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GRAFTON, JAMES BEATTY, homme d’affaires et homme politique, né le 9 septembre 1826 dans le canton de Toronto, Haut-Canada, fils de Stewart Grafton et de Margaret Beatty ; le 26 septembre 1856, il épousa Charlotte Sydney Smith, et ils eurent quatre filles et deux fils ; décédé le 14 mai 1909 à Dundas, Ontario.

Irlandais d’origine, les grands-parents de James Beatty Grafton quittèrent la Caroline du Nord en 1811 et s’établirent dans le Haut-Canada, près d’York (Toronto), dans la rue Yonge. Dans les années 1820, Stewart Grafton, fermier et prédicateur laïque méthodiste, partit de là pour se fixer dans le canton de Toronto. James Beatty fit ses études dans une école située près de la ferme de sa famille à Sydenham (Dixie), puis à l’Upper Canada Academy, l’école méthodiste de Cobourg à laquelle son grand-père maternel, le révérend John Beatty, fut longtemps lié.

À l’âge de 16 ou 17 ans, Grafton commença son apprentissage chez Malcolm and Gillespie, commerce torontois de marchandises sèches. Environ quatre ans plus tard, il fut engagé comme compagnon marchand à Beamsville ou à Cobourg, peut-être à titre de représentant de Malcolm and Gillespie. Ensuite, il travailla trois ans à Hamilton, au magasin J. and J. Roy, ce qui lui permit de se familiariser avec la vente en gros de marchandises sèches. Il passa à la vente au détail en s’installant à Dundas au printemps de 1853 et en y ouvrant son propre magasin. Son associé, Andrew Gregson, manufacturier de lainages de l’endroit, apporta à l’entreprise du capital et des stocks. Leur association se révéla rentable malgré la dépression économique qui commença en 1857 ; dès le mois d’août de cette année-là, la Gregson and Grafton avait ouvert une succursale à Hamilton avec l’aide financière de la D. McInnes and Company.

Grafton se dissocia de Gregson en 1858 et, tout de suite après, forma avec son frère, John Stewart, une société en nom collectif appelée J. B. and J. S. Grafton. Pour fabriquer leurs propres couvertures et leurs propres étoffes, les deux frères louèrent une fabrique de lainages dans une localité voisine, Ancaster. En 1863, ils achetèrent cette fabrique avec Robert Ellis. En 1864–1865, avec un autre associé, Joseph Ellis, ils construisirent à Brantford une deuxième fabrique, la Cold Springs Woollen Mill. Dès 1868, ils auraient aussi une manufacture de vêtements. Après avoir agrandi, en 1867, leur magasin de Dundas et y avoir augmenté le volume des stocks, les Grafton se sentirent en droit d’affirmer que, dans la localité, aucun autre détaillant de marchandises sèches n’offrait autant de choix qu’eux. lis vendaient aussi, par la bande, des marchandises sèches en demi-gros, ce qui n’étonne guère.

À la fin de 1869, l’entreprise des Grafton se trouva en difficulté. Une de leurs fabriques avait brûlé pendant l’année et, comme ils n’étaient pas suffisamment assurés, ils devinrent insolvables. Toutefois, ils reconstituèrent immédiatement leur entreprise, qui prospéra pendant le boom du début des années 1870 et même pendant la dépression qui suivit.

James Beatty Grafton commença à se préparer une relève dès 1873 en faisant entrer dans l’entreprise son fils aîné, James John, alors âgé de 16 ans. Le processus s’accéléra à compter de 1884 : James John devint l’associé de son oncle et de son père, et l’entreprise prit alors le nom de Grafton and Company. À ce moment-là, James John participait aux voyages d’affaires que son père avait entrepris une vingtaine d’années plus tôt. Les Grafton se rendaient outre-mer afin de faire des achats, notamment pour leurs clients nantis, qui, semble-t-il, ne prisaient guère leurs lainages économiques de fabrication canadienne.

La participation de James John explique sans doute en partie la croissance que l’entreprise connut à partir de la fin des années 1880, mais un autre facteur joua : Dundas stagnait, en tant que centre commercial, ce qui poussa la firme à prendre de l’expansion. À la fermeture des Dundas Cotton Mills, vers 1885, on douta que l’entreprise des Grafton pourrait survivre : ces usines employaient environ 800 travailleurs, ce qui représentait pour elle une nombreuse clientèle. Les Grafton décidèrent alors d’ouvrir des magasins à Owen Sound en 1889, à Peterborough en 1892, à Hamilton en 1895, à London en 1896, à Brantford en 1899 et à Woodstock en 1905. Ces lieux étaient semblables à ce qu’était Dundas à l’époque où les frères Grafton y avaient ouvert leur commerce : il s’agissait de petites localités où il y avait une industrie active et autour de laquelle se trouvait une région agricole prospère. En outre, toutes ces localités étaient bien situées sur le réseau ferroviaire. Les Grafton tenaient toujours leur magasin à Dundas dans la rue King ; en 1900, leur manufacture de vêtements se trouvait en face. La famille Grafton forma donc l’une des premières chaînes de magasins de détail au Canada.

