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DAOUST (D’Aoust), CHARLES, avocat, journaliste et homme politique, né à Beauharnois, Bas-Canada, le 23 janvier 1825, fils de Charles Daoust, cultivateur, et de Françoise Dandurand ; il épousa le 16 décembre 1856 Angèle Doutre dont il eut un fils ; décédé à Montréal le 27 février 1868.

L’année 1825 fut une année faste pour la petite agglomération de Beauharnois, car à moins de deux mois d’intervalle naquirent deux enfants qui, par la parole et par la plume, compteraient parmi les chefs de file du parti démocrate ou « rouge », Charles Daoust et Joseph Doutre*, né le 11 mars suivant.

L’enfance de Charles Daoust fut marquée par les événements de 1837–1838, au cours desquels son père fut emprisonné à Montréal. Le jeune Charles fréquenta sans doute l’une des deux écoles que, le 2 mai 1830, on avait établies à Beauharnois en conformité avec la loi de 1829 sur les écoles élémentaires. Il fit ensuite son cours classique au collège Saint-Pierre de Chambly, sur le Richelieu, fondé en 1825 par l’abbé Pierre-Marie Mignault, établissement qui vit sa réputation s’affermir lorsque l’abbé Charles La Rocque* en fut le directeur durant l’année 1835–1836. Entré au collège en 1836, Daoust se révéla un élève studieux et doué. Il excella surtout dans l’étude du latin, du grec et de l’anglais. Quant à la littérature française, il lui voua un culte fervent et éclairé. Son auteur de prédilection fut Chateaubriand ; en poésie, Lamartine exerça sur son goût une influence déterminante, si l’on en juge par les alexandrins romantiques qu’il aligna dans « Douleur amère », pièce datée de 1845 et publiée dans le Répertoire national.

Subissant l’influence de sa mère qui désirait le voir devenir prêtre, Daoust revêtit en 1844 la soutane, mais pour la déposer dès l’année suivante, au moment où il commença à Montréal, sous la direction de l’avocat irlandais Lewis Thomas Drummond*, ses études de droit. Il fut admis au Barreau du Bas-Canada le 27 octobre 1847. La même année il se retrouvait parmi les 13 collaborateurs du journal l’Avenir de Montréal, que George Batchelor et Jean-Baptiste-Éric Dorion venaient de fonder. En dépit de l’anonymat des articles, on ne tarda pas à remarquer la vivacité de plume de Daoust, « écrivain peu ordinaire », au jugement de Laurent-Olivier David*. De là à lui attribuer la paternité de la petite comédie qui parut au début d’août 1848 dans l’Avenir sous le titre « la Tuque bleue » et qui représentait George-Étienne Cartier* se sauvant à toutes jambes lors de la bataille de Saint-Charles, il n’y avait qu’un pas, ou plutôt qu’un bond que fit dans le bureau de l’Avenir l’irascible Cartier pour s’en prendre rageusement à Daoust. Dorion voulut s’interposer, mais Cartier l’écarta dédaigneusement. Finalement c’est avec Joseph Doutre que Cartier consentit à en découdre au pistolet sur les pentes du mont Royal, puis, devant l’arrivée inopinée de la police, dans les environs de Chambly. Il n’y eut pas effusion de sang, mais l’honneur était sauf !

Au journaliste succéda l’avocat. Daoust était à Beauharnois en 1851 et y pratiquait le droit. La même année il perdit sa mère ; deux ans plus tôt, son unique frère, le docteur Roger Daoust, était décédé en mer. À Montréal on n’avait pas oublié les articles allégrement troussés du collaborateur de l’Avenir. La première année, en 1852, à la rédaction du Pays, le nouvel organe montréalais de la cause libérale, s’étaient succédé Louis-Antoine Dessaulles*, Louis Labrèche-Viger* et Joseph-Adolphe Hawley. Finalement en mars 1853 on fit appel au dévouement et à la plume expérimentée de Daoust. La pétulance juvénile avait fait place à une modération de propos qui cadrait parfaitement avec la consigne du propriétaire, l’imprimeur Jacques-Alexis Plinguet*, et des actionnaires du journal, lesquels s’étaient proposé, suivant Edmond Lareau*, de « rallier les esprits divisés par les hardiesses et les exagérations de l’Avenir ». Ainsi lors du passage à Montréal, au début de juin 1853, du fougueux tribun italien Alessandro Gavazzi, Daoust réprouva-t-il « ces déclamations violentes » contre le catholicisme : « Ces questions sont trop épineuses, en Canada plus que partout ailleurs, commentait-il, pour qu’il soit prudent de les soulever. »

