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GILMOUR, ALLAN, marchand de bois et propriétaire de navires, né en octobre 1775 dans la paroisse de Mearns, Renfrewshire, Écosse, fils aîné d’Allan Gilmour, fermier, et d’Elizabeth Pollok ; décédé célibataire le 4 mars 1849 à Hazeldean, Mearns, Écosse.

Allan Gilmour étudia à l’école paroissiale de Mearns, qui s’était acquis une grande réputation parmi les excellentes écoles de la région parce qu’elle avait formé nombre de grands hommes d’affaires, particulièrement ceux qui s’étaient taillé une place dans le commerce du bois de l’Amérique du Nord britannique. Il y apprit la tenue de livres et les techniques commerciales et, dès 1795, il dirigeait à Mearns une petite entreprise qui fournissait du bois de la région et de l’Ayrshire à l’industrie de la construction de Glasgow, alors en plein essor, et aux chantiers navals de Greenock. Dès 1802, il était installé à Glasgow et avait élargi son rayon d’action en important des madriers et autres produits forestiers de la Baltique, de la Russie et de la Norvège.

Comme il lui fallait davantage de capitaux pour étendre son entreprise, Gilmour s’associa en 1804, selon des modalités assez larges, à John et à Arthur Pollok, qui lui étaient apparentés. Ceux-ci avaient hérité d’un oncle un gros commerce d’épicerie à Glasgow, qu’ils exploitaient avec succès, et avaient choisi le commerce du bois comme activité secondaire. La nouvelle société disposait d’un capital d’établissement de £1 500, dont les deux tiers provenaient de Gilmour, mais lorsqu’elle prit de l’expansion, deux ans plus tard, chaque associé versa une part égale.

L’entreprise prospéra jusqu’à ce que le blocus continental, que Napoléon Ier imposa en 1806 et 1807, inaugure une période de grave pénurie de bois qui vint menacer la construction navale, industrie vitale pour la Grande-Bretagne, et par le fait même la marine royale et la marine marchande. Gilmour fut l’un des premiers à comprendre que les richesses forestières des colonies nord-américaines pourraient remplacer les importations européennes. Il participa au groupe de pression qui obtint le versement de primes et la réduction des droits d’importation sur le bois des colonies en 1810 et 1811 respectivement en comparaissant devant des comités parlementaires ces deux années-là. Régulièrement, il faisait rapport sur le potentiel d’approvisionnement outre-mer au Navy Board et au Board of Trade ainsi qu’au vicomte Melville, chef de l’Amirauté à compter de 1812. Outre ses relations d’affaires à Glasgow, il avait une foule de contacts dans les milieux commerciaux et politiques de Liverpool, de Manchester, de Londres et d’autres centres de commerce. Gilmour était l’âme dirigeante de la Pollok, Gilmour and Company et, en fait, son directeur général ; à ce titre, il entreprit de trouver dans les colonies des fournisseurs de bois. En 1811 et au début de 1812, il parcourut le Bas-Canada, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, où de nombreux marchands écossais influents comme John Black*, de Halifax, ou James McGill* et James Dunlop*, de Montréal, l’accueillirent chaleureusement. Grâce à leur expérience du commerce du bois, ces hommes lui donnèrent des renseignements et des conseils précieux.

De retour en Écosse, Gilmour décida d’ouvrir une succursale sur la rivière Miramichi, au Nouveau-Brunswick, où il envoya plus tard en 1812 son jeune frère James Gilmour et Alexander Rankin*, neveu des Pollok. Tous deux avaient travaillé au bureau de Glasgow et, de 1812 à 1818, ils donnèrent à l’agence de Miramichi des bases solides. En 1818, elle employait un grand nombre de bûcherons et d’ouvriers de scierie, et la Pollok, Gilmour and Company, forte d’une flotte de 15 navires, passait pour être la plus grosse entreprise sur le marché du bois de l’Amérique du Nord britannique. Gilmour poursuivait toujours son plan d’expansion : d’autres succursales ouvrirent à Saint-Jean (1822), à Québec (1828), à Montréal (1829), à Bathurst, au Nouveau-Brunswick (1832), à Dalhousie et à Campbellton (1833).

De jeunes Écossais, pour la plupart apparentés à Gilmour ou aux Pollok, dirigeaient toutes ces maisons. C’est Gilmour lui-même qui choisissait chacun d’eux, et il traversait souvent l’Atlantique pour faire la tournée des succursales. John Rankin, historien de la compagnie, a raconté par la suite qu’à l’occasion de ces visites Gilmour ne manquait jamais de donner à ses associés des instructions détaillées : « Avant de reprendre la mer, il précisait à chacun ce qu’il aurait à faire au cours de l’hiver suivant [...] Rien n’était trop insignifiant pour échapper à la critique de M. Gilmour et peu de projets étaient trop audacieux pour lui. »

Chacune des succursales était organisée comme une société distincte afin de limiter la responsabilité de la société mère. Cependant, c’était celle-ci, à Glasgow, qui s’occupait du financement, de l’approvisionnement et de la main-d’œuvre, et même si les succursales traitaient indépendamment l’une de l’autre, toutes leurs exportations allaient à la Pollok, Gilmour and Company. Les succursales de l’Amérique du Nord britannique avaient aussi des liens de dépendance entre elles : la William Ritchie and Company, de Montréal, gérait le fonds de roulement des succursales, et la plupart des navires de la Pollok, Gilmour and Company (on disait au début des années 1830 qu’il y en avait 130) étaient construits dans ses chantiers de Québec ou de Saint-Jean. Les maisons du Bas-Canada jouaient un rôle d’intermédiaires en achetant tous les trains de bois non vendus qui descendaient la rivière des Outaouais et le Saint-Laurent ; les autres s’occupaient directement de l’abattage. En 1834 seulement, la compagnie exporta plus de 300 cargaisons de bois. L’année suivante, devant le comité spécial du Parlement britannique chargé d’étudier les droits sur le bois, Gilmour déclara que 5 000 hommes travaillaient pour ses établissements nord-américains, dont peut-être un quart dans le nord-est du Nouveau-Brunswick. Dès 1830, la Pollok, Gilmour and Company servait également de représentant britannique à nombre de constructeurs de navires des Maritimes.

