Secrétaire de la province de Québec de 1919 à 1936, Athanase David (1882–1953) fait sa marque dans plusieurs domaines, comme la culture, l’éducation et la santé. On lui doit notamment la création du Service des archives de la province de Québec en 1920, du Service de l’assistance publique de Québec en 1921, de l’école des beaux-arts de Québec, de l’école des beaux-arts de Montréal et du Service provincial d’hygiène de la province de Québec en 1922, et l’ouverture du Musée de la province en 1933. David peut être considéré comme le premier homme politique au pouvoir à avoir élaboré une vision culturelle d’ensemble pour l’avenir de la société canadienne-française.
Titre original :  BM1-5P0494-01 - Archives de Montréal

Provenance : Lien

DAVID, ATHANASE (baptisé Louis-Athanase, il tend à délaisser le prénom Louis au cours des années 1910), avocat et homme politique, né le 24 juin 1882 dans la paroisse Notre-Dame, à Montréal, fils de Laurent-Olivier David*, avocat, et d’Albina Chenet ; le 3 novembre 1908, il épousa au même endroit Antonia Nantel*, et ils eurent cinq enfants ; décédé le 26 janvier 1953 à Montréal et inhumé quatre jours plus tard à Sainte-Agathe (Sainte-Agathe-des-Monts, Québec).

Famille

Athanase David appartient à une grande famille libérale de la province de Québec. Né à Montréal le 24 juin 1882, jour de la Saint-Jean-Baptiste, il doit l’un de ses prénoms de baptême à son parrain, le poète Louis Fréchette*, et l’autre, au général français Athanase Charette de La Contrie, alors en visite au Canada. Son père, Laurent-Olivier, avocat, journaliste, historien et sénateur, est un ami personnel de sir Wilfrid Laurier* [V. Sir Wilfrid Laurier]. Il lui consacre d’ailleurs une biographie, et publie une vingtaine d’ouvrages, dont une histoire des patriotes de 1837–1838. Ardent nationaliste dans la perspective pancanadienne de Laurier, il exerce une profonde influence sur la pensée du jeune Louis-Athanase, nourrie par la mémoire des patriotes, par les idées libérales en matière d’éducation et par l’idéologie nationaliste de son temps qui prône la conquête du pouvoir économique par les Canadiens français. Quant à Albina Chenet, sa mère, elle meurt en 1887 des suites d’une tuberculose. Elle laisse dans le deuil son fils unique, alors âgé de cinq ans, et ses dix filles. Le 3 novembre 1908, Louis-Athanase David se marie à Antonia Nantel, fille du journaliste et de l’homme politique conservateur Guillaume-Alphonse*, qui a représenté la circonscription électorale provinciale de Terrebonne de 1882 à 1900.

Études et carrière politique

David fréquente le collège du Mont-Saint-Louis de 1891 à 1895, puis le collège Sainte-Marie, où il obtient un baccalauréat ès sciences en 1902. Il fait ses études en droit à l’université Laval à Montréal, qui lui décerne un baccalauréat en 1905. Le Barreau de la province de Québec l’admet la même année. Il pratique le droit à Montréal avec Édouard Montpetit et Arthur Vallée pendant quelque temps. Vers 1906, il forme avec Henry J. Elliott un cabinet qui existe jusqu’au début des années 1930 et auquel se joignent d’autres avocats. Son élection à la présidence de l’Association du jeune barreau de Montréal pour l’année 1913–1914 a été le prélude à une longue carrière politique au Québec.

