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EVANS, WILLIAM, agriculteur, agronome, journaliste et auteur, né le 22 novembre 1786 dans le comté de Galway (république d’Irlande) ; il épousa en secondes noces à Vaudreuil, Bas-Canada, Jane Stephens (décédée en 1842), et ils eurent un enfant, puis le 19 février 1844, à Montréal, Selina Wood, et de ce mariage naquit au moins un enfant ; décédé le 1er février 1857 à Côte-Saint-Paul (Montréal).

Arrivé au Bas-Canada en 1819, William Evans s’installe peu après à Côte-Saint-Paul où il exploite une ferme. Âgé de 33 ans, il a déjà de l’expérience, ayant géré pendant quelques années, en Irlande, une exploitation spécialisée dans l’engraissement du bétail. On ne sait malheureusement rien d’autre de sa formation première et de son milieu d’origine. Jusqu’à son décès, la pratique agricole sera pour Evans une activité essentielle ; il ne semble pas qu’il l’ait jamais abandonnée pour très longtemps. Comme agriculteur, il prend place parmi les plus dynamiques de la région de Montréal. En 1851, il possède à Côte-Saint-Paul une terre de 150 acres, dont la totalité de la superficie se trouve en culture. Il a, semble-t-il, cultivé aussi une quarantaine d’acres supplémentaires dans la même région. La production, qui est variée et comprend une certaine quantité de graines de semence, situe Evans nettement au-dessus de la moyenne à l’époque. La ferme compte, en outre, 22 têtes de bétail ; Evans l’exploite avec l’aide de son fils aîné, William, et sans doute avec une main-d’œuvre salariée, puisque sa maisonnée compte cinq serviteurs. Il met régulièrement en pratique ses théories et se livre à des essais ; d’après Pierre-Joseph-Olivier Chauveau*, c’est une véritable ferme modèle.

Evans n’aura, apparemment, comme source de revenus importante que son exploitation agricole. Ses autres activités en tant qu’agronome et publiciste lui coûteront plus qu’elles ne lui rapporteront, du moins s’il faut en croire les pétitions qu’il dépose au cours des décennies 1840 et 1850 à l’Assemblée législative du Canada-Uni, afin d’obtenir de l’argent. Vers la fin de sa vie, il convainc son fils William d’entreprendre un commerce de graines de semence et d’instruments aratoires. Toutefois, on ignore dans quelle mesure il participait financièrement à cette entreprise.

Evans commence à être connu à compter du moment où il est nommé secrétaire de la Société d’agriculture du district de Montréal, soit probablement en 1830. Durant la première moitié du {{xix}}e siècle, la réforme de l’agriculture au Bas-Canada est confiée aux sociétés d’agriculture. À partir de la première fondation, celle de la Société d’agriculture du Canada qui remonte à 1789, les sociétés évoluent vers une structure décentralisée en districts : on retrouve des sociétés d’agriculture dans les districts de Montréal, de Québec, de Trois-Rivières, de Gaspé et de Saint-François. Mais comme à l’origine ces sociétés ont attiré surtout des marchands ou de véritables gentlemen-farmers, elles cherchent à se rapprocher des cultivateurs par le moyen de sociétés de comté. D’après l’historien Vernon Clifford Fowke, leur principal problème est le peu d’impact qu’elles ont sur la masse des fermiers. Cette situation tiendrait au fait qu’elles sont formées de Britanniques et qu’à cause des diverses barrières – langue, pratiques culturales – leur action ne touche pas les agriculteurs canadiens-français. À titre de secrétaire-trésorier de la Société d’agriculture du district de Montréal, Evans cherche très rapidement à stimuler la création de ces sociétés de comté. D’après le Journal du cultivateur et Procédés de la Chambre d’agriculture du Bas-Canada, il est le premier à suggérer que, dans les concours agricoles, on ait une catégorie à part pour les Canadiens français. Cette division des concours en trois catégories, c’est-à-dire, pour reprendre les termes de l’époque, « cultivateurs canadiens pratiques », « canadiens bretons » et « libre », est rendue nécessaire pour attirer les concurrents canadiens-français qui n’ont aucune chance de gagner s’ils rivalisent avec des cultivateurs d’origine britannique. L’organisation de ces concours est considérée comme le travail principal des sociétés d’agriculture ; c’est par ce biais, croit-on, que viendront l’émulation et, dans l’optique des membres, le progrès. Evans demeure à ce poste tant que dure la Société d’agriculture du district de Montréal, puis il exerce les mêmes fonctions au sein de la Société d’agriculture du Bas-Canada, fondée en 1847. Cette société disparaît à son tour, et Evans devient, en 1852, secrétaire-trésorier de la nouvelle Chambre d’agriculture du Bas-Canada.

