussi des investissements par l’intermédiaire de la maison commerciale de son frère Robert William, à Saint-Jean, mais ses principaux intérêts à l’extérieur du Haut-Canada se trouvaient à New York. Après la guerre de 1812, il y séjourna régulièrement pour s’occuper de questions financières concernant ses sœurs et lui-même. Ce fut à New York qu’il rencontra sa femme, dont les frères géraient la maison Lambert and Company, dirigée par David Rogers Lambert. Crookshank se méfiait à juste titre de leurs méthodes de gestion, ainsi qu’il écrivit à Samuel F. Lambert en 1826 : « Je dois dire que les intérêts financiers que j’ai dans votre compagnie ont été dès le début une grande source d’inquiétude et de perte pour moi. » Il tenta de couvrir ses avances à la maison Lambert and Company en obtenant des hypothèques sur les propriétés que possédaient les associés à New York et à Harlem. Cependant, après la mort en 1825 de David Rogers Lambert, lequel fut assassiné en revenant d’une réception, la firme ne tarda pas à fermer ses portes. En partie à cause de détournements commis par l’un des autres frères Lambert, Crookshank se trouva entraîné dans un litige qui se prolongea au moins jusqu’en 1830 et il dut sans doute se retirer temporairement du milieu financier du Haut-Canada. Une fois les affaires liquidées, il avait acquis des propriétés considérables, mais ne voulait pas de certaines d’entre elles : des biens à Rochester et une marbrière à Kingsbridge, dans l’état de New York ; de vastes terrains et quelques maisons à Wilton, au Connecticut ; la maison des Lambert ; et surtout deux magasins de valeur qui étaient situés rue Pearl, au cœur du quartier commercial de New York et qu’il donna à bail.

Homme fondamentalement bienveillant qui s’emportait facilement et se calmait tout aussi rapidement, Crookshank prit les membres de la famille Lambert sous sa responsabilité et les aida quand cela fut nécessaire ; de la même façon, il vint en aide à son frère Robert lorsque celui-ci perdit sa fortune. À York, Crookshank menait un train de vie opulent ; il fit agrandir sa maison après son mariage et employait huit serviteurs pour l’entretenir. Il voyageait constamment, souvent dans sa propre voiture, pour se rendre à New York et à Wilton, et il allait à Saint-Jean visiter son frère Robert. Quand la santé de sa femme commença à décliner, plusieurs années avant sa mort en 1840, la belle-sœur de Crookshank, Julia Maria Lambert, vint diriger la maison ; les lettres de celle-ci nous en disent beaucoup sur la société de Toronto. Le fils de Crookshank, George, qui étudia le droit, semble avoir été quelque peu viveur ; il possédait un yacht coûteux et laissa deux fils illégitimes lorsqu’il mourut subitement en 1853. Quant à sa fille Catherine, elle épousa Stephen Heward fils, membre d’une autre vieille famille de Toronto.

Durant ses dernières années, Crookshank passa une grande partie de son temps à administrer ses propriétés de Toronto et à démêler la succession embrouillée de son ami Alexander Wood*, décédé en 1844. Il était aussi devenu, en 1837, l’un des premiers administrateurs de la City of Toronto and Lake Huron Rail Road Company, puis il fit partie du conseil d’administration de Toronto de la Banque de l’Amérique septentrionale britannique, dès sa fondation la même année. Membre de l’Église d’Angleterre, il accorda une aide financière à la cathédrale St James et, en 1850, il fit don d’une somme de 500 $ destinée à la fondation du Trinity College. Durant la dernière décennie de sa longue vie, sa santé s’affaiblit beaucoup et il ne joua plus qu’un petit rôle dans la ville dont il était alors le plus ancien habitant. En 1853, l’expansion de la ville vers l’ouest atteignit sa propriété de la rue Bathurst, et, comme son fils était mort la même année, il commença à vendre des lots en vue du lotissement projeté. L’homologation de son testament montre que les biens qu’il possédait dans le Haut-Canada, à l’exception de ses propriétés foncières, étaient évalués à £40 986.

La carrière de George Crookshank démontre comment un homme de talent pouvait faire fortune, en dépit des fluctuations économiques du début du xixe siècle. De plus, elle donne un aperçu de la vision que l’élite de l’époque se faisait du monde, élite dont les membres, loin d’être immergés dans une ville de province, possédaient souvent des affaires dans d’autres colonies, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, et entretenaient des relations personnelles avec des gens qui y habitaient.

Frederick H. Armstrong

AO, MS 6 ; RG 22, sér. 305, testament de George Crookshank ; testament de J. M. Lambert.— APC, RG 1, L3, 91 : C3/27, 33 ; 93 : C5/16 ; 99 : C11/79 ; RG 8, I (C sér.), 115B-D, 116.— APNB, Crookshank papers.— MTL, William Allan papers, letter-book recording letters written by Allan as commissioner of the Canada Company.— Walter Barrett [J. A. Scoville], The old merchants of New York City (5 vol., New York, 1862), 2 : 308–316.— J. [M.] Lambert, « An American lady in old Toronto : the letters of Julia Lambert, 1821–1854 », S. A. Heward et W. S. Wallace, édit., SRC Mémoires, 3e sér., 40 (1946), sect. ii : 101–142.— Town of York, 1793–1815 (Firth), 220, 222, 314–315 ; 1815–34 (Firth), 45, 184.— Globe, 22 juill. 1859.— Patriot (Toronto), 21 févr. 1837.— Armstrong, Handbook of Upper Canadian chronology.— D. S. Macmillan, « The « new men » in action : Scottish mercantile and shipping operations in the North American colonies, 1760–1825 », Canadian business history ; selected studies, 1497–1971, D. S. Macmillan, édit. (Toronto, 1972), 85, 93–94.— Scadding, Toronto of old (1873), 62–63, 80, 148, 287, 356.— T. W. Acheson, « The great merchant and economic development in St. John, 1820–1850 », Acadiensis (Fredericton), 8 (1978–1979), nº 2 : 3–27.

Bibliographie générale

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Frederick H. Armstrong, « CROOKSHANK, GEORGE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/crookshank_george_8F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
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