David est élu député provincial libéral dans la circonscription de Terrebonne en 1916, puis réélu sans opposition en 1919. Il démissionne le 25 août lors de sa nomination comme secrétaire de la province, fonction ministérielle qu’il exercera jusqu’en 1936. Réélu sans opposition à l’élection partielle du 6 septembre de la même année, il est de nouveau élu en 1923, en 1927, en 1931, puis en 1935, grâce au vote du directeur du scrutin de la circonscription, Anthony Lessard, rendu nécessaire en raison d’une erreur technique sur les bulletins de vote qui a entraîné leur rejet en entier. Il ne se représente pas en 1936. Réélu en 1939, il manifeste sa déception de ne pas faire partie du cabinet du nouveau premier ministre, Adélard Godbout. Ce dernier, qui souhaite prendre ses distances avec le gouvernement sortant libéral de Louis-Alexandre Taschereau, lui offre plutôt la présidence de l’Assemblée législative. David refuse. Comme secrétaire de la province, le premier ministre lui préfère d’abord Henri Groulx, qui occupe cette fonction du 8 novembre 1939 au 16 octobre 1940, en plus de celle de ministre de la Santé. Il nomme ensuite Hector Perrier* secrétaire de la province. David, pour sa part, a démissionné le 14 février 1940, après sa nomination comme sénateur de la division de Saurel par le premier ministre libéral William Lyon Mackenzie King*. Il demeure à ce poste jusqu’à sa mort.

Au cours de ses années en politique provinciale, David a formé un véritable tandem avec Jules-Édouard Prévost, député libéral fédéral de la circonscription de Terrebonne de 1917 à 1930. L’association de la circonscription, qui prend le nom de Club libéral « David-Prévost » du comté de Terrebonne, Limité, en 1928, s’occupe de récompenser les partisans du parti, tant au provincial qu’au fédéral.

Département du Secrétaire de la province

Lorsqu’il a accédé au cabinet du premier ministre libéral sir Lomer Gouin* à titre de secrétaire de la province en 1919, David n’avait que 37 ans. Il continue d’assumer cette fonction sous le gouvernement de Taschereau l’année suivante et sans interruption jusqu’en 1936. Ce long exercice du pouvoir au sein d’un même département lui permet de faire sa marque dans plusieurs domaines. Le département du Secrétaire de la province, dont l’origine remonte à 1868 – et même au delà, sous le régime de l’Union [V. Charles Edward Poulett Thomson*] –, a pour rôle d’enregistrer les lettres patentes et les divers documents officiels. Outre ces fonctions de chancellerie, il se voit confier les compétences résiduaires du gouvernement.

Sous le gouvernement de Taschereau, la province de Québec se développe de façon importante et le département du Secrétaire de la province devient une sorte d’incubateur de futurs départements. David a donc sous sa responsabilité divers services touchant la culture, l’éducation, la santé et l’assistance publique (bien-être social), en plus du Bureau des statistiques de Québec, du registrariat et de la Gazette officielle de Québec.

Éducation supérieure et formation de spécialistes

Influencé par la pensée d’Étienne Parent* et de Robert-Errol Bouchette*, qui a insisté sur la nécessité pour les Canadiens français de rattraper leur retard industriel, tout autant que par les idées de son ami Édouard Montpetit, professeur d’économie politique à l’université de Montréal et à l’École des hautes études commerciales de Montréal, qui prônent le développement de l’enseignement supérieur pour que des étudiants acquièrent des compétences dont la province de Québec a besoin, David poursuit ces objectifs dans les domaines de l’éducation, de la culture et des questions sociales. À l’Assemblée législative, le 13 février 1919, il explique : « Donc il importe que nous poussions nos jeunes gens, dont le cerveau bien préparé est apte à la compétence, vers la spécialisation en les soumettant à une formation que nous ne pouvons trouver ici, faute de professeurs, et qu’ils iront chercher dans les grands centres de la pensée contemporaine. » À une époque où les études supérieures universitaires demeurent sous-développées dans la province de Québec, c’est vers la France que David se tourne pour faciliter cette mise à niveau des élites dans différents domaines.

L’une des premières initiatives de David pour promouvoir la formation de spécialistes survient en 1922 alors qu’il porte de 5 à 15 le nombre de bourses annuelles de 1 200 $ offertes à des étudiants diplômés pour aller parfaire leur éducation en Europe, programme que le premier ministre Gouin a institué deux ans plus tôt pour des études à Paris seulement. Entre 1920 et 1936, le département du Secrétaire de la province octroie ainsi une somme de 673 454 $ à des boursiers dans des domaines aussi divers que les arts, les lettres, le droit, les sciences sociales, la médecine et les sciences pures. L’impact culturel et scientifique des boursiers d’Europe à leur retour au Québec sera considérable.