Les éditoriaux à la fois chaleureux et circonspects de Daoust contribuèrent certainement dans une large mesure au succès des candidats démocrates lors des élections de 1854. Lui-même fut élu député du comté de Beauharnois. L’élection de Daoust fut saluée par le Moniteur canadien du 3 août 1854 comme « l’un des plus beaux triomphes de la démocratie ». Même des adversaires irréductibles des libéraux comme Joseph-Charles Taché* et Pierre-Joseph-Olivier Chauveau*, qui signèrent du pseudonyme Gaspard Le Mage leur diatribe intitulée la Pléiade rouge, ne pouvaient s’empêcher d’émousser la pointe de leur satire à l’endroit de Daoust, « grand, rude, vigoureux et pas très beau garçon qui ne se laisse pas que de se faire aimer et estimer de ceux qui le connaissent ». Selon eux, « M. Daoust, la plume en main, malgré beaucoup d’outrecuidance et de rudesse, a généralement montré plus de tact et de bon sens que la démocratie n’a coutume d’en admettre ».

La victoire a quelque chose d’enivrant. « L’avenir est à la démocratie », exultait Daoust dans un éditorial élaboré du Pays, le 29 août 1854. Il décelait même dans « cette loi invariable qui préside à la formation, au développement des sociétés [...] la volonté du Créateur, du législateur suprême [...]. En Canada, concluait-il, [...] trois siècles à peine se sont écoulés et le gouvernement absolu n’existe plus que dans nos souvenirs et la noblesse a complètement disparu ; seul l’élément démocratique est resté debout sur ces deux ruines, et il grandit en dépit ou plutôt en raison même des obstacles qu’on oppose à sa croissance. » L’un des obstacles au progrès de la démocratie canadienne était certainement, aux yeux de Daoust et de ses amis, l’opposition de moins en moins discrète du clergé. Daoust lui-même avait été l’objet, lors de la campagne électorale dans Beauharnois, de l’hostilité de deux curés. Cette hostilité cléricale s’accentua quand, au cours de la session de 1856, le député démocrate Joseph Papin fit son plaidoyer pour l’école neutre. Daoust appuya la proposition Papin. Or George Brown* s’en prenait, durant la même session, aux écoles séparées du Haut-Canada ! Il n’est donc pas étonnant qu’en 1857, après la motion Papin, le clergé fût beaucoup plus prévenu contre les « rouges » qu’en 1854. Aussi les élections de 1857–1858 furent-elles assez décevantes pour les libéraux, qui perdirent quelques sièges. Papin fut défait dans L’Assomption et Daoust dans Beauharnois par Gédéon Ouimet*.

Il restait à Daoust d’être personnellement pris à partie par la plus haute autorité du diocèse, Mgr Ignace Bourget*, dans l’une des trois lettres pastorales que l’évêque de Montréal publia les 10 mars, 30 avril et 31 mai 1858 contre l’Institut canadien et la presse libérale. La lettre du 31 mai était une condamnation sans appel du libéralisme, condamnation qui empruntait ses arguments à l’encyclique Mirari vos du 15 août 1832, laquelle réprouvait tout particulièrement la thèse libérale de la séparation de l’Église et de l’État. Or Daoust s’était écrié, le 8 février 1858, lors d’un banquet offert par des amis politiques : « Depuis que je m’occupe des affaires publiques, j’ai toujours été d’opinion que l’Église et l’État devraient avoir une existence séparée, vivre chacun de leur propre vie et non s’identifier dans une action commune. » Après avoir cité ce « langage impie », mais sans en indiquer l’auteur et la provenance, Mgr Bourget ajoutait : « vous reconnaissez, N.T.C.F., les partisans de la liberté effrénée, dont vient de nous parler le Père commun. Lui, qui écrit sous les divines inspirations du St-Esprit, il signale comme favorable et salutaire la concorde de l’Empire avec le sacerdoce. »

