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ÉVANTUREL, FRANÇOIS, avocat, officier de milice, homme politique, propriétaire de journal, journaliste et auteur, né le 22 octobre 1821 à Québec, fils unique de François Évanturel, jardinier, et de Marie-Anne Bédard ; le 22 octobre 1844, il épousa au même endroit Louise-Jeanne-Eugénie Huot, et ils eurent dix enfants ; décédé le 12 mars 1891 dans sa ville natale.

Natif de Beaucaire, en France, le père de François Évanturel était un ancien soldat de l’armée napoléonienne. Fait prisonnier au cours de la guerre d’Espagne, il avait troqué sa libération contre un engagement dans l’armée britannique. Après diverses campagnes, on l’avait envoyé au Bas-Canada. Démobilisé à Québec en 1814, il s’y était fixé.

François Évanturel fait ses études au petit séminaire de Québec de 1832 à 1841, puis il entreprend son stage de clerc chez René-Édouard Caron*. Admis au barreau le 26 septembre 1845, il ouvre un cabinet le mois suivant dans sa ville natale. Enseigne dans le 1er bataillon de milice de la ville et banlieue de Québec en 1845, il est promu quelques années plus tard lieutenant dans le 4e bataillon de milice du comté de Québec et finalement capitaine dans le 3e bataillon de la ville de Québec. Encore jeune avocat, Évanturel devient l’un des membres en vue de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec. Il participe en outre, en janvier 1848, à la fondation de l’Institut canadien de Québec où il occupe le premier la fonction de trésorier.

Bien qu’Évanturel semble, dès cette époque, s’être activement intéressé à la politique, ce n’est qu’en 1855 qu’il se présente comme candidat à des élections. Le 7 août, sous la bannière libérale-conservatrice, il est élu sans difficulté député de la circonscription de Québec à l’Assemblée législative de la province du Canada. C’est pour promouvoir le projet d’un chemin de fer sur la rive nord entre Québec et Montréal qu’il s’est lancé en politique, déclare-t-il dans un discours de 1856. Les chemins de fer constituent d’ailleurs l’une de ses principales préoccupations. Ainsi, en juillet 1857, les actionnaires l’élisent au conseil d’administration de la Compagnie du chemin de fer de la rive nord. La même année, il agit à titre de secrétaire de la Compagnie du chemin de fer et de la navigation du Saint-Maurice.

Aux élections de décembre 1857, Évanturel est à nouveau candidat, mais dans deux circonscriptions, et curieusement sous une étiquette différente dans chacune. Dans Québec, il se présente comme indépendant et, dans la cité de Québec, comme membre de l’opposition. Ce « double langage », que lui reproche le Canadien, lui coûte sans doute la victoire : il est défait aux deux endroits. Il lui faudra attendre le scrutin de 1861 pour retrouver son siège de Québec en tant que libéral favorable au gouvernement. Le 24 mai 1862, il entre dans le cabinet formé par John Sandfield Macdonald* et Louis-Victor Sicotte*, avec le portefeuille de ministre de l’Agriculture et des Statistiques qu’il conserve jusqu’à la chute du gouvernement, le 15 mai 1863. Il est également membre du Conseil exécutif à la même époque. Élu de nouveau député de Québec sous la bannière libérale aux élections de juin 1863, il le restera jusqu’en 1867, fidèle à un libéralisme modéré.

Évanturel hérite en 1862 d’un ministère de l’Agriculture et des Statistiques peu dynamique, négligé et inefficace. Il procède, d’entrée, à une réorganisation interne en s’appliquant particulièrement à mettre sur pied un système de recherches statistiques. C’est la colonisation, toutefois, qui paraît absorber l’essentiel de ses énergies. Évanturel préconise la division du Bas-Canada en cinq régions dont chacune serait traversée par « une grande route artérielle ». Le nouveau ministre porte une attention spéciale au Saguenay-Lac-Saint-Jean où, durant l’année 1862, il se rend en personne. Il attend avril 1863 avant de prendre les premières mesures pour la construction d’un chemin direct entre Québec et le lac Saint-Jean. Son mandat ministériel est toutefois trop court pour lui laisser le temps de mener à bien ses projets.