Administrer une chaîne de magasins de détail posait de sérieux problèmes : il fallait trouver un équilibre entre, d’une part, l’autorité centrale et, d’autre part, l’autonomie de gestion locale et les conditions du marché. La compagnie des Grafton apaisait les tensions en faisant participer les directeurs des succursales à l’administration centrale, même si cette pratique pouvait limiter l’expansion sur le plan géographique. Les directeurs – pour ainsi dire des employés à vie – avaient voix au chapitre dans la gestion de l’entreprise, parfois à titre de membres du conseil d’administration. En 1904, l’entreprise cessa d’être une société en nom collectif pour devenir une société par actions à responsabilité illimitée. Cependant, le pouvoir demeurait entre les mains de James Beatty Grafton, de sa femme Charlotte, de leur fils James John et du teneur de livres et directeur du magasin de Dundas. Apparemment, le frère de James Beatty, John Stewart, qui fut longtemps son associé et mourut en 1906, ne détenait pas d’actions.

Dans les premières années, l’entreprise tenait tout un assortiment de vêtements, tissus, chapeaux, bonnets, rubans, couvertures, vêtements pour hommes, fournitures de maison tels des tapis, et même des sacs de grain pour les fermiers. Étant donné l’éventail de choix qu’il offrait, le magasin de Dundas était en mesure de desservir toute la localité. Après la faillite de 1870, les clients durent payer comptant ; à partir des années 1890, les prix étaient fixes. En compensation, ils avaient un jour de solde chaque semaine et, vers 1898, la satisfaction garantie. En outre, l’entreprise attirait les clients en donnant des « cadeaux » – des illustrations, voire des meubles – à ceux qui faisaient des achats importants.

À compter des années 1870, l’entreprise des Grafton recourut abondamment à la publicité, sous forme d’annonces directes ou de réclame déguisée en nouvelles. Les « ouvertures » du printemps et de l’automne, où l’on présentait les dernières importations chic dans un décor de fête, étaient d’excellentes occasions de ce point de vue. Au tournant du xixe et du xxe siècle, les Grafton annonçaient beaucoup plus souvent dans le Star de Dundas que leurs concurrents de la localité et de Hamilton. Ils faisaient aussi beaucoup de publicité dans les localités où ils avaient des succursales. En mettant en évidence les marques de sa propre confection, l’entreprise s’assurait que ses magasins étaient reconnus dans la région. Les Grafton savaient se montrer novateurs dans leur promotion. Par exemple, dans les semaines précédant Noël, ils publiaient des annonces illustrées de stéréogrammes. Ils firent aussi peindre le nom de l’entreprise sur la diligence Hamilton-Ancaster et, dès 1863, ils envoyaient des cartes de Noël à quelque 300 clients privilégiés.

Le paternalisme marquait les relations avec les employés, tant à l’usine que dans les magasins de détail. À la fin des années 1870, les heures de travail furent écourtées par égard pour les travailleurs et aussi parce que la dépression ralentissait les affaires. Cependant, on sait qu’au début des années 1880, le magasin de Dundas était ouvert de sept heures du matin à sept heures du soir et que le samedi, pour accommoder les clients de la classe ouvrière, il ne fermait qu’à minuit. Le taux de roulement, surtout dans les emplois qualifiés et administratifs, était remarquablement faible. Les salaires étaient satisfaisants. L’entreprise était même disposée à collaborer avec le syndicat des ouvriers du vêtement, qui s’établit dans l’usine dès 1900, et les annonces contenaient régulièrement l’étiquette « Union Made ». Lorsque les employés de longue date prenaient leur retraite, ils étaient traités généreusement. James Beatty Grafton se donnait aussi la peine d’acheter des adhésions de groupe à la Young Men’s Christian Association pour ses employés masculins.

