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DICKSON, ROBERT, trafiquant de fourrures et fonctionnaire, né vers 1765 à Dumfries, Écosse, fils du marchand John Dickson ; en 1797, il épousa To-to-win (Helen), et ils eurent quatre enfants ; décédé le 20 juin 1823 dans l’île Drummond (Michigan).

Selon une dépêche officielle datée de juillet 1812, Robert Dickson était « étroitement lié aux familles les plus respectables » du Haut-Canada. Son frère William* était à l’époque un grand avocat qui faisait aussi de la spéculation foncière à Newark (Niagara-on-the-Lake) ; marchand et homme politique, un autre de ses frères, Thomas, fut officier de milice pendant la guerre de 1812. Les frères Dickson étaient les cousins de Robert Hamilton*, marchand établi dans la presqu’île du Niagara. Après la Révolution américaine, l’associé de Hamilton, Richard Cartwright*, engagea Robert Dickson, dans la région de Niagara, pour vendre et expédier des marchandises aux postes de traite des pays d’en haut et pour gérer des comptes, surtout ceux des anciens officiers d’une unité loyaliste alors démobilisée, les Butler’s Rangers. Bientôt lassé de cette vie terne et routinière, le jeune immigrant fut heureux d’être envoyé en juillet 1786 à Michillimakinac (Mackinac Island, Michigan) « pour apprendre l’art et les mystères du commerce ».

D’après la dépêche de 1812, Dickson résida « pendant quelques années, à titre de négociant », dans le territoire espagnol situé à l’ouest du Mississippi, où il acquit une connaissance approfondie de la répartition et des coutumes des nombreuses tribus indiennes qui y vivaient. Au printemps de 1797, il resserra ses liens avec les Indiens en épousant To-to-win, fille d’un influent chef wahpeton de la tribu des Santees-Sioux. Peu de temps après, il ouvrit un petit poste de traite des fourrures dans le haut de la St Peter (rivière Minnesota), au lac Traverse, qui était l’un des campements traditionnels des bandes nomades de Sioux. Petit à petit, il devint l’un des principaux trafiquants d’une région qui englobe maintenant le sud du Minnesota, l’Iowa, une partie du Wisconsin et l’est du Dakota du Sud.

En août 1804, Dickson forma avec James Aird* et Allen C. Wilmot, de Prairie du Chien (Wisconsin), une association qui, l’année suivante, prit l’initiative de fonder la Robert Dickson and Company à Michillimakinac. Cette société, finalement éphémère, regroupait surtout des trafiquants de fourrures canadiens qui espéraient défendre leurs intérêts. Leur situation était en effet précaire : depuis la signature du traité Jay en 1794, le gouvernement américain restreignait de plus en plus leurs activités ; en outre, les marchandises qui provenaient de Grande-Bretagne étaient frappées de lourds droits de douane et les trafiquants américains leur livraient une concurrence plus dure que jamais dans toute la région située au sud et à l’ouest de Michillimakinac. Incapable de surmonter ces problèmes, la Robert Dickson and Company s’intégra en 1807 à la Michilimackinac Company [V. John Ogilvy*], société plus importante qui avait été créée pour des raisons semblables par certaines des principales compagnies de Montréal. Pendant l’hiver de 1810–1811, Dickson et Aird firent de la traite pour la Michilimackinac Company en amont de la chute St Anthony (Minneapolis, Minnesota). Cependant, cette société ne résista pas davantage à une conjoncture de plus en plus difficile. En 1811, elle fut remplacée par la South West Fur Company, dans laquelle la puissante American Fur Company de John Jacob Astor et la North West Company [V. William McGillivray] détenaient une quantité égale d’actions.

De plus en plus irrités de voir les Américains empiéter sur leur territoire de traite, les trafiquants de fourrures britanniques et canadiens qui se trouvaient dans le Nord-Ouest, dont Dickson, se montrèrent impatients de collaborer à tout plan militaire susceptible d’assurer la suprématie des Britanniques dans la région lorsque la guerre entre la Grande-Bretagne et les États-Unis parut imminente au début de 1812. Quant à l’attachement de Dickson pour le gouvernement impérial, il ne faisait aucun doute. Inspiré par ce double motif, il réagit donc sans délai à une « communication confidentielle » dans laquelle le major général Isaac Brock* lui demandait de le renseigner sur la loyauté des Indiens du Nord-Ouest et d’aider l’armée en recrutant ses « amis » pour défendre la cause britannique. Dans sa réponse du 18 juin, jour où les États-Unis déclarèrent la guerre, Dickson rapporta qu’il avait rassemblé 250 ou 300 « amis » qu’il conduirait immédiatement au poste militaire britannique le plus proche, soit celui de l’île St Joseph (Ontario).

