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FEILD, EDWARD, ministre de l’Église d’Angleterre, inspecteur des écoles, évêque de Terre-Neuve, né le 7 juin 1801 à Worcester, Angl., troisième fils du chirurgien James Feild ; il épousa en 1867 la veuve du révérend Jacob Mountain, Sophia Bevan, de Rougham Rookery, Suffolk, Angl. ; décédé le 8 juin 1876 à Bishop’s Court, à Hamilton, aux Bermudes.

Edward Feild fit ses études à Rugby, où il se distingua en composition latine, puis à Queen’s College à Oxford, où il obtint un baccalauréat ès arts en 1823 et une maîtrise ès arts en 1826. Il fut membre de la corporation de son collège et, après son ordination, fut nommé vicaire à Kidlington, près d’Oxford. Il se rendait à cheval à Oxford pour remplir ses obligations à l’université. Il habitait dans son presbytère au lieu de vivre au collège et d’en sortir pour se rendre dans sa paroisse, dérogeant ainsi à la coutume alors en usage parmi les membres cléricaux du collège. À Kidlington de même qu’à Bicknor, dans le Gloucestershire, où il exerça son ministère de 1834 à 1844, Edward Feild, en dehors de ses devoirs de pasteur, s’intéressa particulièrement aux écoles et à l’enseignement. Un de ses amis qui le connut à cette époque a écrit : « Il avait la décision facile et l’exécution ferme, il parlait peu, se montrait modeste et tout ce qui venait de lui, empreint de sincérité, émanait d’un tempérament et d’une tournure d’esprit pondérés. »

Feild avait été inspecteur des écoles pour la National Society, un organisme qui se consacrait à l’instruction des pauvres selon les principes de l’Église d’Angleterre. Les rapports qu’il soumit sur son travail, en 1840 et en 1841, firent une impression favorable sur Charles James Blomfield, l’évêque réformateur de Londres. C’est en partie grâce à l’influence de celui-ci que le pasteur Feild fut nommé évêque de Terre-Neuve en 1844. Il fut consacré à Lambeth, le 28 avril 1844, par William Howley, archevêque de Cantorbéry, qui avait à ses côtés l’évêque de Londres et l’évêque de Worcester. À son arrivée à St John’s, Terre-Neuve, le 4 juillet, plusieurs personnes vinrent l’accueillir à bord du navire. Il y avait là notamment les deux ministres de l’Église d’Angleterre qui demeuraient à St John’s, leurs marguilliers et d’autres gens d’Église, ainsi que le fils et secrétaire particulier du gouverneur, sir John Harvey*. Au débarcadère, les compagnies du Royal Newfoundland et leurs officiers lui rendirent les honneurs, puis la voiture de lady Harvey le conduisit à la résidence du gouverneur, où il devait demeurer temporairement. Au sujet de cette réception, l’évêque Feild a écrit : « J’aurais préféré une procession de fidèles chantant des litanies, et des offices divins célébrés par des prêtres accompagnés d’enfants de chœur me précédant sur le chemin de l’église [...]. Et pourtant, je ne pouvais dédaigner ces marques profanes et religieuses de respect [...] bien qu’à mon avis tous ces déploiements aient été aussi déplaisants qu’inattendus. »

Feild oublia vite son aversion pour ces mondanités, devant la tâche qui l’attendait à Terre-Neuve. Il existait alors 43 églises éparpillées le long de la côte orientale et de la côte méridionale de l’île, qui étaient desservies par 24 pasteurs de la Society for the Propagation of the Gospel, aidés par 12 ou 15 autres ecclésiastiques. Dans la partie occidentale de la côte française et de la côte du Labrador, certaines agglomérations ne recevaient jamais la visite d’un pasteur. La région allant du cap Ray dans la partie sud-ouest de Terre-Neuve, le long de la côte occidentale, jusqu’au cap St John, près du port de Twillingate, était, pour respecter les termes d’un traité avec la France, considérée comme un territoire « fermé au peuplement ». Il n’y avait là aucun magistrat, aucun douanier, et la loi et la police y étaient absentes. Pour ces raisons, les colons, du fait de leur éloignement de toute autorité, se laissaient aller à la licence dans leur conduite aussi bien que dans leurs paroles. Selon l’archidiacre Edward Wix*, qui se rendit sur la côte occidentale du Labrador en 1830 et en 1836, « il se commettait une telle débauche que les Micmacs m’[en]exprimèrent leur horreur et leur dégoût [...]. J’y rencontrai plus de délicatesse féminine dans les wigwams des Micmacs et des Canokoks que chez beaucoup des nôtres. » L’archidiacre Wix ajoutait : « À moins que l’on ne s’attache à améliorer la condition des gens qui demeurent dans ces lieux et dans d’autres du même genre, cette population tombera bien vite dans un état semblable à celui dans lequel les premiers missionnaires ont trouvé les indigènes des îles du Pacifique. »

