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ERMATINGER, EDWARD, marchand de fourrures, homme d’affaires, homme politique et écrivain, né à l’île d’Elbe en février 1797, fils de Lawrence Edward Ermatinger, intendant général d’armée adjoint dans les forces britanniques, et petit-fils de Lawrence Ermatinger*, marchand d’origine suisse qui avait épousé une sœur de Forrest Oakes*, marchand de fourrures, décédé en octobre 1876, à St Thomas, Ont.

La mère d’Edward Ermatinger, une Italienne, mourut alors que lui-même et son jeune frère, Francis*, étaient encore tout jeunes enfants. Leur père, « un brave homme certes – mais quel père original », ne montra apparemment qu’un intérêt superficiel à leur éducation, mais Edward fit ses études en Angleterre et reçut une bonne formation dans le domaine des langues et de la musique. La famille comptait plusieurs marchands de fourrures. Un oncle, Charles Oakes Ermatinger*, avait fondé l’important poste de traite de Sault-Sainte-Marie et Lawrence Edward Ermatinger fit entrer ses fils comme commis débutants au service de la Hudson’s Bay Company. Les deux frères s’embarquèrent à Londres sur le Prince of Wales, et arrivèrent à York Factory le 14 août 1818.

Edward Ermatinger resta au service de la compagnie jusqu’en 1828 et demeura successivement à Island Lake, Oxford House, York Factory, et dans la Rivière-Rouge (lieux qui sont tous situés dans l’actuel Manitoba) et trois ans dans le district de Columbia. On a publié son « York Factory express journal » qui relate ses voyages entre le fort Vancouver et York Factory en 1827 et 1828, ainsi qu’un carnet de route sur le voyage qu’il fit en canot jusqu’à Lachine en 1828. Il montrait cependant peu d’enthousiasme pour ce genre de vie : « Il y a longtemps que j’essaie de quitter le pays, mais je n’ai jamais pu y réussir – à présent, je dois tenter une fois en dehors de ne plus y revenir. » On a des raisons de croire qu’Ermatinger était déçu car les espoirs qu’il avait mis dans la gouverneur George Simpson*, pour l’aider dans son avancement dans la compagnie, étaient mal fondés. Il accepta malgré tout ce coup du sort avec sérénité : « Je n’ai jamais voulu franchement retourner [à la compagnie] », écrivit-il. Il conserva toujours des relations amicales avec ses anciens collègues et notamment avec John Work* ; beaucoup d’entre eux se confiaient en toute liberté à cet aimable correspondant et lui demandaient souvent conseil pour s’établir au moment de leur retraite. Il semble qu’il n’ait eu aucun regret en quittant le Nord-Ouest et « la vie monotone [qu’on y menait] ».

En 1828, Ermatinger fit un voyage en Angleterre où il revit son père, mais revint au Canada en 1829. Il fit plusieurs voyages dans tout le Haut-Canada et on voit par son journal qu’il cherchait alors à donner une orientation nouvelle à sa vie. Il s’établit finalement à St Thomas où il croyait pouvoir faire fructifier son petit capital. À cet endroit, il fut à la fois maître de poste, du moins de 1842 à 1876, banquier et marchand. Il ouvrit un magasin général et fut successivement directeur de la Bank of Upper Canada, de la Commercial Bank et, pendant 14 ans, de la Banque de Montréal. Le comté d’Elgin fut créé en 1851 et c’est grâce à Ermatinger que fut constituée à cette époque la Bank of the County of Elgin, dont il devait présider le conseil d’administration.

