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DES HERBIERS DE LA RALIÈRE (La Ratière), CHARLES, officier de marine, né vers 1700, fils unique d’Armand Des Herbiers, du Poitou en France, décédé le 18 avril 1752.

Charles Des Herbiers était issu d’une éminente famille d’officiers de marine. En 1710, après la mort de son père, qui était lui-même capitaine de vaisseau, il fut placé sous la tutelle de son oncle, Henri-François Des Herbiers de L’Étenduère, contre-amiral qui avait été confié au père de Charles à l’âge de dix ans. Charles devint garde-marine en 1716 ; il servit pour la première fois en mer sur le Chameau en 1719. Il fit par la suite plusiers voyages en Nouvelle-France sur des navires commandés par son oncle, dont certains pour dresser une carte de la région de Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton), sonder le Saint-Laurent et en faire l’hydrographie. Charles devint enseigne de vaisseau en 1727 et lieutenant de vaisseau en 1738. À la suite de ces promotions, en 1728–1729 et 1738–1739, il fut affecté aux troupes de la Marine à Port-Louis en France ; lors de sa seconde promotion, il reçut le commandement d’une compagnie. Il fut décoré de la croix de Saint-Louis en 1742 et, de 1742 à 1745, durant la guerre de la Succession d’Autriche, il fut placé à la tête de l’artillerie de la Marine en Flandre. Il s’acquitta de cette tâche « avec distinction » et fut promu capitaine de vaisseau de marine en 1748. Lorsque l’île Royale fut rendue à la France par le traité d’Aix-la-Chapelle (1748), Des Herbiers, l’« un des off.ers les plus capables », fut choisi comme commissaire du roi pour réoccuper la colonie.

Il partit de Rochefort en mai 1749, sur le premier de plusieurs navires de guerre et de transport qui amenaient soldats, provisions et habitants dans la colonie. Arrivé à Louisbourg le 29 juin, il commença immédiatement à négocier le retrait de la garnison anglaise avec le commandant, Peregrine Thomas Hopson. Les modalités furent réglées le 23 juillet 1749 ; Des Herbiers demeurait commandant de la colonie. Conformément aux instructions qu’il avait reçues, il fournit quelques-uns de ses propres navires pour le transport de la garnison anglaise à Halifax, Nouvelle-Écosse.

La politique française à l’égard de la colonie de l’île Royale, qui comprenait également l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard), se préoccupait surtout de sa remise en état ainsi que de son développement comme base pour protéger les florissantes pêcheries de morue, surveiller le golfe Saint-Laurent et faire échec aux forces anglaises en Nouvelle-Écosse. La nomination d’officiers supérieurs, tels que l’ingénieur, Louis Franquet, et l’assignation d’un plus grand nombre de troupes de la Marine et d’un plus grand nombre de navires de guerre pour renforcer la garnison illustrent bien l’intérêt de la France à l’égard de l’importance stratégique de la colonie.

Des Herbiers s’occupa activement du rétablissement de la colonie. Après que les colons y furent réinstallés, il fit faire l’inventaire des propriétés non réclamées, en vue de les concéder à de nouveaux occupants. Il entreprit la réparation des fortifications et des édifices de Louisbourg, qui avaient été réduits en ruines au cours du siège de 1745. En dépit de la rareté des navires, il réussit à relancer l’industrie de la pêche et le commerce avec les autres colonies nord-américaines, dont la Nouvelle-Angleterre, et favorisa l’exploitation, sur une large échelle, des énormes gisements de charbon de l’île. Il supprima de plus les incommodes cantines d’officiers et améliora l’artillerie.

Le nouveau commandant ne limita pas son action à Louisbourg. Dès son arrivée, il envoya à Port-La-Joie (Fort Amherst, Î.-P.-É.) une garnison sous le commandement de Claude-Élisabeth Denys de Bonnaventure ; moins d’un mois plus tard, il entreprit d’établir des réfugiés acadiens dans les ports entourant l’île Royale et l’île St-Jean. Sous la protection de la garnison, la population de cette dernière passa de 735 en 1749, à plus de 2 200 en 1752. Il ravitailla aussi les réfugiés – quelque 3 000 dans la colonie en 1751 – les aidant du mieux qu’il put à quitter le territoire britannique. Conformément aux instructions qui l’enjoignaient de résister à tout empiétement des Anglais, par tous les moyens à l’exception de la force, il soutint clandestinement Pierre Maillard et Jean-Louis Le Loutre*, encourageant ce dernier à menacer les nouveaux établissements situés autour de Halifax.