Le diocèse du nouvel évêque comprenait non seulement Terre-Neuve et la côte du Labrador, mais également les Bermudes. Pendant les 32 années de son épiscopat, Feild protesta à maintes reprises contre cet arrangement, qui rendait encore plus difficile l’accomplissement de son ministère en le forçant à partager son temps entre deux régions éloignées de 1 200 milles et dont les problèmes étaient radicalement différents. Les voyages furent rendus plus faciles grâce à la générosité du révérend Robert Eden, curé de Leigh dans l’Essex, plus tard évêque de Moray et primat d’Écosse, qui offrit au diocèse un brick de 80 tonneaux. Néanmoins, à l’usage, ce navire se révéla trop grand et fut vendu avec l’accord de son donateur. On acheta alors un navire plus petit, le Hawk, qui devint une silhouette familière pour les habitants des côtes de Terre-Neuve et du Labrador. Chaque été, l’évêque Feild passait trois ou quatre mois à rendre visite aux pêcheurs des ports éloignés où il régularisait les mariages, baptisait les enfants et consacrait les cimetières et les églises. Il lui arriva souvent de parcourir alors jusqu’à 1 600 milles par an, jusqu’en 1867, date à laquelle on lui donna un coadjuteur.

Sous la forte influence de Feild, l’Église de Terre-Neuve subit petit à petit des transformations. La majeure partie du clergé, influencée par son prédécesseur, Aubrey George Spencer, avait penché pour la Low Church. Vers la fin du long épiscopat de Feild, ainsi que le fait remarquer Daniel Woodley Prowse* dans son histoire de Terre-Neuve, « il [était] rare de trouver dans le diocèse un adepte de cette tendance ». La fermeté de l’évêque Feild, que certains appelaient intransigeance, correspondait à un durcissement de position semblable chez les évêques catholiques, Michael Anthony Fleming* et John Thomas Mullock*. Ce dernier notamment avait interdit « aux catholiques la coutume qu’ils avaient prise [...] d’aller au temple le soir [...] saluer leurs amis protestants », après avoir assisté à la messe le matin. Vis-à-vis des méthodistes wesleyens et des autres protestants, l’évêque Feild se montrait inflexible. En 1858, dans une allocution au clergé, il le mit en garde contre « le nombre croissant des méthodistes wesleyens qui prétendent former une Église, ce qui montre bien leur intention manifeste d’attirer à eux des disciples des autres confessions ». Sa crainte du prosélytisme méthodiste wesleyen parmi les membres de l’Église d’Angleterre se trouvait confirmée par les rapports des pasteurs demeurant dans les ports. On lui disait notamment qu’à Moreton’s Harbour, dans la baie de Notre-Dame, « les méthodistes grâce à leurs meneurs et à leurs prophétesses multiplient leurs efforts et ont fait un tel ravage dans la mission que certains en ont perdu la tête et beaucoup ont abandonné l’Église ».

On a une idée de son opinion concernant le catholicisme par sa lettre à l’évêque de Londres dans laquelle il raconte sa première visite le long de la côte du Labrador en 1848. Il avait remarqué à cette époque qu’il y avait environ 1 000 colons installés en permanence et à peu près 10 000 pêcheurs de passage au cours des quatre mois d’été et, il parlait des « loups qui se trouvent [...] parmi eux n’épargnant pas le troupeau du Seigneur ». Il ajoutait : « [si] un prêtre catholique était venu sur la côte avant moi, bien des habitants auraient demandé le baptême, au moins pour leurs enfants [...] et ce danger est toujours à craindre ». Il demandait qu’on lui envoie un pasteur parlant français car « beaucoup d’habitants comprennent à peine l’anglais ».

