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EWER (Yore), THOMAS ANTHONY, prêtre, franciscain et vicaire général, né vers 1750 à Dublin, fils de John Ewer et d’une prénommée Catherine, et frère de William Yore (Ewer), vicaire général de Dublin ; décédé le 5 février 1833 à Harbour Grace, Terre-Neuve.

Les parents de Thomas Anthony Ewer « jouissaient d’une aisance considérable » et purent l’envoyer dès sa tendre enfance dans une école latine. Attiré par la vie religieuse, Thomas entra en fin de compte au collège San Isidoro, à Rome, et il fut ordonné prêtre le 19 janvier 1776. Il passa les années suivantes dans des couvents franciscains en Bohême, plus précisément à Prague, et en France, à Nîmes et à Avignon ; pendant quelque temps, il fut aussi maître de conférences en philosophie à San Isidoro. En 1782, il revint à Dublin où il fut vicaire de Rathfarnham et, en 1787, il fut nommé gardien du couvent de Clane, dans le comté de Kildare.

Cette année-là, Ewer manifesta la volonté d’œuvrer à Terre-Neuve, et le préfet apostolique, James Louis O’Donel*, le fit venir en 1789. Il fut alors nommé à la nouvelle paroisse de Ferryland. Ewer n’avait pas la tâche facile, car on attendait de lui qu’il neutralise l’action de Patrick Power, qui résidait aussi à Ferryland et qui, à l’instar de plusieurs autres prêtres irlandais de Terre-Neuve, avait refusé de reconnaître l’autorité d’O’Donel. Power avait recueilli des appuis en ravivant les querelles qui, plusieurs années auparavant, avaient opposé les provinces irlandaises et en laissant entendre qu’O’Donel, originaire du Munster, était prévenu contre les prêtres de la province de Leinster.

Venant lui-même du Leinster, Ewer était l’homme tout désigné pour défier Power, même s’il avait le désavantage de ne pas savoir l’irlandais, la seule langue que parlaient la plupart de ses ouailles. Avant même la nomination du nouveau pasteur, Power avait été suspendu par plusieurs évêques du Leinster et excommunié par O’ Donel. Faisant montre de patience et de prudence (même si Power l’aborda pour le menacer au cours d’une messe), Ewer domina rapidement la situation. Apparemment, en 1790, l’influence de Power avait déjà diminué et il ne tarda pas à quitter Ferryland.

Mais Ewer ne vit pas pour autant la fin de ses ennuis. Contrairement à ses prédécesseurs John Campbell et John Elliot, le gouverneur Mark Milbanke* était hostile au catholicisme. En 1790, Ewer présenta une requête en vue d’obtenir la construction d’une chapelle à Ferryland, mais il essuya un refus sommaire, et Milbanke profita de l’occasion pour menacer de restreindre les activités de l’Église. Le danger ne fut écarté que l’année suivante, lorsqu’arriva le juge en chef John Reeves, qui put assurer O’Donel que l’Église catholique de Terre-Neuve ne subirait pas le harcèlement des autorités de l’île.

Les risques de persécution étant disparus, Ewer put vaquer aux soins de sa vaste paroisse. En 1791, O’Donel chercha en vain un prêtre de langue irlandaise pour desservir la région de Trepassey à St Mary, et la paroisse de Ferryland continua de compter « près de 2 500 personnes [...] dans dix ports différents, répartis sur soixante-dix milles environ ». En 1796, Ewer avait déjà achevé à Ferryland la construction d’une élégante chapelle et d’une maison, dans une large mesure à ses propres frais. À Bay Bulls, les efforts qu’il fit pour amener les anglicans au catholicisme s’avérèrent très fructueux. En fait, la proportion de catholiques dans ce district devint si élevée qu’en 1796 le pasteur anglican Samuel Cole (avec lequel Ewer s’entendait bien) dut quitter Ferryland à cause du manque de fidèles.

En 1806, changeant de paroisse avec le père Ambrose Fitzpatrick, Ewer quitta Ferryland pour Harbour Grace (où il avait œuvré quelque temps en 1800). Il s’y avéra une fois de plus un pasteur dynamique. On lui attribue la fondation en 1814 de la Benevolent Irish Society à Harbour Grace. Pendant qu’il était en poste, des chapelles se construisirent dans toute la paroisse, notamment à Bay de Verde, Port de Grave, Carbonear, Harbour Main, Northern Bay, Cupids et Brigus. L’assistance de vicaires compétents à partir de 1817, en particulier Nicholas Devereux de 1819 à 1830 et Dennis Makin de 1822 à 1832, permit d’améliorer les services aux fidèles. Dans les années 1820, grâce à un appui généreux, Ewer dépensa plus de £5 000 pour ériger à Harbour Grace une nouvelle maison et une magnifique église en bois qui était sans doute, à l’époque, le plus important édifice de la colonie. Aucun conflit religieux ne troublait alors la région. Le rector de l’Église d’Angleterre, Lewis Amadeus Anspach, écrivit un jour : « aucun endroit au monde ne pourrait jouir d’une paix et d’une tranquillité plus grandes ».