À côté de ces activités de nature presque officielle, Evans œuvre sur d’autres plans. Préoccupé du progrès agricole, il se tourne vers l’écrit. Ainsi, dans les années 1830, il s’essaie tout d’abord au journalisme agricole. À cette époque, il n’existe pas de périodique consacré à l’agriculture. Evans collabore donc à des journaux existants, la Montreal Gazette et le Montreal Courier, avant de tenter de lancer son propre journal. C’est chose faite en mai 1838, quand il publie le Canadian Quarterly Agricultural and Industrial Magazine. Toutefois, faute de lecteurs, l’aventure est de courte durée et prend fin en août avec le second numéro. En 1842, Evans devient le rédacteur en chef du British American Cultivator, mensuel publié à Toronto par William Graham Edmundson et John Eastwood. Il occupe ses fonctions jusqu’à ce qu’en avril 1843 des problèmes financiers obligent Edmundson à se charger lui-même de la rédaction. En janvier de cette année-là, Evans avait entrepris, à Montréal, la publication du Canadian Agricultural Journal qui, avec des titres divers et une édition française discontinue, lui survivra jusqu’en 1868.

L’intérêt d’Evans pour l’agriculture se traduit aussi par la publication de traités. C’est ainsi que paraît en 1835, à Montréal, le premier ouvrage d’Evans, A treatise on the theory and practice of agriculture []. Ce traité est divisé en cinq parties. Dans la première, Evans fait un survol de l’histoire de l’agriculture. Ensuite vient une section plus théorique consacrée à la « science de l’agriculture » ; les troisième et quatrième parties se rattachent à la culture de diverses plantes, tandis que la cinquième examine des questions d’élevage. Dans ce volume comme dans toutes ses publications, Evans insiste constamment sur la nécessité d’une expérimentation systématique pour toute innovation. Les cultivateurs devraient, selon lui, essayer d’abord les nouveautés sur une petite échelle avant de les adopter.

L’Assemblée ayant voté des fonds pour une traduction française du traité, celle-ci paraît en 1836. La même année, Evans donne une suite à son premier ouvrage, mais Supplementary volume [...], qui lui permet de terminer l’examen de toutes les questions concernant l’établissement de nouveaux cultivateurs, ainsi que les conditions du développement de l’agriculture en général, ne sera pas traduit. L’année suivante, Evans publie une nouvelle étude, cette fois consacrée à la question de l’enseignement agricole auquel il attache beaucoup d’importance. Agricultural improvement by the education of those who are engaged in it as a profession [...] est présenté sous forme d’un recueil de 12 lettres et cherche à démontrer l’intérêt qu’aurait la classe des fermiers à une meilleure formation. Enfin, un an avant sa mort, Evans fera paraître sous le titre de Review of the agriculture of Lower Canada, with suggestions for its amelioration, une série de ses chroniques tirées de la Montreal Gazette ; cet ouvrage constitue un survol de l’état de l’agriculture bas-canadienne et contient des suggestions pour son amélioration. Ses travaux portent la marque d’un esprit cultivé, bien documenté dans sa matière. Les auteurs cités dans son traité, de l’économiste Adam Smith à l’agronome anglais William Marshall, en témoignent éloquemment. De la même manière, ses références constantes aux cas anglais, français et américain le montrent bien au fait des derniers développements en agriculture dans ces pays.