Toujours en 1922, David dépose un projet de loi pour encourager la production d’œuvres littéraires ou scientifiques par l’entremise d’un concours. Dans son intervention à l’Assemblée législative le 26 janvier, il rappelle que dans un pays encore jeune, les lecteurs se font rares. Aussi, importe-t-il de créer les conditions favorables au développement du talent littéraire. Combien d’œuvres, souligne David, n’auraient pas vu le jour sans le secours du gouvernement qui soutient, depuis plusieurs années déjà, des auteurs de la province de Québec en achetant leurs livres pour en assurer la diffusion ? Le député libéral de Drummond, Hector Laferté, propose alors de donner à ce concours le nom de prix David, à l’exemple du prix Goncourt, en France. Cette forme de reconnaissance publique constitue le premier jalon à l’origine des prix du Québec institués en 1977. Le prix Athanase-David – dorénavant connu sous ce nom et devenu l’un des prix du Québec –, est toujours remis annuellement au xxie siècle par le gouvernement du Québec pour souligner la contribution d’une personne à la littérature québécoise.

Enseignement des beaux-arts et Musée de la province

La création de l’école des beaux-arts de Québec et de l’école des beaux-arts de Montréal en 1922 constitue incontestablement une réalisation majeure de la politique culturelle de David. Antérieurement, un enseignement des beaux-arts a bien existé grâce à des écoles privées ou à des cours du soir offerts par le Conseil des arts et manufactures de la province de Québec au Monument national à Montréal. Toutefois, les artistes qui souhaitent perfectionner leur art doivent le faire en France ou ailleurs en Europe.

Pour s’assurer de la qualité des deux écoles des beaux-arts, David recourt à l’expertise française. Emmanuel Fougerat, directeur fondateur de l’école régionale des beaux-arts de Nantes, en France, se voit confier la direction de l’école des beaux-arts de Montréal, alors que le sculpteur Jean Bailleul exerce la même fonction à Québec. Des enseignants français complètent également les équipes de professeurs de la province de Québec. Lors de l’inauguration de l’école des beaux-arts de Québec le 23 novembre 1922, David et l’architecte Jean-Omer Marchand*, nouvellement nommé président du Conseil supérieur des beaux-arts, prennent la parole pour définir l’orientation de l’établissement. Dans son discours reproduit le lendemain dans la Presse, Marchand affirme que « [l]e gouvernement de Québec a parfaitement compris que, sans une réaction immédiate, l’art canadien tomberait dans une décadence irrémédiable ». Tant pour David que pour Marchand, la mission des écoles des beaux-arts est donc de faire refleurir l’art d’inspiration française comme élément fondamental de l’identité culturelle canadienne-française. Les nombreuses inscriptions à ces deux écoles d’art au fil des décennies suivantes attestent leur succès à éduquer plusieurs générations d’artistes en arts visuels au Québec.

Toujours en cette faste année 1922, David fait sanctionner la Loi concernant les musées de la province. Dans son esprit, la formation d’artistes en arts visuels par un enseignement approprié appelle la mise en place complémentaire d’une institution muséale pour exposer les œuvres des créateurs et pour constituer une collection d’art canadien. Sa fondation se concrétise en 1926, avec le choix d’un architecte, Wilfrid Lacroix, et le lancement d’une campagne intensive d’acquisition d’œuvres d’art sous l’égide du bras droit de David, le sous-secrétaire Charles-Joseph Simard. La construction sur les plaines d’Abraham, à Québec, entravée par la crise économique, s’étend de 1928 à 1931 et coûte 1,2 million de dollars. Le Musée de la province ouvre finalement ses portes au public en 1933. Il comprend alors trois sections : les beaux-arts, l’histoire naturelle et les archives de la province.