La compagnie réalisa de tels bénéfices de 1812 à 1838 que Gilmour fut en mesure d’acheter de vastes domaines en Écosse, dont un de £200 000. En fils de fermier qu’il était, il éprouvait le besoin d’accumuler des terres, mais il les achetait aussi dans le but d’obtenir les droits de vote attachés aux propriétés transmissibles par héritage. Ces suffrages, il les accordait aux whigs, qui selon lui étaient plus favorables aux intérêts des marchands et leur donneraient peut-être plus de poids dans le gouvernement du pays.

Vers 1837, la richesse creusa cependant un fossé entre Gilmour et les Pollok. Lorsque ceux-ci se mirent à passer une partie de l’année dans leurs domaines à l’extérieur de Glasgow, Gilmour allégua qu’ils négligeaient leur travail. Même s’il était toujours aussi énergique et avait gardé son esprit d’entreprise, il devint de plus en plus irascible et, le 5 janvier 1838, se retira de la compagnie. La vente de sa part lui rapporta £150 000. Robert Rankin*, en charge de la succursale de Saint-Jean, lui succéda comme directeur général. Celui-ci, ainsi que son frère Alexander, toujours à Miramichi, et le neveu de Gilmour, Allan Gilmour*, de Québec, étaient alors les associés majoritaires de la société, désormais connue sous le nom de Rankin, Gilmour and Company, que Rankin allait réorganiser et dont il allait installer le siège social à Liverpool. Gilmour l’aîné, fermement convaincu qu’il aurait dû recevoir une plus grosse somme en récompense des efforts qu’il avait consacrés à l’édification de la compagnie, tenta de persuader plusieurs des associés qui dirigeaient les succursales d’outre-mer de quitter en même temps que lui. Seul son neveu William Ritchie*, de Montréal, le fit.

On admirait beaucoup la compétence avec laquelle Gilmour avait sélectionné et formé de talentueux jeunes gens pour leur donner des postes de responsabilité dans la compagnie et, incontestablement, on le considérait comme le moteur de la grande entreprise qu’il avait conçue et édifiée. Dans les années 1840, il continua d’être renommé à Glasgow pour sa verve et son esprit d’entreprise. Homme systématique et précis, il impressionnait par son énergie tous ceux qui le rencontraient. En plus de ses activités commerciales, il s’occupa beaucoup de développement agricole. Passionné de chasse et de pêche, c’était aussi un excellent tireur. Selon John Rankin, Gilmour « ne manquait pas de gentillesse, mais il devait être d’un caractère difficile, sensible à la flatterie, irritable et querelleur, bien qu’il ait été clairvoyant et infatigable. Au terme de sa vie, il fut certainement vindicatif, et sa mauvaise santé lui brouillait parfois l’esprit mais, dans l’ensemble, il put exercer sa volonté de fer jusqu’à la fin. »

Après s’être retiré dans son domaine de Hazeldean, Allan Gilmour vit sa santé décliner constamment. Une crise de paralysie le frappa au début de 1849 et, comme il ne s’était jamais marié, il légua alors presque tous ses biens, dont quatre grands domaines et plusieurs fermes, à ses neveux, les fils de son frère James. Il mourut le 4 mars 1849. Parmi les magnats canado-écossais du bois, c’était indubitablement l’un de ceux qui avaient le mieux réussi.

David S. Macmillan

NLS, Dept. of mss, {{mss }}6849, 6866, 6913.— SRO, CE.60/1/32–69.— Univ. of Glasgow Arch., Adam Smith Business Records Store, UGD/36 (papiers de famille et d’affaires de la Pollok, Gilmour and Co.).— A. R. M. Lower, Great Britain’s woodyard ; British America and the timber trade, 1763–1867 (Montréal et Londres, 1973).— D. S. Macmillan, « The « new men » in action : Scottish mercantile and shipping operations in the North American colonies, 1760–1825 », Canadian business history ; selected studies, 1497–1971, D. S. Macmillan, édit. (Toronto, 1972), 44–103 ; « The Scot as businessman », The Scottish tradition in Canada, W. S. Reid, édit. (Toronto, 1976 ; réimpr., 1979), 179–202.— John Rankin, A history of our firm, being some account of the firm of Pollok, Gilmour and Co. and its offshoots and connections, 1804–1920 (2e éd., Liverpool, Angl., 1921), 12–46, 170–171.— Graeme Wynn, Timber colony : a historical geography of early nineteenth century New Brunswick (Toronto et Buffalo, N. Y., 1981).— C. R. Fay, « Mearns and the Miramichi : an episode in Canadian economic history », CHR, 4 (1923) : 316–320.

Bibliographie générale

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David S. Macmillan, « GILMOUR, ALLAN (1775-1849) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gilmour_allan_1775_1849_7F.html.

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Auteur de l'article:   David S. Macmillan
Titre de l'article:   GILMOUR, ALLAN (1775-1849)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   26 juillet 2014