Dans les ouvrages d’Evans, on retrouve toujours une double préoccupation. D’abord, le progrès agricole, mais aussi le souci constant de placer l’agriculture dans un contexte socio-économique plus vaste. Ainsi, Supplementary volume comporte non seulement une description des colonies britanniques de l’Amérique du Nord, mais également des considérations sur le prix des terres, les problèmes du défrichement, le réseau de communications et d’autres thèmes plus directement agricoles.

À la fois sévère pour les pratiques et bienveillant pour les cultivateurs, Evans ne manque jamais l’occasion de critiquer ce qui, dans la situation du Bas-Canada, lui apparaît déficient. Son attitude lui est peut-être dictée par sa conviction que la production agricole est à la base de tout le développement économique de la colonie. Dès 1835, il juge sévèrement ce qu’on appellera au xxe siècle l’agriculture de subsistance : « Un cultivateur qui consomme systématiquement chaque année les produits de sa terre sans se faire un fonds en produits, en améliorations utiles, ou en argent, ne contribue en rien à la richesse individuelle ou nationale. » Dans son traité, il s’attaque également à l’attachement routinier et obstiné à la culture du blé, alors que cette dernière ne rend presque plus. Il propose aux fermiers de semer d’autres grains et de varier la rotation des cultures.

Le 8 août 1850, Evans témoigne devant le comité spécial mis sur pied par l’Assemblée législative afin d’enquêter sur l’état de l’agriculture dans le Bas-Canada. Il énumère les principales faiblesses des techniques agricoles dans la province : déficience du drainage, mauvaise utilisation du fumier, labours superficiels, lutte insuffisante contre les mauvaises herbes et pauvreté des pâturages. Dans son ouvrage de 1856, il revient sur ces éléments, en y ajoutant les problèmes reliés à l’élevage et quelques autres de moindre envergure. Il propose en plus la création d’un réseau de petites fermes modèles. Parlant du drainage, il suggère qu’à l’instar de la Grande-Bretagne le gouvernement de la province du Canada instaure un système de prêts aux cultivateurs pour qu’ils puissent entreprendre de grands travaux de drainage. Ainsi, on peut constater qu’au chapitre de la critique de l’agriculture et à celui des améliorations Evans sait voir juste, et qu’il est loin d’être irréaliste. Il se rend très bien compte que beaucoup de transformations se feront à long terme, mais que ce n’est pas une raison pour ne pas se hâter de les entreprendre.

L’influence de William Evans a malheureusement été fort limitée. En dépit de ses précautions constantes pour ne pas froisser le cultivateur canadien-français, précautions présentes dans tous ses écrits, il n’a pas réussi à faire changer les pratiques agricoles. On peut sans doute penser que, dans le contexte de l’époque, la publication de traités et d’articles de journaux n’était pas le meilleur moyen d’atteindre la masse des cultivateurs. Evans lui-même ne se faisait guère d’illusions, car peu de temps avant sa mort il émettait de sérieux doutes sur les effets de son travail. Pourtant son action n’a pas été vaine, puisque l’agriculture du Bas-Canada allait amorcer une période de profonde transformation durant la seconde moitié du xixe siècle. De plus, Evans a joué un grand rôle dans le développement de l’agronomie au Bas-Canada. À une époque où cette discipline était encore en pleine période de balbutiements, ses travaux firent de lui un des pionniers de la connaissance et de la pratique dans ce domaine.

