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FOTHERGILL, CHARLES, naturaliste, peintre, écrivain, homme d’affaires, fonctionnaire, juge de paix, imprimeur, journaliste et homme politique, né le 23 mai 1782 à York, Angleterre, fils de John Fothergill et de Mary Anne Forbes ; en décembre 1811, il épousa Charlotte Nevins, et ils eurent au moins trois fils, puis le 19 mars 1825, à Port Hope, Haut-Canada, Eliza Richardson, et de ce mariage naquirent au moins quatre fils et deux filles ; décédé le 22 mai 1840 à Toronto.

Le père de Charles Fothergill, fabricant de brosses et de peignes en ivoire, appartenait à une illustre famille quaker qui habitait depuis longtemps les basses terres du Yorkshire et prétendait descendre de l’un des généraux de Guillaume le Conquérant. Parmi les proches parents de Fothergill, les plus éminents étaient son oncle James Forbes, auteur de Oriental memoirs, et deux de ses grands-oncles, le docteur John Fothergill, naturaliste et philanthrope, et Samuel Fothergill, ministre quaker. Charles apprit le métier de son père mais, comme les mœurs du milieu des affaires le rebutaient, il se tourna vers les sciences et les arts. Captivé par l’histoire naturelle depuis son enfance, il publia dès l’âge de 17 ans Ornithologia Britannica [...], in-folio de 11 pages qui présentait la classification de 301 espèces d’oiseaux de la Grande-Bretagne. The wanderer [...], sa publication suivante, était plutôt un mélange de contes, d’essais et de poèmes ; caractéristique du sentimentalisme facile qui avait cours à l’époque, cet ouvrage cherchait à montrer la supériorité de la vertu sur le vice.

Prodigue, le jeune Fothergill fut bientôt criblé de dettes. En 1804, il descendit à Londres dans l’espoir de faire fortune au théâtre, mais il abandonna ce dessein lorsqu’il découvrit que le métier d’acteur n’offrait aucune sécurité et qu’il lui faudrait demeurer longtemps dans l’ombre de comédiens plus anciens mais, à ses yeux, moins talentueux que lui. Il tenta aussi, mais en vain, d’obtenir une commission dans la marine royale. Pendant son séjour dans la capitale, il se mêla à des adeptes des sports « à la mode » (dont les grands boxeurs professionnels James et Thomas Belcher) et mit en chantier divers ouvrages, principalement « Natural and civil history of Yorkshire ». Il passa une bonne partie de l’année 1805 dans le nord du Yorkshire à faire de la recherche sur le terrain pour ce volume puis, de mai à novembre 1806, il sillonna les Orcades et les Shetland en vue d’un livre qu’il voulait intituler « The northern isles of Britain ». En 1812, plusieurs graveurs de renom, dont Thomas Bewick, Samuel Howitt et John Thurston, travaillaient pour lui à la confection des planches qui illustreraient ces ouvrages ainsi qu’une vaste étude sur la faune (ailée surtout) de la Grande-Bretagne ; cependant, il ne réussit à publier que An essay on the philosophy, study, and use of natural history, paru en 1813, qu’il considérait en partie comme un moyen d’annoncer les importants traités à venir. De 1807 à 1812, il habita plusieurs endroits voisins d’York ou de Leeds et dilapida son patrimoine en élevant des chevaux de course.

En 1811, Fothergill épousa Charlotte Nevins au terme d’une cour ardente qui réussit en dépit (ou peut-être en raison) du fait que le père de celle-ci, quaker et fabricant de lainages des environs de Leeds, lui reprochait d’être « frivole et romantique ». Fothergill prétendait s’être corrigé de sa prodigalité, mais il était constamment affligé de difficultés financières qui découlaient soit de ses projets littéraires ou de désastreuses transactions liées surtout à son écurie. En 1813, il entreprit des études de médecine à Édimbourg, mais il dut s’enfuir à l’île de Man afin d’éviter l’arrestation pour dettes. À cet endroit, après une dernière tentative pour publier « The northern isles of Britain », il se tourna vers l’agriculture, mais perdit aussitôt l’argent qu’il y avait investi (grâce à des emprunts soutirés à des parents) à cause de l’effondrement des marchés agricoles qui survint à la fin des guerres napoléoniennes.