Le secrétaire de la province exprime à plusieurs occasions sa conception de l’art qu’il relie à la recherche du beau. Celle-ci s’inscrit dans l’académisme, attitude esthétique qu’il partage avec Charles Maillard*, successeur de Fougerat comme directeur de l’école des beaux-arts de Montréal. Pour David, comme il l’écrit le 28 mai 1935 dans des notes en préparation d’un discours, l’art représente « une facon d’élever le niveau du peuple par l’élévation de ses sentiments et la création de son goût ». Et il ajoute que « [c]e qu’il y a de beau dans l’art, c’est qu’il soit personnel », c’est-à-dire lié au langage propre de l’artiste.

Le 12 décembre 1934, considérant l’œuvre accomplie par David en matière de politique culturelle depuis 15 ans, l’historien de l’art Gérard Morisset* a écrit dans l’Événement : « Par toutes ses initiatives, M. David a suscité des vocations artistiques, provoqué l’épanouissement de talents honorables, facilité la tâche de nos historiens de l’art, créé en un mot une atmosphère favorable à l’éclosion des grandes œuvres. Le public doit donc beaucoup de reconnaissance à l’honorable Secrétaire de la Province. » Il convient à cet égard de souligner que la politique culturelle de David se reflète dans l’augmentation substantielle de l’aide du gouvernement de la province de Québec dans ce domaine. À son arrivée comme secrétaire de la province en 1919, le budget consacré à la culture était à peine de 21 300 $. Ce montant double l’année suivante, et finit par atteindre 307 000 $ en 1930–1931. La crise économique provoque cependant une diminution importante des dépenses par la suite, pour se stabiliser autour de 173 000 $ en 1935–1936.

Patrimoine et archives provinciales

La politique culturelle élaborée par David se conjugue à la fois en fonction du présent et de l’avenir, mais aussi en tenant compte du passé. Si le secrétaire de la province considère comme essentiel de former des élites économiques et culturelles pour répondre aux besoins actuels et futurs de la société canadienne-française, il n’oublie pas de rappeler que l’héritage du passé donne un sens à l’ensemble de sa vision. Dans ses nombreux discours en Chambre et devant divers auditoires, il insiste pour remémorer les sacrifices du passé associés aux luttes politiques et à la lente émergence d’écrivains et d’historiens canadiens-français. La création du Service des archives de la province de Québec et la nomination de Pierre-Georges Roy comme archiviste du gouvernement de la province de Québec ont toutes deux lieu en 1920. Ces décisions s’inscrivent dans la préoccupation de David de conserver des documents historiques afin de les mettre à la disposition des chercheurs. La préservation du patrimoine matériel va dans le même sens avec la fondation en 1922 de la Commission des monuments historiques de la province de Québec formée de cinq membres, sous la présidence d’Adélard Turgeon*, alors aussi président du Conseil législatif.

Vie musicale : apport d’Antonia David

David et sa femme, Antonia, demeurent très actifs dans le développement de la vie musicale. Ils comptent parmi les fondateurs de la Société des concerts symphoniques de Montréal en 1934, l’ancêtre de l’Orchestre symphonique de Montréal. De plus, en 1936, Antonia David, musicienne de formation, met sur pied, avec le chef d’orchestre Wilfrid Pelletier*, des saisons estivales de musique (connues sous le nom de Festivals de Montréal à partir de 1939). Elle en assumera la direction jusqu’en 1952. Athanase ne réussit toutefois pas à créer le conservatoire de musique provincial souhaité, selon le modèle français établi avec les deux écoles des beaux-arts. Le milieu musical est alors trop divisé par des intérêts divergents, tant à Montréal qu’à Québec. Il faut attendre en 1942 pour que le Conservatoire de musique et d’art dramatique de la province de Québec voit le jour, à la suite de la présentation du projet de loi 63 par le secrétaire de la province, Hector Perrier.

