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DEASE, ELLEN, dite mère Teresa, religieuse de l’institut de la Bienheureuse Vierge Marie en Amérique, née le 4 mai 1820 à Naas (République d’Irlande), fille d’Oliver Dease et d’Anne Nugent, décédée le 1e juillet 1889 à Toronto.

Ellen Dease était la benjamine de cinq enfants dont les parents descendaient tous les deux de vieilles familles distinguées. Encore une enfant elle devint orpheline et alla vivre avec sa grand-mère à Dublin ; elle fit la plus grande partie de ses études primaires à domicile. Elle entra ensuite dans un pensionnat de jeunes filles à Dublin, avant de poursuivre ses études en Europe, principalement à Paris. Parlant couramment le français et l’italien, elle s’avérait aussi une musicienne accomplie, qui prit part pendant un certain temps à la vie sociale de Dublin. À l’âge de 25 ans, elle entra à la Loretto Abbey (Loreto Abbey), une institution catholique située à Rathfarnham, comté de Dublin, où elle fit son noviciat et prit le nom de mère Teresa.

La Loretto Abbey, fondée en 1822, constitue la branche irlandaise des Religieuses de l’institut de la Bienheureuse Vierge Marie, communauté fondée au xviie siècle par Mary Ward. Celle-ci avait senti le besoin d’un type de vie religieuse plus ordinaire pour les femmes, qui leur laisserait la liberté d’aller où elles pourraient servir l’Église et quand bon leur semblerait ; mais avec le temps on adopta une vie plus monastique, et, à partir de 1810, les sœurs reçurent un nom religieux. L’institut avait discrètement ouvert une école de filles à York, en 1686, qui devait rester pendant longtemps la seule école catholique du genre en Angleterre.

Moins de 25 ans après sa fondation, la Loretto Abbey avait mis sur pied plusieurs nouvelles fondations à l’étranger, notamment en Inde et à l’île Maurice. À la demande de l’évêque de Toronto, Michael Power*, la communauté envoya cinq religieuses, dont mère Teresa, dans son diocèse en 1847. Des années plus tard, celle-ci écrivait à propos du retard de leur bateau à quitter l’Irlande : « Une journée de plus sur notre terre natale chérie [...] était comme un baume pour le cœur [...] en particulier pour la sœur T. qui consentait plus par obéissance que par zèle à ce sacrifice qui lui apparaissait presque aussi grand que celui de la vie. »

Mgr Power fit apparemment tout son possible pour que le voyage des sœurs se passe bien, et ce fut le cas jusqu’à leur arrivée à Toronto le 16 septembre. Ne tardant pas à se rendre compte qu’elles n’étaient pas attendues, elles louèrent, quelque peu gênées, une voiture pour se rendre à l’évêché, où elles furent encore plus consternées par l’air préoccupé de l’évêque. Les voyageuses n’avaient pas été averties qu’un typhus malin frappait la ville. Mgr Power, trop occupé à prendre soin des malades, des mourants et des affligés, pendant ce que Henry Scadding* appela « la terrible saison de 1847 », n’avait pas de logement à leur offrir. Les sœurs furent hébergées dans une maison privée, jusqu’à ce qu’on leur loue une résidence rue Duke ; elles commencèrent à faire la classe à neuf pensionnaires le 29 septembre, mère Teresa étant chargée de l’enseignement des langues et de la musique. Pendant ce temps, l’évêque avait contracté la fièvre et mourait le 1er octobre.

La mort de Mgr Power, survenue deux semaines après l’arrivée des sœurs, constituait presque un désastre pour elles, qui se voyaient privées de leur protecteur. Le diocèse nouvellement formé n’avait pas les moyens de leur venir en aide, et elles ne pouvaient pas compter sur une maison mère aux abois en Irlande. Les sœurs, sous la direction de mère Ignatia, se mirent résolument à la tâche, souvent aux dépens de leur santé. En 1848, elles déménagèrent dans une maison plus vaste mais moins dispendieuse. Les revenus provenant de leur école privée pour pensionnaires et externes, la Loretto House, leur permirent d’ouvrir une école gratuite pour enfants pauvres dans la paroisse de la cathédrale. Mère Gertrude y faisait la classe ; ce fut la première religieuse à enseigner dans les écoles « séparées » de la ville.

À son arrivée à Toronto en 1850, le successeur de Mgr Power, Armand-François-Marie de Charbonnel*, fut alarmé par la situation des sœurs et il écrivit immédiatement à Dublin pour leur venir en aide : « Privées d’évêque, de maison et de beaucoup d’autres choses pendant trois ans, je suis étonné qu’elles aient réussi à passer à travers les innombrables difficultés [...] Les membres de la communauté sont trop peu nombreuses [...] et, de fait, surchargées de travail. » Cependant, la rigueur du climat et le surmenage continuèrent de décimer le petit groupe. Mère Ignatia vécut juste assez longtemps pour voir poindre à l’horizon une nouvelle lueur d’espoir pour la survivance de la fondation canadienne. Au moment de sa mort le 9 mars 1851, le petit groupe de cinq religieuses avait déjà perdu deux autres membres, y compris mère Gertrude. Le 19 mars 1851, mère Teresa fut nommée supérieure, et cette charge, qu’elle conserva pendant un long mandat, lui conféra le titre de fondatrice des Religieuses de l’institut de la Bienheureuse Vierge Marie en Amérique.

