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DOUGLAS, GEORGE MELLIS, médecin, né à Carlisle, Écosse, où il fut baptisé le 11 juillet 1809, fils de George Douglas, ministre méthodiste, et de Mary Mellis, décédé à l’île aux Ruaux, Bas-Canada, le 2 juin 1864.

En 1822, George Mellis Douglas se rendit à Utica, New York, à la demande de son frère James* qui y pratiquait la médecine. Il s’occupa des affaires de celui-ci tout en s’initiant à la médecine. James Douglas dut toutefois s’enfuir d’Utica car il craignait d’être poursuivi après avoir pratiqué des dissections de cadavres, ce qui était illégal à l’époque, et il s’installa à Québec le 13 mars 1826 ; George Mellis l’y rejoignit quelques jours plus tard. Le 13 novembre 1827, après examen devant un comité nommé par le gouverneur, les bureaux médicaux de Québec et de Montréal n’étant pas encore créés, le jeune Douglas reçut l’autorisation de pratiquer la médecine. Il exerça, semble-t-il, sa profession avec son frère jusqu’en 1831.

À cette époque, le choléra faisait de nombreuses victimes. Venu des Indes, il s’était répandu en Angleterre et surtout en Irlande, ce qui amenait chaque année de nombreux immigrants à Québec. Par mesure de précaution, lord Aylmer [Whitworth-Aylmer*], alors gouverneur général, institua, en 1832, un Bureau de santé provincial et deux stations de quarantaine contrôlées par l’armée : une à la Grosse Île, à environ 33 milles en aval de Québec, et l’autre à Gaspé, où les navires en provenance d’Europe devaient s’arrêter pour des fins d’inspection. Le docteur Douglas, juge de paix du district de Gaspé depuis 1831, fut nommé surintendant médical de la station de quarantaine de Gaspé le 20 juin 1832. Tout en occupant ce poste, il assista le docteur Charles Poole, surintendant médical de la Grosse Île. Le 9 mai 1836, il lui succéda, au salaire de 25 shillings par jour. Douglas connut une année très chargée puisque dans la région de Québec le choléra fit 3 452 victimes au cours de l’été.

Le 31 juillet 1839, George Mellis Douglas épousa Charlotte Saxton Campbell, fille d’Archibald Campbell, notaire royal à Québec ; sept enfants naquirent de cette union. En 1841, il acheta un lopin de terre marécageux à l’extrémité est de la Grosse Île, qu’il fit assécher et cultiver. Comme les gens de l’île avaient de la difficulté à s’approvisionner, Douglas leur vendit les produits de sa ferme, en particulier du lait ; toutefois, on lui reprocha de faire ce commerce. En 1847, pour parer à l’épidémie de typhus qui sévissait, il améliora les conditions à l’hôpital de l’île en ajoutant, entre autres, une cinquantaine de lits aux 200 déjà en place. L’ampleur de l’épidémie dépassa cependant toute prévision : dès le 20 mai, 30 vaisseaux venus d’Irlande avaient transporté 12 519 passagers dont plus de 1 200 avaient péri en mer ou à leur arrivée. L’hôpital ne suffisait plus, abritant jusqu’à 2 500 patients à la fois. Plusieurs personnes bénévoles venues au secours de Douglas moururent, notamment 4 des 26 médecins ; les autres furent atteints de la fièvre. Douglas lui-même n’y échappa pas. Toutefois, grâce au traitement que lui et ses collègues utilisèrent, l’épidémie meurtrière fut enrayée vers la fin d’octobre, mais plus de 5 000 corps reposaient dans le cimetière de la Grosse Île. Le nombre de victimes atteignit 17 300 au Canada.

En juillet 1849, une nouvelle épidémie de choléra frappa la ville de Québec et fit près de 1200 morts. À la Grosse Île cependant, Douglas n’eut qu’une cinquantaine de malades à traiter. En 1853, un an après la dernière épidémie importante dans la province, le docteur Anthony Von Iffland* fut nommé assistant surintendant médical à la Grosse Île. Quatre ans plus tard la station de quarantaine passa sous la tutelle du bureau d’Agriculture et de Statistiques. Le séjour à l’île perdit de son attrait pour Douglas en raison, semble-t-il, de certains conflits d’intérêts avec Iffland et de certains problèmes financiers. De plus, il vivait plus souvent en Angleterre où il épousa, en 1858, Suzan Cleghorn, de Nevis, Écosse, qui lui donna un fils ; sa première épouse était décédée six ans plus tôt.