Jean-Claude Robert

William Evans est l’auteur de : A treatise on the theory and practice of agriculture, adapted to the cultivation and economy of the animal and vegetable productions of agriculture in Canada ; with a concise history of agriculture ; and a view of its present state in some of the principal countries of the earth, and particularly in the British Isles, and in Canada (Montréal, 1835). La traduction française parut, grâce aux soins d’Amury Girod*, sous le titre de : Traité théorique et Pratique de l’agriculture, adapté à la culture et à l’économie des productions animales et végétales de cet art en Canada ; avec un précis de l’histoire de l’agriculture et un aperçu de son état actuel dans quelques-uns des principaux pays, et particulièrement dans les îles Britanniques et le Canada (Montréal, 1836–1837). Evans publia également : Supplementary volume to A treatise on the theory and practice of agriculture, adapted to the cultivation and economy of the animal and vegetable productions of agriculture in Canada (Montréal, 1836) ; Agricultural improvement by the education of those who are engaged in it as a profession ; addressed, very respectfully, to the farmers of Canada (Montréal, 1837) ; Suggestions sur la subdivision et l’économie d’une ferme, dans les seigneuries du Bas-Canada, avec divers plans et dessins (Montréal, 1854), paru en anglais, sous le titre de : Suggestions for the sub-dividing and management of a farm in the seignories of Lower Canada, with plans and description of a farm, dwelling house, dairy, farm yard, and farm buildings ; prepared for the local exhibition at Montreal, March, 1855 (Montréal, 1855) ; Review of the agriculture of Lower Canada, with suggestions for its amelioration (Montréal, 1856).

ANQ-M, CE1-63, 26 déc. 1842, 19 févr. 1844, 1er févr. 1857 ; CE1-67, 27 janv. 1842.— APC, RG 31, A1, 1825, Montréal, ville ; 1851, Montréal, paroisse.— Canada, prov. du, Assemblée législative, Journaux, 1844–1845 ; 1848 ; 1849 ; 1850.— Comité spécial sur l’état de l’agriculture du Bas-Canada, Rapport (Toronto, 1850).— Debates of the Legislative Assembly of United Canada (Abbott Gibbs et al.), 4 ; 7–9.— J. F. W. Johnston, Notes on North America, agricultural, economical, and social (2 vol., Édimbourg et Londres, 1851), 1.— Le Journal de Québec, 5 févr. 1857.— Journal de l’agriculture et des travaux de la Chambre d’agriculture du Bas-Canada (Montréal), mars, sept. 1857.— Montreal Gazette, 3 févr. 1857.— Montreal Transcript, 5 févr. 1857.— Beaulieu et Hamelin, la Presse québécoise, 1.— Borthwick, Hist. and biog. gazetteer.— Le Jeune, Dictionnaire.— Montreal almanack, 1829–1831.— Montreal directory, 1842–1857.— Morgan, Bibliotheca Canadensis ; Sketches of celebrated Canadians.— Terrill, Chronology of Montreal.— Wallace, Macmillan dict.— V. C. Fowke, Canadian agricultural policy ; the historical pattern (Toronto, 1978).— Firmin Létourneau, Histoire de l’agriculture (Canada français) (Montréal, 1959).— Fernand Ouellet, Histoire économique et sociale du Québec, 1760–1850 : structures et conjoncture (Montréal et Paris, [1966]).— M.-A. Perron, Un grand éducateur agricole : Édouard-A. Barnard, 1835–1898 ; essai historique sur l’agriculture de 1760 à 1900 ([Montréal], 1955).— Normand Séguin, « l’Histoire de l’agriculture et de la colonisation au Québec depuis 1850 », Agriculture et Colonisation au Québec ; aspects historiques, Normand Séguin, édit. (Montréal, 1980).— P.-J.-O. Chauveau, « William Evans, l’agronome », Journal de l’Instruction publique (Québec et Montréal), 1 (1857) : 33–34.

Bibliographie générale

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Jean-Claude Robert, « EVANS, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/evans_william_8F.html.

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Auteur de l'article:   Jean-Claude Robert
Titre de l'article:   EVANS, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   19 avril 2014