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FERGUSON, CATHERINE (Kathleen Blake), dite Kit Coleman (Willis ; Watkins ; Coleman), journaliste et correspondante de guerre, née le 20 février 1856 à Castleblakeney (république d’Irlande), fille de Mary Burke et de Patrick Ferguson ; vers 1876, elle épousa Thomas Willis, et ils eurent une fille, puis vers 1884, à Toronto, Edward J. Watkins, et ils eurent un fils et une fille, et enfin le 25 août 1898, à Washington, Theobald Coleman et aucun enfant ne naquit de ce troisième mariage ; décédée le 16 mai 1915 à Hamilton, Ontario.

Fille d’un fermier de la classe moyenne, Catherine Ferguson grandit à la campagne près de Galway. Bien que ses parents n’aient pas eu beaucoup d’argent, ils réussirent à lui faire faire de très bonnes études de langues et d’humanités à la Loretto Abbey de Rathfarnham et dans une école d’arts d’agrément en Belgique. Une fois adulte, elle dirait avoir hérité de son père un grand amour de la nature et des livres et avoir appris de sa mère, aveugle, à aimer la musique et à jouer de plusieurs instruments. Toutefois, ce fut surtout son oncle le père dominicain Thomas Nicholas Burke, libéral et orateur réputé, qui influença sa vie intellectuelle. La tolérance religieuse et sociale dont elle ferait montre dans son travail de journaliste provenait de lui.

À 20 ans, Kathleen (elle avait adopté ce prénom) épousa, conformément aux arrangements pris par sa famille, un riche propriétaire foncier beaucoup plus âgé qu’elle, Thomas Willis. Le couple eut un enfant, qui mourut en bas âge. Ce mariage fut malheureux et, à la mort de son mari, Kathleen fut déshéritée par la famille de celui-ci. En 1884, à la suite d’un séjour à Londres, elle immigra au Canada. Peu après, elle épousa un charmant et bel Anglais, Edward J. Watkins, vendeur de Toronto. Pendant une courte période, ils vécurent à Winnipeg ; Edward était représentant de commerce, Kathleen enseignait la musique et le français. Ils ne connurent jamais l’aisance. En outre, Edward se révéla être un séducteur et un ivrogne, et il était probablement bigame. À peu près au moment de leur séparation, Kathleen prit Blake comme deuxième nom en prétendant appartenir à l’illustre famille des Blake de Galway. En 1889, Edward Farrer lui confia la chronique féminine du Toronto Daily Mail ; elle avait besoin de ce travail pour assurer sa subsistance et celle de ses deux jeunes enfants. Elle engagea probablement une bonne pour s’occuper d’eux ; à l’époque, la plupart des familles de la classe moyenne pouvaient se le permettre. Par la suite, elle les mit au pensionnat. Pour accroître son revenu, elle écrivait aussi des contes et nouvelles ; les premiers parurent dans le Saturday Night d’Edmund Ernest Sheppard* en 1889 et en 1890.

En octobre 1889, Kathleen Blake Ferguson inaugura dans le Mail sa chronique hebdomadaire, qui allait occuper par la suite la page intitulée « Woman’s Kingdom ». Sous le pseudonyme de Kit, elle devint une journaliste accomplie et populaire ; on aimait son style coloré, sa vive intelligence, son esprit irrévérencieux. Les pages féminines, récentes dans les journaux nord-américains, visaient à attirer les lectrices et les annonceurs de cosmétiques et de produits domestiques. Cependant, Kathleen Blake Ferguson se rebellait contre les présupposés de ses supérieurs – à savoir que les femmes s’intéressaient uniquement aux travaux ménagers, à la mode et à sa chronique de conseils – et insistait pour écrire sur d’autres sujets qui, selon elle, les intéresseraient aussi : la politique, les affaires, la religion, la science. Malgré cela, cette femme remuante trouvait son « royaume féminin » et Toronto trop petits. À compter de 1892, elle s’en évada à la moindre occasion ; elle alla en Irlande et en Angleterre, traversa l’Amérique du Nord, se rendit aux Antilles, et fit parvenir à ses supérieurs et lecteurs des récits colorés de ses voyages. En 1895, quand le Mail fusionna avec l’Empire, elle demeura rédactrice de la page féminine du nouveau journal. À ce moment-là, la renommée de Kit dépassait les frontières. Un ouvrage de référence américain paru en 1894 qualifiait ses écrits de « brillants » et notait qu’aucune femme journaliste, et peut-être aucun homme occupant un poste inférieur à celui de rédacteur en chef, n’avait une influence plus directe sur le prestige et le tirage d’un journal nord-américain.

Kathleen Blake Ferguson parvint à l’apogée de sa carrière pendant la guerre hispano-américaine, après être devenue la première femme à être accréditée correspondante de guerre par le gouvernement des États-Unis. Le Daily Mail and Empire voulait avoir un journaliste à Cuba et elle se porta volontaire. Manifestement, le journal se servit d’elle pour appâter ses lecteurs, car ses supérieurs lui demandèrent d’écrire des articles vedettes et des « bêtises », comme elle le disait, et non de rapporter les nouvelles du front, domaine réservé aux correspondants de sexe masculin. Furieux qu’on l’ait autorisée à accompagner les troupes américaines, les autres correspondants et les autorités militaires réussirent presque à la laisser en plan en Floride. Elle s’entêta et débarqua à Cuba en juillet 1898, juste avant la fin des hostilités. Ses reportages déchirants sur les victimes de la guerre et les suites du conflit la rendirent célèbre.