À la suite de la controverse au sujet de la General Academy, fondée en 1845 grâce à une subvention du gouvernement provincial, la tension entre l’Église d’Angleterre et l’Église catholique ne fit que croître. Bien que cette école fût dirigée par un ministre de l’Église d’Angleterre nommé par l’évêque, elle était loin de satisfaire Feild. Il l’avait lui-même fondée aussitôt après son arrivée à Terre-Neuve, et elle continua de fonctionner « pour atténuer, disait-il, le mal que fait l’école publique établie selon des principes libéraux », c’est-à-dire une école qui ne donne pas d’instruction religieuse. Les catholiques et les autres protestants partageaient l’hostilité de l’évêque Feild pour la nouvelle école. Le personnel enseignant comprenait le directeur, qui était anglican, deux professeurs catholiques irlandais et le secrétaire qui était Irlandais et membre de l’Église épiscopale. Les natifs de Terre-Neuve réclamaient un professeur choisi parmi les leurs, et le monopole que détenaient les anglicans et les catholiques parmi le personnel enseignant irritait les autres confessions protestantes. La cotisation de £8 par enfant était une objection de plus formulée par la population. En 1850, la General Academy était fermée et on avait formé trois écoles séparées, dont l’une était celle de l’Église d’Angleterre, sous l’autorité immédiate de l’évêque.

Le gouvernement provincial avait accordé une subvention de £5 100 destinée à l’enseignement. Mais les mêmes craintes qui avaient provoqué la fermeture de la General Academy amenèrent l’évêque à contester la façon dont cette somme était répartie. Cette subvention était partagée entre les catholiques et les protestants au prorata de la population, c’est-à-dire qu’en réalité la moitié allait aux catholiques et l’autre moitié aux protestants, sans que mention particulière soit faite de l’Église d’Angleterre. L’évêque Feild se plaignait en ces termes : « Nous sommes engagés dans la bataille pour l’éducation [...] et l’Église (comme cela se produit habituellement entre les catholiques et les dissidents) se voit frustrée de ses droits. » Il lui déplaisait également que l’on ait accordé une partie de la subvention aux écoles de la Newfoundland School Society, un organisme certes de l’Église d’Angleterre, mais qui admettait les méthodistes wesleyens au nombre de son personnel enseignant. Selon l’évêque, « on ne pouvait dispenser l’instruction sans religion, et la religion ne pouvait vraiment et honnêtement être enseignée sans insister fréquemment [...] sur ces différences concernant la foi [...] que chaque Église reconnaît ». Pour toutes ces raisons, l’évêque réclama et obtint finalement une sous-répartition de la subvention accordée aux protestants entre les différentes confessions protestantes. Chaque confession put ainsi disposer elle-même de son allocation, ce qui entraîna une prolifération des écoles confessionnelles et, en certains cas, une diminution des traitements du personnel enseignant.

Par son refus intransigeant d’une action conjointe des diverses confessions protestantes, l’évêque Feild s’était rendu impopulaire. Au printemps de 1846, il refusa de patronner la nouvelle agence de la British and Foreign Bible Society établie à Terre-Neuve, car cet organisme ne dépendait pas uniquement de l’Église d’Angleterre. Il prétendait qu’à Terre-Neuve il n’y avait nul besoin d’une institution de ce genre, car on pouvait déjà se procurer des bibles à prix modique. Le geste de l’évêque fut impopulaire chez ses ouailles fidèles de la Low Church et jeta la consternation chez de nombreux protestants de St John’s qui « se lamentèrent en disant que le nouvel évêque [...] avait fait une terrible erreur, car eux [les protestants] réclamaient à cor et à cri l’unité religieuse, d’autant plus que, malheureusement, à cause des luttes partisanes, ils ne pouvaient séparer leurs convictions spirituelles de leurs convictions politiques ».

