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FINLAY, WILLIAM, homme d’affaires et juge de paix ; décédé célibataire le 5 décembre 1834 à Funchal, Madère.

William Finlay était peut-être originaire de Kilmarnock, en Écosse, ou de Glasgow, où il avait un oncle manufacturier. Il se peut qu’il ait été apparenté aux James Finlay, père et fils, qui furent parmi les premiers marchands de fourrures de Montréal, ou encore à Hugh Finlay*, de Québec, qui désigna comme son exécuteur testamentaire le marchand québécois John Mure, beau-frère de l’oncle que William avait à Glasgow. Quelle qu’ait été sa parenté immédiate, William naquit probablement dans une des familles appartenant au réseau qui se trouvait au premier rang de ce que l’on appelait le « commerce canadien ». Les membres européens de ce groupe, qui comprenait principalement des Hunter, des Paterson, des Parker, des Robertson et des Dunlop à Londres, à Glasgow, à Kilmarnock et à Greenock, étaient associés entre eux par des liens commerciaux, familiaux et sociaux, et ces mêmes liens les unissaient à de nombreuses autres personnes qui les représentaient dans les colonies de l’Amérique du Nord britannique. Ceux-ci, qui étaient souvent des jeunes gens de la parenté envoyés pour gérer la partie coloniale des affaires (parmi eux se trouvaient des personnes qui allaient devenir, dans le Haut et le Bas-Canada, des leaders du monde des affaires tels que James McGill*, Adam Lymburner*, James Dunlop* et Robert Hamilton*), travaillaient fréquemment avec des émigrants de la région d’Édimbourg, comme Richard Dobie*, et avec le petit groupe des Grant de Strathaven et de Glen Livet, qui était représenté à Québec par le marchand William Grant*. Vers 1800, des éléments importants de ce grand ensemble vaguement structuré avaient constitué une société en nom collectif, dont les activités commerciales s’étendaient depuis Londres jusqu’aux Grands Lacs. On retrouvait parmi les associés : à Londres, John Gillespie, parent des Paterson ; à Montréal, l’ancien représentant des Hunter, William Parker, ainsi que Samuel Gerrard*, apparenté par son mariage aux Grant, et John Ogilvy*, qui était lié aux Paterson et aux Robertson ; et, à Québec, un autre parent des Paterson, John Mure. Dans cette Écosse du xviiie siècle où les affaires étaient fondées sur l’organisation familiale, le fait d’avoir, dès la naissance, de tels liens de parenté constituait une excellente introduction à une carrière dans le commerce.

Il semble que Finlay soit arrivé à Québec entre 1798 et 1805. En 1808, il travaillait déjà pour Mure et, en 1816, il était commis principal au bureau de Mure ; ce bureau ne faisait plus partie de la société en nom collectif, mais il représentait les anciens associés montréalais de Mure. Ce dernier appréciait « le travail loyal et l’amitié » de son employé, et il lui confia la garde d’au moins un de ses fils, dont Finlay gagna également « l’estime et l’affection ». Le long apprentissage de Finlay auprès de Mure lui donna une connaissance approfondie des diverses activités commerciales dans lesquelles celui-ci était engagé, y compris le commerce du bois et des fourrures, l’import-export, l’affrètement de navires et la spéculation immobilière. Lorsque Mure se retira en Écosse en 1817, Finlay prit la direction de sa société et, apparemment, la lia de nouveau aux associés montréalais et londoniens. Au début, il la dirigea sous la raison sociale de Gerrard, Finlay and Company, puis, à compter de 1822 environ, sous celle de Gillespie, Finlay and Company. C’est peut-être aussi en 1817 que Finlay obtint une action dans la Gerrard, Gillespie, Moffatt and Company, filiale montréalaise de la société en nom collectif ; le 1er mai 1819, il détenait déjà deux actions et, en 1821, il faisait des démarches pour obtenir les intérêts de Gerrard. George Moffatt*, le plus important personnage de la filiale montréalaise, était également l’un des associés de Finlay dans l’entreprise de Québec.