Le 19 avril 1861, près d’un mois après la fermeture de la station de la Grosse Île, Douglas fut nommé « médecin inspecteur adjoint » des vaisseaux mouillant dans la rade de la rivière Saint-Charles et le long du cap Diamant. Lorsque le 22 avril 1863 la Grosse Île fut rétablie comme station de quarantaine, Douglas reprit ses fonctions de surintendant médical. Malade et déprimé (sa seconde épouse était décédée le 21 novembre 1860), il apprit, en mars 1864, qu’on faisait des démarches pour nommer Iffland à sa place. Le 1er juin, il se rendit à l’île aux Ruaux (au nord-est de l’île d’Orléans) qu’il avait acquise en 1848 et où il avait fait construire une somptueuse maison depuis lors largement hypothéquée. Le soir même, il se poignarda et mourut le lendemain. Le coroner rendit un verdict de suicide dans un moment d’aliénation mentale.

Médecin fort respecté, George Mellis Douglas publia dans les journaux médicaux quelques travaux portant sur ses activités professionnelles à la Grosse Île et les maladies qu’il y avait soignées. Par exemple, il exposa, en 1847, sa théorie de la non-contagiosité du choléra qui contredisait celle du docteur William Marsden. Toutefois, la découverte du vibrion cholérique, en 1885, devait donner raison à Marsden. Membre assidu de la Société littéraire et historique de Québec, il en fut le secrétaire en 1842–1843. Pendant toute sa carrière, Douglas se fit remarquer par son dévouement ainsi que par son honnêteté et sa loyauté.

Sylvio Leblond

Les écrits de George Mellis Douglas sont peu nombreux ; outre son article On the natural history of the « Ursus IV Americanus » or American black bear, paru dans Literary and Hist. Soc. of Quebec, Trans., IV (1843) : 56–64, il publia quelques articles dans le British American Journal of Medical and Physical Science (Montréal) en 1847–1848.

APC, RG 1, E1, 85, pp.66–75, 126 ; 87, pp.432s., 437–439 ; 90, pp.327s. ; E8, 24, ff.1–5 ; 74, ff.1–5 ; 80, ff.9s. ; RG 4, A1, S-284, 18 juin 1832 ; B28, 39 ; 51, 11 août 1826, 12 nov. 1827.— Archives privées, Mme F. N. Douglas (Lakefield, Ont.), Correspondance.— Bureau d’enregistrement de l’île d’Orléans (Saint-Laurent, Québec), Registre B, 3, no 149 ; 5, no 410.— Bureau d’enregistrement de Québec (Québec), Registre B, 25, no 9773.— [James Douglas], Journals and reminiscences of James Douglas, M.D., James Douglas Jr, édit. (New York, 1910), 121, 128, 131.— Le Canadien, 2 déc. 1836, 9 juill. 1845, 10 janv. 1849, 24 mai 1852, 3 juin, 1er août 1864, 2 mai 1870.— Morning Chronicle (Québec), 3 juin 1864.— Quebec Daily Mercury, 3, 4 juin 1864.— A Cabin Passenger [Robert Whyte], The ocean plague : or, a voyage to Quebec in an Irish emigrant vessel, embracing a quarantine at Grosse Isle in 1847 [...] (Boston, 1848).— Heagerty, Four centuries of medical history in Can., I : 106–130, 179–211 ; II : 25–39.— J. A. Jordan, The Grosse-Isle tragedy and the monument to the Irish fever victims (Québec, 1909).— M. D. Noble, A long life (Newcastle upon Tyne, Angl., 1925), 50s.— Sylvio Leblond, Le docteur George Douglas (1804–1864), Cahiers des Dix, 34 (1969) : 145–164 ; James Douglas M.D. (1800–1886), Canadian Medical Assoc., Journal (Toronto), 66 (1952) : 283–287 ; La médecine dans la province de Québec avant 1847, Cahiers des Dix, 35 (1970) : 69–95 ; William Marsden (1807–1885) ; essai biographique, Laval médical (Québec), 41 (1970) : 639–659.— C. A. Mitchell, Events leading up to and the establishment of the Grosse Ile quarantine station, Medical Services Journal, Canada (Ottawa), XXIII (1967) : 1 436–1 444.

Bibliographie générale

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Sylvio Leblond, « DOUGLAS, GEORGE MELLIS », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/douglas_george_mellis_9F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
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