Question des écoles juives

Si David s’investit beaucoup dans la promotion de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, ses interventions dans l’enseignement primaire et secondaire, alors sous le contrôle du clergé catholique, se révèlent plus discrètes. Il se contente généralement de déposer en Chambre le Rapport […] annuel du surintendant de l’Instruction publique (Québec), Cyrille-Fraser Delâge, qui relève de sa juridiction. Il ne remet pas en cause les politiques et les structures scolaires en place dominées par le clergé catholique.

Cependant, au tournant des années 1930, David est entraîné dans la controverse entourant le projet de fondation d’écoles juives dans une organisation qui serait distincte des comités catholique et protestant, au sein du Conseil de l’instruction publique. À titre de ministre responsable du département de l’Instruction publique, il sert de médiateur entre les commissaires protestants, les évêques catholiques et le milieu juif en vue de trouver une solution politique et administrative pour régler ce dossier explosif, compte tenu du contexte idéologique et religieux. Le 2 décembre 1930, pendant le discours du trône, l’orateur Télesphore-Damien Bouchard* annonce la conclusion d’une entente avec le comité protestant afin que celui-ci continue d’admettre les élèves d’origine juive dans ses écoles. David s’empresse alors de faire abroger la loi qu’il avait fait sanctionner le 4 avril pour créer la Commission des écoles juives de Montréal. Selon l’historien Robert Rumilly*, qui s’appuie sur une lettre écrite par le secrétaire de la province le 9 avril 1930, David « se rappellera l’affaire des écoles juives comme le plus affreux casse-tête de sa carrière ministérielle ».

Enseignement technique et professionnel

Au fil des années, les gouvernements libéraux de Gouin et de Taschereau ont développé des établissements d’enseignement technique et professionnel dans le but de répondre aux nouveaux besoins économiques, technologiques et culturels de la société. En 1926, David, de qui relève directement ce secteur à titre de secrétaire de la province, fait sanctionner une loi pour coordonner au sein d’un même organisme – la Corporation des écoles techniques ou professionnelles – l’administration de l’École des hautes études commerciales de Montréal, des écoles techniques de Montréal, de Québec et de Hull ainsi que des écoles des beaux-arts de Montréal et de Québec. Le clergé catholique, qui contrôle l’enseignement francophone primaire, secondaire et universitaire, voit d’un mauvais œil ces initiatives. N’est-ce pas là ouvrir la porte à l’État pédagogue et à l’école neutre ? À plusieurs occasions, lors des débats en Chambre, David se défend avec énergie de vouloir aspirer au titre de ministre de l’Instruction publique, en réponse aux insinuations de ses adversaires conservateurs.

Service de l’assistance publique

Traditionnellement, l’assistance aux déshérités, tant dans les campagnes que dans les villes, a relevé des communautés religieuses, des municipalités et de l’initiative privée. En 1921, le premier ministre Taschereau a chargé David de défendre un important projet de loi pour instituer le Service de l’assistance publique de Québec, qui a pour but d’assurer le financement de l’hospitalisation des personnes malades indigentes. En Chambre, le 16 mars, tout en louant le dévouement de la charité privée d’inspiration chrétienne, David affirme qu’il est du devoir du gouvernement d’intervenir « lorsque la société est incapable de remplir sa mission ». Et, sans vouloir « éteindre la flamme de charité », il ose ajouter, en reprenant les propos du romancier et polémiste américain Upton Sinclair, que « [l]a charité d’aujourd’hui est technique et “elle est devenue une science” ». Bien que cette déclaration ait suscité l’indignation de la presse catholique conservatrice, la loi est généralement bien accueillie. Celle-ci stipule que le financement de l’assistance publique sera réparti en trois parties égales entre le gouvernement provincial, la municipalité où réside la personne nécessiteuse et l’institution d’assistance publique.

David apporte deux amendements à la loi par la suite. En 1925, il veut rassurer le clergé en réaffirmant l’autorité des évêques sur les communautés religieuses qui œuvrent dans les établissements de santé et de bien-être de leur diocèse. En 1929, il fait ajouter un autre amendement dans la loi pour que le versement annuel d’un million de dollars, provenant des revenus nets de la Commission des liqueurs de Québec, contribue désormais à assumer le financement de l’assistance publique. Cette somme considérable constitue un indice des besoins croissants en assistance publique dans une société de plus en plus urbanisée.

