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GERRIE, ROBERT, homme d’affaires, né en janvier 1830 près de Insch, Écosse ; vers 1862, il épousa Margaret Bathgate, et ils eurent six enfants ; décédé le 29 janvier 1908 à Winnipeg.

En 1838, la mère de Robert Gerrie, veuve, quitta l’Aberdeenshire, en Écosse, avec ses enfants et s’établit dans une ferme du Haut-Canada, près de Dundas. En 1861, Gerrie s’enrôla dans la cavalerie des États-Unis à titre de vétérinaire et de préposé aux achats, et fut affecté à Chicago. Quatre ans plus tard, il s’installa à Montréal, où il se fit détaillant de tabac, mais il s’associa bientôt à son demi-frère David Ritchie dans une entreprise de gros, la Dominion Cut Tobacco Company.

Au cours de la guerre de Sécession, Gerrie avait acquis la conviction que le Nord-Ouest avait un bel avenir commercial. En 1871, il vendit ses intérêts à Ritchie et alla s’installer dans une localité en plein essor, Duluth, au Minnesota. Là, il se lança dans la vente d’alcool en gros et fit de la spéculation foncière, probablement pour la première fois. Dès 1873, il avait des intérêts dans des gisements miniers situés près de Marquette, dans le Michigan.

La dépression de 1873 rendit Duluth moins propice aux affaires de Gerrie. Emportant un chargement de meubles, il se mit donc en route pour Winnipeg, où il arriva le 24 mai. Ayant loué un bâtiment dans le district des affaires, il fut, selon un témoignage contemporain, « le premier à importer de l’ameublement domestique de la meilleure qualité ». Il se lança aussi dans le commerce du bois et construisit à l’automne de 1873 un bâtiment qui était probablement la première structure à mur mitoyen de Winnipeg.

Gerrie vendait son mobilier « extrêmement riche » à la classe des entrepreneurs, de plus en plus nombreuse dans la ville. En 1876, il diversifia encore ses intérêts en se faisant grossiste et détaillant de marchandises sèches avec son beau-frère, Robert Dundas Bathgate. Tous deux allaient être étroitement associés, tant dans le commerce que dans d’autres affaires. Dès l’année suivante, Gerrie s’occupait aussi du commerce du grain. Il expédiait de grosses quantités de blé aux moulins de la A. W. Ogilvie and Company à Goderich, en Ontario [V. William Watson Ogilvie*], et ce fut lui qui, en octobre 1877, envoya en Écosse la première cargaison de blé manitobain. Le Nord-Ouest étant de plus en plus peuplé, Gerrie et Bathgate abandonnèrent le commerce de détail et fondèrent ce qui était probablement, dans la province, la première société consacrée exclusivement à la vente en gros de marchandises sèches. La R. Gerrie and Company fit fort bonne figure pendant la soudaine prospérité de 1881–1882. Elle comptait deux vendeurs itinérants et approvisionnait les détaillants installés dans les nouvelles localités situées le long de la ligne principale du chemin de fer canadien du Pacifique. De plus, elle employait huit commis en magasin.

La construction du chemin de fer stimula la demande de terrains à Winnipeg. En 1880, après s’être départi de son commerce de marchandises sèches au détail, Gerrie se lança dans l’immobilier. En quelques mois, il acquit un grand nombre de propriétés rue Princess. Comme cette rue occupait un emplacement stratégique, à l’ouest des nombreux détaillants de la rue Main, il croyait que beaucoup de grossistes viendraient s’y établir. Toujours confiant en l’avenir de la rue Princess, il y entreprit de construire deux gros immeubles en 1881. Le Gerrie Block, qu’il termina cette année-là, était alors l’immeuble le plus imposant de Winnipeg. Le Grand Union Hotel, établissement de luxe situé au nord du Gerrie Block, ouvrit ses portes en mars 1882. Il ajouta un troisième immeuble dans cette rue plus tard la même année. Gerrie consacra environ 100 000 $ à la mise en valeur de ses propriétés de la rue Princess. De plus, en 1882, il mit en vente 50 000 acres de terres agricoles.

