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DICKENS, FRANCIS JEFFREY, officier de la Police à cheval du Nord-Ouest, né le 15 janvier 1844 à Londres, cinquième enfant et troisième fils de Charles Dickens et de Catherine Hogarth, décédé célibataire le 11 juin 1886 à Moline, Illinois.

Francis Jeffrey Dickens n’hérita pas du talent littéraire de son célèbre père. Il fréquenta une école pour jeunes Anglais à Boulogne, France, mais il fut un élève médiocre, peut-être en raison du fait qu’il bégayait et souffrait de surdité partielle. En 1859, il fit un bref séjour en Allemagne où il entreprit des études en médecine, puis il retourna à Londres et travailla un certain temps en qualité de commis dans une maison de commerce. Il occupa ensuite un poste subalterne à la rédaction de la revue All the Year Round (Londres), qui appartenait à son père. Cette situation ne convenait ni au père ni au fils, et, après avoir échoué à l’examen du ministère des Affaires étrangères, ce dernier obtint une commission dans la Bengal Mounted Police en février 1864, grâce, dans une large mesure, à l’influence de sa famille.

Dickens passa les sept années suivantes en Inde, puis regagna l’Angleterre en 1871, après le décès de son père. Pendant les trois années qui suivirent, il dissipa son héritage et se querella avec sa famille. En 1874, il était sans le sou ; sa sœur s’adressa au gouverneur général du Canada, lord Dufferin [Blackwood*], ami de la famille, pour qu’il lui trouve un emploi au sein du corps policier nouvellement formé, la Police à cheval du Nord-Ouest. Le premier ministre Alexander Mackenzie* se montra obligeant et, le 19 octobre 1874, Dickens fut nommé sous-inspecteur, titre changé par la suite en celui d’inspecteur.

Dickens fut affecté à la division D, alors stationnée au quartier général provisoire de la Police à cheval du Nord-Ouest à Dufferin, Manitoba. Au cours des six années suivantes, il déménagea avec le quartier général, de Dufferin dans la région de la rivière Swan Barracks (Livingstone, Saskatchewan), puis au fort Macleod (Fort Macleod, Alberta) et finalement au fort Walsh (Fort Walsh, Saskatchewan). Si l’on gardait un officier à la vue du commissaire aussi longtemps, c’est qu’on envisageait de lui donner une promotion ou bien qu’on le jugeait trop peu sûr pour lui confier un poste de commande indépendant. Le dossier de Dickens montre hors de tout doute que ses supérieurs étaient peu disposés à lui faire confiance : on le considérait généralement comme paresseux, alcoolique et inapte à devenir un officier de la Police à cheval du Nord-Ouest.

La justesse de cette appréciation fut largement démontrée lorsque Dickens reçut enfin une affectation à l’extérieur du quartier général. Il prit la tête d’un détachement de 12 hommes à Blackfoot Crossing (Alberta) et, entre juin 1881 et janvier 1882, il fut mêlé à trois incidents à la suite desquels son groupe faillit être anéanti par les Pieds-Noirs. Dans les trois cas, ayant reçu des plaintes formulées par des Blancs, Dickens tenta d’arrêter des Indiens accusés de crimes sans avoir fait l’effort habituel d’entendre leur version et d’obtenir la coopération des chefs de la tribu. À chaque occasion, les Indiens résistèrent à l’arrestation, ce qui eut pour effet d’engendrer une situation de conflit armé qui ne pouvait avoir d’heureuses conséquences. La première fois, la présence d’esprit d’un subalterne sauva Dickens ; la deuxième fois, il s’en sortit grâce à l’intervention du chef Pied de Corbeau [Isapomuxika]. Le troisième incident se révéla plus sérieux : l’influence du chef indien s’avéra insuffisante et on dut faire appel à des renforts aux ordres du surintendant Leif Newry Fitzroy Crozier*. Ce dernier se vit dans l’obligation de soutenir les actes irréfléchis de Dickens, mais les relations entre le corps de police et les Pieds-Noirs étaient définitivement compromises.

