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FARQUHARSON, DONALD, instituteur, homme d’affaires, éditeur et homme politique, né le 27 juillet 1834 à Mermaid, Île-du-Prince-Édouard, fils de John Farquharson, fermier, et de Frances Stewart ; le 15 mars 1860, il épousa Dopson May Edwards Smith (décédée en 1868), de Pownal, et ils eurent deux filles et deux fils, puis le 20 octobre 1870, Sarah Moore, de Charlottetown, et de ce mariage naquirent deux filles et un fils ; décédé dans cette ville le 26 juin 1903.

Donald Farquharson fit ses études à l’école locale, puis à la Central Academy de Charlottetown. Il enseigna un temps avant d’ouvrir un magasin en 1860 à MacEwen’s Wharf (près de New Dominion), sur la rivière West. En 1887, cette entreprise, mise sur pied par Farquharson et un associé du nom de Theophilus Stewart, faisait de la vente en gros et du transport maritime ; elle comportait aussi un moulin. À cette époque, Farquharson tenait de plus une maison de commerce à Charlottetown avec l’un de ses fils et habitait dans cette ville. Cofondateur et copropriétaire de la Patriot Publishing Company, il en fut à un moment donné président. Il fit partie du conseil d’administration de la Merchants Bank of Prince Edward Island, dont il était l’un des principaux actionnaires. En outre, il exploita une fabrique d’amidon à Long Creek et une conserverie de homard à Canoe Cove. Il possédait, par acte scellé ou contrat hypothécaire, un grand nombre de résidences et de terrains. Au moment de sa mort, on le disait l’un des hommes les plus riches de Charlottetown.

Farquharson était aussi un homme public. Durant de nombreuses années, il fit partie du conseil scolaire de Charlottetown. Libéral, il fut élu pour la première fois à l’Assemblée provinciale en 1876 dans le 2e district du comté de Queens en tant que Free Schooler (opposé au financement public des écoles confessionnelles) et partisan de la coalition protestante dirigée par Louis Henry Davies*. Il remporterait la victoire à tous les scrutins jusqu’en 1901, année où il démissionnerait de son siège pour se présenter à une élection complémentaire fédérale. Il fut ministre sans portefeuille en 1878–1879, dans les derniers jours de la coalition Davies, puis de 1891 à 1897 dans le gouvernement de Frederick Peters. Alexander Bannerman Warburton*, qui succéda à Peters en 1897, ne le nomma pas à son cabinet. Cependant, lorsque Warburton démissionna pour occuper un poste de juge, l’année suivante, la fonction de premier ministre échut à Farquharson.

Doué d’un tempérament nerveux qui frappait tous ceux qui le connaissaient, Farquharson réussit en politique grâce à sa détermination et à son énergie. Très partisan et combatif, il avait des opinions bien arrêtées, complexes, parfois contradictoires. Il ne sympathisait nullement avec les partisans des écoles confessionnelles : sa campagne électorale de 1876 en témoigne, de même que les efforts qu’il déploya en 1888 dans l’espoir de faire exempter de l’imposition seulement les écoles qui étaient soumises à l’inspection gouvernementale. Pourtant, il se rangea avec l’opposition conservatrice lorsqu’elle vota contre le Land Assessment Act de 1877 parce qu’il estimait que cette loi, présentée par le gouvernement de coalition pour financer l’application du nouveau Public Schools Act, serait injuste pour le comté de Queens. Par ailleurs, il présenta ou appuya régulièrement, à l’Assemblée, des résolutions en faveur du libre-échange avec les États-Unis. En 1885, il déclara que l’Île-du-Prince-Édouard devrait se préparer à quitter le dominion si justice ne lui était pas faite en matière tarifaire.

Farquharson devint un critique opiniâtre de l’« extravagance » du gouvernement de William Wilfred Sullivan* (1879–1889), réclama régulièrement la réduction des dépenses publiques et proposa d’abaisser le salaire des parlementaires. Toutefois, lorsque son propre gouvernement présenta en 1879 un projet de loi en vue d’éliminer la Chambre haute, il s’y opposa. « Si l’on abolissait cette branche du Parlement, disait-il, des gens pourraient venir ici par milliers, mettre en minorité les propriétaires et les réduire à une totale impuissance. » II maintint cette position durant des années. La loi de 1893 qui créa finalement un Parlement unicaméral stipulait que la moitié des 30 députés ne seraient élus que par les propriétaires. Jugeant que cette disposition protégeait suffisamment leurs droits, Farquharson appuya l’abolition du Conseil législatif.

Farquharson ne consommait pas d’alcool et était un prohibitionniste convaincu. En 1887, à la veille de la tenue d’un plébiscite à Charlottetown sous l’empire de la loi fédérale de tempérance, le premier ministre de la province, Sullivan, avait présenté une loi sur les permis locaux. Tout le monde sauf Farquharson estimait nécessaire quelque réglementation. Lui préférait ne délivrer aucun permis et appliquer la prohibition intégrale. Ironiquement, certaines des critiques les plus sévères qu’il eut à subir vinrent à cause de la façon dont il mena l’affaire pendant qu’il était premier ministre. En 1899, obéissant à un souci de pragmatisme, il tenta de renforcer la loi sur les permis provinciaux. Partisans de la prohibition et partisans des permis le condamnèrent. Les prohibitionnistes, par la voix du Morning Guardian, se scandalisèrent que lui, le « premier ministre prohibitionniste », ait « baissé pavillon » devant les vendeurs d’alcool, ne serait-ce qu’en autorisant qu’il y ait des permis. Quant aux partisans des permis, ils étaient furieux parce que le projet de loi était trop restrictif. Même certains membres de son propre parti, dont Arthur Peters, s’opposaient au projet de loi, surtout parce qu’il interdisait la vente dans les clubs privés. Une loi moins sévère fut adoptée après des entretiens avec les deux camps. Très atteint par la controverse, Farquharson revint avec un projet de loi prohibitionniste l’année suivante. Malgré les protestations de certains « notables » de Charlottetown, la loi reçut la sanction royale. Farquharson n’apporta aucune modification à cette loi en 1901. Il démissionna la même année, ce qui lui épargna d’autres critiques.

