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DOYLE, sir CHARLES HASTINGS, militaire et administrateur colonial, né le 10 avril 1804 à Londres, fils aîné du lieutenant général sir Charles William Doyle et de Sophia Cramer Coghill, décédé célibataire le 19 mars 1883 dans sa ville natale.

Comme son père, Charles Hastings Doyle fréquenta le Royal Military College à Sandhurst, Angleterre, avant d’entrer dans l’armée en qualité d’enseigne le 23 décembre 1819. Son ascension s’y fit progressivement : le 16 juin 1825, il acheta le grade de capitaine et, tout en conservant ce rang durant les années 1830, il occupa le poste d’aide de camp à Québec. En 1841, il était major. En 1846, Doyle, qui avait servi en Inde et aux Antilles, acheta le grade de lieutenant-colonel et, en 1854, il était devenu colonel. De 1846 à 1856, il fit partie du personnel du quartier-maître général et fit la campagne de Crimée au cours de laquelle il fut réformé à la suite d’une blessure reçue à Varna. Durant les quatre années et demie suivantes, il servit à titre d’inspecteur général de la milice en Irlande. Finalement, le 15 septembre 1860, on le nomma major général et, un an plus tard, on l’affecta au commandement de l’Amérique du Nord britannique.

Doyle arriva à Halifax le 16 octobre 1861 pour prendre la tête des troupes britanniques de la zone atlantique, qui comprenait les colonies Maritimes, Terre-Neuve et les Bermudes. La guerre de Sécession, déclenchée au mois d’avril précédent, avait incité les autorités de l’Empire britannique à repenser le système de défense en Amérique, et Doyle se chargea de passer en revue les ouvrages et le personnel militaires. Le 8 novembre, les nordistes capturèrent des agents confédérés sur le vapeur britannique Trent ; les relations entre la Grande-Bretagne et les états du Nord devinrent tendues, et on augmenta les préparatifs militaires. La Grande-Bretagne envoya des troupes pour renforcer ses garnisons au centre du Canada mais, le Saint-Laurent n’étant pas navigable en hiver, il fallut détourner les renforts sur Halifax. Doyle reçut la responsabilité du transport des troupes. Travaillant de concert avec Arthur Hamilton Gordon*, lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick, il avait envoyé, le 17 mars 1862, près de 7 000 réguliers britanniques à travers le Nouveau-Brunswick, par voie de terre, à destination de Rivière-du-Loup, Bas-Canada, où se trouvait le terminus est du Grand Tronc. La rapidité et l’efficacité avec lesquelles s’effectua l’opération lui valurent beaucoup d’éloges. Au printemps, lorsque les nordistes libérèrent les prisonniers du Trent, les tensions diplomatiques se relâchèrent.

Ces années-là, la milice de la zone atlantique fut l’un des principaux soucis de Doyle. Une tournée d’inspection lui avait fait découvrir que celle-ci n’existait que « sur papier » et que les assemblées des colonies avaient « à plusieurs reprises refusé de fournir de l’argent pour la défense ». Il insista auprès des lieutenants-gouverneurs des Maritimes sur la nécessité d’une réorganisation en profondeur de la milice ; il s’efforça surtout d’améliorer l’entraînement des officiers. En Nouvelle-Écosse seulement, près de 35 000 miliciens suivirent un entraînement militaire d’une semaine à l’été de 1864.

Commandant des forces britanniques dans les Maritimes, Doyle devait assumer la fonction d’administrateur chaque fois qu’un lieutenant-gouverneur s’absentait de sa province ou lors d’un intérim, entre les nominations. À l’automne de 1862, en l’absence du comte de Mulgrave [Phipps] de la Nouvelle-Écosse, Doyle fit la connaissance de Joseph Howe*, qui allait devenir l’une de ses plus importantes relations politiques. Partisan convaincu du projet de l’Intercolonial, Doyle lui offrit d’appuyer son plaidoyer en faveur du chemin de fer en écrivant une lettre aux autorités de la mère patrie « démontrant la grande utilité [d’un] chemin de fer au point de vue militaire ». Par suite de la correspondance qu’ils échangèrent sur ce sujet, Doyle et Howe se lièrent d’une étroite amitié.