Fothergill songeait depuis longtemps à émigrer ; il avait d’abord pensé se rendre à la Jamaïque, où l’un de ses oncles était planteur, puis dans la colonie du Cap (Afrique du Sud) ou encore en Pennsylvanie, où son beau-père possédait de grands domaines. Il choisit finalement le Haut-Canada ; il y arriva en février 1817. Il se présenta au lieutenant-gouverneur, Francis Gore*, comme le précurseur d’une colonie de gentlemen anglais et obtint qu’on leur réserve une partie du canton de Monaghan et qu’on lui concède personnellement 1 200 acres de terre au bord du lac Rice. Il s’installa à Smith’s Creek (Port Hope), qu’il considérait comme la porte naturelle de la région du lac Rice sur les Grands Lacs. Il ouvrit un magasin et acheta beaucoup de biens immobiliers car il avait l’intention de donner au port une vocation commerciale. Il se lia d’amitié avec les Sauteux du lac Rice et aida d’humbles colons des nouveaux cantons de Cavan, d’Emily et de Monaghan. Bientôt, il joua un rôle de premier plan dans le district de Newcastle : il devint le premier maître de poste de Port Hope en 1817, puis juge de paix en 1818 et entra au conseil des terres du district en 1819. Le nouveau lieutenant-gouverneur, sir Peregrine Maitland*, le remercia personnellement en 1818, parce qu’il avait su affronter avec succès Robert Gourlay* au cours d’une assemblée publique à Amherst (Cobourg).

Dès 1820, Fothergill possédait une brasserie et une distillerie à Port Hope de même qu’une scierie et un moulin à farine à l’endroit où se trouve aujourd’hui Peterborough. Malheureusement, comme à son habitude, il avait vu trop grand. Son magasin fit faillite, ses propriétés furent saisies et il quitta Port Hope pour se réfugier dans son domaine près de Monaghan, où sa « colonie de gentlemen » n’avait jamais vu le jour. Aussi fut-il heureux d’apprendre à la fin de 1821 qu’il serait imprimeur du roi à compter du ler, janvier suivant, et il alla s’installer à York (Toronto). Enfin, dans sa quarantième année, Fothergill voyait se réaliser deux vieux désirs : il avait une presse typographique et un revenu stable.

Fothergill montra dans le métier d’imprimeur son penchant pour les projets d’envergure. Son prédécesseur, Robert Charles Horne, publiait avec le compte rendu officiel des débats de la province, l’Upper Canada Gazette, un supplément non officiel, le York Weekly Post, ainsi qu’un almanach. Sous la gouverne de Fothergill, le supplément (rebaptisé Weekly Register à compter du 18 avril 1822) et l’almanach prirent de l’ampleur, ce qui offrait un exutoire à ses énergies d’écrivain. Son projet le plus ambitieux, un volumineux condensé annuel d’informations politiques, agricoles, scientifiques et culturelles qui devait s’appeler « Canadian annual register », ne se réalisa pas. Malgré tout, lorsqu’il cessa d’être imprimeur du roi en janvier 1826, un collègue, le journaliste Francis Collins*, vanta le goût et le talent « très supérieur » dont il avait fait preuve à titre d’imprimeur et d’auteur.

Néanmoins, pendant son mandat, des malheurs tant personnels que professionnels avaient accablé Fothergill. Il n’en était pas toujours la cause : de mai à novembre 1822, pendant que sa femme se mourait de la tuberculose, il souffrit lui-même d’une longue maladie et son dernier-né périt d’une méningite fort douloureuse. Mais dans d’autres cas, notamment lorsqu’il se mêla au scandale du « Spanish Freeholder », c’est lui qui courut au-devant des ennuis.

Dans le Weekly Register du 7 octobre 1824, Fothergill fit l’éloge enthousiaste d’une lettre qu’il avait reçue et qu’il disait s’intituler « A freeholder’s letter to pawkie », mais il ne voulait pas la publier car il craignait qu’elle ne soit diffamatoire. Une semaine plus tard, William Lyon Mackenzie* fit paraître dans le Colonial Advocate, sous la forme d’une lettre adressée en 1718 au « lord juge en chef Van Pawkie, de La Haye », par quelqu’un qui signait A Spanish Freeholder, un écrit choquant et diffamatoire à l’endroit du juge en chef du Haut-Canada, William Dummer Powell*. Mackenzie prétendait que cette lettre était celle que Fothergill avait vantée. Powell, depuis des années à couteaux tirés avec le lieutenant-gouverneur Maitland, se plaignit à celui-ci que Fothergill avait fait un commentaire favorable sur l’écrit diffamatoire, mais Fothergill nia avec véhémence que la lettre de l’Advocate soit celle dont il avait parlé. Comme Fothergill avait fait une dénégation publique, Maitland ne lui demanda pas de produire la lettre, mais il ne le crut peut-être pas pour autant et son mécontentement envers lui dut s’accroître en raison de la nouvelle dispute avec Powell que cette bévue avait provoquée.

