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FORTIN, PIERRE-ÉTIENNE, chirurgien et homme politique, né le 14 décembre 1823 à Verchères, Bas-Canada, fils de Pierre Fortin, charpentier, et de Marie-Anne-Julie Crevier, dit Duvernay, sœur de Ludger Duvernay* ; célibataire, il laissa cependant ses biens à sa fille naturelle, Suzanne-Marie ; décédé le 15 juin 1888 à Laprairie (La Prairie, Québec).

Pierre-Étienne Fortin passa sa jeunesse à Laprairie, puis il étudia au collège de Montréal qui lui décerna un diplôme en 1841. Il fit ensuite des études en médecine au McGill College, reçut son diplôme en 1845, et retourna alors à Laprairie où il exerça sa profession pendant deux ans. Au cours de l’épidémie de typhus de 1847–1848, dont il fut d’ailleurs lui-même atteint, il séjourna à Montréal et à la Grosse Île. Il laissa de côté la pratique de la médecine en 1849 pour rassembler et commander un corps de police à cheval afin de réprimer les émeutes provoquées par l’adoption, en avril, du projet de loi visant à indemniser les personnes qui avaient subi des pertes pendant la rébellion de 1837 [V. James Bruce*].

En 1852, Fortin fut nommé magistrat « stipendiaire » et on lui confia la tâche de protéger les pêcheries du golfe du Saint-Laurent ; il fut le premier à occuper ce poste, qu’il conserva jusqu’en 1867. Il devait rédiger des rapports annuels, empêcher les pêcheurs étrangers de se livrer à une pêche illégale, délivrer des permis de pêche, percevoir les droits et recueillir les données relatives aux prises et à la production de l’huile de poisson. Fortin dut également se rendre aux îles Saint-Pierre et Miquelon, ainsi que sur la côte française de Terre-Neuve, en vue de se renseigner sur les méthodes utilisées par les pêcheurs à ces endroits. Lors de son périple le long des côtes du Saint-Laurent à bord de son navire, la Canadienne, Fortin rédigea un volume comportant la description de 80 espèces d’animaux marins et de poissons vivant dans le golfe et il réunit une collection d’oiseaux ; il se proposait de faire don du volume et des spécimens à l’université Laval.

Fortin gagna l’affection des Gaspésiens par la sincérité et l’attention avec lesquelles il protégea les droits des pêcheurs contre les incursions des navires étrangers, et par ses pressions pour que l’on améliore leurs conditions de travail grâce à des mesures comme la construction de phares le long de la côte du golfe. Désireux de voir les Gaspésiens ne pas dépendre uniquement de la pêche, Fortin s’efforça de leur enseigner des techniques agricoles. Il tenta également d’installer une huîtrière dans le village de Gaspé en utilisant des huîtres importées, mais le projet n’eut pas de succès. En plus de s’acquitter des fonctions régulières de sa charge, il dispensait des soins médicaux gratuits aux habitants de Gaspé.

En 1867, John Le Boutillier*, député du comté de Gaspé à l’Assemblée législative, fut nommé conseiller législatif ; les conservateurs demandèrent alors à Fortin d’être candidat à la chambre des Communes et à l’Assemblée législative du Québec ; il remporta les deux élections. Nommé commissaire des Terres de la couronne par le gouvernement provincial de Gédéon Ouimet* en février 1873, il démissionna du Conseil exécutif en septembre 1874, avec les autres ministres, à la suite du scandale des Tanneries [V. Louis Archambeault]. Responsable des terres de la couronne, Fortin avait pris l’initiative d’établir des programmes de conservation et de protection contre les incendies pour préserver les forêts de la province. Réélu en 1875, il fut nommé orateur (président) de l’Assemblée. Il créa en 1876 la section marine de la bibliothèque de l’Assemblée législative, qui fut détruite par un incendie le 18 avril 1883. Il dut résigner ses fonctions d’orateur le 10 novembre 1876, quand Edmund James Flynn*, qui avait été son adversaire libéral aux élections, affirma que l’intervention du clergé avait contribué à sa victoire. Une enquête le disculpa, mais il avait déjà été remplacé par Louis Beaubien*.