En tant qu’administrateur de la Nouvelle-Écosse, Doyle se retrouva au milieu d’une crise diplomatique en décembre 1863. Avec l’aide d’un groupe de coloniaux britanniques nord-américains, des agents sudistes avaient capturé le Chesapeake, vapeur battant pavillon nordiste ; mais celui-ci avait bientôt été repris par des canonnières nordistes en eaux neutres d’Amérique du Nord britannique et amené au port de Halifax. Doyle exigea qu’on lui livrât le navire ainsi que trois Néo-Écossais détenus à bord, illégalement selon lui. Le commandant nordiste se soumit, mais les coups des nordistes avaient soulevé la colère de nombreux sympathisants des sudistes à Halifax ; ces derniers favorisèrent l’évasion de l’un des trois Néo-Écossais que Doyle voulait faire arrêter pour piraterie au moment de la capture du Chesapeake. Doyle contourna le problème : il poursuivit devant les tribunaux les trois coupables néo-écossais sans distinction. Tous le félicitèrent d’avoir traité cette affaire de cette façon, jusqu’au secrétaire d’État américain, William Henry Seward, qui loua sa « façon de procéder juste et amicale ».

Doyle consacra presque entièrement aux affaires militaires les quelques années de commandement qui suivirent. En avril 1866, la menace d’une invasion du Nouveau-Brunswick par les Féniens était plus imminente que jamais, et Doyle répondit promptement à la demande de secours militaires faite par le lieutenant-gouverneur Gordon. Le 17 avril, il partit de Halifax à la tête d’une escadre de vaisseaux de guerre de la marine royale avec 700 réguliers britanniques, en route vers la baie de Passamaquoddy où étaient concentrées les forces féniennes. Cette démonstration de la puissance militaire britannique découragea les Féniens qui se dispersèrent.

Doyle demeura en poste au Nouveau-Brunswick après la panique causée par les Féniens ; en octobre 1866, lors du départ de Gordon, il devint administrateur de cette province. La défaite du gouvernement d’Albert James Smith, adversaire de la confédération, aux élections générales du mois de juin précédent avait marqué une étape décisive dans le mouvement vers une union canadienne ; de plus, Doyle consacra les premiers mois de son administration à miner l’opposition encore vivace à la confédération. En récompense des services qu’il avait rendus à la cause de la confédération, il fut nommé, le 1er juillet 1867, lieutenant-gouverneur de la province, poste qu’il occupa jusqu’au mois d’octobre suivant. Son habileté à servir de médiateur et à demeurer en bons termes avec les extrémistes de toute allégeance en avait fait l’une des personnalités les plus respectées des milieux politiques des Maritimes. Charles Tupper*, un des hommes influents du gouvernement fédéral de sir John Alexander Macdonald*, se rendit compte que Doyle pouvait jouer un rôle positif dans la conjoncture politique difficile de la Nouvelle-Écosse : un seul partisan de la Confédération sur 19 députés au parlement fédéral et seulement deux sur 38 députés à l’Assemblée provinciale avaient pu s’y faire élire en septembre 1867. Après les appels répétés de Tupper, Doyle consentit enfin à accepter la nomination de lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse.

Doyle se plaignit de se trouver en face de « conditions qui dépasseraient [les capacités de] l’ange Gabriel lui-même s’il était envoyé [y] gouverner ». D’un côté, il y avait l’Assemblée récemment élue, qui s’était engagée à faire révoquer l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, et, de l’autre, le gouvernement fédéral qui réclamait des sanctions contre les partisans frondeurs de l’abrogation de l’acte. Il lui fallait à tout prix éviter qu’une scission se produisît entre les deux paliers de gouvernement. C’est pourquoi, avant de mettre les pieds dans la province, il se tourna vers son vieil ami Howe, devenu député fédéral et chef de file des adversaires de la Confédération, et l’exhorta à « ne pas [lui] donner le coup de pied de l’âne ». Doyle offrit ses services à Howe comme « agent de liaison » auprès du gouvernement fédéral de Macdonald, et Howe le rassura en ces termes : « vous pouvez compter non seulement sur mon appui personnel mais sur [celui de] tous mes amis pour aplanir votre chemin et assurer le succès de votre gouvernement ».