Toutefois, à l’époque où Fothergill fut imprimeur, ce sont des questions financières qui lui causèrent le plus de tracas. En raison de son extravagance et de son inefficacité, il dut demander plus d’une fois une avance au gouvernement. Malgré une concurrence de plus en plus serrée, il demandait de forts prix, ce qui lui faisait perdre beaucoup de marchés gouvernementaux et compliquait la perception des comptes. Ses difficultés atteignirent leur paroxysme lorsqu’il présenta la facture de l’impression des lois provinciales de 1824. Ce travail avait été exécuté jusqu’en 1823 contre un forfait de £80, inférieur depuis plusieurs années au coût d’exécution. En 1824, Fothergill convainquit le Parlement de payer l’impression à la page, et ce à un tarif supérieur de 40 % à celui qui était autorisé dans la liste officielle des prix. Il imprima ensuite les lois adoptées pendant cette session en caractères très gras et dans une mise en pages très aérée, de sorte qu’il fallut près de deux fois plus de pages que selon l’ancienne présentation et que sa facture grimpa à £882. Le gouvernement acquitta la somme parce que Fothergill se disait au bord de la ruine, mais il décida plus tard de lui réclamer £367 10s. En novembre 1825, Fothergill dut signer pour cette somme une reconnaissance de dette acquittable sur demande.

Maitland démit Fothergill de ses fonctions deux mois plus tard, non à cause de cet incident, mais pour des raisons politiques. Depuis le début des années 1820, Fothergill avait opéré un revirement spectaculaire. Aux élections générales de 1820, il était intervenu dans la circonscription de Durham en mobilisant en faveur de George Strange Boulton*, frère du solliciteur général Henry John Boulton*, les colons, en majorité irlandais, des nouveaux cantons de l’arrière-pays. Il espérait faire battre celui qui allait finalement remporter la victoire, Samuel Street Wilmot, candidat favori des « Yankees » des cantons riverains et associé de l’arpenteur général Thomas Ridout*. Dans le Weekly Register, Fothergill louangea le lieutenant-gouverneur, défendit son gouvernement et proclama que le Haut-Canada était une terre d’avenir. Par contre, en 1824, il se présenta contre Wilmot et Boulton et mena une campagne où il dénonça la stagnation économique du Haut-Canada, qualifia les avocats de parasites et clama ce slogan : « agriculture et travaux publics, sans l’aide de ceux qui mangent plus qu’ils ne gagnent ». Fothergill récolta beaucoup de voix « yankees », surtout après que Wilmot eut abandonné la course, et arriva ex æquo avec Boulton. Le directeur du scrutin annula trois de ses votes et déclara Boulton élu, mais la chambre d’Assemblée ordonna la tenue d’une nouvelle élection où Fothergill écrasa Wilmot, qui s’était présenté avec le soutien de Boulton.

Pendant la session de 1825–1826, Fothergill s’imposa comme l’un des grands porte-parole de l’opposition parlementaire. Il organisa une offensive contre la politique agraire du gouvernement, présida un comité plénier sur l’état de la province que Maitland qualifiait de « comité des griefs » et adopta notamment des résolutions sur la question des non-naturalisés, l’immigration, les postes et l’indépendance du pouvoir judiciaire. C’est pour cette raison que, sans préavis, on le releva de ses fonctions d’imprimeur du roi le 5 janvier 1826, mais non, comme on l’a dit, de ses fonctions de maître de poste de Port Hope, qu’il avait abandonnées six ans plus tôt. Son renvoi causa tout un émoi et on organisa une souscription publique en sa faveur. Il retourna alors vivre dans le voisinage de Port Hope.