Nouveaux défis de la santé publique

L’accélération de l’industrialisation et de l’urbanisation depuis le début du xxe siècle pose d’importants défis pour la santé publique au Québec, et plus particulièrement à Montréal. L’insalubrité et la pauvreté dans les quartiers ouvriers, la mauvaise alimentation, l’alcoolisme et l’absence de règles d’hygiène au sein de la population constituent autant de facteurs qui favorisent l’éclosion de maladies infectieuses et contagieuses telles que la tuberculose.

Puisque la santé publique relève du secrétaire de la province jusqu’à la formation du département de la Santé en 1936, David devient le porte-parole du gouvernement de Taschereau pour défendre de nouveaux projets de loi à cet égard. Une loi a créé en 1922 le Service provincial d’hygiène de la province de Québec et le Conseil d’hygiène de la province de Québec. Ce dernier organisme remplace le Conseil supérieur d’hygiène de la province de Québec, dont le mandat se limite à faire de la sensibilisation auprès du public. Le nouveau conseil a pour fonction d’étudier les problèmes de santé publique et de formuler des recommandations au Service provincial d’hygiène de la province de Québec. Responsable de l’application de la loi, celui-ci s’occupe notamment de recueillir des statistiques, de mener des enquêtes épidémiologiques, d’ouvrir des bureaux d’hygiène et de fournir des recommandations sur la salubrité et sur l’hygiène publique. Le 20 mars, David explique en Chambre : « Le Conseil a fait l’éducation du peuple, mais le temps est venu de faire des réformes. Le gouvernement considère que le peuple est suffisamment préparé maintenant à se surveiller lui-même au point de vue de l’hygiène pour que l’autorité provinciale prenne le contrôle de la santé publique et développe le système conformément aux nouveaux modes de vie, particulièrement dans les grandes cités et villes. »

Pour diriger le service et présider le conseil, David choisit le médecin Alphonse Lessard*, qui occupe, depuis 1921, le poste de directeur du Service de l’assistance publique de Québec. Sous-ministre de la santé avant la lettre, Lessard formera avec David un véritable tandem jusqu’en 1936. Il faut ajouter à leur crédit l’institution d’un système de compilation des statistiques de l’état civil et des causes de mortalité (1924), la Loi relative à la tuberculose et à la mortalité infantile dans la province (1924), l’établissement de plusieurs sanatoriums ainsi que la création d’un réseau avant-gardiste d’Unités sanitaires de comtés (1928).

Camps David et Perron

Avant la découverte des antibiotiques pour traiter la tuberculose au cours des années 1940, la construction de sanatoriums s’impose comme la seule solution pour isoler les personnes atteintes de leur entourage et ainsi limiter la propagation de la maladie, compte tenu de la probabilité élevée de contagion [V. Arthur Rousseau*]. La société civile manifeste alors une préoccupation pour protéger les enfants issus des quartiers défavorisés contre les risques d’infection en les éloignant, pour un temps, de leur milieu familial. À Montréal, l’Institut Bruchési, fondé en 1911 pour lutter contre la tuberculose [V. Joseph-Edmond Dubé*], organise à partir de 1925 des camps d’été pour les enfants de 6 à 12 ans afin de leur offrir un environnement sain, une bonne alimentation et diverses activités de loisirs. David apporte l’aide de son département pour soutenir cette initiative. En Chambre, il rappelle, non sans émotion, que sa propre mère a été emportée par la tuberculose après avoir élevé 11 enfants.

De conception modeste au départ, ce camp d’été, connu sous le nom de camp David dès 1926, prend de l’expansion après son installation dans les Laurentides, d’abord au lac Écho en 1927, puis au lac de l’Achigan l’année suivante. En 1930, à la suite d’un don personnel de 10 000 $ de Joseph-Léonide Perron*, ministre de l’Agriculture et président du bureau de direction de l’Institut Bruchési, pour l’achat d’un terrain, et d’une subvention de 100 000 $ du gouvernement de Taschereau, sous l’incitation de David, pour la construction de quatre grands dortoirs, le camp David n’accueille désormais que des filles alors que le camp Perron ouvre ses portes pour les garçons.