Le problème le plus urgent auquel Doyle eut à faire face, dès après son assermentation le 28 octobre, se révéla être la formation d’un nouveau cabinet provincial. Au début de novembre, il accepta la démission du gouvernement favorable à la Confédération de Hiram Blanchard*, au pouvoir depuis le mois de juillet précédent. Cette démarche déplut à Macdonald qui aurait souhaité voir les partisans de la Confédération demeurer en poste jusqu’à ce qu’ils soient défaits à l’Assemblée. Sur les conseils de Howe, Doyle convoqua Richard A. McHeffey pour qu’il formât un cabinet de ministres choisis parmi la majorité composée de députés adversaires de la Confédération. Deux chefs de file hostiles à cette dernière, vieux routiers du cabinet dans des gouvernements antérieurs d’allégeance libérale ou conservatrice, William Annand et Martin Isaac Wilkins se firent les porte-parole d’un mouvement d’opposition spontanée et générale. Armand, qui ne siégeait pas à l’Assemblée mais qu’on nomma bientôt au Conseil législatif, fut alors choisi premier ministre par le caucus des adversaires de la Confédération et McHeffey dut accepter un poste de ministre sans portefeuille. Deux évidences se dégageaient de cet incident : Doyle avait établi une bien meilleure relation de travail avec Howe qu’avec les adversaires provinciaux de la Confédération, mais, d’autre part, un énorme fossé se creusait désormais entre Howe et les partisans néo-écossais de l’abrogation, plus radicaux que lui.

Entre la nomination de Doyle et la première séance de l’Assemblée, tenue le 30 janvier 1868, s’ébaucha le profil des relations qu’il allait entretenir avec son cabinet. Le premier heurt se produisit au sujet de la nomination des conseillers législatifs. Avant de quitter la province, le prédécesseur de Doyle, sir William Fenwick Williams, avait désigné six conseillers qui appuyaient la Confédération. Le cabinet composé d’adversaires de la Confédération tentait maintenant de faire annuler ces nominations mais Doyle ne céda pas ; selon lui, elles étaient légales et il n’avait pas le droit de les révoquer. En homme politique habile, il s’était rendu compte qu’il serait déjà assez difficile d’avoir la haute main sur les adversaires de la Confédération sans perdre en plus l’appui que lui accordait la majorité du Conseil législatif. Force fut au cabinet de comprendre à ce moment-là qu’on ne pouvait pas facilement circonvenir Doyle.

Tout laissait prévoir que le contenu du discours du trône serait aussi contesté. Que pourrait dire Doyle sur la Confédération pour éviter de s’aliéner son gouvernement tout en réitérant son appui personnel à la nouvelle union ? II informa ainsi Macdonald : « rien ne me fera plaider en faveur de l’abrogation dans mon discours du trône, car je ne peux me permettre de sacrifier ni mon honneur ni ma cohérence, si bien qu’il y a un risque probable de crise politique [...] Je crois que l’opinion la plus répandue veut qu’ils [les adversaires de la Confédération] cèdent sur ce point ; pour ma part, il n’est absolument pas question que je le fasse. » C’est Howe, son ami, qui apporta la solution au dilemme de Doyle, assurant ce dernier qu’il avait « parlé avec la plupart [des membres de l’Assemblée qui s’opposaient à la Confédération] et [qu’il était] certain qu’on n’a[vait] pas l’intention de [le] harceler déloyalement ». Howe alla jusqu’à suggérer les termes mêmes du discours de Doyle. Une des phrases clés qu’il proposait disait : « [...] qu’il me soit permis de vous assurer de ma coopération la plus entière à l’élaboration de programmes susceptibles selon vous de promouvoir le bien-être de l’ensemble de la population, pour autant que la loi et la constitution le permettent ». La voie du compromis était ouverte. En employant le style vague et modéré de Howe, on avait évité une rupture complète entre Doyle et son gouvernement. À l’issue de la brève session qui suivit, les adversaires de la Confédération étaient convaincus que Doyle avait mérité la « confiance de [son] souverain, le respect de [son] conseil et l’affection des gens de la province ».