Par la suite, Dickens fut mis sous l’étroite surveillance de Crozier. Quand celui-ci reçut le commandement de la division D à Battleford (Saskatchewan) en septembre 1883, Dickens l’accompagna et fut nommé commandant du fort Pitt (Fort Pitt). C’est à cet endroit que, durant le soulèvement de 1885, Dickens vécut l’épisode le plus mémorable de sa carrière. Lorsque les hostilités débutèrent au lac La Grenouille (lac Frog, Alberta) le 2 avril 1885, quelque 28 civils se réfugièrent au fort Pitt. Onze jours plus tard, Gros Ours [Mistahimaskwa] et ses compagnons, dirigés par Esprit Errant (Kapapamahchakwew) et Ayimisis, apparurent et demandèrent la reddition du fort. Dickens refusa et l’on entama des négociations qui durèrent deux jours et se terminèrent lorsqu’un groupe de trois policiers, partis en reconnaissance, tombèrent sur le camp des Cris des Plaines. On tira des coups de feu ; un constable fut tué, un deuxième blessé et le troisième fait prisonnier. À ce moment-là, les réfugiés civils décidèrent de se livrer à Gros Ours parce que le fort Pitt était malaisé à défendre en raison de son emplacement et n’était pas alimenté en eau de l’intérieur. Dickens résolut alors d’abandonner le poste et de battre en retraite par la rivière menant à Battleford. On construisit un chaland à la hâte et, six jours plus tard, Dickens et ses hommes se trouvaient en lieu sûr.

Dickens ne fut pas mêlé plus longtemps au soulèvement. Jusqu’en septembre 1885, il exerça les fonctions de juge de paix à Battleford et présida à l’audition préliminaire de certains des rebelles faits prisonniers. Il quitta le corps de police au printemps de 1886, et le gouvernement refusa de lui trouver un emploi ailleurs dans la fonction publique. En juin, après une longue dispute à propos du montant de sa pension de retraite, Dickens se mit en route pour les États-Unis où il devait entreprendre une tournée de conférences. Il allait prononcer sa première causerie à Moline, le 11 juin, lorsqu’il succomba à ce qui semble avoir été une crise cardiaque.

Francis Jeffrey Dickens joua un rôle bien déterminé mais néfaste dans l’Ouest canadien. Il fut en partie responsable de la grave détérioration des rapports entre la Police à cheval du Nord-Ouest et les Pieds-Noirs dans les années 1880. Ses mésaventures contribuèrent également à susciter les solides préjugés contre les officiers anglais qui avaient cours au sein de ce corps de police à la fin du xixe siècle.

Roderick Charles Macleod

APC, MG27, I, B3 ; RG18, A1, 5 ; 6 ; 9 ; 12.-Arch. de la Gendarmerie royale du Canada (Ottawa), Service file 0/29 (Francis Jeffrey Dickens).— Canada, Parl., Sessional papers, 1882, VIII, no 18 ; 1886, VI, no 8a.— Ronald Atkin, Maintain the right : the early history of the North West Mounted Police, 1873–1900 (Londres et Toronto, 1973).— P. A. W. Collins, Dickens and education (Londres et New York, 1963).— S. W. Horrall, The pictorial history of the Royal Canadian Mounted Police (Toronto, 1973).— J. P. Turner, The North-West Mounted Police, 1873–1893 [...] (2 vol., Ottawa, 1950).— Vernon LaChance, « The diary of Francis Dickens », Queen’s Quarterly, 37 (1930) : 312–334.— James McCook, « Inspector Dickens, N.W.M.P. », Blackwoods’ Magazine (Édimbourg), 311 (janv.–juin 1972) : 122–133.— John Manning, « Inspector Frank Dickens of the North West Mounted », Colorado Quarterly (Boulder, Colo.), 8 (1959–1960) : 63–75.

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Roderick Charles Macleod, « DICKENS, FRANCIS JEFFREY », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dickens_francis_jeffrey_11F.html.

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