En plus d’être député de Gaspé à la chambre des Communes, Fortin présidait un comité formé par cette assemblée pour s’occuper de navigation et de pêche. En 1868, il se rendit à l’exposition maritime tenue au Havre, en France, pour y étudier des moyens dé favoriser la pêche, et il envoya des comptes rendus de l’événement à la Minerve. Au cours de ce voyage, il visita également les phares électriques du cap de la Hève et du Havre, ainsi que les ports militaires et les chantiers maritimes de Cherbourg, en France, de Portsmouth, en Angleterre, et de Glasgow, en Écosse. Il quitta temporairement la politique fédérale au moment de l’abolition du double mandat en 1874, puis fut réélu à la chambre des Communes le 17 septembre 1878 ; il en demeura membre jusqu’au 15 janvier 1887. Le 12 mai 1887, il fut nommé représentant de la division de Kennebec au sénat mais sa santé déclinait et il mourut l’année suivante.

Fortin avait à son crédit des réalisations importantes : la construction en 1872 du chemin de fer de la baie des Chaleurs et d’un télégraphe qui améliorèrent les communications entre les comtés de Gaspé et de Bonaventure et le reste de la province ; l’érection de phares le long de la côte du golfe ; la création d’écoles de navigation et la mise en place d’un service postal dans la vaste région de Gaspé. Il s’opposa fermement à l’adoption du traité de réciprocité, car, estimait-il, les États-Unis allaient bénéficier de cet accord au détriment du Canada. Il s’efforça aussi de réduire les privilèges des pêcheurs de Terre-Neuve, qui faisaient payer des droits de phare à leurs homologues canadiens lorsqu’ils se rendaient à l’île ou la quittaient, alors qu’eux-mêmes étaient exemptés des lois rigides concernant l’inspection du hareng auxquelles les pêcheurs du Canada étaient assujettis. Les tentatives énergiques de Fortin pour améliorer le sort des pêcheurs marquèrent le début d’un effort sérieux et concerté en vue de protéger les droits de pêche canadiens.

Fortin mit sur pied la Société de géographie de Québec, qui fut constituée juridiquement le 9 avril 1879 afin de diffuser le goût de la géographie partout dans la province de Québec et au Canada, et de faire connaître aux étrangers les ressources économiques du pays. Il fut le premier président de cette société. Il s’adonnait à de nombreuses activités culturelles ; on l’appréciait entre autres comme musicien, artiste et chanteur.

Irene Bilas

AP, La Nativité-de-la-Très-Sainte-Vierge (La Prairie), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 1er févr. 1877, 19 juin 1888 ; Saint-François-Xavier (Verchères), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 14 déc. 1823.— « Parl. Debates », 1867–1874.— Le Courrier du Canada, 1869–1871, 16 juin 1888.— L’Électeur (Québec), 16 juin 1888.— La Minerve, 29 déc. 1865, 1867–1868, 1872–1873, 16 juin 1888.— Le Monde (Montréal), 18 juin 1888.— Montreal Daily Star, 16 juin 1888.— L’Opinion publique, 23 déc. 1875.— Achintre, Manuel électorat.— Canadian directory of parl. (J. K. Johnson), 211.— CPC, 1867, 1872–1879.— I. Desjardins, Guide parl.— Wallace, Macmillan dict.— Damase Potvin, Les oubliés ; le commandant Pierre Fortin [...] (Québec, [1943]) ; Le roi du golfe : le Dr P.-É. Fortin ancien commandant de la « Canadienne » (Québec, s.d.).— Philippe Constant [J.-J. Lefebvre], « Le sénateur Pierre Fortin (1823–1888), son ascendance – ses alliés », BRH, 68 (1966) : 87–96.— « Les disparus », BRH, 35 (1929) : 252.— [N.-H.-É.] Faucher de Saint-Maurice, « Louis-Zéphirin Joncas, député de Gaspé », Rev. d’hist. de la Gaspésie (Gaspé, Québec), 6 (1968) : 58–68.— « L’honorable Pierre Fortin, fondateur de la Société de géographie de Québec », Soc. de géographie de Québec, Bull. (Québec), 4 (1910) : 347–350.— Michel LeMoignan, « Les députés de la Gaspésie », Rev. d’hist. de la Gaspésie, 1 (1963) : 139–143.— Firmin Létourneau, « L’histoire d’un Gaspésien », Rev. d’hist. de la Gaspésie, 5 (1967) : 67–86. G.-E. Marquis, « La Société de géographie de Québec », La Rev. de l’univ. Laval (Québec), 2 (1947–1948) : 67–77.

Bibliographie générale

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Irene Bilas, « FORTIN, PIERRE-ÉTIENNE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/fortin_pierre_etienne_11F.html.

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Auteur de l'article:   Irene Bilas
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   1 août 2014