Sous la direction de Finlay, l’entreprise québécoise abandonna en grande partie le commerce des fourrures ; toutefois, jusqu’en 1826 au moins, une partie des articles de traite, des approvisionnements et de la correspondance échangée entre le bureau de Londres et Frederick William Ermatinger de Montréal, représentant de son frère Charles Oakes Ermatinger à Sault-Sainte-Marie (Sault Ste Marie, Ontario), continua de passer par le bureau de Québec, mais elle se fit de moins en moins importante. De plus, même si l’entreprise de Finlay exportait encore des douves en 1819, elle cessa de servir d’agence à des entrepreneurs britanniques qui fournissaient des mâts à l’Amirauté et de participer par l’intermédiaire de la société en nom collectif à une vaste entreprise de coupe de bois appelée la Canada Company. En 1827, la Gillespie, Finlay and Company offrit en location sa grève de l’anse des Mères, et c’est peut-être à la même époque qu’elle céda aux Gilmour [V. Allan Gilmour*] le grand terrain de l’anse au Foulon où elle emmagasinait du bois. Il ne semble pas que l’entreprise ait eu des moulins à scier.

Si l’entreprise de Finlay abandonna le commerce du bois et des fourrures, elle continua, comme au temps de Mure, à vendre dans la colonie et à exporter de la farine de blé, de la farine de maïs et de la cendre de bois, ainsi que de la viande de porc venant du Haut-Canada. Elle faisait venir aussi du rhum du Nouveau-Brunswick, du whisky du Haut-Canada, des vins d’Espagne et de Madère en quantité, du rhum et du sucre des Antilles et des spiritueux d’Écosse, en plus des articles d’épicerie et de quincaillerie. Pour le transport maritime des marchandises, l’entreprise utilisait dès 1818 un grand quai qui lui appartenait et qui portait le nom de Finlay ; elle continua cependant, au moins jusqu’en 1832, à se servir d’une partie du quai du Roi, qu’elle avait prise à bail.

Finlay engagea résolument son entreprise dans le commerce maritime. Celle-ci fit construire au moins deux vaisseaux, un schooner de 128 tonneaux en 1828 et un navire de 430 tonneaux en 1834 ; elle en acheta au moins un autre. Elle finança également la construction de plusieurs autres bâtiments (elle put acquérir de la sorte pas moins de deux navires ainsi qu’un trois-mâts barque, deux bricks et deux schooners) et elle affréta des bâtiments pour des voyages particuliers. Elle offrait souvent ses propres navires pour l’affrètement ou le transport des marchandises, ou encore d’autres bateaux pour la location desquels elle avait qualité d’agent ; sa petite flotte transportait aussi des passagers en Grande-Bretagne ou aux Antilles. Finlay sut s’adapter à l’ère de la vapeur. En 1830, il devint le premier président de la Compagnie de la navigation par la vapeur entre Québec et Halifax, laquelle fit construire le Royal William en 1830–831. Il fut cependant parmi les nombreux propriétaires de ce navire qui, au cours de la crise économique de 1832, se départirent de leurs intérêts avant même que le bâtiment n’ait fait sa première traversée de l’Atlantique [V. sir Samuel Cunard*]. Finlay n’eut pas d’intérêts directs dans la construction des canaux, nouveau secteur d’investissement dans la colonie, mais il s’occupa de mettre William Hamilton Merritt* en contact avec les hommes d’affaires de Québec lorsque celui-ci vint chercher en 1827 de l’aide financière en vue de construire le canal Welland. Ce cours d’eau artificiel pouvait grandement faciliter le commerce de la Gerrard, Gillespie, Moffatt and Company avec le Haut-Canada.

Finlay s’engagea davantage dans un autre domaine qui s’ouvrait aux investisseurs de la colonie, celui des institutions financières. Il faisait partie d’un groupe d’hommes d’affaires qui obtinrent la constitution en société de la Banque de Montréal en 1821 et il était membre d’un autre groupe qui fit de même pour la Banque de Québec l’année suivante. Cependant, vers 1831, ni lui ni son entreprise n’avaient gardé de liens avec cette dernière. En 1825, il siégeait au conseil d’administration de la succursale québécoise de la Banque de Montréal, établissement rival qui comptait Gerrard et Moffatt parmi les personnes influentes de son bureau montréalais. Cette année-là, Finlay était actionnaire de la Banque de la cité (à Montréal). Pendant les années 1820, il fut fréquemment administrateur délégué de la Banque d’épargne de Québec, onction qui était attribuée par roulement hebdomadaire. À la fin de la décennie, il était l’un de ceux qui obtinrent la constitution juridique de la Compagnie d’assurance de Québec contre les accidents du feu, dont il était également actionnaire ; au début des années 1830, son entreprise représentait à Québec la grande firme londonienne Phoenix Assurance Company, tout comme le faisait la Gerrard, Gillespie, Moffatt and Company à Montréal. Il se peut également que la spéculation foncière, qui intéressait habituellement les investisseurs, ait attiré Finlay ; il semble qu’il fit l’acquisition de terrains pour son propre compte, par achat ou saisie d’hypothèque, dans le Bas et le Haut-Canada.

