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DACCARRETTE (Dacaret, d’Acaret), MICHEL ou Miguel (il signait Daccarrette le Jeune), capitaine de navire, corsaire, entrepreneur en pêcheries et marchand, né probablement avant 1690 à Hendaye, France, fils de Jacques Daccarrette et probablement de Marie Gastaignol, décédé en 1745 lors du siège de Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton).

Michel Daccarrette émigra apparemment au poste de pêche de Plaisance (Placentia, T.-N.) avant 1704 ; à cette date, le recensement signale la présence d’un frère aîné, Joannis, et de « deux frères », probablement Michel et Jacques. Joannis exploitait une entreprise de pêche, possédait des intérêts dans la course et se livrait à d’autres activités commerciales. La première opération d’affaires de Michel, consignée dans les documents en 1709, concerne une participation à titre d’actionnaire dans un corsaire, la Marie. En 1712, il s’embarqua comme capitaine sur un charroi, le Trompeur, corsaire de 15 tonneaux, portant une garantie de 15 000# de François Boschet de Saint-Martin, éminent armateur de Plaisance. En 1713, Daccarrette commandait la Marianne, un petit vaisseau qui se rendait à Cayenne en Guyane et en France. À Plaisance, Joannis et Michel Daccarrette étaient des membres importants de ce qui semblait une coterie de marchands et d’entrepreneurs en pêcheries influents, souvent unis par des liens de famille et possédant des relations outre-mer, particulièrement dans la région de Bayonne en France. Après 1741, lorsque la colonie de Plaisance partit pour l’île Royale, ce groupe devait occuper une place considérable à Louisbourg. Daccarrette s’était marié une première fois à Plaisance en 1713 ; sa femme, Jeanne Gonillon, semble l’avoir accompagné à Louisbourg avec un enfant, vraisemblablement leur fille Catherine.

À l’île Royale, les Daccarrette mirent sur pied une entreprise de pêcheries : Joannis s’établit à Louisbourg, Jacques et Michel, à La Baleine (Baleine Cove), où Michel débuta avec quatre chaloupes. En 1718, il était déjà rendu à Louisbourg où il acheta une pêcherie ; en 1726 il était propriétaire d’autres pêcheries à Niganiche (Ingonish), Saint-Esprit et Fourché (Fouchu), et possédait en tout 34 chaloupes. Daccarrette poursuivit l’exploitation de l’industrie de la pêche avec persévérance : en 1721–1722, avec Boschet de Saint-Martin, alors établi à Petit Degrat (île du Petit-de-Grat), il réussit à briser le monopole de pêche du comte de Saint-Pierre sur l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) et les îles avoisinantes et il s’ensuivit une suite interminable de procès devant les tribunaux, de part et d’autre de l’Atlantique [V. Gotteville* de Belile]. Daccarrette se lança aussi dans le commerce du poisson pour son propre compte ; en 1726, il avait déjà expédié deux cargaisons en France et, vers la fin des années 20, les Antilles constituaient un autre débouché pour son poisson. II était un des plus gros entrepreneurs en pêcheries de l’île Royale et cette industrie lui servit d’assise à de nombreuses autres entreprises.

Michel Daccarrette se lança dans quelques unes de ces entreprises avec Joannis mais il en assuma rapidement la direction. Pour un prix supérieur de 40 p. cent à celui qui avait cours en France, les frères importèrent de Saint-Malo, en 1718, du sel, des provisions de bouche, des vêtements, de la quincaillerie et des fournitures de bateaux ; ils vendaient ces marchandises sur l’île Royale même ou les exportaient à Québec. En 1719, Michel Daccarrette et Blaise Cassaignolles importèrent des vivres de Joseph Cadet, négociant de Québec. Apparemment, ce commerce se poursuivit tout au long des années 20 et 30. À une certaine époque, on soupçonna Daccarrette de se livrer au commerce illicite. Le ministre de la Marine le dénonça en 1727 pour avoir servi de couverture au gouverneur de Louisbourg, Saint-Ovide [Monbeton], qu’on accusait d’expédier aux Antilles des produits de la Nouvelle-Angleterre à bord de navires français. On ne réussit jamais à prouver ces accusations mais on sait qu’au cours de la même année Daccarrette loua un navire à un marchand de Louisbourg qui faisait le commerce avec la Martinique. Entre 1720 et 1740, Daccarrette fut impliqué dans la vente d’au moins 17 vaisseaux jaugeant entre 30 et 50 tonneaux, d’une valeur approximative de 3 500# l’unité, à des acheteurs des deux côtés de l’Atlantique. Bon nombre de ces navires semblent avoir été construits à l’île Royale.