Le paternalisme de l’entreprise allait de pair avec les convictions religieuses et le sens civique de la famille Grafton. Étant riche, elle pouvait se permettre d’être charitable. Par exemple, la benjamine des filles de James Beatty Grafton, Edith, mit sur pied des cours du soir pour les garçons qui ne pouvaient pas fréquenter l’école publique ; en outre, elle tenait une école du dimanche méthodiste pour les filles et dirigeait personnellement de nombreuses œuvres de charité. L’entreprise faisait de même. Elle contribua généreusement à la construction du Grafton Infirmary au Hamilton Mountain Sanatorium for Consumptives en 1906 et à celle de l’édifice de la Young Men’s Christian Association à Dundas.

La religion était une affaire sérieuse pour James Beatty Grafton. Membre actif de la branche de Dundas de l’Upper Canada Bible Society, il fut l’un des rares laïques élus au conseil en 1863. Toute sa vie, il fréquenta l’église méthodiste de Dundas. En 1899, il fut nommé membre du conseil de la Victoria University de Toronto, établissement méthodiste. En outre, il avait soutenu le Wesleyan Ladies’ College de Dundas, fondé en 1857, et le Dundas Wesleyan Boys’ Institute, fondé en 1873, et avait été membre du conseil d’administration de ces deux établissements.

Bien que Grafton n’ait pas moussé sa carrière politique, il fut bien connu comme conservateur à compter des années 1890. Pour lui, participer dans une certaine mesure aux affaires publiques faisait partie des devoirs du citoyen. Il fut élu sans opposition au conseil municipal de Dundas en 1860, puis en 1871, et fit partie du conseil des écoles publiques.

À compter de 1895, James Beatty Grafton laissa à son fils tout le travail de supervision de l’entreprise et se permit de goûter aux joies de l’existence. En 1896, il agrandit sa maison de Dundas, The Maples, et passa l’été sur la côte du Massachusetts avec sa femme et sa fille célibataire. L’année suivante, il fit un séjour de quatre mois en Europe avec Charlotte et deux de leurs filles. La dépression des années 1870, pendant laquelle la famille n’avait pu s’offrir que des vacances – agréables certes – au lac Couchiching, en Ontario, était bien loin. Mais en fait, Grafton n’avait guère le choix de prendre régulièrement de longues vacances, car il eut des problèmes de santé à compter de 1895. Il subit une grave intervention chirurgicale en 1907 et mourut chez lui deux ans plus tard. L’entreprise familiale continua sous la direction de James John Grafton, qui mourut en 1939. Elle fut ensuite dirigée par sa femme, Sarah MacMahon Bowman, puis par un cousin des Grafton, Stewart Philp. Finalement, un groupe de l’extérieur se porta acquéreur de la chaîne en 1964.

Ben Forster

On peut consulter divers documents concernant James Beatty Grafton aux Grafton Group Arch (Toronto).

AO, F 277, Grafton family ; RG 22, Ser. 204, reg.Y, no 7279.— Baker Library, R. G. Dun & Co. credit ledger, Canada, 25.— Dundas, Ontario, Parks and Cemeteries Dept., Grove Cemetery, burial records.— HPL, Scrapbooks, H. F. Gardiner, 62 : 32 ; 134 : 57s.— Hamilton Spectator, 15 mai 1909, 13 mai 1953.— London Free Press, 1er avril 1910.— Star (Dundas), 1893–1897, 1900, 1905–1907, 20 mai 1909, 12 janv. 1928.— True Banner (Dundas), 1858–1885.— A. D. Chandler, « Management decentralization : an historical analysis », Business Hist. Rev. (Boston), 30 (1956) : 111–174.— DHB.— Hamilton, the electric city ; history, government and prosperity of the Birmingham of Canada, evolved out of the primeval forest in less than one hundred years ([Hamilton, Ontario], 1901 ; exemplaire aux AO).— The history of the town of Dundas, T. R. Woodhouse, compil. (3 vol., [Dundas], 1965–1968), 3 : 3s.— Let’s Talk Business Hamilton (St Catharines, Ontario), oct. 1985.— The story of Grafton and Co. Ltd. from 1853 to 1942 (Dundas, 1943).— Town of Dundas centennial celebration, June 29th to July 26th, 1947, marking the 100th anniversary of the incorporation of the town : official historical souvenir programme ([Dundas, 1947]).— The wheels of progress ([Hamilton, 1980] ; exemplaire à la Dundas Public Library), 39s.

Bibliographie générale

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Ben Forster, « GRAFTON, JAMES BEATTY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/grafton_james_beatty_13F.html.

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Auteur de l'article:   Ben Forster
Titre de l'article:   GRAFTON, JAMES BEATTY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   17 avril 2014