Avec des activités commerciales qui, dans l’ensemble, étaient assez différentes de celles qui existaient à l’époque de Mure, l’entreprise de Québec continua apparemment de prospérer sous la direction de Finlay, malgré la faiblesse de l’économie au début et à la fin des années 1820, et la récession de 1832. Comme toutes les filiales de la société en nom collectif étaient constituées des mêmes associés, il est probable que chacune bénéficiait de la prospérité des autres ; l’entreprise de Finlay fut sans doute aidée par la Gerrard, Gillespie, Moffatt and Company, qui profitait de la croissance du Haut-Canada et qui était, avec la Forsyth, Richardson and Company et la Peter McGill and Company, l’une des trois grandes compagnies de Montréal. La construction sur le quai Finlay, en 1832, de deux longs entrepôts en pierre, hauts de trois étages, est un indice du succès de la Gillespie, Finlay and Company. Ces entrepôts et plusieurs autres, construits à la même époque par différents marchands, modifièrent l’importance des quais à la basse ville.

L’ampleur des intérêts financiers et du succès de Finlay lui valut de jouer un rôle de premier plan dans le monde des affaires à Québec. Il exerça les fonctions de président du Committee of Trade de 1825 à 1833 et témoigna d’une manière intelligente et compétente (il était souvent le premier témoin à comparaître) devant certains comités de l’Assemblée du Bas-Canada qui faisaient enquête sur des questions d’ordre commercial, telles que les lois britanniques de 1828 sur les céréales et sur les droits de douane. Dans les domaines politique et social, Finlay ne se manifesta guère. En 1822, il fut élu membre de la section de Québec d’une organisation provinciale dont le but était de promouvoir l’union du Haut et du Bas-Canada. Le président de ce comité québécois était William Bacheler Coltman. Finlay s’y montra beaucoup moins actif que William Walker, homme d’affaires de Québec comme lui, mais qui faisait partie du réseau Ellice-Forsyth-Richardson, dont les activités s’étendaient également outre-Atlantique [V. John Richardson]. Pendant quelque temps, Finlay déclina l’offre d’être nommé juge de paix, alléguant qu’il devait s’occuper d’affaires personnelles, mais il accepta finalement cette nomination en février 1828. Il fut pendant longtemps un des administrateurs de la bibliothèque de Québec et, de 1830 à sa mort, il fit partie du conseil de l’église St Andrew.

D’après Samuel Neilson*, propriétaire de la Gazette de Québec, il semble que la peur qui s’empara de Finlay pendant l’épidémie de choléra en 1832 ait « complètement anéanti [ses] forces physiques et morales ». Il finit par s’en remettre, mais sa santé se détériora de nouveau à la fin de l’été de 1834 ; il fit alors un testament et partit presque tout de suite pour le climat tempéré de Madère. Il mourut avant la fin de l’année. Neilson affirma que « les femmes avaient eu beaucoup à voir avec sa maladie » ; en 1836, il apprit de la propriétaire de Finlay à Funchal qu’à la toute fin de sa vie il était « incroyablement maussade et détestait les femmes à tel point qu’il lui interdisait absolument de venir le voir pour quelque raison que ce soit ». Il disait encore de lui que « c’était un individu étrange ». Margaret Maloney fut la seule personne, hors du cercle de sa famille ou de ses relations d’affaires, envers laquelle il se montra généreux dans son testament. À l’encontre de ce que Neilson rapporte des derniers moments de Finlay, il existe de nombreuses manifestations de sa bonté et de sa largeur d’esprit ; ses legs particuliers s’élevaient à £14 000, dont £100 aux pauvres de chacune des sept principales paroisses de Québec (catholiques et protestantes), £200 à la bibliothèque de Québec, £1 000 au Montreal Général Hospital et £1000 à la ville de Québec pour l’amélioration des rues et des places publiques. Le reste de la succession, dont le montant est indéterminé, alla à ses neveux. Le legs fait à la ville permit d’ouvrir un nouveau marché public, plus vaste, sur les quais ; en 1838, cet endroit fut appelé place Finlay en son honneur.

