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GALE, SAMUEL, arpenteur, agent chargé des réclamations foncières, fonctionnaire et notaire, né le 14 octobre 1747 à Kimpton, Hampshire, Angleterre ; décédé le 27 juin 1826 à Farnham, Bas-Canada.

Samuel Gale vint en Amérique vers 1770, apparemment à titre d’officier payeur de l’armée britannique. Ayant reçu une solide instruction et une formation en arpentage, il décrocha en 1772 le poste lucratif d’arpenteur général adjoint de New York. La même année, il annonça dans un prospectus qu’il préparait un ouvrage, « The complete surveyor », mais il semble que celui-ci ne fut jamais publié. Le 25 juin 1773, il épousa Rébecca Wells, fille aînée de Samuel Wells, de Brattleboro (Vermont). À la même époque, il commença à arpenter des concessions foncières litigieuses dans le New Hampshire pour le compte de spéculateurs new-yorkais ; parmi eux se trouvait ertainement William Smith*, attorney et homme politique important dont Wells était l’agent foncier. En mars 1774, Gale fut nommé greffier de la Cour inférieure des plaids communs du comté de Cumberland (comté de Windham, Vermont), où son beau-père était juge.

Gale était bien placé pour bénéficier de la spéculation sur les terres longeant la frontière des colonies de New York et du New Hampshire, mais ses espoirs de faire fortune s’envolèrent d’un coup à l’approche de la révolution, en 1775. On prétendit que le 13 mars, à Westminster (Vermont), il avait enflammé les esprits lors d’une rixe au cours de laquelle deux hommes participant à l’occupation du palais de justice du comté de Cumberland avaient été tués. Pendant trois semaines, les whigs de l’endroit lui interdirent tout déplacement. Après s’être installé avec sa famille à l’île Long, dans la colonie de New York, il fut appréhendé le printemps suivant par les soldats rebelles et demeura incarcéré plus de deux mois dans le Connecticut, sans que la moindre accusation ait été portée contre lui. Relâché sur l’ordre du Congrès provincial de New York, il fut nommé caissier du trésorier-payeur général adjoint de l’armée britannique. En 1780, il devint officier payeur itinérant en Virginie, dans les Carolines et en Floride, et son travail fut hautement apprécié.

Après la guerre, pendant qu’il se trouvait à Londres, Gale réclama une pension pour perte de revenu professionnel ; sa position, cependant, était affaiblie du fait qu’il n’avait pas servi en qualité de militaire. Il en allait de même de sa propriété qui, bien que confisquée, n’avait pas été vendue, ce qui l’empêchait d’en prouver la perte définitive. Gale tenta d’étayer sa réclamation en publiant en 1784 An essay on the nature and principles of public credit, traité compliqué sur les moyens d’éteindre peu à peu la dette britannique ; l’ouvrage fut suivi de deux autres volumes sur le même sujet qui parurent la même année et d’un quatrième en 1787. Il reçut temporairement une petite pension de £40 en 1785, qui fut apparemment portée à £100 vers 1788.

En 1791, Gale se rendit à Québec sur l’invitation de William Smith, qui était alors juge en chef du Bas-Canada. Dès son arrivée, il devint le principal assistant de l’arpenteur général Samuel Johannes Holland*. En mettant de l’ordre dans les documents fonciers de la province, il rendit possible, en 1795, la publication d’une carte dont Jean-Baptiste Duberger avait fait l’ébauche sous sa supervision et qui illustrait les concessions accordées pendant et après le Régime français, ainsi que les limites des cantons où les levés étaient terminés. Toutefois, cette année-là, lord Dorchester [Carleton*] n’ayant pas appuyé la recommandation du Conseil exécutif d’augmenter légèrement les maigres appointements de 5s par jour de Gale, celui-ci, plein d’amertume, démissionnA. Le successeur de Smith, William Osgoode, affirma que Gale avait été « l’arpenteur le plus compétent et peut-être le fonctionnaire le plus diligent que le gouvernement ait jamais eu ».