Depuis l’avènement du gouvernement représentatif qui, à Terre-Neuve, avait eu lieu en 1832, les partis politiques avaient tendance à refléter les différences confessionnelles. Le parti libéral se composait presque uniquement de catholiques, bien que certains de ses dirigeants fussent protestants. Le parti conservateur, ou tory, était nettement protestant. Tout conflit religieux au sein des protestants avait tendance à affaiblir leur rôle politique et c’est pourquoi beaucoup d’entre eux désiraient voir régner l’harmonie entre les Églises et voulaient confier à l’évêque Feild la direction de l’agence de la British and Foreign Bible Society. Mais Feild préférait s’en tenir strictement aux tâches qu’il assumait au nom de l’Église d’Angleterre.

Dans le but de remédier à la pénurie de prêtres dans son diocèse, Feild s’attacha plus particulièrement à donner un nouvel essor au collège de théologie qu’avait fondé l’évêque Spencer. En 1844, le collège n’était qu’une pauvre maison de bois où six étudiants venaient chaque jour suivre les cours donnés par le clergé de l’église St Thomas. L’évêque Feild imposait à ces étudiants l’assistance à la prière quotidienne et l’étude de la musique religieuse. Il avait de plus l’intention d’établir un collège de théologie où les étudiants seraient internes. En 1847, il avait conçu des plans pour Queen’s College, auquel il avait donné le nom de celui qu’il avait fréquenté à Oxford. Il pensait aussi à une école secondaire et espérait obtenir des dons pour les deux établissements. Chacun était conçu en vue de recevoir 12 internes et, dès 1850, l’évêque avait déjà dépensé environ £3 000 pour l’achat des bâtiments. Il avait en outre retenu les services du révérend William Grey comme principal. Le manque de fonds l’empêcha de lui donner un adjoint ou un directeur des études.

Dès le début de sa carrière à Terre-Neuve, Feild avait souligné l’importance pour les fidèles de cette colonie de contribuer à l’entretien des membres du clergé et des presbytères, plutôt que de dépendre entièrement de la générosité des fidèles de l’Église mère en Angleterre. En 1846, le traitement habituel accordé par la Society for the Propagation of the Gospel à un pasteur était de £100, auxquelles s’ajoutaient encore £100 fournies par la population locale. L’évêque Feild entrevoyait la possibilité d’obtenir £200 ou £300 supplémentaires dans l’espoir que « l’on pourrait trouver deux ou trois pasteurs prêts à souffrir pour les pauvres pêcheurs de Terre-Neuve et pour l’amour du Christ ». Il soutenait la Newfoundland Church Society dans son rôle de trésorière de l’Église, mais lorsqu’il demanda aux fidèles de s’engager par serment à aider financièrement la Church Society comme signe de leur appartenance à l’Église, ceux-ci s’opposèrent vivement à ce projet. Le lieutenant-colonel Robert Barlow McCrae, commandant de la garnison de St John’s vers 1860, faisait remarquer que « tous les ans, l’évêque doit se rendre à la Church Society et y annoncer, d’un air désolé, que le montant des souscriptions dans une province où le montant global des transactions se chiffre à plus de £3 000 000 (dont la plus grande partie est aux mains des protestants) est d’environ. £800, somme qui doit être partagée en portions de £40 ou de £50 entre des pasteurs affamés, alors qu’il conserve pour lui-même à peine quelques miettes destinées aux églises et aux presbytères ».

Dans les années 60, l’industrie de la pêche ne fit que péricliter de saison en saison et, en 1863, Feild demanda à la législature de Terre-Neuve de prescrire une journée spéciale « de mortifications, au cours de laquelle les chrétiens de toutes les confessions s’uniraient pour supplier le Christ de leur accorder sa divine faveur [...] pour mettre un terme a ces calamités ». Il faisait remarquer que plusieurs des anciennes pêcheries de la côte nord-est, fondées par des membres de l’Église d’Angleterre originaires du Dorsetshire et notamment de Poole, avaient périclité et que « les propriétaires avaient loué leurs maisons à des nouveaux venus plus jeunes qui généralement étaient des dissidents [...] ce qui explique entre autres pourquoi notre Église est tombée maintenant dans la division et dans l’affliction ».