Sport professionnel à Montréal

Adepte de sports et de plein air, David a joué un rôle dans le développement du sport professionnel à Montréal. Il devient président du club de hockey Canadien de Montréal en novembre 1921, après son acquisition par Léo Dandurand, Joseph Cattarinich et Louis Létourneau [V. George Washington Kendall*], et le demeurera jusqu’à sa revente le 17 septembre 1935. Par ailleurs, il supervise la construction du stade Delorimier entreprise par la Compagnie d’exposition de Montréal en janvier 1928 afin d’accueillir les Royaux de Montréal, ancienne équipe de baseball (1897–1917) ressuscitée avec l’achat de la concession de Jersey City, au New Jersey, de l’International League pour 225 000 $.

Sénateur

À titre de membre du Sénat de 1940 jusqu’à sa mort en 1953, David n’occupe plus une place prépondérante sur la scène politique de la province de Québec, alors dominée par le gouvernement libéral de Godbout, puis par l’Union nationale de Maurice Le Noblet Duplessis. Au Sénat, il se fait remarquer plus particulièrement par le débat qu’il suscite en présentant une motion le 4 mai 1944 afin de promouvoir la rédaction d’un manuel unique d’histoire du Canada. Il souligne qu’un tel ouvrage rédigé par des historiens chevronnés permettrait aux élèves des différentes provinces et des deux groupes linguistiques de mieux connaître les faits dignes de fierté dans toutes les parties du pays. La motion rallie tous les sénateurs à l’exception de sir Thomas Chapais*, qui considère que l’histoire canadienne est trop complexe et trop diversifiée pour qu’un manuel unique puisse satisfaire les deux groupes linguistiques. Ainsi amorcé, ce débat se poursuivra au Québec au cours des années 1950.

Le 30 mai 1945, à la suite de la victoire des Alliés en Europe, David prononce une importante allocution à la station de radio montréalaise CHLP. Le sénateur y fait un plaidoyer en faveur de l’unité canadienne et appuie la campagne pour la réélection du premier ministre King. Il en profite pour souhaiter l’adoption d’un hymne national [V. Calixa Lavallée*] et d’un drapeau canadien distinctifs [V. Lester Bowles Pearson*]. Toutefois, ce vœu ne s’accomplira, respectivement, que près de 35 ans et 20 ans plus tard.

Descendance et bilan

Le couple Antonia Nantel et Athanase David a eu cinq enfants : Simone (1911–2012), fondatrice de la clinique bacille Calmette-Guérin, connue depuis 2000 comme le centre de réadaptation Marie-Enfant du CHU Sainte-Justine – le centre hospitalier universitaire mère-enfant, Nantel (1912–1972), Madeleine (1915–1984), Suzanne (1919–2005) et Paul (1919–1999), cardiologue, fondateur de l’Institut de cardiologie de Montréal et sénateur. Paul et sa femme, Nellie Maillard (fille de Charles), ont eu six enfants : Françoise, députée (2012–2017) et co-porte-parole de Québec solidaire (2006–2017), Charles-Philippe, politologue et fondateur de la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’université du Québec à Montréal, Hélène, psychologue et ministre libérale (2014–2018), Pierre, producteur de films, Thérèse, spécialiste en culture, en communication et en relations publiques, et Anne-Marie, enseignante en techniques de travail social au cégep du Vieux Montréal.

On peut considérer David comme le premier homme politique au pouvoir à avoir élaboré une vision culturelle d’ensemble pour l’avenir de la société canadienne-française. En cela, ses politiques culturelles préfigurent celles mises de l’avant par Georges-Émile Lapalme*, premier titulaire du ministère des Affaires culturelles de la province de Québec en 1961 [V. Jean Lesage*]. Dès les années 1930, maints observateurs ont souligné la contribution de David au soutien de la culture par le gouvernement. La journaliste Madeleine [V. Anne-Marie Gleason*] affirme dans la Patrie du 8 août 1933 que « M. David a, par sa politique progressive et bien suivie, opéré le déclic ».