En septembre suivant, les classes reprirent avec de nouveaux espoirs. Le nombre des catholiques s’était accru ainsi que celui des élèves, et il régnait un climat d’optimisme contagieux à Toronto, qui voyait son influence augmenter avec l’expansion de l’industrie et des chemins de fer. L’éducation devenant de plus en plus importante dans cette ère de prospérité nouvelle, la communauté prit de l’expansion. Sous la direction de mère Teresa, 13 nouvelles maisons furent ouvertes. La sixième, Loretto-Niagara, à Niagara Falls, demeura sa préférée ; la septième, Loretto House, rue Bond, fut la première maison à appartenir aux sœurs, à Toronto ; et la neuvième, rue Wellington, constitue la première à qui on jugea approprié de donner le nom de Loretto Abbey. La dernière fondation ouverte par mère Teresa, celle de Joliet, Illinois, en 1880, fut la première d’une série de maisons qui s’ouvrirent plus tard aux États-Unis.

La Lindsay School, ouverte en 1874, constitue un exemple particulièrement significatif. Le curé de la paroisse, Michael Stafford, sachant que les programmes des écoles publiques visaient à préparer les élèves à des carrières, insista pour que les élèves de sa paroisse aient des cours similaires et subissent les examens du département d’Éducation de la province. Les enseignantes devaient donc produire des diplômes professionnels mais, bien que l’institution comptât beaucoup de nouvelles sujettes, peu d’entre elles avaient une formation acquise dans une école normale et des diplômes à leur arrivée. Au xixe siècle, l’éducation des jeunes filles mettait l’accent sur la formation du caractère, faisant appel aux principes religieux et moraux, aux activités artistiques et sociales, tout en visant à faire de l’élève une parfaite maîtresse de maison ; autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté, il y avait de fortes objections à tout changement. Certains trouvaient déplorable de s’abaisser à la compétition dans l’éducation, sans mentionner l’indignité de voir des filles entrer dans le monde des affaires pour gagner leur vie. Même mère Teresa, qui insistait toujours pour que ses enseignantes soient compétentes dans leur domaine et préparent bien leurs cours, écrivit dans une lettre adressée en Irlande : « L’éducation ici est menée trop loin. » Mais, quelque temps après, les sœurs fréquentaient la Toronto Normal School ; les cours de peinture sur porcelaine, de « travaux de couture et de broderie » ainsi que de maîtrise des langues étrangères devinrent chose du passé.

Le 6 juin 1881, les Religieuses de l’institut de la Bienheureuse Vierge Marie furent établies en Amérique par un décret papal, qui en faisait un généralat de plein droit, indépendant de Rathfarnham. C’est ainsi que mère Teresa, qui s’était rendue en Irlande en 1860 et 1870, à la fois pour obtenir les fonds et les volontaires nécessaires et pour s’assurer que les maisons canadiennes continuent d’observer les us et coutumes de la Loretto Abbey de Dublin, devint supérieure générale de l’institut en Amérique. Même si elle survécut aux autres sœurs qui étaient arrivées avec elle en 1847, mère Teresa était depuis longtemps de santé délicate et elle mourut dans sa soixante-dixième année à la Loretto Abbey, à Toronto. Sa tombe se trouve dans un lieu qu’elle aima beaucoup, Loretto-Niagara.

Mère Teresa jouissait de l’affection et du respect de nombreux amis, tant catholiques que protestants, de ses élèves, qui au moment de sa mort se comptaient par milliers, et des sœurs de l’institut, en Irlande comme au Canada. Adorée par les jeunes enfants, elle avait les manières douces et gracieuses d’une dame de l’époque victorienne mais, comme tous les chefs et les fondateurs, elle dut faire face, parfois avec fermeté, aux gens et aux problèmes, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de sa communauté. Si elle parvint à le faire avec le minimum de frictions, ce fut grâce à sa sérénité, ainsi qu’à la foi, à l’espoir et à l’amour qui supportaient sa force d’âme. Sa grandeur tranquille se manifeste dans la maîtrise avec laquelle elle apprit à vivre dans la solitude, loin de sa terre natale, dans la privation et les épreuves et même dans des situations déchirantes. Elle réussit à s’adapter, ainsi que l’institut, aux besoins nouveaux de l’Église. Elle donna sa vie au Canada et pour cela mérite une place d’honneur dans son histoire.

Kathleen McGovern

Arch. of the Archdiocese of Toronto, Bishops Power and de Charbonnel letterbook and de Charbonnel letters ; Bishops Power and de Charbonnel letterbook and Power letters.— Loretto Abbey Arch. (Toronto), Annals ; Corr. ; Doc. ; Memoranda.— St. Mary’s convent, Micklegate Bar, York, H. J. Coleridge, édit. (Londres, 1887), 77–90.— Henry Scadding, Toronto of old, F. H. Armstrong, édit. (Toronto, 1966), 48.— Eric Arthur, Toronto, no mean city ([Toronto], 1964), 120s.— M. C. E. Chambers, The life of Mary Ward (1585–1645), H. J. Coleridge, édit. (2 vol., Londres, 1882–1885), II : 465.— Joyful mother of children : Mother Frances Mary Teresa Ball (Dublin, 1961), 65, 214s.— L. K. Shook, Catholic post-secondary education in English speaking Canada : a history (Toronto et Buffalo, N.Y., 1971), 156.— M. Margarita, « The Institute of the Blessed Virgin Mary », CCHA Report, 12 (1944–1945) : 69–81.

Bibliographie générale

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Kathleen McGovern, « DEASE, ELLEN, mère Teresa », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dease_ellen_11F.html.

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Auteur de l'article:   Kathleen McGovern
Titre de l'article:   DEASE, ELLEN, mère Teresa
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   1 octobre 2014