De 1825 à 1828, les discours et les interventions de Fothergill à l’Assemblée figurèrent en bonne place dans le Colonial Advocate, et on le reconnut comme l’un des principaux membres de l’opposition. En 1827, c’est d’abord lui qu’on choisit, avec John Rolph*, pour entreprendre la mission de protestation contre le Naturalization Bill qui devait finalement incomber à Robert Randal*. Pourtant, même si Fothergill et les autres leaders réformistes s’opposaient tous au gouvernement provincial, leurs principes politiques étaient loin d’être identiques. Fothergill vouait en effet un culte à la constitution « mixte » de la Grande-Bretagne du xviiie siècle et souhaitait que le Haut-Canada devienne une vice-royauté dotée d’un Parlement qui aurait le droit de mettre en accusation les conseillers provinciaux de la couronne pour malversation ou dérogation à la constitution. Ces opinions l’éloignaient des réformistes qui, eux, favorisaient la souveraineté populaire, qu’elle se concrétise dans des institutions politiques de type américain ou britannique. De plus, par ses pressions persistantes en faveur de l’annexion de Montréal, Fothergill se coupait du reste de l’opposition haut-canadienne, de plus en plus consciente des susceptibilités canadiennes-françaises. En mars 1829, comme il voyait fondre son capital et qu’il craignait constamment que le gouvernement n’exige le paiement de sa reconnaissance de dette, Fothergill écrivit au nouveau lieutenant-gouverneur, sir John Colborne*, et au procureur général, John Beverley Robinson*, dans l’espoir d’obtenir des subsides pour un journal pro-gouvernemental qu’il souhaitait fonder à Port Hope. On refusa sa demande et le journal ne vit jamais le jour.

Fothergill ne fut pas réélu à l’Assemblée en 1830. En 1831 ou 1832, il s’établit dans le canton de Pickering, où vivait la famille de sa deuxième femme, Eliza Richardson, fille d’un fermier quaker irlandais. Il investit alors le reste de sa fortune dans la construction de moulins et la fondation d’une ville qui devait s’appeler Monadelphia et s’élever à l’endroit où se trouve maintenant Pickering. Encore une fois, il avait montré trop d’ambition et le malheur le frappa : en 1834, à peine ses moulins étaient-ils achevés qu’un incendie les détruisit. Fothergill attribua ce désastre à la rancune d’un braconnier qu’il avait sévèrement puni, à titre de juge de paix, dans l’espoir de contribuer à préserver la pêche au saumon dans le lac Ontario. Aux élections générales de 1834, il se présenta sous l’étiquette de « réformiste conservateur » dans la circonscription de 3rd York, mais un partisan de Mackenzie, Thomas David Morrison*, le battit à plate couture.

Les idéaux que poursuivit Fothergill au cours de sa vie dans le Haut-Canada dénotent chez cet érudit un sens civique réel. Naturaliste infatigable, il espérait toujours publier sous une forme quelconque un ouvrage sur la faune de l’Empire britannique, mais son rêve ne se concrétisa pas. Il termina tout de même deux manuscrits de valeur pour l’époque : « An essay descriptive of the quadrupeds of British North America [...] », qui lui valut la médaille d’argent de la Société d’histoire naturelle de Montréal en 1830, et un exposé sur les dangers qui menaçaient la pêche au saumon du lac Ontario, lu à la Société littéraire et historique de Québec en 1835. Soucieux de promouvoir la culture, il se joignit en 1831 à William Rees* et à William Dunlop pour fonder à York la Literary and Philosophical Society of Upper Canada. À sa grande indignation, John Strachan* et John Beverley Robinson méprisèrent d’abord cet organisme éphémère pour s’en emparer par la suite.

En 1835, Fothergill lança un projet tout aussi grandiose que la fondation du King’s College : pendant deux ans, d’abord en collaboration avec Rees puis tout seul, il travailla à la mise sur pied d’un « lycée d’histoire naturelle et des beaux-arts » qui aurait regroupé un musée, une galerie d’art, un jardin botanique et un zoo. Il investit dans cette entreprise une bonne part de l’argent qui lui restait, mais ses demandes de subvention dépassaient ce que le gouvernement ou l’Assemblée étaient prêts à offrir. Au cours des dernières années de sa vie, il tenta d’organiser pour la population de Toronto une exposition des milliers de spécimens d’histoire naturelle qu’il avait recueillis pour ce lycée, mais rien n’indique qu’il y parvint.