Ermatinger se présenta aux élections de l’Assemblée législative dans la circonscription de Middlesex. Il fut élu en 1844 comme conservateur, puis battu en 1847 ; en 1851, il se retira de la politique. « Si j’ai pu y gagner une certaine sagesse, dira-t-il, j’y ai assurément perdu de l’argent. » Il ne se sentait pas à l’aise dans une atmosphère politique où « certains des conseillers des représentants de Sa Majesté étaient des rebelles de 1837 ». Il est évident qu’il trouvait davantage de satisfaction dans la composition littéraire ; il écrivit de nombreuses brochures, une biographie du colonel Thomas Talbot* et plusieurs lettres aux journaux, particulièrement pour le Spectator de Hamilton, sous le pseudonyme de « British Canadian ». En 1843 ou 1844, il fonda également le St Thomas Standard, en fut le rédacteur pendant deux ans puis le vendit. Il épousa Achsah Burnham, fille de Zaccheus Burnham*, de Cobourg, et sœur du curé de la paroisse anglicane de St Thomas. Edward et Achsah eurent sept enfants.

D’après sa correspondance, il semble bien qu’Edward Ermatinger ait eu une personnalité attachante et ait été un ami dévoué. Il se consacra sans répit à ses affaires, mais on trouve cependant dans son journal le récit d’un voyage à New York, au cours duquel il passa ses soirées au théâtre ou à des distractions du même genre. Il adorait la musique et le fait qu’il jouait de la flûte et du violon en virtuose lui procura de grandes joies, après qu’il eut quitté le commerce des fourrures. Il fit un recueil, encore conservé, des paroles et de la musique de chansons du folklore canadien-français, et l’un de ses amis mentionne qu’il avait composé un morceau intitulé Red River March. C’était un homme actif, quoique porté à l’introspection, qui attachait beaucoup d’intérêt à ce qui se passait sur la scène nationale autant qu’à l’étranger, et qui montrait des opinions bien arrêtées sur les questions qu’il soulevait dans ses lettres et dans les ouvrages qu’il fit paraître. Bien qu’il ne se cachât pas du peu de penchant qu’il éprouvait pour la vie que l’on menait dans la traite des fourrures, il ne conserva aucune animosité contre la Hudson’s Bay Company et, à l’occasion, se porta à sa défense.

Ermatinger était un homme profondément religieux et un fidèle zélé de l’Église d’Angleterre. Comme franc-maçon et anti-catholique, il n’avait aucune sympathie pour l’évêque de Toronto, John Strachan*, qui à ses yeux se montrait trop conciliant. Ermatinger allait jusqu’à dire qu’« il [fallait] que les laïques fassent preuve de vigilance afin de se débarrasser du levain du papisme, dont l’Église est infectée ». Il semble que, même très jeune, il avait gagné « l’estime des gens les plus respectables » et qu’il la conserva jusqu’à sa mort.

L. G. Thomas

Edward Ermatinger est l’auteur de The Hudson’s Bay territories ; a series of letters on this important question (Toronto, 1858), et de Life of Colonel Talbot, and the Talbot settlement, its rise and progress [...] (St Thomas, C.-O., 1859). V. aussi : Edward Ermatinger’s York Factory express journal, being a record of journeys made between Fort Vancouver and Hudson Bay in the years 1827–1828, C. O. Ermatinger et James White, édit., MSRC, 3e sér., VI (1912), sect. ii : 67–132.

APC, FM 19, A2 (Papiers famille Ermatinger), 2e sér. ; FM 19, A21 (Papiers Hargrave) ; FM 24, D16 (Papiers Buchanan) ; FM 25, G, 107 (Papiers famille Ermatinger).— PABC, Edward Ermatinger papers, 1828–1849.— University of Western Ontario Library, 27 (Ermatinger papers), boites 1–3.— HBRS, II (Rich et Fleming) ; IV (Rich) ; VI (Rich) ; XVIII (Rich et Johnson).— Vignettes of St. Thomas, an anthology of the life and tunes of its first century, W. C. Miller, édit. (St Thomas, Ont., 1967).— C. O. Ermatinger, The Talbot regime : or the first half century of the Talbot settlement (St Thomas, Ont., 1904).

Bibliographie générale

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L. G. Thomas, « ERMATINGER, EDWARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ermatinger_edward_10F.html.

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Auteur de l'article:   L. G. Thomas
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   23 août 2014