Farquharson eut moins de difficultés dans les négociations fédérales-provinciales. Sullivan avait attribué tous les problèmes financiers et économiques de l’île à l’inaction d’Ottawa : le gouvernement fédéral était coupable de ne pas avoir instauré un bon service de bacs entre l’île et les chemins de fer du continent. Frederick Peters et Warburton avaient employé la même tactique, avec un succès mitigé. Farquharson, lui, suivit une méthode un peu différente. En mars 1901, dans un mémoire où il demandait au premier ministre du pays, sir Wilfrid Laurier*, un accroissement des subventions fédérales, il plaida la cause de sa province en parlant de besoins fiscaux, en faisant valoir qu’elle n’avait guère de mines, de forêts ni d’autres sources de revenu, et en signalant « les conditions défavorables de [son] entrée dans la Confédération ». Malheureusement, ce fut un coup d’épée dans l’eau, car le mois suivant, le gouvernement de Farquharson se vit attribuer 30 000 $ par an en compensation de l’inexistence de communications hivernales. Ce fut quand même l’une de ses dernières victoires de premier ministre. Il démissionna en octobre pour se présenter dans la circonscription fédérale de Queens West à une élection complémentaire.

Farquharson fut élu à la Chambre des communes en janvier 1902, et c’est peut-être à ce moment qu’il connut la seule déception de sa carrière politique. En tant que ministre de la Marine et des Pêcheries, Louis Henry Davies avait été le représentant de l’Île-du-Prince-Édouard au cabinet fédéral à compter de l’élection de Laurier en 1896. En 1901, il accédait à la Cour suprême du Canada. Les libéraux de l’île avaient conçu le plan suivant : Farquharson démissionnerait de son poste de premier ministre et briguerait le siège de Davies. Ensuite, pensaient-ils, Laurier serait obligé de le nommer à la vacance du cabinet parce que, dans le passé, il avait reconnu le « principe » qui consistait à remplacer les ministres sortants par d’anciens ministres provinciaux et parce que, traditionnellement, le portefeuille de la Marine et des Pêcheries suscitait l’intérêt d’un représentant des Maritimes. Comme prévu, Farquharson remporta l’élection en 1902. Mais Laurier, qui apparemment n’avait pas été consulté et qui, de toute façon, voulait renforcer la représentation du Nord-Ouest au cabinet, refusa de le nommer ministre. On a prétendu que la mort de Farquharson l’année suivante était en partie attribuable à cette cruelle déception. Peut-être songeait-on à lui offrir une compensation : au moment de son décès, le Daily Patriot rapporta qu’on avait « mentionné franchement » son nom en parlant du prochain lieutenant-gouverneur de l’île.

Fils d’un fermier de Mermaid, Donald Farquharson était sorti du rang et avait fait une carrière remarquable. Cette conclusion du Daily Patriot reflétait sans doute l’opinion générale : « Il n’était pas né dans la pourpre et commença tôt à affronter l’adversité ; sa force de caractère, son indomptable persévérance et sa volonté de fer eurent raison de tous les obstacles ; sa récompense fut de parvenir à un sommet que bien peu atteignent. » Ses funérailles eurent lieu à Charlottetown, en l’église presbytérienne Zion, qu’il avait fréquentée assidûment ; il fut inhumé dans la même ville, au Peoples Cemetery.

Frederick L. Driscoll

AN, MG 26, G ; RG 31, C1, 1841, 1861, 1881, 1891, Île-du-Prince-Édouard.— PARO, Acc. 2741/2–14 ; RG 25, Ser. 19 ; Supreme Court of Prince Edward Island, Estates Div. records, liber 16 : f.197 (mfm).— Peoples Cemetery (Charlottetown), Tombstone inscription.— P.E.I. Museum, Geneal. Div., Licence book no 6 : 146 ; Marriage book n° 7 (1856–1863) : 445 ; no 11 (1867–1871) : 459.— Examiner (Charlottetown), 1868–1880, publié par la suite sous le titre Daily Examiner, 1881–1903, 26 juin 1903.— Morning Guardian, 1890–1903.— Patriot (Charlottetown), 1868–81, publié par la suite sous le titre Daily Patriot, 1881–1903, 25–26 juin 1903.— Annuaire, Charlottetown, 1887.— Canada’s smallest province : a history of P.E.I., F. W. P. Bolger, édit. ([Charlottetown], 1973), 232–288.— Canadian directory of parl. (Johnson).— R. M. Farquharson, Family Farquharson (s.l., 1987).— Illustrated historical atlas of the province of Prince Edward Island [...] ([Toronto], 1880 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1972).— Î.-P.-É., House of Assembly, Debates and proc., 1876–1893 ; Journal, 1876–1893 ; Legislative Assembly, Journal, 1894–1903 ; Legislative Council, Journal, 1876–1893.— W. E. MacKinnon, The life of the party : a history of the Liberal party in Prince Edward Island (Summerside, Î.-P.-É., 1973).— A. E. Mellish, « Canadian celebrities, xxv : Hon. Donald Farquharson, premier of Prince Edward Island », Canadian Magazine, 17 (mai-octobre 1901) : 220–222.— Mercantile agency reference book, septembre 1876.

Bibliographie générale

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Frederick L. Driscoll, « FARQUHARSON, DONALD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/farquharson_donald_13F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   2 septembre 2014