Durant l’hiver de 1864–1865, Évanturel participe activement aux discussions qui vont mener à la Confédération. Il en approuve le principe, mais sans enthousiasme excessif. En vérité, il n’est pas toujours aisé de suivre les méandres de ses idées et les fluctuations de ses allégeances politiques, tout au moins jusqu’à la Confédération. Il se déclare libéral, mais se démarque très nettement des « rouges », se situant plutôt au centre droit du parti. Après le départ de Sicotte en 1863, il a tenté un moment de regrouper le reste des forces libérales modérées qui n’ont voulu rejoindre ni les rouges d’Antoine-Aimé Dorion, ni les « bleus ».

Mais déjà Évanturel avait partie liée avec le Canadien qui, lui-même, subit les contrecoups de ce ballottement. Les libéraux disposent alors de peu de journaux. À Québec, ils n’en ont aucun au début des années 1860. Le 28 mars 1862, un groupe de sept libéraux, dont Évanturel, achète le Canadien et déclare vouloir le consacrer à « la cause libérale ». Le journal soutient sans réserve le gouvernement de Macdonald et de Sicotte mais la chute de celui-ci et la formation d’un nouveau ministère par Macdonald et Dorion divisent les propriétaires. Après une période de flottement (mai–août 1863), la tendance, pourtant minoritaire, qui veut que l’on n’appuie pas le nouveau ministère l’emporte. Le Canadien devient à la fin de 1863 la propriété de l’imprimeur Joseph-Norbert Duquet et d’Évanturel ; malgré les objurgations des ministériels, ce dernier refuse de soutenir le gouvernement Macdonald-Dorion. Le journal suit la politique libérale modérée que défend Évanturel. Des problèmes de nature administrative se seraient déclarés au milieu de l’année 1865 et auraient mis fin à l’association Duquet-Évanturel. Le 24 février 1866, le député de Québec devient le seul propriétaire du Canadien, dont il est aussi l’unique rédacteur depuis le départ d’Hector Fabre* survenu, semble-t-il, le même mois. En octobre 1870, il associe au moins l’un de ses fils à l’entreprise, mais l’affaire périclite. Évanturel y engouffre une partie de sa fortune et hypothèque sa santé déjà fragile. Le journal défend durant toute cette période des idées libérales modérées, mais avec une certaine indépendance, et critique au besoin les prises de position du chef de l’opposition libérale, Henri-Gustave Joly*. Il appelle de ses vœux une union de tous les modérés pour travailler à l’amélioration du nouveau régime et soutient la création du parti national d’Honoré Mercier.

Le coup fatal est donné à Évanturel en 1871 lorsqu’il tente un retour à la vie publique. En 1867, il avait décidé de ne pas solliciter un nouveau mandat. Il avait appuyé chaudement la candidature de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau* qui, en août de cette année-là, avait été élu sans opposition dans la circonscription de Québec. Mais, déçu par la politique du gouvernement provincial qu’il considère à la remorque du fédéral, il se présente contre Chauveau aux élections de juin 1871, et il est alors très largement battu. Le 15 janvier 1872, à bout de souffle et déçu par la politique, il est contraint de vendre le Canadien à des intérêts conservateurs.

On ignore si Évanturel abandonna la pratique du droit durant sa carrière politique. L’Almanach de Québec le mentionne comme avocat, au début des années 1870. En 1880, son nom ne figure plus dans la liste de ceux qui pratiquent à Québec. Déjà malade, totalement retiré de la vie publique, il a cependant encore l’énergie, en 1886, de publier les Deux Cochers de Québec [...]. Il meurt à Québec le 12 mars 1891.

Au total, la carrière politique de François Évanturel ne présente pas de réalisations majeures. Plus marquant, en revanche, apparaît son passage au Canadien. La décennie 1862–1872 constitue en effet, pour ce journal traditionnellement voué aux intérêts conservateurs, une parenthèse libérale singulière, mis à part l’intermède papineauiste avec Napoléon Aubin*, de mai 1847 à mai 1849.

