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FORETIER, MARIE-AMABLE (Viger), philanthrope, née le 2 août 1778 à Montréal, onzième des 14 enfants de Thérèse Legrand et de Pierre Foretier*, homme d’affaires et propriétaire foncier ; le 21 novembre 1808, elle épousa dans sa ville natale Denis-Benjamin Viger*, et ils eurent une fille qui mourut en bas âge ; décédée au même endroit le 22 juillet 1854.

Marie-Amable Foretier perdit sa mère à l’âge de cinq ans, et son père se remaria quatre ans plus tard avec Catherine Hubert, veuve de Thomas Baron. Marie-Amable et ses quatre sœurs, seules survivantes du premier mariage, eurent une vie aisée, grandissant dans la vaste maison que les grands-parents maternels avaient cédée à leur père en 1778. Pierre Foretier était un homme qui aimait accumuler de vastes propriétés foncières et qui possédait une importante bibliothèque ainsi que de nombreuses cartes géographiques. Dans une telle ambiance, il est possible que Marie-Amable ait été initiée à certaines connaissances en matière d’administration dont elle se servirait plus tard.

En 1808, à l’âge de 30 ans, Marie-Amable épousa l’avocat Denis-Benjamin Viger, qui avait un certain talent pour les affaires et qui allait hériter de propriétés considérables à Montréal en 1823. Pendant les séjours de son mari en Angleterre en 1828 et de 1831 à 1834, Mme Viger, qui avait reçu une procuration, géra les baux de terrains et de bâtiments. De 1816 à 1842, elle, son mari et d’autres membres de la famille se trouvèrent mêlés à une longue bataille juridique concernant le règlement de la succession de son père. Parmi les dispositions du testament de Foretier que les héritiers refusèrent d’accepter, une clause plaçait sous la gestion de l’exécuteur testamentaire, Jean-Baptiste-Toussaint Pothier*, la part d’héritage de Mme Viger jusqu’à la mort de son mari, afin d’empêcher ce dernier d’exercer un droit de regard sur le legs.

Souvent laissée seule après son mariage à cause des fréquentes absences de son mari, lequel fut député à la chambre d’Assemblée et plus tard membre des conseils législatif et exécutif, Mme Viger se consacra aux moins fortunés pour donner un sens à sa vie. Au cours des décennies 1820 et 1830, la population de Montréal commença d’augmenter par suite de l’immigration britannique. Constatant qu’il existait peu d’œuvres de charité pour satisfaire aux besoins des indigents, Angélique Blondeau, veuve de Gabriel Cotté*, encouragea les femmes de Montréal, en décembre 1827, à trouver des moyens de soulager la misère des pauvres. Son initiative mena à la fondation de l’Association des dames de la charité, dont les membres devaient concentrer leurs efforts sur divers groupes : les jeunes femmes en difficulté, les orphelins et les personnes âgées et infirmes. Grâce à l’usage généreux qu’elle fit de sa fortune, à ses capacités administratives, à sa position sociale et à l’influence politique de son mari, Mme Viger donna un appui soutenu à toutes ces causes.

En 1833, Mme Viger était du nombre des femmes qui envoyèrent une pétition à l’Assemblée pour demander la constitution juridique de l’Institution charitable pour les filles repenties. Elle fut présidente de cet organisme depuis le 6 octobre 1836 jusqu’à ce que les Religieuses de Notre-Dame de charité du Bon Pasteur d’Angers en assument la responsabilité en 1846. Cette année-là, elle continua d’apporter son aide à cette œuvre en faisant don d’une propriété, rue Sherbrooke. En janvier 1841, elle avait été élue présidente de l’Association des dames de la charité ; elle exerça aussi les fonctions de présidente de la maison pour orphelins qui relevait de cette société, l’Asile de Montréal pour les orphelins catholiques romains, à partir de sa constitution juridique, en 1841, jusqu’à sa mort. Elle fut également membre à vie du conseil d’administration de l’Asile de Montréal pour les femmes âgées et infirmes, fondé par Émilie Gamelin [Tavernier]. Peut-être est-ce l’influence de sa femme qui amena Denis-Benjamin Viger à présenter un projet de loi visant à obtenir la reconnaissance juridique de cet asile, en 1841, et à lui accorder son appui de même qu’au projet de loi constituant juridiquement l’orphelinat. De plus, dès les débuts de l’Association des dames bienveillantes de Saint-Jacques en juillet 1828, Mme Viger avait fait partie du comité exécutif chargé de surveiller le travail de cet organisme dont le but était d’éduquer les filles pauvres ; le 15 novembre 1828, elle en fut élue trésorière et assistante, poste qu’elle occupa jusqu’au 23 juillet 1831.

Selon l’historien Joseph Royal*, Marie-Amable Viger mérita le titre de « mère des pauvres » de Montréal. Louis-Joseph Papineau* écrivit à son sujet : « Combien elle était disposée à croire au bien et empressée à le faire ; combien elle était éloignée de croire au mal, et incapable d’en dire de qui que ce fut. » La description de Papineau coïncide avec l’impression que donne un portrait de cette aimable personne. Il s’agit d’une petite peinture, exécutée par un artiste inconnu, où l’on voit une femme charmante, sûre d’elle, aux yeux intelligents, une femme qui dut bien mériter la confiance de ses amies et associées dans leur travail pour les infortunés.

Edyth B. Borthwick

ACAM, 525.107, 835-1 ; 846-3.— ANQ-M, CE1-51, 3 août 1778, 21 nov. 1808, 1er déc. 1813, 7 juill. 1814 ; CN1-134, 22 janv. 1816, 22 nov. 1827 ; CN1-295, 19 nov. 1808, 4 févr. 1828, 7 mai 1831.— AP, Notre-Dame de Montréal, Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 24 juill. 1854.— APC, MG 24, B46, 1 : 95–98.— Arch. des Sœurs de la charité de la Providence (Montréal), Assoc. bienveillante Saint-Jacques, Reg. des procès-verbaux, 1828.— B.-C., Statuts, 1832–1833, chap. 35.— Canada, prov. du, Statuts, 1841, chap. 62, 67.— Mémoire de Denis Benjamin Viger, écuyer, et de Marie Amable Foretier, son épouse, appellans ; contre Toussaint Pothier, écuyer, et autres intimés, à la Cour provinciale d’appel, d’un jugement de la Cour du banc du roi de Montréal, pour les causes civiles, du 20 février 1827 (Montréal, 1827).— La Minerve, 25 juill. 1854.— M.-C. Daveluy, l’Orphelinat catholique de Montréal (1832–1932) (Montréal, 1933).— Joseph Royal, « Biographie de l’hon. D. B. Viger », l’Écho du cabinet de lecture paroissial (Montréal), 3 (1861) : 68–71.

Bibliographie générale

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Edyth B. Borthwick, « FORETIER, MARIE-AMABLE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/foretier_marie_amable_8F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   2 octobre 2014