Arthur John Hampson Richardson

ANQ-Q, CN1-16, 27 janv. 1809, 6 août 1817 ; CN1-188, 13 nov. 1826 ; CN1-197, 22 juill. 1816, 20, 22 oct., 7 nov. 1817, 3 juill. 1819, 12 févr. 1820, 2 oct. 1821, 27 févr. 1822, 5 janv., 23 mars, 15 avril, 13, 16, 23, 25 mai, 13 nov. 1826, 2 avril, 5 mai, 16, 30 oct., 13 déc. 1827, 4, 19 janv., 15 mai, 25 juin, 27 août, 6 oct. 1828, 10, 30 avril, 13 déc. 1829, 14 janv., 25 mai, 28 août, 3, 9 sept. 1830, 4 août, 2 déc. 1831, 4 avril, 10, 17, 29 mai 1832, 8 févr., 15 nov. 1833, 22 avril 1835 ; CN1-219, 18 mai 1832 ; CN1-230, 10 oct. 1804 ; CN1-253, 27 oct. 1813 ; P–219.— APC, Coll. nationale des cartes et plans, H2 /340–1845 ; MG 19, B2, 1, 14 août 1817, 6 juill. 1818 ; MG 23, GII, 3, vol. 6 ; MG 24, B1, 5 : 451–453 ; 16 : 238 ; 18 : 134–155 ; 36 : 551 ; 187 : 3824 ; L3 : 8809–8810, 8855–858, 8939–8941, 8953–8958, 9191–9192, 9855 ; RG 4, A1, 253 : 54–55 ; 332 : 25 ; 352 : 132 ; RG 31, C1, 1831, Québec.— Arch. judiciaires, Québec, Testament olographe de William Finlay, 13 mars 1835 (Voir P.-G. Roy, Inv. testaments, 3 : 64).— Arch. privées, A. J. H. Richardson (Ottawa), J. A. Paterson à Richardson, 22 mai 1950.— PRO, CO 42 /275 : 142 (mfm aux APC).— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 1828–1829, app. F, app. R ; 1830, app. N ; 1831, app. M ; 1831–1832, app. TT ; 1832–1833, app. U, app. W ; 1834, app. Q, app. S ; Statuts, 1821–1822, chap. 26 ; 1826, chap. 11 ; 1828–1829, chap. 58 ; 1830, chap. 15.— G.-B., Parl., House of Commons, Report from the select committee on timber duties [...] (Londres, 1835).— Statistical account of U.C. (Gourlay), 463, 504.-Wis., State Hist. Soc., Coll., 4 (1857–1858) : 95.— La Gazette de Québec, 26 juin, 21 août, 27 nov. 1817, 5, 12 févr., 12 mars, 2 juill., 9 nov. 1818, 11 nov. 1819, 29 mai, 23 oct. 1820, 2 avril, 24 mai, 21, 28 juin, 19 nov. 1821, 6, 20 juin, 4, 8, 11 juill., 15 août, 24 oct., 4 nov., 2 déc. 1822, 27 janv., 10, 21 avril, 19, 29 mai, 9, 29 juin, 4 août, 22 sept. 1823, 9 mars 1824, 7 oct. 1828, 14 avril 1829, 8 févr. 1831, 21 avril 1834.— Almanach de Québec, 1825–1834.— Québec directory, 1826 : 18, 20, 53, 95.— George Gale, Historic tales of old Quebec (Québec, 1923), 29.— Ouellet, Hist. économique, 362–365.— H. B. Timothy, The Galts, a Canadian odyssey ; John Galt, 1779–1839; (Toronto, 1977), 14–16, 50–51.— G. J. J. Tulchinsky, The river barons : Montréal businessmen and the growth of industry and transportation, 1837–53 (Toronto et Buffalo, N.Y., 1977).— Archibald Campbell, « The Royal William, the pioneer of ocean steam navigation », Literary and Hist. Soc. of Quebec, Trans., nouv. sér., 20 (1891) : 29, 32–35, 41.— O.-A. Coté, « la Chambre de commerce de Québec », BRH, 27 (1921) : 26–28.— « The Royal William, 1831–33 », Literary and Hist. Soc. of Québec, Trans., nouv. sér., 13 (1879).— « William Finlay », BRH, 42 (1936) : 733.

Bibliographie générale

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Arthur John Hampson Richardson, « FINLAY, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/finlay_william_6F.html.

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Auteur de l'article:   Arthur John Hampson Richardson
Titre de l'article:   FINLAY, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   25 octobre 2014