L’Angleterre devint ensuite le théâtre des événements : une délégation de partisans de l’abrogation, dirigée par Howe, y exposait sa cause aux autorités britanniques. Doyle se rendit à Londres après la clôture de la session de l’Assemblée provinciale et se voua de tout cœur à défendre la Confédération. Il fut sans aucun doute satisfait lorsque le parlement britannique rejeta officiellement l’abrogation le 4 juin 1868. Toutefois, cette décision maintint Howe dans une situation difficile. Celui-ci ne voulait pas favoriser l’insurrection en Nouvelle-Écosse, ni l’annexion de la province aux États-Unis, mais il ne pouvait pas non plus brûler ce qu’il avait adoré. La solution à ce dilemme semblait être l’obtention pour la Nouvelle-Écosse de « meilleures conditions » que celles qu’on lui avait offertes à son entrée dans la Confédération en 1867. Tout au cours de l’été et de l’automne de 1868, Macdonald et Howe négocièrent ces « meilleures conditions ». Au tout début de la négociation, une correspondance directe entre les deux hommes aurait été mal vue ; Doyle se tint constamment en contact avec eux et transmit les renseignements de l’un à l’autre. Macdonald confia au gouverneur général lord Charles Stanley Monck* que, lors de son passage à Halifax en août, où il devait prononcer un discours au congrès des partisans de l’abrogation, il avait reçu « une aide des plus précieuses du général Doyle » et qu’il l’avait consulté « dans toutes les démarches que [le gouvernement fédéral avait] entreprises ». Doyle devint la boussole qui guidait le gouvernement fédéral sur les eaux tumultueuses de la politique néo-écossaise. Sa principale préoccupation était le fossé qui se creusait entre Howe et les adversaires provinciaux de la Confédération, car ce conflit local empêchait Howe de se concentrer sur les négociations avec le gouvernement fédéral. Néanmoins, en janvier 1869, on avait élaboré en détail les « meilleures conditions », comprenant, entre autres, l’augmentation des indemnités compensatoires pour dettes et des subventions annuelles du gouvernement fédéral. Howe entra ensuite dans le cabinet de Macdonald.

Tout en jouant un rôle important d’intermédiaire entre Howe et Macdonald, Doyle prit aussi des mesures spectaculaires afin de contenir l’hostilité de son cabinet provincial. Par exemple, dans un discours enflammé sur l’abrogation, le procureur général Martin Isaac Wilkins avait laissé entendre que, si la Grande-Bretagne demeurait indifférente aux demandes de la Nouvelle-Écosse, la province pourrait se voir obligée de « faire appel à un autre pays pour qu’il [lui] vienne en aide ». Doyle considéra la déclaration de Wilkins comme séditieuse et tenta de le faire blâmer. Un différend ne tarda pas à surgir entre Doyle et ses ministres sur cette question, mais Doyle força son conseil à reculer. De cette façon, il manifestait clairement sa détermination à neutraliser toute activité déloyale de la part du gouvernement provincial.

Lorsque Howe entra au cabinet fédéral, Macdonald crut que le mouvement des adversaires de la Confédération avait perdu celui qui en avait été l’« âme ». Il restait maintenant à convaincre certains acharnés au niveau provincial que leur cause était sans espoir, et Macdonald exhorta Doyle à user de toute son influence sur eux. La réélection de Howe dans le comté de Hants, rendue obligatoire par son acceptation d’un poste dans le cabinet fédéral, était de la plus haute importance. Doyle attira plusieurs fois l’attention de Macdonald sur le fait que, la popularité de Howe était à la baisse en Nouvelle-Écosse et que bon nombre de ses anciens amis étaient fort irrités de son abandon de la cause des adversaires de la Confédération : « Leur courroux se porte maintenant vers Howe, et je sais qu’ils ont l’intention de faire tous les efforts possibles pour causer sa défaite. Tupper et son entourage lui offriront toute leur aide, mais vous devez en faire autant [...] car, s’il est réélu, ils se verront contraints d’abandonner leurs illusions. » Néanmoins, Doyle ne s’inquiétait pas des « injures dont on accablait Joe, [leur] i sincère », car il croyait Howe à la hauteur de la situation. Ce dernier était lui-même sûr de la victoire et cette perspective plaisait beaucoup à Doyle, qui écrivait : « Je pourrai ainsi me permettre de parler dans le nez à mes concitoyens, comme disent les Yankees, et les forcer à accepter la situation ou les écraser. »

Une des premières manœuvres des partisans de la Confédération fut de fixer une date d’élection qui laisserait suffisamment de temps pour faire une campagne efficace. En conjuguant leurs efforts, Tupper et Doyle réussirent à faire repousser la date de l’élection partielle de Hants. Jeremiah Northup*, directeur de campagne de Howe, demanda aussi à Doyle de parler à l’archevêque Thomas Louis Connolly*, de Halifax, et de l’amener à inciter les prêtres du comté de Hants à parler en faveur de Howe. Connolly prévint Doyle qu’il rencontrerait les membres du clergé en question et que tout « irait bien ». Le 20 avril 1869, Howe remporta la victoire par 383 votes. Doyle fut l’une des nombreuses personnes à pousser un soupir de soulagement lorsque les résultats furent officiellement confirmés.