En 1796, O’Donel était devenu le premier vicaire apostolique et évêque de Terre-Neuve. Ewer passa alors du poste de propréfet à celui de vicaire général et il exerça cette fonction jusqu’à sa mort. Il administra le vicariat (généralement depuis St John’s) durant l’absence prolongée des évêques (notamment en 1796–1797, 1811–1812, 1815–1816 et 1823–1824). Dans l’exercice de cette fonction, Ewer mena les dernières négociations qui furent tenues en 1811 avec le gouvernement en vue d’obtenir un cimetière à St John’s ; c’était la première fois que Terre-Neuve voyait l’Église catholique recevoir une terre de la couronne. De même, en 1823–1824, il fut l’un des principaux instigateurs de l’opposition à un projet de loi sur la célébration des mariages [V. Thomas Scallan].

Ewer appuya activement divers projets portant sur l’éducation. En 1812, il fut l’un des champions d’une école du dimanche non confessionnelle à St John’s pour les enfants pauvres. Il fonda lui-même une école à Harbour Grace en 1814, qu’il finança personnellement pendant 12 ans. En 1826, cette école acquit grâce à lui un caractère plus permanent et reçut le nom de St Patrick’s Free School ; dans cet établissement, il ne devait y avoir « aucune distinction de région, de pays ou de croyance » et où des ecclésiastiques de toutes confessions étaient invités à s’occuper de leurs ouailles. Le grand rêve d’Ewer était de voir se créer à Terre-Neuve un séminaire qui assurerait la formation des prêtres, ce qui lui paraissait indispensable pour que cette île ait un clergé stable et assez nombreux. II lança ce projet en 1817, mais il dut l’abandonner, probablement en raison de la pauvreté qui sévissait à l’époque. Son testament devait toutefois contenir un legs important pour la formation des prêtres à Terre-Neuve.

En 1830, la santé de Thomas Anthony Ewer déclinait et il mourut trois ans plus tard après une courte mais pénible maladie. Pendant les 44 années qu’il passa à Terre-Neuve, le catholicisme avait cessé d’être la religion d’une minorité à peine tolérée pour devenir celle d’une majorité forte et bien organisée. Leader religieux intelligent, efficace et dévoué, Ewer contribua largement à cette évolution, tout en conservant le respect de tous. D’après une notice nécrologique, sa plus grande qualité était « l’immense bienveillance d’un véritable esprit catholique ». On ne saurait mieux dire.

Raymond J. Lahey

AAQ, 210 A, I : 8 ; 30 CN, I.— Arch. of the Archdiocese of Dublin, Troy papers, I-III.— Arch. of the Archdiocese of St John’s, Fleming papers ; O’Donel papers ; Scallan papers.— Archivio della Propaganda Fide (Rome), Scritture riferite nei Congressi, America Antille, 2 (1761–1789)–3 (1790–1819).— Cathedral of the Immaculate Conception (Harbour Grace, T.-N.), Reg. of baptisms.— PRO, ADM 80 /121 ; CO 194 /46 ; 194 /49 ; 194 /67 ; 194 /78.— USPG, C / CAN /Nfl., 1–3 ; X 145.— M. A. Fleming, Relazione della missione cattolica in Terranuova nell’America settentrionale [...] (Rome, 1837).— Patrick Morris, Remarks on the state of society, religion, morals, and education at Newfoundland [...] (Londres, 1827).— Newfoundlander (St John’s), 28 oct. 1829, 14 févr. 1833.— Newfoundland Indicator (St John’s), 17 févr., 18 mai 1844.— Newfoundland Mercantile Journal, 4 avril 1822, 3 nov. 1825, 6 juill. 1826.— Public Ledger, 8 févr., 1er mars 1833.— Centenary volume, Benevolent Irish Society of St. John’s, Newfoundland, 1806–1906 (Cork, république d’Irlande, 1906).— George Conroy, « The first bishop of Newfoundland », George Conroy, Occasional sermons, addresses, and essays (Dublin, 1884), 315–327.— M. F. Howley, Ecclesiastical history of Newfoundland (Boston, 1888 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1979).— « The old graveyards of St. John’s », The book of Newfoundland, J. R. Smallwood, édit. (6 vol., St John’s, 1937–1975), 5 : 108–110.— Philip O’Connell, « Dr. James Louis O’Donnell (1737–1811), first bishop of Newfoundland », Irish Ecclesiastical Record (Dublin), 103 (1965) : 308–324.

Bibliographie générale

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Raymond J. Lahey, « EWER, THOMAS ANTHONY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ewer_thomas_anthony_6F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   31 octobre 2014