Finalement, Fothergill retourna au journalisme et à la politique. À l’automne de 1837, il liquida la plupart de ses propriétés de Pickering et acheta deux journaux torontois, le Courier of Upper Canada de George Gurnett* et le Correspondent and Advocate de William John O’Grady, qu’il fusionna sous le nom de Palladium of British America and Upper Canada Mercantile Advertiser. Le propriétaire officiel était son fils, Charles Forbes Fothergill. Le premier numéro parut à peine deux semaines après la rébellion du Haut-Canada, et Fothergill fit valoir de prime abord que cette calamité était due principalement à la domination que le family compact, au mépris de la constitution, exerçait sur le gouvernement de la province. Le Palladium avait une présentation attrayante et fut pendant plusieurs mois le plus grand journal de la province et le plus audacieux porte-parole de l’opposition à Toronto, mais selon Samuel Thompson*, embauché en 1838 pour le gérer, Fothergill s’en désintéressa longtemps avant qu’il ne cesse de paraître, un peu après mai 1839. Moins d’un an plus tard, Fothergill mourait sans ressources. Un mois après sa mort, un incendie supprima nombre de ses papiers et la plupart de ses spécimens.

La carrière de Fothergill fut une suite ininterrompue d’échecs dont il se révéla en grande partie responsable. Doté d’une vaste culture générale et d’une solide érudition, il sut mal en tirer parti car il embrassa des projets bien trop ambitieux pour ses moyens financiers, sinon intellectuels. En Grande-Bretagne, il se lamenta de ne pas trouver de protection et, dans le Haut-Canada, il trouva humiliant de se voir refuser de hautes fonctions par une clique de fonctionnaires qui, à son avis, lui étaient inférieurs de par leur naissance et leur éducation. Cependant, ni dans la métropole ni dans la colonie, il n’adopta de plan rationnel pour obtenir par ses propres moyens la richesse et les loisirs dont il aurait eu besoin pour ses travaux et, dans le Haut-Canada, il gâcha la seule fonction qu’il ait obtenue par faveur gouvernementale. Son penchant autodestructeur pour le risque provenait probablement d’une névrose obsessionnelle semblable à celle du joueur compulsif.

Fothergill écrivait souvent dans un style ampoulé et verbeux, mais lorsque son sujet le passionnait il savait être convaincant et direct. Il avait également des dons d’orateur, mais il lui manquait l’aplomb nécessaire pour s’imposer dans les comités ou les caucus et pour persuader des hommes pratiques de parrainer ses projets. On estime aujourd’hui que sa principale contribution législative – une loi favorisant la formation de sociétés d’agriculture – contribua peu au développement agricole de la province. On peut déplorer que la société haut-canadienne, démesurément matérialiste, lui ait été aussi peu favorable, mais lui-même avait une tendance funeste à négliger les réalités environnantes. Les quelques paysages ontariens à l’aquarelle qui subsistent de sa main sont tous très idéalisés. Néanmoins, de 1824 à 1830, Fothergill fut l’un des grands personnages de la scène politique. Il fut alors dans la province le grand champion du « réformisme conservateur » et, à une époque où bien des gens confondaient encore activité « partisane » et déloyauté, sa distinction et sa respectabilité servirent le jeune mouvement réformiste.

Il reste que ce n’est pas comme homme politique, mais comme observateur et descripteur de la nature que Charles Fothergill excella. D’après R. Delamere Black, ses descriptions d’animaux sont « renversantes » de minutie et d’exactitude. Quant à ses études à l’aquarelle, elles présentent à la fois ces qualités et la « liberté d’élan » qui, selon Fothergill lui-même, caractérisait les meilleures peintures d’oiseaux. « En tant que naturaliste et dessinateur d’animaux, a dit James Little Baillie, il se rangeait parmi les meilleurs de son époque. » Si Fothergill avait réussi à publier son œuvre, il aurait peut-être acquis une part de la notoriété de Thomas Bewick ou de John James Audubon. Il ressentit d’ailleurs comme une ironie amère, peu avant sa mort, d’être invité à s’engager dans une correspondance scientifique par Audubon, qui avait réussi là où lui-même avait échoué.

