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DELVECCHIO, THOMAS (Tommaso), aubergiste et fondateur d’un musée d’histoire naturelle, né en 1758 sur les bords du lac de Côme, Italie, fils de Pierre Delvecchio et de Catherine Buti (Bufi) ; décédé le 5 mai 1826 à Montréal.

Thomas Delvecchio et son frère Pierre (Pietro) comptent, avec les Bonacina, les Rusconi, les Donegani et les Rasco, parmi les premiers Italiens à s’établir dans la province de Québec à la fin du xviiie siècle. Originaires de la Lombardie pour la plupart, ces familles sont vraisemblablement douées du sens des affaires qu’on attribue aux habitants de cette région, car elles ne tardent pas à se faire une place dans le commerce et l’hôtellerie à Montréal, ainsi que dans la spéculation immobilière.

Les frères Delvecchio se distinguent tout particulièrement comme aubergistes et taverniers. On ignore la date et les circonstances de leur arrivée au Canada mais, le 23 janvier 1797, au moment du mariage de Thomas à Lavaltrie, au Bas-Canada, avec Thérèse Chevalier, âgée de 15 ans, fille de l’aubergiste Michel Chevalier et de Marguerite Brault, il se déclare âgé de 38 ans, aubergiste et résident de Pointe-aux-Trembles (Montréal).

Sans doute peu après son mariage, Delvecchio vient s’établir à Montréal. En 1799, son premier enfant est baptisé dans la paroisse Notre-Dame de Montréal. En 1812, Delvecchio tient auberge sur la place du Vieux-Marché, devenue depuis la place Royale. Cet établissement, appelé l’auberge des Trois-Rois à cause d’une grande horloge placée sur la façade où l’on voit trois automates frapper les heures, est un des plus fréquentés de la ville.

Aubergiste prospère, Delvecchio est un membre estimé de la petite communauté italienne de Montréal. En 1791, il tient sur les fonts baptismaux un des enfants du marchand Carlo Rusconi. À la mort de celui-ci, en 1796, et de sa femme, survenue peu après, Delvecchio devient le tuteur des quatre enfants mineurs du couple, charge dont il se serait acquitté très scrupuleusement. Autre marque de l’estime dont il jouit parmi ses compatriotes, il est choisi avec son frère, en 1800, exécuteur testamentaire de Giuseppe Donegani.

À la fin de 1822, peut-être pour ranimer un peu son établissement que déserterait une clientèle attirée de plus en plus par le nouveau marché de la place Jacques-Cartier, Delvecchio manifeste son intention d’ouvrir un musée de curiosités naturelles. Le 14 août 1824, « après beaucoup de soins, de voyages et de dépenses, (encore dernièrement dans les États Unis, ) », il annonce au public l’ouverture du Museo italiano, au no 4 de la place du Vieux-Marché. Pour une somme variant de 30 sols à une piastre selon le nombre de personnes, les visiteurs peuvent admirer une importante collection de spécimens d’histoire naturelle, comprenant des quadrupèdes, des amphibiens, des reptiles, des oiseaux et des poissons. En outre, ils peuvent y voir des figures de cire, représentant notamment une famille indienne de l’Amérique du Sud et des beautés de Philadelphie et de Montréal, ainsi que des automates, des instruments de musique et plusieurs autres curiosités parmi lesquelles « un Agneau à huit jambes, un Cochon à deux corps par le bas, quatre oreilles et huit jambe, et une Tête de Bèlier à quatre cornes ». Le local du musée n’est pas très spacieux, mais il est bien aménagé, et les visites sont accompagnées de musique. Delvecchio prend soin d’ajouter qu’on n’y trouvera rien qui « soit le moins du monde contraire aux bonnes mœurs ou à la décence ; de sorte que les personnes les plus religieuses [...] peuvent voir [les curiosités] sans aucun scrupule. Il ne sera pas permis de fumer dans la Salle d’Exhibition, et il n’y sera souffert ni propos, ni comportement indécent. »

Les musées de ce genre, consacrés aussi bien aux arts et aux sciences qu’aux « curiosités » les plus diverses, et dont le plus célèbre en Amérique est celui de Charles Willson Peale à Philadelphie, correspondent sans doute au goût de l’époque. S’il est le premier au Canada, l’établissement de Delvecchio n’est pas longtemps le seul. Peu après l’inauguration du Museo italiano, on voit apparaître à Québec le cabinet d’histoire naturelle de Pierre Chasseur* et le musée de la Société littéraire et historique de Québec. En 1827, c’est au tour de la Société d’histoire naturelle de Montréal d’ouvrir un musée.