Gale se mit résolument à défendre les revendications de ceux qui avaient reçu des autorisations d’arpentage après l’ouverture officielle des cantons à la colonisation, en 1792. Sous la présidence de Smith, le comité des terres du Conseil exécutif accorda quelque 173 autorisations de ce genre, la plupart à des Américains. Affirmant que l’installation rapide de colons venus des États-Unis était le plus sûr moyen de réparer la « rupture » qu’avait connue l’Empire, Smith persuada le comité d’accepter pour la concession des terres une version modifiée du système américain des chefs et associés. Dans le Bas-Canada, il fonctionnerait de la manière suivante : un groupe de requérants pourrait recevoir jusqu’à un canton entier et chacun des associés, à titre de participation aux frais d’arpentage des lots, d’aménagement des routes et de construction des moulins par exemple, dédommagerait le chef du groupe, généralement en lui transférant 1000 acres d’une concession qui ne pouvait en compter plus de 1 200. On escomptait qu’ainsi les chefs constitueraient peu à peu une aristocratie terrienne. Nombre de conseillers reprochèrent à Smith de concéder les terres de telle façon qu’il favorisait ses amis, Gale et les Wells par exemple, et encourageait l’union avec les États-Unis. De son côté, Gale tenta d’accélérer le processus de concession en dessinant des « levés de bureau » au lieu d’attendre que les limites aient été vérifiées sur le terrain. Cependant, les retards bureaucratiques et la mort de Smith en 1793 mirent graduellement fin au processus d’octroi de terres aux requérants originaux.

En 1794, sous la présidence de Hugh Finlay*, le comité des terres autorisa de nouvelles demandes de concessions foncières dans les cantons, y compris les terres pour lesquelles une autorisation d’arpentage avait déjà été accordée. Il alléguait que les premiers bénéficiaires des autorisations étaient de simples spéculateurs et que, ces autorisations étant arrivées à échéance, le gouvernement était libre de concéder les cantons à de nouveaux requérants ; ceux-ci étaient principalement des fonctionnaires de Québec et leurs alliés, des marchands. Gale laissa entendre que « quelque mobile secret » animait les conseillers, et il apparut en effet, plus tard, que Finlay avait conspiré en vue de reprendre des cantons que les ayants droit américains avaient commencé à mettre en valeur. Gale signala que la réouverture des terres à de nouveaux requérants risquait de provoquer des désordres dans les cantons frontaliers, mais Finlay lui rétorqua que les colons américains, « en raison de leurs principes pernicieux », ne devraient pas être autorisés à s’établir dans la province. Le conseil lui-même éleva des obstacles qui découragèrent jusqu’aux plus loyaux et diligents des ayants droit originaux. Cependant, au printemps de 1796, Gale devint secrétaire particulier du successeur de Dorchester, Robert Prescott*, qu’il sut bientôt gagner à la cause de ses clients. Deux ans plus tard, sur la recommandation de Prescott, le duc de Portland, qui était secrétaire d’État à l’Intérieur, expédia de nouveaux règlements autorisant à concéder des terres aux ayants droit originaux sur la base des investissements qu’ils avaient faits pour encourager la colonisation et des progrès qu’ils avaient réalisés dans ce domaine. Certains fonctionnaires de Québec protestèrent, et un conflit éclata publiquement entre le Conseil exécutif et Prescott. Le critique le plus acerbe du gouverneur était Osgoode, qui ne voyait plus du tout Gale du même oeil : l’ homme des bois » était qualifié de « tripoteur de terres » et de « spéculateur foncier déçu » qui se démenait pour soulever les « Liberty Boys du Vermont ».

Au moment du rappel de Prescott en 1799, Gale l’accompagna en Angleterre, où il resta près de trois ans à faire pression dans les coulisses en faveur des ayants droit originaux de dix cantons, dont Gilbert Hyatt et John Savage. Le 5 février 1800, il présenta une longue pétition exposant les progrès qu’ils avaient accomplis dans le domaine de la colonisation. Constatant qu’elle demeurait lettre morte, il en fit imprimer à l’automne une version abrégée qu’il remit à chacun des membres du Conseil privé. Il y soulignait que, parmi les centaines de loyalistes qui avaient reçu avant 1791 des arrêtés en conseil leur promettant une terre, seuls 10 ou 12 avaient obtenu des titres de propriété. En outre, il laissait de nouveau entendre que les conseillers exécutifs avaient eu des motifs intéressés d’écarter les requérants de 1792 qui avaient fait de bonne foi de gros investissements. Finalement, au printemps de 1802, la pétition de Gale fut rejetée ; toutefois, le Conseil privé admettait qu’on devait délivrer des titres aux colons dont les certificats d’occupation dataient d’avant 1791. La mission de Gale n’avait guère donné de résultats, mais sa présence à Londres poussa peut-être le Conseil exécutif à adopter à l’endroit de ses clients une attitude plus généreuse. Gale avait probablement dû acquitter lui-même la plus grande part de ses frais de séjour, mais ses clients lui avaient promis une commission de 5 % sur tout ce qui leur serait concédé, et sans doute recueillit-il cette somme.