Des Herbiers était en contact avec La Jonquière [Taffanel] à Québec, relativement à leur soutint mutuel des avant-postes français de la rivière Saint-Jean, du fort Beauséjour (près de Sackville, N.-B.) et du fort Gaspereau (près de Port Elgin, N.-B.), sous les commandements respectifs de Charles Deschamps* de Boishébert, de Louis de La Corne et de Pierre-Roch de Saint-Ours* Deschaillons. Il avait également des contacts étroits avec ces commandants locaux, envoyant des troupes de renfort au fort Beauséjour et des navires pour surveiller le passage de l’île St-Jean, à la baie Verte. L’attention portée par les administrateurs de Québec et de l’île Royale à ces postes stratégiques et soumis à une tension politique, ainsi que leur empressement à exploiter l’imprécision des frontières et des allégeances, tout en dissimulant leurs intentions aux Anglais, suscita des antagonismes internationaux et amena le duc de Newcastle à se plaindre de « ces insensés gouverneurs français d’Amérique ».

Même s’il avait ordre d’éviter à tout prix de compromettre le gouvernement dans ses rapports avec les Anglais, Des Herbiers n’était pas homme à reculer devant les confrontations. En 1750, au large du cap Sable, les Anglais saisirent deux navires français qui transportaient des approvisionnements vers les avant-postes de la rivière Saint-Jean, sous prétexte qu’ils acheminaient en contrebande des provisions vers la Nouvelle-Écosse. En réponse, le roi chargea Des Herbiers de confier à ses capitaines de vaisseau la mission de saisir la première frégate anglaise qu’ils rencontreraient ; La Jonquière pour sa part lui ordonna de confisquer trois ou quatre des navires anglais suivants qui accosteraient à Louisbourg, ajoutant que ses capitaines devaient agir, si nécessaire, comme en temps de guerre. Des Herbiers réussit à saisir quatre navires, rapportant qu’il l’avait fait « avec douleur », puisqu’ils transportaient des cargaisons demandées par les Français.

La cour fut enchantée de la conduite de Des Herbiers comme délégué du roi ; mais celui-ci demanda à plusieurs reprises d’être relevé de ses fonctions de commandant, qu’il n’avait acceptées qu’à contrecœur. En 1751, il fut remplacé par Jean-Louis de Raymond* ; Des Herbiers regagna la France en octobre et mourut six mois plus tard. En 1740, il avait épousé Marie-Olive, fille de son oncle Henri-François. Ils eurent quatre fils dont deux moururent en bas âge ; quant à Antoine-Auguste, il porta le titre de marquis de L’Étenduère.

John Fortier

AN, Col., B, 89–93 ; C11B, 27–31 ; D2C , 2–3 ; Marine, C1, 153/1, p. 325 (copies aux APC) ; C7, 85 (dossiers Des Herbiers, Des Herbiers de L’Étenduère).— APC, MG 30, D62, 10, pp. 606–609.— Placide Gaudet, Généalogie des familles acadiennes avec documents, RAC, 1905, II, iiie partie.— Fauteux, Les chevaliers de Saint-Louis, 213.— Le Jeune, Dictionnaire, I : 504s.— Clark, Acadia.— Frégault, Canada : the war of the conquest.— McLennan, Louisbourg.— MacNutt, Atlantic provinces.— Stanley, New France.— Régis Roy, Les Desherbiers de l’Etenduère, BRH, XXIII (1917) : 93s.

Bibliographie générale

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John Fortier, « DES HERBIERS DE LA RALIÈRE, CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/des_herbiers_de_la_raliere_charles_3F.html.

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Auteur de l'article:   John Fortier
Titre de l'article:   DES HERBIERS DE LA RALIÈRE, CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   19 décembre 2014