En 1869, après une grave crise économique qui avait duré une dizaine d’années, Feild publia une lettre pastorale, une des plus fermes qu’il ait jamais écrites, dans laquelle il condamnait le « système du crédit », aux termes duquel les fournisseurs livraient aux pêcheurs des provisions à des prix exorbitants, dans l’espoir que leurs clients les rembourseraient sur l’argent provenant de leur prise de la saison. L’évêque disait que ce système avait pour conséquence d’encourager l’insouciance et la malhonnêteté chez de nombreux pêcheurs. Ceux-ci en effet avaient tendance à vendre comptant leurs prises à d’autres fournisseurs et refusaient de payer leurs propres fournisseurs en invoquant une mauvaise saison de pêche. Feild déplorait non seulement les pratiques malhonnêtes, à la fois chez les pêcheurs et chez les fournisseurs, mais regrettait également ce qu’il appelait « le détournement continu des richesses de la colonie qui chaque année [...] [étaient] dépensées entièrement dans d’autres pays, ce qui entrav[ait] terriblement toutes les possibilités de progrès matériels et de développement de [la] région ». Il ne se montrait pas moins amer quand il parlait des mouvements qui se dessinaient en faveur de l’union de Terre-Neuve avec le nouveau dominion du Canada. « Ceux qui espèrent obtenir beaucoup d’aide de cette source ont plus confiance que moi dans la politique et dans les politiciens du dominion », avait-il coutume de dire.

Malgré les difficultés financières et autres dont il fut assailli pendant les 32 ans qu’il passa à Terre-Neuve, l’évêque Feild pouvait être fier de l’importance qu’avait prise le clergé de la Society for the Propagation of the Gospel. Le nombre des pasteurs, qui était de 24 en 1844, se montait à plus de 50 en 1876, et parmi ceux-ci un grand nombre avaient été formés par l’évêque lui-même. Des 100 églises qui existaient en 1876, plus de la moitié avaient été consacrées par Feild. En plus du collège de théologie et de l’école secondaire pour lesquels il avait réussi à obtenir des dons, il avait également fondé des écoles de garçons et de filles. Il avait aussi créé un fonds de bienfaisance au profit des orphelins et des veuves des pasteurs, et construit deux orphelinats dont l’entretien était en partie assuré par des dons. Dans les cinq dernières années de son épiscopat, il envisageait d’organiser un synode afin d’encourager les laïcs à s’intéresser aux affaires de l’Église.

C’est encore en grande partie à Feild que revient le mérite d’avoir amassé les fonds nécessaires à la construction de la cathédrale de St John’s, qui fut consacrée et ouverte au culte le 21 septembre 1850. La première pierre en avait été posée par l’évêque Spencer le 21 août 1843. En 1846, Feild se rendit en Angleterre pour obtenir une affectation de £15 000 destinée à terminer la construction de la cathédrale, et la majorité de cette somme fut donnée par les églises d’Angleterre. La cathédrale, inspirée d’un plan de sir George Gilbert Scott, était de style gothique, construite en pierre taillée grise, et la flèche de sa tour s’élevait à 130 pieds. À l’inauguration, en 1850, la nef seule était construite, mais quand la cathédrale fut entièrement terminée, elle fut considérée comme l’une des plus belles de toute l’Amérique britannique.

C’est dans le domaine de l’administration que s’est surtout fait sentir l’action de Feild au sein de l’Église de Terre-Neuve. Tout comme Mgr Ignace Bourget*, qui était à la même époque l’évêque catholique de Montréal, Feild jeta les bases d’une organisation ecclésiale solide, possédant ses propres ressources financières et ne dépendant plus de la générosité de l’Église mère en Angleterre. L’évêque était intransigeant sur tout ce qui se rattachait à la doctrine et à la discipline ecclésiastiques, ce qui fit qu’on l’accusa « de manquer de charité chrétienne envers les ministres des autres confessions ». C’est là, semble-t-il, un jugement par trop sévère. Il faut plutôt dire qu’il n’acceptait aucun compromis sur les points qui lui semblaient mettre en danger la situation religieuse ou financière de l’Église d’Angleterre. Adepte de la High Church, Feild exerça une influence sur l’esprit de l’Église et du clergé de la colonie en faisant disparaître petit à petit la tendance en faveur de la Low Church qui y régnait auparavant. Pendant de nombreuses années, une grande partie des protestants se méfièrent de lui, mais il finit par gagner l’estime de tous par sa droiture, sa modestie et sa piété. Dans les questions religieuses il évitait les controverses. Lorsqu’il refusa de faire partie de la British and Foreign Bible Society, plutôt que de trouver des raisons personnelles à son geste, il préféra donner celles qu’avait invoquées l’évêque de Salisbury, quand ce dernier s’était lui-même retiré de cet organisme. En société, Feild passait pour être un homme charmant, plein d’humour et d’amabilité, et qui adorait les enfants.