Le Museo italiano ne semble pas avoir apporté la fortune à son fondateur. Dans un avis à la population daté du 20 janvier 1826, Delvecchio annonce qu’il fermera le musée et vendra les collections dès la reprise de la navigation si l’intérêt du public ne se ravive pas. Fait curieux, le Montreal Herald reproduit cet avis le 6 mai 1826, au lendemain du décès de Delvecchio.

L’inventaire des biens laissés par Thomas Delvecchio révèle que l’aubergiste avait atteint une honnête aisance. Les biens qui se trouvent. dans sa maison et dans son musée se chiffrent à £1 115, sans compter £361 en argent monnayé. Il possédait également deux terrains sur la place du Vieux-Marché, l’un avec maison à deux étages, cave et hangar, l’autre avec maison à trois étages et écurie en pierre, ainsi qu’une maison rue Saint-Jacques. De plus, on lui devait au total £845. Sa femme et ses quatre filles, seules survivantes des huit enfants qu’aurait eus le couple, héritent. Par son testament rédigé la veille de sa mort, Delvecchio lègue £500 à sa fille Marie-Christine, conformément au contrat de mariage de celle-ci, et ordonne que la même somme soit versée à chacune de ses filles lorsqu’elles se marieront. Le surplus de ses biens va à sa femme, pourvu qu’elle reste veuve. Son gendre Pierre-Cajetan Leblanc prend la relève au musée. En 1842, on le retrouve rue Saint-Paul, où il tient également une épicerie. Finalement, les collections du Museo italiano sont dispersées en 1853.

Raymond Duchesne

ANQ-M, CE1-51, 8 mai 1826 ; CE5-6, 23 janv. 1797 ; CN1-134, 4 mai 1826, 7 févr. 1827.— La Bibliothèque canadienne (Montréal), 1 (1825) : 53–55.— Canadian Spectator (Montréal), 21 août 1824.— La Gazette de Québec, 28 oct. 1819.— Montreal Gazette, 8 mai 1826.— Montreal Herald, 6, 10 mai 1826.— Scribbler, 12 déc. 1822.— Giroux et al., Inv. des des marchés de construction des ANQ-M, 1, nos 1093–1095 ; 2, no 1334.— Lebœuf, Complément, 3e sér. : 32.— Montreal directory, 1842.— W. H. Atherton, Montreal, 1535–1914 (3 vol., Montréal et Vancouver, 1914), 2 : 130–131.— L.-P. Audet, le Système scolaire, 5 : 283.— J. I Cooper, Montreal, the story of three hundred years (s. l., 1942), 63.— Kathleen Jenkins, Montreal, island city of the St Lawrence (New York, 1966), 259.— J.-C. Marsan, Montréal en évolution : historique du développement de l’architecture et de l’environnement montréalais (Montréal, 1974), 130, 135.— Giosafat Mingarelli, Gli Italiani di Montreal ; note e profili (Montréal, [1967]), 12–15.— Robert Rumilly, Histoire de Montréal (5 vol., Montréal, 1970–1974), 2 : 134, 141, 164.— A. V. Spada, les Italiens au Canada (Ottawa et Montréal, 1969), 54, 62–64.— P. G. Vangelisti, Gli Italiani in Canada (Montréal, 1956), 63–64.— F.-J. Audet, « les Donegani de Montréal », BRH, 47 (1941) : 66–67.— Raymond Duchesne, « Magasin de curiosités ou Musée scientifique ? Le Musée d’histoire naturelle de Pierre Chasseur à Québec (1824–1854) », HSTC Bull. (Thornhill, Ontario), 7 (1983) : 60, 75.— É.-Z. Massicotte, « Noms de rues, de localités, etc., à Montréal », BRH, 30 (1924) : 175–177 ; « Scènes de rues à Montréal au siècle passé », Cahiers des Dix, 7 (1942) : 279.

Bibliographie générale

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Raymond Duchesne, « DELVECCHIO, THOMAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/delvecchio_thomas_6F.html.

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Auteur de l'article:   Raymond Duchesne
Titre de l'article:   DELVECCHIO, THOMAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   22 août 2014