Par l’entremise de Prescott, Samuel Gale avait reçu en 1798, avec sept de ses beaux-frères et deux de ses neveux, un total de 9 600 acres dans le canton de Farnham. Même si ce canton avait été réservé à des particuliers loyalistes, la concession de la famille Gale-Wells s’était organisée selon le système des chefs et associés, à cette différence près que les associés ne transféraient pas le gros de leurs lots à Gale. Plusieurs parents par alliance, dont Micah Townsend, premier secrétaire d’État du Vermont, finirent par le rejoindre à Farnham. Tout en vivant dans une obscurité confortable, Gale joua au gentilhomme campagnard dans son domaine et se monta une intéressante bibliothèque. On le surnommait « juge », semble-t-il, quoiqu’il n’ait été que notaire, et ce depuis mars 1800 ; il eut une étude modeste de 1802 à 1819. Gale ne fit apparemment pas d’intervention sur la scène publique, si ce n’est pour défendre les colons des cantons, en grande partie d’origine américaine, qui résistèrent au début de la guerre de 1812 à l’application des lois sur la milice pour ne pas avoir à se battre contre des parents et d’anciens amis. Le fils de Gale, Samuel*, devint juge et fit fortune comme propriétaire terrien. Gale mourut en 1826, à peine six mois après sa femme.

John I. Little

Samuel Gale est l’auteur de : An essay on the nature and principles of public credit (4 vol., Londres, 1784–787). Dans le cadre de sa mission à Londres de 1799 à 1802, Gale fit imprimer The memorial and petition of the undersigned attorney for [...] applicants for grant of various tracts [...] of waste lands [...] in Lower Canada (Londres, [1800]) et Reply to the report of the Executive Council of the province of Lower Canada, upon the memorial of the undersigned attorney, to the lords of his majesty’s most honourable Privy Council, of the 28th of November 1800 [...J (Londres, 1802).

William Berczy* a fait un portrait de la famille Gale, y compris Samuel. Il a probablement peint un portrait de Gale seul dont il aurait amené une copie à Londres en 1799. On ignore s’ils existent encore.

Le minutier de Samuel Gale est déposé aux ANQ-E, sous la cote CN2–21.

APC, MG 11, [CO 42] Q, 57 : 497–540 ; 74 : 370–381 ; 80–82 ; 85 : 311–312 ; 88 : 51–53, 311 ; 89 : 103 ; 90 : 47–49, 98–212 ; MG 24, L3 : 16175–16176, 16182–16183 ; RG 1, L3L : 34672, 34745–34748, 44176, 44184, 44189 ; RG 31, AI, 1825, Farnham, Richelieu : 740.— Brome County Hist. Soc. Arch. (Knowlton, Québec), Samuel Gale papers ; Samuel Willard papers (mfm aux APC).— Musée McCord, Samuel Gale papers.— New York Public Library, mss and Arch. Division, American loyalist transcripts, XI : 154–155 ; XLV : 293–294, 487–493.— PRO, CO 42 /22 : 203, 281–302, 350, 355–356, 418–420 (copies aux APC).— « Reports respecting Vermont from the British Audit Office », Vt. Hist. Soc., Proc. (Montpelier), nouv. sér., 1 (1930) : 5–13.— State papers of Vermont, M. G. Nye, édit. (vols, Montpelier, 1918-) 6 25–27, 249–252.— « Papier d’État – B.-C. », APC Rapport, 1891 : 107–108, 115, 179 ; 1892 : 164, 170, 173–175, 182, 186, 194–195.— L.-R. Betcherman, « Genesis of an early Canadian painter : William von Moll Berczy », Historical essays on Upper Canada, J. K. John son, édit. (Toronto, 1975), 286–301.— Caron, la Colonisation de la prov. de Québec, 2.— C. M. Day, Pioneers of the Eastern Townships [...] (Montréal, 1863).— B. H. Hall, History of eastern Vermont from its earliest seulement to the close of the eighteenth century [...] (New York, 1858).— G. F. McGuigan, « Land policy and land disposal under tenure of free and common Bocage, Québec and Lower Canada, 1763–1809 […] » (3 vol., thèse de ph.d., univ. Laval, 1962).— Neatby, Quebec, 209, 218.— Ouellet, Bas-Canada, 37–38.— E. M. Taylor, History of Brome County, Quebec, from the date of grants of land therein to the present time ; with some records of early familles (2 vol., Montréal, 1908–1937), 2 : 162–163.— L. F. S. Upton, The loyal whig : William Smith of New York & Quebec (Toronto, 1969), 216.— J. P. Noyés, « The Canadian loyalists and early settlers in the district of Bedford », Missisquoi County Hist. Soc., Report (Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec), 3 (1908) : 99–101.

Bibliographie générale

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John I. Little, « GALE, SAMUEL (1747-1826) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gale_samuel_1747_1826_6F.html.

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Auteur de l'article:   John I. Little
Titre de l'article:   GALE, SAMUEL (1747-1826)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   22 octobre 2014