Elinor Senior

Il n’existe ni papiers ni mémoires d’Edward Feild mais plusieurs de ses journaux de voyage écrits lors de ses expéditions le long des côtes de Terre-Neuve et du Labrador ont été publiés en entier. Ces journaux de voyage sont les suivants : Diocese of Newfoundland. A journal of the bishop’s visitation of the missions on the western and southern coast, August and September, 1845 [...] (« Church in the Colonies series », X, Londres, janvier 1846) ; Diocese of Newfoundland Part II. A journal of the bishop’s visitation of the missions of the northern coast, in the summer of 1846 (« Church in the Colonies series », XV, Londres, novembre 1846) ; Journal of the bishop of Newfoundland’s voyage of visitation and discovery on the south and west coasts of Newfoundland and on the Labrador in the year 1848 (« Church in the Colonies series », XXI, Londres, mars 1849) ; Journal of the bishop of Newfoundland’s voyage of visitation on the coast of Labrador and the north-east coast of Newfoundland, in the church ship, « Hawk », in the year 1853 (« Church in the Colonies series », XXX, Londres, [1854]). On trouve des lettres de Feild, adressées au secrétaire de la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts, dans les Report of the incorporated Society for the Propagation of the Gospel in Foreign parts [...] (Londres), 1845–1876. La biographie de Feild par H. W. Tucker, Memoir of the life and episcopate of Edward Feild, D.D., bishop of Newfoundland, 1844–1876 [...] (Londres, 1877), est bien écrite ; elle est précieuse pour les nombreux extraits qu’elle donne des lettres de Feild aux ministres en Angleterre, ainsi que pour les appendices qu’elle contient dans lesquels on peut trouver sa « pauvre lettre pastorale » de 1869. Beaucoup de ses allocutions à son clergé et de nombreuses lettres pastorales ont été imprimées. On en trouve une liste incomplète dans le British Museum catalogue.

On trouve des renseignements sur la vie de Feild dans : DNB ; John Langtry, History of the church in eastern Canada and Newfoundland (« Colonial church histories of the Society for Promoting Christian Knowledge », Londres, 1892), 87–116 ; C. H. Mockridge, The bishops of the Church of England in Canada and Newfoundland : being an illustrated historical sketch of the Church of England in Canada as traced through her episcopate (Londres, Toronto, 1896), 101s. ; O. R. Rowley, The Anglican episcopate of Canada and Newfoundland (Londres, Milwaukee, Wis., 1928), 217.

D’autres renseignements sont fournis dans : PANL, Morine papers ; Alfred Morine’s unpublished history of Newfoundland including his memoirs ; Newfoundland, Executive Council, Minutes, 14 déc. 1861 ; Returns of an address to the House of Commons, 15 mai 1862 ; Newfoundlander (St John’s), 16 juin 1876 ; Royal Gazette and Newfoundland General Advertiser (St John’s), 1843–1876 ; M. F. Howley, Ecclesiastical history of Newfoundland (Boston, Mass., 1888) ; R. B. McCrae, Lost amid the fogs ; sketches of life in Newfoundland, England’s ancient colony (Londres, 1869) ; Charles Pedley, The history of Newfoundland from the earliest times to the year 1860 (Londres, 1863) ; Prowse, History of Nfld. ; Philip Tocque, Newfoundland : as it was and as it is in 1877 (Londres, 1878).  [e. s.]

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Elinor Senior, « FEILD, EDWARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/feild_edward_10F.html.

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Auteur de l'article:   Elinor Senior
Titre de l'article:   FEILD, EDWARD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   2 septembre 2014