L’élection de Howe raffermit grandement l’autorité de Doyle ; à l’ouverture de la nouvelle session, il contraignit de nouveau ses ministres à supprimer du discours du trône toute allusion à l’abrogation et ajouta même quelques déclarations modérées de son cru. Le gouvernement subissait d’énormes pressions quant à l’attitude qu’il allait adopter à l’égard de la Confédération, mais Doyle décida qu’au lieu de presser les événements, il laisserait ses ministres renoncer peu à peu à la politique d’abrogation. Macdonald approuva la démarche de Doyle : « Je crois que vous avez eu tout à fait raison de rejeter toute idée de coercition. Ils trouveront la note juste au bon moment sans aucune intervention directe de votre part et sans que vous sembliez vous comporter comme un tyran. » La sagesse de Doyle fut récompensée puisque, à la fin de la session, le mouvement pour l’abrogation était presque mort.

Les deux dernières années et demie que Doyle passa en Nouvelle-Écosse furent par contre très calmes. La question de l’abrogation ne se posant plus, il avait achevé le gros de sa tâche. Dès juin 1869, il pressa Macdonald de le remplacer. Il pensait qu’il ne représentait plus un « atout politique », surtout après que les partisans de la Confédération eurent fait des gains importants à la fois aux élections provinciales de 1871 et aux élections fédérales de 1872. L’une des dernières tâches « ordinaires » qu’il se vit confier fut d’agir en tant qu’administrateur du dominion du Canada lors du départ du baron Lisgar [Young*] en juin 1872.

Le jugement que porta l’archevêque Connolly sur Doyle semble juste : « Je ne connais pas d’homme public, ni en Angleterre ni dans ce pays, qui à chaque phase de la lutte entre deux grands partis aurait pu faire preuve de principes plus inflexibles, de plus d’énergie, de plus de tact ou de plus de tolérance ; il n’y a pas d’homme qui aurait pu allier d’une façon aussi heureuse la fermeté des principes et la souplesse dans l’action. » Depuis son arrivée en 1861, Doyle avait été placé dans des situations conflictuelles : contraint d’abord de s’occuper de l’affaire du Trent, puis de celle du Chesapeake, puis des Féniens et enfin du mouvement des adversaires de la Confédération, il pouvait dire : « Je ne me débarrasse pas d’une difficulté sans qu’aussitôt en survienne une autre. » Cependant, le fait de relever ces défis donna à Doyle sa formation politique et l’obligea à développer un style et une personnalité propres qui, à la longue, devinrent ses atouts les plus précieux. Il n’était pas l’un de ces dignitaires incompétents de l’Empire britannique, du style des « généraux de Wellington » des débuts du xixe siècle : il avait les qualités nécessaires pour s’acquitter des obligations tant militaires que politiques qu’on lui imposait. S’il n’avait pas fait l’effort « de gouverner [...] d’après l’étoile polaire de l’impartialité » et s’il n’avait pas pris en main avec fermeté mais équité un gouvernement provincial hostile, il est peu probable que les habitants de la Nouvelle-Écosse auraient accepté la Confédération aussi tôt et d’aussi bonne grâce qu’ils le firent.

Doyle quitta la Nouvelle-Écosse en mai 1873 et passa les années qui lui restaient à vivre en Angleterre dans une paix et une tranquillité presque absolues. En 1869, il avait été créé chevalier commandeur de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges, et promu lieutenant général. D’avril 1874 à mai 1877, il remplit les fonctions de général du district du sud à Portsmouth, et à la fin de sa vie il fut promu général en chef et mis à la retraite. Il mourut subitement d’une maladie de cœur à Londres, en 1883.

Ronald H. McDonald

APC, MG 24, B29 ; MG 26, A, 114–115.— PANS, RG 1. 105–110, 126–128, 128A ; RG 2, sect. 2, 1–8.— N.-É., House of Assembly, Debates and proc., 1861–1873 ; Journals and proc., 1861–1873.— R. H. Campbell, « Confederation in Nova Scotia to 1870 » (thèse de m.a., Dalhousie Univ., Halifax, 1939).— R. G. Dickey, « Party government in Nova Scotia, 1867–1878 » (thèse de m.a., Dalhousie Univ., 1941).— D. A. Muise, « Elections and constituencies : federal politics in Nova Scotia, 1867–1878 », (thèse de ph.d., Univ. of Western Ontario, London, 1971).— K. G. Pryke, « Nova Scotia and confederation, 1864–1870 » (thèse de ph.d., Duke Univ., Durham, N.C., 1962).

Bibliographie générale

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Ronald H. McDonald, « DOYLE, sir CHARLES HASTINGS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/doyle_charles_hastings_11F.html.

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Auteur de l'article:   Ronald H. McDonald
Titre de l'article:   DOYLE, sir CHARLES HASTINGS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   20 août 2014