Paul Romney

Les papiers de Charles Fothergill conservés à la UTFL (ms coll. 140) comprennent divers cahiers de notes, registres de lettres, journaux, brouillons de manuscrits et un peu de correspondance. Ils comprennent également un brouillon partiel de l’ouvrage qu’il projeta d’écrire sur les îles Orcades et les îles Shetland de même que son journal personnel sur sa vie à Londres en 1804–1805. Ses cahiers de notes contiennent tout ce qui existe encore relativement à ses travaux sur le terrain. Les volumes 20, 22, 25 et 28 concernent le Canada et constituent le sujet de « Charles Fothergill’s notes on the natural history of eastern Canada, 1816–1837 », R. D. Black, édit., Royal Canadian Institute, Trans. (Toronto), 20 (1934–1935) : 141–168. Les volumes 12, 26, 31 et 32 concernent la Grande-Bretagne ; les deux derniers, insérés dans Thomas Bewick, History of British birds [...] ([2e éd.], 2 vol., Newcastle, Angl., et Londres, [1798]–1805), sont intéressants par les ornements que Fothergill y a peints à l’aquarelle sur certaines planches. Le volume 3 est incomplet et contient des aquarelles et des esquisses, notamment quelques dessins exquis représentant des oiseaux. Le volume 21 est constitué par le journal qu’il tint au cours de son voyage en traîneau de Montréal à York (Toronto) en 1817. Les volumes 9–11a furent publiés sous le titre de The diary of Charles Fothergill, 1805 : an itinerary to York, Flamborough and the north-western dales of Yorkshire, Paul Romney, édit. (Leeds, Angl., 1984). Le manuscrit de Fothergill intitulé « An essay descriptive of the quadrupeds of British North America [...] » (1830) est déposé aux McGill Univ. Libraries, Blacker-Wood Library.

On connaît de Fothergill quatre aquarelles qui représentent des paysages du Haut-Canada. Les trois qui se trouvent au Royal Ont. Museum, Sigmund Samuel Canadiana Building (Toronto), sont reproduites dans Mary Allodi, Canadian watercolours and drawings in the Royal Ontario Museum (2 vol., Toronto, 1974) ; la quatrième, qui représente Port Hope en 1819, appartient à la famille. La Sigmund Samuel collection contient aussi un portrait de Fothergill, peint vers 1834 par Grove Sheldon Gilbert. Les principales publications de Fothergill sont : Ornithologia Britannica : or, a list of all the British birds ; in Latin and English [...] (York, Angl., 1799) ; The wanderer ; or, a collection of original tales and essays, founded upon facts, illustrating the virtues and vices of the present age [...] (2 vol., Londres, 1803) ; An essay on the philosophy, study, and use of natural history (Londres, 1813) ; York almanac, 1823–1826 ; et Toronto almanac, 1839. De plus, il publia les journaux suivants : Upper Canada Gazette, 1822–janv. 1826 (incluant le Weekly Register du 18 avril 1822 jusqu’au 29 déc. 1825 au moins) ; et Palladium of British America and Upper Canada Mercantile Advertiser (Toronto), 20 déc. 1837–mai 1839. Il a aussi édité et annoté l’ouvrage de W. L. Mackenzie, Mackenzie’s own narrative of the late rebellion [...] (Toronto, 1838).

Les sources les plus importantes sont aux APC, RG 1, E3 ; RG 5, A1 ; et RG 7, G16C. Les papiers de James Little Baillie à la UTFL (ms coll. 126, boxes 38–38a) contiennent la biographie manuscrite de même que les différentes recherches que Baillie a faites sur Fothergill. Les principales études sont : Paul Romney, « A man out of place : the life of Charles Fothergill ; naturalist, businessman, journalist, politician, 1782–1840 » (thèse de {{ph.d.,}} Univ. of Toronto, 1981) ; « A conservative reformer in Upper Canada : Charles Fothergill, responsible government and the « British Party », 1824–1840 », SHC Communications hist., 1984 : 42–62 ; et « The Spanish freeholder imbroglio of 1824: inter-elite and intra-elite rivalry in Upper Canada », OH, 76 (1984) : 32–47 ; et J. L. Baillie, « Charles Fothergill, 1782–1840 », CHR, 25 (1944) : 376–396. On trouve des renseignements sur les antécédents familiaux de Fothergill dans : John Fothergill, Chain of friendship : selected letters of Dr. John Fothergill of London, 1735–1780, B. C. Corner et C. C. Booth, édit. (Cambridge, Mass., 1971) ; R. H. Fox, DrJohn Fothergill and his friends ; chapters in eighteenth century life (Londres, 1919) ; et Bernard Thistlethwaite, The Thistlethwaite family ; a study in genealogy (Londres, 1910).

Bibliographie générale

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Paul Romney, « FOTHERGILL, CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/fothergill_charles_7F.html.

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Auteur de l'article:   Paul Romney
Titre de l'article:   FOTHERGILL, CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   23 octobre 2014