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CURRIER, JOSEPH MERRILL, marchand de bois, homme d’affaires et homme politique, né en 1820 à North Troy, Vermont, septième fils d’Ezekiel Currier ; en 1846, il épousa Christina Wilson, et ils eurent un fils, puis, en 1861, Anne (Annie) Crosby (elle mourut la même année), et, en 1868, Hannah (décédée en 1901), fille de Ruggles Wright, de Hull, Québec ; décédé le 22 avril 1884 à New York.

Joseph Merrill Currier, presbytérien d’ascendance canadienne-française, fit des études à North Troy avant d’émigrer au Canada en 1837. Il entra en qualité d’employé dans le commerce du bois de la vallée de l’Outaouais. Par la suite, il géra les scieries de Levi Bigelow à Buckingham, Bas-Canada, puis le commerce de bois de Thomas McKay* et de John McKinnon à New Edinburgh (maintenant partie d’Ottawa), où il fonda un foyer. Vers 1850, il s’associa à Moss Kent Dickinson*, éminent transitaire, marchand de bois et homme politique, et ensemble ils bâtirent à Manotick, Haut-Canada, un moulin à blé et une scierie qui écoulait son bois de sciage sur le marché américain. Currier se retira de la firme en 1863. Depuis 1853, il exploitait personnellement une entreprise de bois à New Edinburgh, sur la rivière Rideau, qu’il vendit à la fin des années 1860. Il fut aussi un des associés de la firme Wright, Batson and Company, qui devint plus tard la Wright, Batson and Currier de Hull. En 1868, cette firme construisit une scierie à vapeur à Hull et, en 1871, elle produisait annuellement 30 millions de pieds de bois.

Currier possédait des intérêts financiers considérables en dehors de l’industrie du bois. De 1872 à 1877, il fut président de la Citizen Printing and Publishing Company, qui était propriétaire de l’Ottawa Daily Citizen quoiqu’elle n’exerçât pas d’influence sur la politique éditoriale du journal. En 1873, il demanda la constitution de cette firme en société commerciale. Président de la Compagnie du chemin de fer d’Ottawa et la vallée de Gatineau et de la Compagnie du chemin de fer d’Ontario et Québec, il siégea aussi au conseil d’administration de l’Ottawa City Passenger Railway Company [V. William Goodhue Perley]. Currier avait aussi des intérêts dans l’Upper Ottawa Improvement Company, dans la Victoria Foundry avec Horace Merrill et dans « une foule d’autres entreprises », y compris des tanneries, des compagnies d’assurances et de commerce bancaire. Toutefois, au milieu des années 1870, sa carrière d’homme d’affaires s’effondra et, lorsque les flammes ravagèrent la scierie de la firme Wright, Batson and Currier en 1878, il était, d’après son collègue et ami Alonzo Wright*, « irrémédiablement [acculé à la] faillite ». Il parvint néanmoins à conserver la maison qu’il avait fait construire en 1868 au 24, Sussex Drive, à Ottawa, et qui devint plus tard la résidence officielle du premier ministre du Canada. En 1873, il avait été nommé président de l’Ottawa Valley Immigration Society.

Au cours de la décennie qui précéda la Confédération, Currier développa un goût pour la politique et représenta le quartier By au conseil municipal d’Ottawa. Aux élections de 1863, il l’emporta sur Richard William Scott* et devint député de la circonscription d’Ottawa au parlement de la province du Canada. Bien que choisi en qualité de partisan de John Sandfield Macdonald*, Currier vota invariablement du côté des conservateurs à la chambre et appuya le projet de confédération pendant les débats de 1865. Il représenta seul la circonscription d’Ottawa au parlement fédéral de 1867 à 1872, puis fut l’un des deux députés de cette circonscription de 1872 à 1882. Conservateur fidèle au niveau fédéral, il ne l’était pas d’une manière aussi ferme à l’échelon provincial. En 1871, au moment où Edward Blake* forma un gouvernement provincial libéral, les leaders de la région d’Ottawa souhaitaient vivement que Scott, l’ancien adversaire de Currier, fasse partie du nouveau gouvernement libéral afin de protéger les intérêts spécifiques de la vallée de l’Outaouais, entre autres dans le domaine du bois d’œuvre et des lignes de chemin de fer. Currier, qui défendait ces intérêts économiques régionaux, conseilla à Scott dans un télégramme : « Allez-y sans faute. »