Daccarrette fit au moins un voyage à Hendaye à la fin des années 20, et il se peut qu’en d’autres circonstances il se soit rendu aux Antilles et en France. En 1722, sa belle-sœur, la veuve Catherine Gonillon, lui confia la gestion de ses affaires à Saint-Domingue (île d’Haïti) et à La Rochelle. Peut-être est-ce à l’occasion d’un de ces voyages qu’il se familiarisa avec les techniques commerciales de l’époque, y compris l’emploi de la comptabilité en partie double. En 1726, probablement après la mort de sa femme, il eut un enfant naturel de Catherine. Ils s’épousèrent l’année suivante après avoir obtenu une dispense papale, par suite de l’empêchement que constituait son premier mariage. Ils eurent neuf autres enfants dont cinq moururent en bas âge.

Les affaires que Daccarrette fit en France semblent avoir eu pour bases principales Bayonne et Saint-Jean-de-Luz. Dans ce dernier port, il traita particulièrement avec Bernard Damestoye, Joannis Darguinarat et Joannis (Jean) de Saint-Martin ; il fut l’agent de ce dernier en 1725. Darguinarat et Damestoye fournissaient à Daccarrette de la brique qu’il vendait au magasin du roi à Louisbourg ; en association avec ceux-ci et un marchand espagnol, don Matheo Illanos, il se risqua à expédier pour 50 626# de tabac à Saint-Jean-de-Luz en 1726. Cette entreprise était financée en partie par l’influent marchand de Bayonne, Léon Brethous, qui fournit 10 000# à 24 p. cent sur un « prêt à la grosse », c’est-à-dire un mode de financement par lequel le navire servait de garantie au prêt, lequel n’était pas remboursable si le voyage n’était pas mené à terme. En 1738, Joannis de Saint-Martin et Daccarrette vendirent 200 quintaux de morue à Brethous contre une avance de 16 000# Daccarrette devait assurer le transport gratuit de la morue sur un de ses bateaux ou sur celui de quelqu’un d’autre. En cas de non-livraison, il en expédierait une quantité plus considérable l’année suivante, et à un prix moindre. De fait, il n’effectua pas la livraison, mais on ne sait pas s’il compensa par la suite. Brethous s’immisça plus profondément dans les opérations commerciales de Daccarrette en 1738, en prêtant à Saint-Martin 6 000# à la grosse à 18 p. cent sur une garantie de Daccarrette. Ultérieurement, Saint-Martin faillit à ses engagements. L’année suivante, Daccarrette ne put faire face au remboursement d’une avance au montant de 6 000ª consentie par Brethous et la bourse de Bayonne le condamna en 1742. Il résulta de toutes ces opérations financières que Daccarrette dut consentir à pays 30 000# à Brethous par versements échelonnés jusqu’en 1753.

Ces difficultés, ajoutées au déclin des pêcheries sédentaires entre 1739 et 1745, placèrent Daccarrette dans une situation financière précaire. En avril 1743, il vendit pour 25 000# quelques-uns de ses biens immobiliers qu’il possédait à Louisbourg. Au moment de sa mort, en 1745, il devait encore 37 000#, dont 26 000 à Brethous. Il possédait encore une maison et des terrains à Louisbourg, des maisons et des établissements de pêche à La Baleine et à Fourché. On ne sait ce qu’il advint de ses autres pêcheries. Le reste de son actif consistait en créances, dont un grand nombre ne furent jamais acquittées. Ses biens tombèrent aux mains des envahisseurs anglais en 1745 mais plus tard, son fils Michel et ses autres héritiers les récupérèrent.

T. J. A. LGoff

AN, Col., 45, 52 ; Col., C11C°, 11, 12 ; Col., E, 103 (dossier Daccarrette) ; Section Outre-Mer, G1, 406–410, 466–467 ; G2, 178–180, 183, 185, 211 ; C 7/175, 8/176, 2 037–2 039, 2 046–2 047, 2 055–2 058.— Édits ord., II.— P.-G. Roy, Inv. jug. et délib., 1717–1760.— McLennan, Louisbourg.— H. A. Innis, Cape Breton and the French regime, MSRC, 3e sér., XXI (1935), sect.ii : 5187.

Bibliographie générale

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T. J. A. Le Goff, « DACCARRETTE, MICHEL (mort en 1745) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/daccarrette_michel_1745_3F.html.

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Auteur de l'article:   T. J. A. Le Goff
Titre de l'article:   DACCARRETTE, MICHEL (mort en 1745)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   30 juillet 2014