La prospérité soudaine de Winnipeg en fit un foyer de commerce, mais lorsqu’elle prit fin, beaucoup de spéculateurs étaient criblés de dettes, dont Gerrie. De tempérament fougueux, il s’en prit aux huissiers qui venaient saisir son hôtel, conformément à l’ordre du shérif. Finalement, les accusations de voies de fait déposées contre lui ne furent pas retenues. À la fin de 1884, il exploitait à nouveau le Grand Union Hotel, mais à titre de locataire, et il avait, avec la Manitoba Electric Gas Light Company, un procès qui se termina finalement en sa faveur. Il comparut de nouveau en 1887, avec son collègue Bathgate : on les accusait d’avoir contrefait la marque d’une mineure métisse sur un titre de concession foncière qu’elle leur avait transmis. L’affaire fut écartée parce que ni les témoins ni la plaignante ne se présentèrent au tribunal, mais on soupçonne qu’il y eut un règlement à l’amiable.

En 1886, Gerrie et Bathgate, dit-on, venaient au cinquième rang de tous les contribuables de Winnipeg, et en 1889, Gerrie figurait au trente-sixième rang sur la liste des propriétaires de bien fonciers de la ville. Cependant, le sort finit par se retourner contre lui. Sa femme, Margaret, mourut du cancer le 1er juin 1889. En novembre, il fut assailli dans la rue et perdit l’œil droit. Dès lors, sa santé déclina lentement. En 1890, il vendit le Gerrie Block et le Grand Union Hotel, qu’il avait racheté quelque temps après la vente judiciaire. Puis on n’entendit guère parler de lui jusqu’au tournant du siècle.

L’arrivée massive d’immigrants, au début des années 1900, assura une nouvelle clientèle aux promoteurs immobiliers. Vers 1904, Robert Gerrie vendit des terrains dans l’ouest de la ville, district où la construction résidentielle battait son plein. Grâce à son bénéfice, il put passer ses dernières années dans le confort. Par la suite, on le salua comme le Nestor ou le fondateur de la profession immobilière à Winnipeg. Cet homme, qui portait des verres teintés pour dissimuler l’œil qui lui manquait, charmait les gens par son accent écossais prononcé. Il mourut de pneumonie et fut inhumé aux côtés de sa femme au Brookside Cemetery. Il laissait dans le deuil un fils et quatre filles. Soulignant la part que les investisseurs immobiliers avaient prise dans le développement de la ville, l’Evening Telegram notait : « Robert Gerrie était plus probablement que quiconque de son temps – le père de l’essor de Winnipeg ».

Randy R. Rostecki

Commercial (Winnipeg), 12 déc. 1882.— Daily Manitoban (Winnipeg), 16 oct. 1886, 9, 23 mars 1887.— Manitoba Morning Free Press, 18 oct. 1873, 19 juin 1875, 24 mars 1887, 4 nov., 9 déc. 1889, 1er avril, 18 sept. 1890, 30 janv. 1908.— Manitoban (Winnipeg), 4 oct., 15, 22 nov. 1873.— Manitoba Sun (Winnipeg), 23 mars 1887, 5 sept. 1889.— Sun (Winnipeg), 17 oct. 1881.— Telegram (Winnipeg), 1er déc. 1906, 29 janv. 1908.— Winnipeg Daily Times, 28 avril 1879, 22 mars 1882, 4, 20 janv. 1883.— Winnipeg Tribune, 29 janv. 1908.— Alexander Begg et W. R. Nursey, Ten years in Winnipeg : a narration of the principal events in the history of the city of Winnipeg from the year A.D. 1870 to the year A.D. 1879, inclusive (Winnipeg, 1879).— Man. Electric & Gas Light Co. v. Gerrie (1887), Manitoba Reports (Winnipeg), 4 (18861887) : 210–219.— Winnipeg, Manitoba, and her industries (Chicago et Winnipeg, 1882).

Bibliographie générale

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Randy R. Rostecki, « GERRIE, ROBERT », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gerrie_robert_13F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
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