Gérard Laurence

François Évanturel est l’auteur d’un ouvrage à saveur politique : les Deux Cochers de Québec ; souvenirs historiques, paru à Québec en 1886 sous le pseudonyme de Montre-Œil, cocher de nuit.

AC, Québec, État civil, Catholiques, Saint-Jean-Baptiste, 14 mars 1891.— ANQ-Q, CE1-1, 22 oct. 1821 ; CE1-22, 22 oct. 1844.— Canada, prov. du, Parl., Doc. de la session, août–oct. 1863, no 4.— Le Canadien, 22 oct. 1845, 19 janv. 1848, 26 févr. 1856, 11, 14 juill. 1857, 28 mars, 11 avril 1862 ; 7 août 1863, 4, 20, 24 janv. 1864, 13, 17 mars 1865, 24 févr. 1866, 15, 22 juill., 23 août 1867, 9 mai 1870, 3 avril 1871, 15 janv. 1872.— Les Débats (Québec), 1er, 27 mai 1862.— L’Électeur, 13 mars 1891.— Le Journal de Québec, 23 oct. 1845, 15 juill. 1848, 28 févr. 1856, 19 déc. 1857.— La Minerve, 8 avril, 4 nov., 29 déc. 1862, 29 août 1871, 18 janv. 1872.— Le Pays (Montréal), 9 juin 1860, 11 août 1863.— La Scie (Québec), 25 nov. 1864.— La Scie illustrée (Québec), 12, 19 mai 1865, 12 janv. 1866.— La Tribune (Québec), 19 janv. 1864.— Almanach de Québec, 1840–1841 ; 1846 ; 1849 ; 1856 ; 1870–1872 ; 1881–1886.— Audet, « les Législateurs du B.-C. ».— CPC, 1862 : 27.— DOLQ, 1 : 184.— J. Hamelin et al., la Presse québécoise, 1 : 16–17 ; 2 : 37, 45, 116, 134 ; 3 : 269.— William Notman et [J.] F. Taylor, Portraits of British Americans, with biographical sketches (3 vol., Montréal, 1865–1868), 2 : 222–226.— Quebec directory, 1868–1869 ; 1881–1882 ; 1890–1891.— P.-G. Roy, les Avocats de la région de Québec, 158 ; Fils de Québec (4 sér., Lévis, Québec, 1933), 4 : 53–55.— Wallace, Macmillan dict.— Bernard, les Rouges, 150, 163.— John Boyd, Sir George Étienne Cartier, bart., his life and times ; a political history of Canada from 1814 until 1873 [...] (Toronto, 1914), 246–248.— Thomas Chapais, Cours d’histoire du Canada (8 vol., Québec et Montréal, 1919–1934 ; réimpr., Trois-Rivières, Québec, 1972), 8 : 29, 59.— Cornell, Alignment of political groups, 36, 43, 50, 54, 69–70.— Désilets, Hector-Louis Langevin, 154, 181n.— Éric Foucart, « la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, de sa fondation à 1903, d’après ses archives » (thèse de m.a., univ. Laval, 1974).— Jean Hamelin et al., Aperçu de la politique canadienne au XIXe siècle (Québec, 1965).— M. Hamelin, Premières années du parlementarisme québécois, 338.— Rumilly, Hist. de la prov. de Québec, 1 : 28–29, 38–47, 86, 100, 143–147, 149, 162, 173, 176.— Mason Wade, les Canadiens français, de 1760 à nos jours, Adrien Venne et Francis Dufau-Labeyrie, trad. (2 vol., Ottawa, 1963), 359.— Waite, Life and times of confederation, 113, 129.— B. J. Young, Promoters and politicians, 16, 21.

Bibliographie générale

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Gérard Laurence, « ÉVANTUREL, FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/evanturel_francois_12F.html.

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Auteur de l'article:   Gérard Laurence
Titre de l'article:   ÉVANTUREL, FRANÇOIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   22 août 2014