Dickson connut effectivement un succès sans mélange dans le recrutement des « alliés indiens de Sa Majesté » et exerça une influence particulièrement marquante pendant les premiers mois de la guerre, qui furent une période critique. Le 17 juillet, lui-même et John Askin fils, garde-magasin du département des Affaires indiennes à l’île St Joseph, commandèrent quelque 400 Indiens lors de l’attaque au terme de laquelle le capitaine Charles Roberts* vainquit la garnison américaine de Michillimakinac. Grâce à cette victoire, les Britanniques purent compter sur l’appui des Indiens des lacs Supérieur, Michigan et Huron ; quant aux nombreux guerriers que Dickson envoya rejoindre les troupes de Brock à Detroit, ils jouèrent un rôle important dans la prise du fort et de la ville le mois suivant.

Au cours de l’automne de 1812, Dickson se rendit à Montréal, où les marchands de fourrures James McGill*, William McGillivray et John Richardson vantèrent ses efforts à sir George Prévost*, lieutenant général et gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique. En conséquence, le 1er janvier 1813, Dickson fut nommé agent et surintendant des nations indiennes de l’Ouest, poste qui lui assurait un salaire annuel de £200 auquel s’ajoutaient, pour ses déplacements et frais divers, £300 qui seraient prélevées sur le fonds des services secrets. Dickson se vit accorder une grande latitude, eut la permission d’engager 5 officiers et 15 interprètes et fut placé sous l’autorité directe du commandement militaire britannique. De plus, Prevost accepta de lui rembourser intégralement la somme de £1 875 dépensées l’hiver et le printemps précédents en marchandises pour les Indiens, et ce « à titre d’indemnité pour les éminents services qu’il a[vait] rendus au gouvernement de Sa Majesté par sa loyauté, son zèle et ses efforts pour amener les Indiens à prêter leur concours à la prise de Michillimakinac et de Detroit ».

Dickson continua de rallier des Indiens à la cause britannique durant toute la guerre. De retour dans le Nord-Ouest au début de 1813, il mena pendant l’été quelque 1 400 Indiens au fort Malden (Amherstburg, Ontario), d’où les troupes du major général Henry Procter, assistées des guerriers du chef chaouanon Tecumseh*, partirent investir une deuxième fois le fort Meigs (près de Perrysburg, Ohio). Ce siège fut un échec, comme celui du fort Stephenson (Fremont) auquel Dickson participa à la fin de juillet. Il passa l’hiver suivant chez les Indiens à tenter de reprendre une partie de l’influence perdue après ces défaites. En août 1814, il contribua à la défense de Michillimakinac, qui se solda par une réussite. En septembre, sous le commandement de Miller Worsley, Dickson et 200 Indiens prirent part à la prise audacieuse du Tigress et du Scorpion, schooners américains qui bloquaient l’accès à l’île Mackinac. Il se rendit ensuite à Prairie du Chien, où il passa l’hiver de 1814–1815 à organiser l’appui aux Britanniques parmi les Indiens de la région. Malheureusement, il eut une grave querelle avec Andrew H. Bulger*, commandant du fort McKay, au sujet de la distribution des vivres et des présents aux différentes bandes indiennes. Accusé de favoriser les Sioux et de tenter d’usurper l’autorité des officiers britanniques, il fut rappelé à Michillimakinac en mars 1815. L’affaire fut portée à l’attention de Londres, et Dickson fut lavé de toute accusation lors d’une audience tenue à Québec. Un grade de lieutenant-colonel vint le récompenser de ses services, et il se retira du département des Affaires indiennes avec une pension.

La guerre de 1812 avait ruiné la carrière de trafiquant de fourrures de Dickson. En juin 1816, se trouvant à Perth lors d’une brève visite en Écosse, il posa sans succès sa candidature au poste vacant de surintendant du département des Affaires indiennes à Amherstburg. Par la suite, il retourna dans le Nord-Ouest, où il demeura populaire parmi les chefs et guerriers indiens. Dickson était un homme imposant, grand et fort, au visage plein ; dans le passé, les porte-parole indiens réunis en conseil l’avaient souvent surnommé Tête rouge en raison de la teinte cuivrée de sa chevelure et de sa barbe. En 1816–1817, il s’associa à un projet qui finalement n’aboutit pas mais qui visait à approvisionner en viande de bœuf la colonie de lord Selkirk [Douglas*] à la rivière Rouge. Au nom de celui-ci, il tenta en outre de persuader des colons du Wisconsin d’aller s’établir dans cette colonie, mais l’idée fut abandonnée à la mort de Selkirk. Dickson continua de parcourir le Nord-Ouest, probablement à titre de trafiquant pour l’American Fur Company de John Jacob Astor. En 1818, il faisait de la traite avec Aird dans la région du haut Mississippi. Il mourut subitement le 20 juin 1823 à l’île Drummond.

La contribution de Robert Dickson pendant la guerre de 1812 est trop peu connue. En recrutant des alliés parmi les Indiens et en acheminant des guerriers vers les lieux de combat, il joua un rôle essentiel dans la défense du Canada.

Robert S. Allen

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Bibliographie générale

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Robert S. Allen, « DICKSON, ROBERT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dickson_robert_6F.html.

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Auteur de l'article:   Robert S. Allen
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   28 juillet 2014