Au cours de sa longue carrière politique, Athanase David a reçu nombre de témoignages d’estime et de reconnaissance pour l’ensemble de ses réalisations dans des domaines aussi variés que les arts, le patrimoine, l’éducation, la santé publique et la promotion du sport professionnel. L’écrivain et journaliste Leslie Roberts n’hésite pas à donner le titre de « David, the versatile » à l’article publié sur son sujet le 1er décembre 1929 dans la revue torontoise Maclean’s. David reçoit le titre de commandeur de la Légion d’honneur en 1935. L’École des hautes études commerciales de Montréal et l’université de Montréal lui décernent des doctorats honorifiques la même année. Si David a été célébré et louangé par ses contemporains de l’entre-deux-guerres, sa mémoire a été plus ou moins oubliée par la suite, compte tenu des silences de l’historiographie. Sa désignation comme personnage historique par le ministre de la Culture et des Communications du Québec en 2023 ravive heureusement sa place dans la mémoire collective de la province.

Fernand Harvey

Nous n’avons repéré aucun fonds d’archives sur Athanase David à Bibliothèque et Arch. nationales du Québec, à Bibliothèque et Arch. Canada (Ottawa), au Sénat (Ottawa) ou dans la famille David. Tout porte à croire que ses archives n’ont pas été conservées. À la fin de la notice « Athanase David (1882–1953) », mise en ligne sur le site Web de l’Assemblée nationale, nous avons néanmoins trouvé certaines pièces d’archives qui le concernent. Les principales sources utilisées pour rédiger la présente biographie consistent en des documents publics, des journaux et divers imprimés d’époque à caractère biographique.

Les notes prises par David le 28 mai 1935 en prévision d’un discours nous proviennent d’un membre de sa famille. Nous les conservons dans notre collection personnelle.

David est l’auteur de En marge de la politique (recueil de discours) (Montréal, 1935).

Ancestry.com, « Registres d’état civil et registres paroissiaux (Collection Drouin), Québec, Canada, 1621 à 1968 », Basilique Notre-Dame (Montréal), Louis-Athanase David et Antonia Nantel, 3 nov. 1908 (mariage).— Bibliothèque et Arch. nationales du Québec, Centre d’arch. de Montréal, CE601-S51, 30 juin 1882.— Le Canada (Montréal), 20 sept. 1952.— Daily Witness (Montréal), 18 juill. 1887.— Le Devoir (Montréal), 27 janv. 1953.— L’Électeur (Québec), 7 juill. 1882.— L’Événement (Québec), 12 déc. 1934.— La Patrie (Montréal), 28 juin 1902, 8 août 1933.— La Presse (Montréal), 27 janv. 1953.— Annuaire, Montréal, 1905–1932.— Biographies canadiennes-françaises, Raphaël Ouimet, édit. (Montréal), 1931–1932 : 72–73.— Maude Bouchard-Dupont, « Baseball et rodéo au stade De Lorimier », dans Centre des mémoires montréalaises, Encyclopédie du MEM.— Jean Bruchési, « Un ancien : Athanase David », l’Action universitaire (Montréal), 1 (1934–1935), no 1 : 14.— Canada, Sénat, Débats, 1944–1953.— Collège Mont-Saint-Louis, « Panthéon des anciens ».— L.-A. David, la Vision culturelle d’Athanase David, Fernand Harvey, édit. 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Fernand Harvey, « DAVID, ATHANASE (baptisé Louis-Athanase) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 18, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 7 oct. 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/david_athanase_18F.html.

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Auteur de l'article:    Fernand Harvey
Titre de l'article:    DAVID, ATHANASE (baptisé Louis-Athanase)
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 18
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2026
Année de la révision:    2026
Date de consultation:    7 oct. 2026