Bien que Currier prît à cœur son rôle de député, il était « du genre silencieux » et ne participait pas beaucoup aux débats de l’Assemblée législative. Ses interventions, habituellement courtes, ne portaient que sur un nombre restreint de questions. Désireux de voir Ottawa érigé en véritable capitale, il présenta, dès sa première session, en 1863, une motion réclamant le rapide achèvement des édifices du parlement. Au cours des ans, il manifesta régulièrement l’intérêt qu’il portait à diverses entreprises commerciales telles que le transport sur la rivière Outaouais et le commerce du bois. Bien que presbytérien, Currier se préoccupait de ses électeurs catholiques et, en 1875, il prit la défense des catholiques du Nouveau-Brunswick, à qui l’on refusait le droit d’avoir leurs propres écoles, déclarant à la chambre des Communes qu’ils ne devraient pas être privés des « lois et privilèges dont jouissaient la minorité protestante au Québec et la minorité catholique en Ontario ». Deux ans plus tard, il soutint une motion visant à rendre bilingue la lecture des prières à la chambre des Communes.

Le 16 avril 1877, Currier renonça à son siège à la suite d’une infraction à la loi de « l’indépendance du parlement », dénoncée en chambre par le libéral Wilfrid Laurier*. Le débat qui s’ensuivit, sur les marchés conclus entre le gouvernement et différentes entreprises auxquelles Currier était associé, révéla que l’infraction était d’ordre technique uniquement et que les libéraux en haut lieu étaient motivés par des intérêts partisans. Currier s’expliqua en ces termes : « la firme T. W. Currier & Co. (dans laquelle à l’époque j’étais un associé, inactif toutefois) a reçu le 21 mai 1874 une commande de marchandises du directeur des pénitenciers […] qui furent livrées en juin 1874 […] Je constate aussi que l’entreprise Baston [Batson] & Currier, dont je suis membre, a livré plusieurs petites commandes de bois pour la bibliothèque du parlement [...] ais, en chaque cas, sans que j’en sois personnellement informé. » Au cours d’une élection partielle chaudement disputée, tenue le 9 mai 1877, Currier fut réélu, mais s’avéra incapable de faire face à ses dépenses électorales, de sorte qu’un organisateur du parti conservateur se retrouva, à son grand dépit, avec des factures en souffrance s’élevant à $700.

Lorsque les conservateurs reprirent le pouvoir en 1878, des démarches furent entreprises pour faire nommer Currier au cabinet. Alonzo Wright confia à sir John Alexander Macdonald* que Currier se trouvait dans « une situation difficile » par suite de sa faillite et qu’un « refuge » devrait lui être offert sous la forme d’un siège au cabinet. Joseph Tassé*, codéputé de la circonscription d’Ottawa avec Currier, appuya fortement la cause de son collègue : « M. Currier a fait des sacrifices immenses pour le parti, et sa nomination comme ministre serait généralement bien accueillie. » Currier était apparemment convaincu que sa récompense politique allait lui être accordée sous peu, mais il se trompait car jamais il ne siégea au cabinet. Il ne se présenta pas aux élections de 1882. Nommé maître de poste d’Ottawa le 23 mai 1882, il le demeura jusqu’à sa mort.

Currier, émigrant peu instruit, devint un homme d’affaires fort prospère jusqu’au jour où des difficultés surgirent, au milieu des années 1870. Homme politique sans envergure, il se révéla en réalité un homme d’affaires en ce domaine, un conservateur sincère qui reçut des faveurs politiques lorsqu’il se trouva dans le besoin. Pour Currier, la politique s’avéra donc une véritable assurance contre la faillite.

Donald Swainson

APC, MG 24, B40 ; MG 26, A ; MG 27, II, D14.— Canada, chambre des Communes, Debates, 1875–1882.— Free Press (Ottawa), 22 nov. 1878, 22 avril 1884.— Ottawa Daily Citizen, 11 nov. 1873, 12 janv. 1874, 23, 25 avril 1884.— Canadian directory of parl. (J. K. Johnson).— CPC, 1873.— Dominion annual register, 1884.— J. W. Hughson et C. C. J. Bond, Hurling down the pine ; the story of the Wright, Gilmour and Hughson families, timber and lumber manufacturers in the Hull and Ottawa region and on the Gatineau River, 1800–1920 (Old Chelsea, Québec, 1964).— Swainson, « Personnel of politics ».— H. [J. W.] et Olive Walker, Carleton saga (Ottawa, 1968).

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Donald Swainson, « CURRIER, JOSEPH MERRILL », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/currier_joseph_merrill_11F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   16 septembre 2014