Sur le chemin du retour, Kathleen Blake Ferguson s’arrêta à Washington, où elle prit la parole devant l’International Press Union of Women Journalists et se maria une troisième fois. Son mari, le médecin canadien Theobald Coleman, était un homme bienveillant ; apparemment, il respectait son désir de poursuivre sa carrière. Quelques années plus tard, elle écrirait que toute femme est malavisée de compter sur un homme pour sa sécurité financière, car « la plupart des aspects tragiques de la condition féminine découlent de [cette] dépendance ». Après leur mariage, les Coleman s’installèrent d’abord à Copper Cliff (Sudbury, Ontario), où Theobald travailla pour la Canadian Copper Company. En 1904, ils se fixèrent à Hamilton. Kathleen Blake continua à produire une chronique pour le Mail and Empire jusqu’en 1911. Elle démissionna alors parce que le journal avait décidé d’éliminer du « Woman’s Kingdom » son courrier des lectrices, qui remportait un franc succès, et de lui faire écrire une courte chronique quotidienne en plus de sa page hebdomadaire. Elle produisit ensuite une chronique qui était publiée par divers journaux.

Étant donné son histoire personnelle, Kathleen Blake Ferguson avait toutes les raisons de soutenir les causes défendues à l’époque par le mouvement des femmes, particulièrement l’égalité économique et politique. La plupart de ses consœurs journalistes, dont sa collègue du Mail and Empire Katherine Hale [Amelia Beers Warnock*], la considéraient comme une pionnière et un modèle, et celles d’entre elles qui militaient pour le suffrage féminin espéraient la voir rejoindre leurs rangs. Ayant subvenu seule aux besoins de ses enfants pendant une bonne partie de sa carrière, Kathleen Blake croyait fermement, comme elles, au salaire égal pour un travail égal. En 1904, irritée par la discrimination dont les femmes étaient victimes dans sa profession, elle participa à la fondation du Canadian Women’s Press Club, dont elle fut la première présidente.

Toutefois, elle ne prit pas position publiquement en faveur du suffrage féminin avant 1910, en partie parce que le Mail et le Mail and Empire s’y opposaient farouchement. En outre, elle ne savait trop dans quelle mesure les femmes – et les journalistes « objectifs » – devaient se mêler de politique. Ses hésitations ne s’expliquent pas uniquement par son tempérament ou par des considérations professionnelles : bon nombre de ses contemporaines étaient déchirées entre les nouvelles possibilités qui s’offraient aux femmes et les modèles plus effacés de féminité qu’on leur avait inculqués dans leur enfance.

Pendant la plus grande partie de ses 25 années de carrière, Kathleen Blake Ferguson Coleman dut naviguer entre une conduite jugée acceptable et une conduite jugée trop audacieuse de la part d’une femme journaliste. Elle fit son chemin de manière créatrice. Peut-être sa peur réaliste mais chronique de la pauvreté, les exigences de ses supérieurs et son éducation victorienne se conjuguèrent-elles pour lui enlever, à certains moments, le courage de ses convictions, surtout en matière de droits des femmes. Mais, à son époque, on la considérait comme un personnage romanesque, une femme hardie, douée et accomplie qui élargissait les frontières du journalisme féminin tout en ouvrant de nouveaux horizons à ses lectrices.

Barbara M. Freeman

Outre ses chroniques journalistiques, les publications de Kit Coleman comprennent To London for the jubilee (Toronto, 1897). Une de ses nouvelles « A pair of gray gloves », Canadian Magazine, 22 (nov. 1903–avril 1904) : 121–125, figure dans l’anthologie intitulée New women : short stories by Canadian women, 1900–1920, Sandra Campbell et Lorraine McMullen, edit. (Ottawa et Paris, 1991), 46–55.

AN, MG 28, I 232 ; MG 29, D112.— Hamilton Herald (Hamilton, Ontario), 1911–1914.— Toronto Daily Mail, 1889–1895, publié par la suite sous le titre Daily Mail and Empire, 1895–1911.— Canada Monthly (London, Ontario), 1911–1915.— Carol Dyhouse, Girls growing up in late Victorian and Edwardian England (Londres, 1981).— W. J. Fitzpatrick, The life of the Very Rev. Thomas N. Burke (Londres, 1885).— B. M. Freeman, Kit’s kingdom : the journalism of Kathleen Blake Coleman (Ottawa, 1989).— Deborah Gorham, The Victorian girl and the feminine ideal ([Bloomington, Ind.], 1982).— Michael Schudson, Discovering the news : a social history of American newspapers (New York, 1978).— Carroll Smith-Rosenberg, Disorderly conduct : visions of gender in Victorian America (New York, 1985).

Bibliographie générale

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Barbara M. Freeman, « FERGUSON, CATHERINE, Kit Coleman », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ferguson_catherine_14F.html.

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Auteur de l'article:   Barbara M. Freeman
Titre de l'article:   FERGUSON, CATHERINE, Kit Coleman
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   22 décembre 2014