À cette date Daoust était encore rédacteur du Pays, mais il s’était assuré la collaboration de l’émigré français Henri-Émile Chevalier*. Pour sa part, le propriétaire de la feuille libérale, Plinguet, sans doute alarmé par l’effet des anathèmes épiscopaux sur la circulation du journal, avait cédé ses droits à la Société Dorion et Cie en juin 1858. Un an plus tard, Daoust se retirait à son tour du Pays, tandis que Chevalier restait seul rédacteur jusqu’au mois de novembre 1859, moment où le jeune Médéric Lanctot* prit la relève. Le journaliste fut heureux de reprendre la vie plus paisible de l’avocat, s’étant associé avec ses beaux-frères Joseph et Gonzalve Doutre*. Membre de l’Institut canadien, dont il exaltait, dans une conférence de décembre 1853, les « caractères certains de vitalité », il en était élu président en 1860 pour constater qu’en d’autres temps la situation du groupe avait été « plus brillante ». Mais du moins restaient « la force et la gloire de l’Institut » : « Ici, liberté de penser, liberté de discussion, libéralité, tolérance ; point d’exclusion, point de censure. »

En janvier 1864, Daoust revenait au journalisme en succédant à Louis-Antoine Dessaulles, qui avait assuré la rédaction du Pays du 1er mars 1861 à la fin de décembre 1863. Il ne ménagea pas les éloges à Dessaulles, précisant que s’il ne frapperait pas aussi fort que son prédécesseur, son intention était de « frapper aussi juste ». Comme tous ses confrères de la presse canadienne, il multiplia les commentaires sur la grande question qui agitait alors l’opinion, la confédération des provinces de l’Amérique britannique. Il ne fut pas le moins virulent des journalistes libéraux à dénoncer le système qui allait diminuer l’influence des députés du Bas-Canada dans le parlement central, qui laisserait au contrôle de celui-ci les grandes affaires financières et qui ne ferait de la chambre locale du Bas-Canada « guère autre chose qu’un grand conseil municipal ». Mais les dés en étaient jetés. Le projet confédératif était approuvé par la chambre d’Assemblée du Canada-Uni dans la nuit du 10 mars 1865, au cours de laquelle, s’indignait Daoust, « aura été commis l’acte le plus inique, le plus dégradant dont le régime parlementaire ait été témoin depuis la trahison des députés irlandais qui ont vendu leur pays à l’Angleterre pour des places, des honneurs et de l’or ».

Charles Daoust resta rédacteur du Pays jusqu’à l’automne de 1865 pour être remplacé par le jeune Alphonse Lusignan*. Miné par la tuberculose, il s’éteignit dans son domicile montréalais en février 1868, à l’âge de 43 ans. Lui survivaient sa femme et son fils unique, dont le double prénom, Charles-Roger, allait rappeler son souvenir et celui de son frère bien-aimé.

Philippe Sylvain

APC, MG 30, D62, 9, pp.838–840.— L’Avenir, 1847–1850.— Le Pays, mars 1853–mai 1859, janv. 1864–oct. 1865, 29 févr. 1868.— Fauteux, Patriotes, 195s.— Bernard, Les Rouges.— L.-O. David, L’Union des deux Canadas, 1841–1867 (Montréal, 1898), 135.— Ægidius Fauteux, Le duel au Canada (Montréal, 1934), 273–278.— Gaspard Le Mage [P.-J.-O. Chauveau et J.-C. Taché], La pléiade rouge (Québec, 1854), 10.— Edmond Lareau, Mélanges historiques et littéraires (Montréal, 1877), 39.— Augustin Leduc, Beauharnois, paroisse Saint-Clément, 1819–1919 ; histoire religieuse, histoire civile, fêtes du centenaire (Ottawa, 1920), 95s., 158, 168.— Le répertoire national, ou recueil de littérature canadienne, James Huston, édit. (2e éd., 4 vol., Montréal, 1893), III : 212–214.— Robert [Philippe] Sylvain, Clerc, garibaldien, prédicant des deux mondes : Alessandro Gavazzi (1809–1889) (2 vol., Québec, 1962), II : 391 ; Libéralisme et ultramontanisme, Le bouclier d’Achille (Morton), 225s.

Bibliographie générale

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Philippe Sylvain, « DAOUST, CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/daoust_charles_9F.html.

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Auteur de l'article:   Philippe Sylvain
Titre de l'article:   DAOUST, CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   18 avril 2014